ETAT DES SCIENCES
Les Khiviens, comme on doit bien s'en douter d'après ce qui précède, n’ont que des notions très-imparfaites sur les sciences. Ils ignorent les mathématiques, et les plus savants d’entre eux |>ossèdent à peine les règles les plus élémentaires de l’arithmétique. L’astronomie leur est inconnue; ils ne connaissent guère que le nom des constellations principales.
A l'époque où M. Mouraviev se trouvait à Khiva , il y avait dans cette ville un homme qui avait été à Constantinople , où il s’était procuré un instrument au moyen duquel il pouvait calculer les éclipses sans rien connaître à l'astronomie. La possession de celte machine lui valut beaucoup de considération, et le khan, pour récompenser le mérite d’un sage aussi éminent, lui donna un emploi auprès de sa personne (t). Cet homme, très-enfié de son savoir, soutenait gravement que la cause des^lipses de soleil ou de lune vient du diable, qui attaque ces astres et les serre dans ses griffés. Il faut alors, pour l’empêcher de les détruire, faire grand bruit, pousser des cris, et tirer des coups d’armes à feu. C’est là le seul moyen (l'obliger le démon à lâcher prise. Si on le laissait faire, il anéantirait ces astres, et la terre resterait dans une obscurité éternelle.
Malgré leur ignorance, les docteurs khiviens supposent que la terre est ronde, et ils la comparent à un melon
(I) f'oyage efi Turt^manie ei ù Khiva fait fn \H\9et 1820. par M. N. Mouraviev, traduolion française; Paris, 1823, pat;e 3M.
d’eau. Mais là s’arrête à peu près leur savoir. Ils ne connaissent guère que les Ëtals qui entourent la Knivie ; encore ont-ils les idées les plus fausses sur leur situation , leur force et leur grandeur.
M. Abbott vit à Khiva une mappemonde, oeuvre d’un profond philosophe usbeck.Cet homme avait placé l'Italie au nord de l’Angleterre et la Russie au sud de la Chine.
Devins et astrolooves. Il existe en Rhivie un nombre assez considérable de devins qui consultent les astres pour lire dans l’avenir. Ils se servent encore d’un autre moyen. Ils prennent un livre quelconque , et de préférence un Coran. Après avoir récité une prière, ils ouvrent le livre, et remarquent la première lettre de la première ligne de la page ; ils passent ensuite à la septième lignede cette même page , et continuent ainsi d’après certaines règles, jusqu’à ce qu'ils aient un nombre de lettres voulues. Chacune de ces lettres a un sens propre que le devin combine comme il peut, et dont il tire ses conclusions.
Médecinb. La médecine se borne à la connaissance de quelques remèdes que des empiriques ignorants appliquent sans avoir aucune idée de la cause des ^ maladies, et sans pouvoir par conséquent se rendre compte des moyens curatih^qui seraient convenables. En général,-ils se guident dans l’emploi de leurs médicaments sur l’examen des symptômes extérieurs, et combattent les contraires par des contraires. C’est ainsi qu’ils appliquent la glace dans les grands accès de lièvre , et tâchent de faire transpirer les malades qui éprouvent du frisson. Ils ont recours aux stimulants pour surmonter la prostration. Ces empiriques font un grand usage de la saignée, qu’ils pratiquent souvent à la tête. Ils emploient également les ventouses.
Tout leiirsavoirse borne, comme on voit, à quelques remèdes très-simples, mais dont ils font grand mystère. On peut dire que la science médicale n’existe pas en Khivie, etcet état de choses dure depuis plusieurs siècles. La qualité de mMecin y est héréditaire et se transmet de père en fils, comme un héritage.
Il faut reconnaître cependant que les empiriques khiviens, malgré toute leur
ignorance, ont une idée exacte des proriétés de quelques plantes , et savent ien panser les plaies.
COMMEBCB.
Le commerce est libre dans la Khivie, et toutes les classes de la nation peuvent s’en occuper; mais les .Sartis sont presque les seuls qui s’y livrent. Les Usbeks regardent loute espèce de tralic comme avilissant. Le commerce intérieur de la Khivie se borne aux grains et autres productions du sol, à quelques objets peu importants fabriques dans le pays et à la vente des esclaves. Il existe dans différentes villes des marchés et des foires qui se tiennent à jour lixe. T.^ habitants du lieu élèvent des baraques qu'ils louent aux marchands qui veulent s'y établir. Le souverain prélevé un certain droit sur ces constructions.
La position de la Khivie, au milieu des steppes où aboutissent plusieurs routes commerciales de la Tariarie, a fait de cette contrée un entrepôt de quelquesunes des marchandises que l'on transporte de l’Orient en Russie et de Russie en Orient. Les Sartis , frappés de l’avantage que présente ce commerce de transit, s'efforcent de faire disparaître les obstacles que le gouvernement ombrageux et inintelligent des souverains de Khiva oppose aux relations régulières avec la Russie. Ces gens se rendent dans laBoukharie,en Perse et dans plusieurs autres contrées , où ils achètent des marchandises qu’ils vendent ensuite à Orenbourget à Astracan.
Quant aux marchands russes, il n'en est aucun qui voulût se rendre à Khiva, ni même sur un point quelconque du territoire khivien, pour y trafiquer, malgré la certitude de réaliser en peu de temps de très-forts bénéfices. Leurs craintes s’expliquent; car c’est à peine si des envoyés ae la Russie et de l’Angleterre, qui visitent ces malheureuses contrées avec un caractère public, peuvent se soustraire à l’emprisoiioemeiit et même à la mort(t).
(I) M. Mouraviev , officier d'élat-major, en- \oyé à Khiva par i«; gouvi*roem«ot russe à la iinde 1619, fut d*abord retenu prisoDuler dans let environs de Khiva; puis le khan et sou conseil décidèrent <|uMI serait enterré vif dans
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