‹ Tartarie, Beloutchistan, Boutan et NepalChapitre 14 sur 53 · I.’UNIVERS · texte numérisé non relu

I.’UNIVERS

Ce meme état de crainte et de défiance rend presque nul le commerce avec la Perse. Il est fort rare que des Persans osent s’aventurer dans la Rliivie. On en voit de loin en loin quelques-uns qui, ayant des relations avec le pays, profitent de cette circonstance pour aller y vendre quelques pièces de brocart, ou pour traiter de la rançon d'un parent ou d'un ami enlevé par des maraudeurs turcumans et traîné en esclavage dans cettu contrée inliospitalière.

Pendant toute la duree de leur séjour dans la Kliivie, les Persans restent cacliés et nefré(|uentrnt que les gens qu'ils connaissent bien. Le moindre ri.sque qu'ils courraient s'ils étaient découverts serait de se voir réduits en esclavage et deperdre tout cequ’ils auraient avec eux.

Les transactions commerciales ne pourront prendre tout leur développement que du jour où une puissance européenne se sera établie dans l'Asie Centrale et y dominera. Aujourd'hui la crainte des avanies et des spoliations empêche les marchands khiviens euxmêmes de se livrer à de grandes spéculations. Ils craignent que si une fois leur souverain était instruit des richesses qu’ils possèdent, il ne fût tenté de les en dépouiller. D'ailleurs le passaf^e à travers les steppes est quelquefois dangereux. Les nomades ne se font aucun scrupule de détrousser les caravanes lorsqu'ils espèrent l’impunité. De pareils crimes cesseraient si ces barbares étaient gouvernés par une autorité forte et Juste qui rendit les tribus responsables des vols et des déprédations commis sur le territoire qu'elles habitent. Sans doute la facilité avec laquelle les nomades passent d'un pays dans un autre leur permettrait de se soustraire au ch.'ltiment ; nous croyons toutefois que si les tribus étaient bien persuadées qu'elles devraient subir tôt ou tard de terribles représailles ou renoncer pour toujours à planter leurs tentes sur le lieu où elles ont commis un acte de

la ateppe- !-■ seule cause qui les empéclia de consommer ce crime fui la crainte des représailles de la Russie.

Lecapllaine Abbott, charpé d’une mission diplnmallaue par la compagnie anglaise des Indes orientales, se trouva exposé dans cette même ville à un nombre Infini de désagréments et de dangers.

brigandage, elles renonceraient bientôt à leurs habitudes pillardes et cruelles.

Tous les peuples de l’Asie Centrale sont portes au vol; mais il serait facile de détruire chez eux ces inelinatioiis perverses. Malgré leur grossièreté et leur ignorance, les Usbecks, les Turenmans et les Kirguizes ont des idees très-exactes de leurs véritables intérêts. Un chef énergique a suffi pour dégoûter les Turcomaiisdes incursions qu'ils faisaient sur une partie du territoire de la Perse. La mort et la capture de quelques-uns des leurs, la perte de plusieurs chevaux de prix et des coups de main complètement avortés les ont presque fait renoncer à un genre de vie plein de périls, et dans lequel ils ne trouvent plus que de trèsmedioeres dédommagements des peines et des dangers auxquels ils s'exposent.

On peut prédire avec assurance qu'il en serait de même de toutes les hordes pillardes de l'Asie Centrale, si elles avaient à craindre une prompte et sévère répression.

Malgré son peu d'importance si l'on songe a ce qu'il pourrait être, le commerce de la Khivie est encore extrêmement considérable, principalement eu égard à la petite quantité de produits naturels ou manufactures que ce pays peut fournir à l'exportation. Les sommes que le commerce de transit apporte dans la Khivie répandent un bien-être trèsgrand sur toute la population.

Les Khiviens tirent de la Russie des draps, des velours, des indiennes, de la toile, des fourrures, des cuirs, du sucre, des aiguilles, des rasoirs, des couteaux, des miroirs, du papier, du cuivre, du plomb, de la porcelaine et toutes sortes d’ustensiles de fer et d'autres métaux. La Khivie donne, en échange, des produits importés de différentes contrées de l'Asie. Ces marchandises sont conduites à Mangtiischlak, où on les embarque jusqu'à Astracan,ou bien on les transporte à dos de chameau d'Ourguendje à Orenbourg, à travers la steppe des Kirguizes. Les caravanes mettent trente trois jours pour faire ce voyage.

L'exportation des matières d'or et d'argent est sévèrement défendue, et les Sartis se conforment volontiers à cette prohibition.

Dk.i-

Nous avons déjà remarqué, en parlant du commerce de Boukhara (1) , que les transactions entre les deux États ne sont pas très-considérables et n'emploient pas plus de 1,000 à 1,500 chameaux.

La Khivie reçoit de Hérat du tabac , des soieries, des châles, quelques armes à feu et armes blanches Elle fournit en échange, des chevaux turcomans, des chameaux, des dromadaires et surtout des peaux d'agneau.

La Perse expédie dans la Khivie des armes, des soieries, du sucre, des turquoises , des châles et du tabac. La Khivie lui envoie en retour des grains, des peaux d'agneau et des cbetaux turcomans. Malgré les Jusle.s griefs qui, plusieurs fuis, ont contraint la Russie de cesser les relations officielles avec khiva, les Kirguizes et les Turcomans qui habitent les bords de la mer Caspienne ont constamment fait des échanes avec les marchands d'Astracan , ’Orenbourg et de quelques autres villes de la frontière. Os tribus sauvages dépendent de la Russie pour le pain, le sucre, les ustensiles de cuisine, les couteaux, les gamelles, tesplats et les cuillers de bois, et pour une roule d'autres objets qui , sans être encore de première nécessité pour elles, leur deviennent de jour en jour plus nécessaires par l'effet de l'habitude. Les Kirguizes et les Turcomans donnent des moutons et du gros bétail en échange de ces differents produits.

Esclaves. Le trafic des esclaves constitue unedes branches de commerce les plus actives de la Khivie. Lesesclave.s arrivent a Khiva conduits par des Turcomans ou par des Kirguizes. Us sont marchandés et vendus comme des animaux , sans égard aucun pour le sexe ni pour l’âge. Les esclaves russes, infiniment plus laborieux, plus fo.'ts,

Ïilus intelligents et plus instruits que es Asiatiques, sont aussi vendus à un prix beaucoup plus élevé. Après ceux-ci viennent les Persans , puis enfin les Curdes. Quelquefois il arrive qu’un marchand s.irti donne une grosse somme pour un esclave persau. Mais c’est

(I) yni)tz cl-devant page SI, colonne t. II faut lire dans ce passage Âmou-üina au lieu de Sir — Diria.

qu'alors il espère pouvoir arracher de lui une rançon plus considérable encore.

M. Mouraviev raiiporte que les esclaves russes qu'il a vus à Khiva étaient cliargés de travaux extrêmement pénibles que les Asiatiques n'auraient jamais pu exécuter.

Ces esclaves recevaient tous les mots envirou soixante et dix livres de farine. Ils vendaient la-dessus tout ce qui ne leur était pas strictement néces.saire pour vivre, et avec ce petit pécule, presque toujours augmente par le vol, ils finissaient au bout de dix- huit à vingt ans ar ama.s.ser une somme à peu près sufsante pour leur rançon. Alors, ils prenaient des arrangements avec leurs mqltres pour se racheter; mais, quoique libres, ils ne pouvaient pas quitter la Khivie. Les tentatives d’évasion étaient sévèrement punies la première fois, et la seconde elles entraînaient la mort.

M. Mouraviev voyait arriver à tout moment des troupes de cinq, de dix, et même de trente prisonniers persans.

Les Turcomans les enlevaient du cûté d'Asterabad. Ils abandonnent sur la route les captifs trop faibles pour les suivre, et ces infortunés meurent dans le désert. Quand les Turcomans arrivent à Khiva, ils s'asseyent au milieu du marché entourés de leurs esclaves, qu'ils montrent aux acheteurs dans le plus grand detail. Lorsqu'ils le peuvent, ces mêmes Turcomans, en partant de Khiva, volent de nouveau les prisonniers qu'ils ont vendus , et les reconduisent en Perse , où ils les proposent a leurs parents moyennant une rançon.

Les Khiviens obligent les csel.ives persans à renoncer à la secte schiite; mais ils permettent aux Russes de suivre leur religion. Ceux-ci ont une espèce d'oratoire, où ils se rendent pour faire leurs prières pendant la nuit, sans que

fiersoiine clierche à les troubler. Un eur accorde la permission de célébrer deux têtes dans l'année. Ils se réunissent alors tous ensemble, et passent le temps à boire de l'eau-de-vie qu'ils tirent de quelques fruits indigènes. On voit rarement le regai finir sans que tous les convives soient ivres, et quelquefois des meurtres s’ensuiveot.

Quoique les maîtres aient droit de vie

L’UNIVERS

el de mort sur leurs esclaves , ils n’en usent que par exception. Ils se priveraient du secours d'un homme utile, et perdraient la somme qu'il leur a coûtée. Mais souvent on voit des esclaves avec un ail ou une oreille de moins.

IMPÛTS KT BEVENUS.

Les revenus de l'État ou du khan SC composent de plusieurs sources differentes , dont les principales sont :

t" Les impôts;

2° Les présents que l'on est oblifçé d'offrir au souverain dans certaines occasions ;

3° La vente des blés et autres produits des domaines du khan ;

4” Les fermes;

6* Les douanes ;

6° Les droits sur le butin ;

7° Les droits sur les esclaves;

8° La taxe des caravanes;

9” Les contributions de guerrr .

L'impôt se subdivise en impôt sur les maisons, impôt sur les terres, impôt sur les propriétés mobilières, impôt personnel.

i.’impôt personnel est le plus important de tous. On lui donne, dans le pays, le nom de taxe du chaudron ou de la marmite. 11 est réglé d'après la fortune de chacun. Les plus fort imposés ne payent guère au delà de 50 fr., et les moins imposés environ 12 fir. par an. On n'exempte de cette espèce de capitation que les membres du clergé, les habitants chargés d'entretenir et de réparer à leurs frais les digues et les canaux (1), ceux qui servent en temps de guerre sur les bateaux du khan, et, enfin, les gens sansasile et sansressour- C€s (|ui ne possèdent pos une tente de feutre pour se loger, ni une marmite pour cuire leurs aùments.

Les Turcomans et les Kirguizes donnent un. sur quarante de toutes les têtes de bétail qu’ils possèdent. Ils payent également un droit pour chaque esclave qu’ils amènent dans la Khivie.

L’esclave qui parvient à se racheter doit aussi payer au fisc un droit de rançon. Enfin toutes les marchandises du pays, celles qui y entrent et celles qui

en sortent sont soumises aux droits, sans aucune espèce d’exception.

Le khan tire de gros revenus de ses terres , qu’il fait cultiver par des esclaves. Ce prince possède sur la rive droite de l'Amou-Déria des forêts dans lesquelles les Rhiviens font tous les ans des coupes, moyennant une certaine somme qu'on lui paye.

Voici, suivant M. Abbott, le tableau des revenus de la Khivie (I) :

Turûomanie t trikun errantes et douanes.

SomniK payées par les habiUnU delà , Tila<

plaine uerendjedch MM)

Par les habitants de la plaine de Youl-

latan I,0ou

Par les habitants du district de Merve, y compris les droits de douane. 30,oou

Oasis de A'Airo.

30,000 familles, à demeures fixes

payant 3 tillas chacune. . . Do.ooo

30,000 familles Id. à a tillas eo,ooo

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