POLICE
11 y a dans les villes de la Khivie un corps d’officiers de police armés de gros bâtons garnis de cuivre par les deux bouts. Ces fonctionnaires portent le nom de yésaouU. Ils sont spécialement chargés de dissiper les attroupements; ce qu’ils font en frappant à tort et à travers tontes les personnes qui se trouvent dans la foule. « Lyésaoul, dit « M. Mouraviev, frappe au nom du « khan. L’Usbeck irrité songe au moyen « de se venger, et prie Dieu humble- « ment qu’il le délivre du despote qui
• l’opprime; quelquefois meme, s il est c à bout de patience, il frappe de son . couteau l’exécuteur de la volonté du . khan, et, s'enfuit en Boukharie , où a il retrouve des hommes de sa race n qui l’accueillent avec joie. Le Sarti, « resigné à subir l’effet de la volonté du « khan , supporte les coups sans muro murer , et dans sa lâche abnégation,
• il regarde comme un honneur d'a- « voir reçu des coups qui lui sont en- « voyés de la part de son maître. I.e « Turcoman se plaint, non de l’injure, « mais seulement du mal qu'on lui lait, « et il cherche à se venger de l’homme « qui le bat, sans examiner par la vo- « lüiité de qui on le frappe, et sans e concevoir la moindre rancune contre n le khan. 11 voudrait bien arracher à « l’yésaoiil son bâton , pour vendre les
• morceaux de cuivre qui en garnissent
« les bouts. Alors il bénirait la main < qui le frappe. »
Il est défendu aux habitantsdeKhiva de sortir la nuit, excepté aux heures de la prière, pour se rendre à la mosquée. Quiconque se montrerait dans lesrues à tout autre moment serait arrêté. Les esclaves des riches Usbecks qui sortent pour les affaires de leurs maîtres ne sont pas soumis à ce règlement. Des officiers de police, au nombre de vingt et un, et toujours de service, veillent au bon ordre. On ne fait de patrouilles de nuit qu’à Khiva; dans les autres villes les habitants peuvent sortir à toute heure si bon leur semble.
Supplices. Le crime delè.se-majesté, tes infractions à la loi religieuse , ainsi que le meurtre, le brigandage et même le larcin , sont punis de mort.
Ilcxistedeiix instruments desupplice , la potence et le pal. Lorsqu'un pri.sonnier doit être pendu, on le conduit au palais du khan, où il este.xécuté. Quelquefois aussi on dres.se la potence dans les carrefours et dans les marchés. Le corps du supplicié reste plusieurs jours attaché à la potence, exposé à la vue du peuple. On le remet ensuiteà sa famille , qui le fait enterrer. Si le souverain montre un grand degré de haine pour le condamné, on pend celuiK;i par les pieds, la têteen bas, et on le laisse ainsi jusqu'à ce qu’il expire. Peu de temps avant l’arrivée de .M. Mouravievà Khiva, quatre prisonniers russes furent mis à mort de cette manière, parce qu'un mouton confié à leurs soins, et que le khan aimait beaucoup , avait disparu sans qu'il fût possible de le retrouver.
Le pal,déja si terrible,a été rendu plus cruel encore à Khiva. Le pieu dont on se sert a une pointe peu aiguë , aOn de ne pas traverser aussi vite le corps du atient et de prolonger ses souffrances, .orsqu'un homme a été condamné ace supplice, on lui lie d’abord les bras et les jambes , et lorsque le pal a pénétré assez avant dans le corps, on détache les liens ; les mouvements que fait alors le supplicié augmentent ses douleurs , et il reste ainsi quelquefois deux jours entiers sans pouvoir mourir. Ce n’est que lorsque le pieu sort par le liant du corps ou par la nuque que le condamné expire. On raconte qu’un jour le féroce
Mobammed-Rahim fit empaler un esclave pifrsan qu’il soupoiunait d'avoir voulu prendre la fuite. Mais ce n’était pas assez pour le tyran de savoir que sa vengeance était satisfaite. Il voulait jouir des souffrancesatrocesdu malheureux esclave, et il le flt empaler près d’une porte de Khiva par laquelle il devait passer pour aller à la cnasse. En revenant, deux jours après, il vit cet infortuné qui faisait entendre des cris plaintifs; alors il poussa son cheval contre lui , et l’acheva d’un coup de lance.
Il existe encore en Khivie d’autres supplices, que l’on appelle châtiments domestiques, et qui consistent adonner la bastonnade sur les différentes parties du corps, et à fendre la bouche jusqu’aux oreilles. Cette dernière peine est surtout réservée aux fumeurs; mais on n’y a recours que lorsque le délinquant s’est attiré pour une cause quelconque la haine du souverain.
La confiscation des biens au profit du khan est une punition très-usitée en Khivie. Le malheureux qui y est condamné se trouve dépouillé de tout ce qu’il possèdeet réduit à vivre d’aumônes, jusqu’à ce qu'il ait trouvé un moyen de subsister. Quelquefois il demande asile à un parent, qui refuse de li; recevoir, dans la crainte de se compromettre avec le khan.
PAYS nBPENDANTS DE LA' KHIVIE.
TutrcavM^ie.
La Jurcomanie est un pays situé au sud de l’Oxus; cette contrée s’étend depuis le territoire de la ville de Baikh jusqu’à la mer Caspienne. Elle comprend de plus l’espace de terrain, qui sépare la mep Caspienne de la mer d’Aral. Sur la cote sud-est de la Caspienne, la Turcomanie est montagneuse. Elle est arrosée dans cette partie par le Gourgan et f Atrak ; la première de ces rivières, entourée de marais, coule lentement sur un fond de. vase. Sa largeur varie de trois à six toises. Ses rives très-basses sont quelquefois inondées jusqu’à des distances considérables. Son cours est embarrassé par des herbes et son eau a un goût vaseux et saumâtre. L’Atrak couleàunelieueenviron au nord du
LLMVERS.
Gourgan. Partout ailleurs laTurcomanie offre une surface plane et un désert sablonneux , où l’eau est extrêmement rare. Les rivières qui coulent des moiit.acnrs dans la direction de l'Oxus sont bientôt absorbées par le sable et n’arrivent pas jusqu'au fleuve. Le plus considérable de ces courants d’eau est le iMouruab, ou rivière de Merve, et le Tedjend , qui passe à Scliarakhs. On ne trouve dans la Turcomanie ni ville ni village , car on ne peut pas donner ce nom aux établissements qui remplacent aujourd’hui les anciennes villes de Scharakhs et de Merve. A l’exception de ces deux points, on ne voit guère dans la Turcomanie que des campements temporaires éleves près des endroits où il y a un peu d’eau et d'herbe , et où les Turcomans piquent leurs tentes de feutre jusqu’à ce qu’ils aient épuisé les faibles ressources du sol.
Le désert des Turcomans est sablonneux ; dans quelques endroits le sol est uni , et dans d’autres ou voit un nombre assez considérable de monticules fini atteignent quelquefois une hauteur de 60 à 80 pieds. Les puits qu’on rencontre dans cette solitude sont peu nombreux et très éloignés les uns des autres; ils n’ont pas une grande profondeur. L’eau n*est que rarement à plus de quarante pieds au-dessous du niveau du sol.
La Turcomanie était évidemment plus peuplée autrefois qu’elle ne l’est de nos Jours ; les ruines qu’on trouve sur plusieurs points du désert attestent ce fait. M. Abbott parle, dans son voyage du château de Kohnavizir, bâti , dit-on , par le diable, et ses guides lui citèrent les noms de plusieurs palais écroulés dont la construction est attribuée au même architecte. Chacune de ces ruines a sa légende. Voici celle du château de Schakhsenem; nous l’empruntons an Voyage de M. Mouraviev :
Schakhsenem , fille d'un prince trèsriche , était d’une beauté ravissante, l.e jeune Garib, célèbre par la douceur de sa vnixet par son habileté à jouer de la mandore, devint éperdument amoureux de cette princesse et voulut l’épouser.
Alais Schakhsenem, craipant qu'une passion aussi violente ne fut pas durable, exigea que son amant all.ât vivre pen-
dant sept années dans des contrées lointaines. Garib obéit, et comme le temps de son exil devait être pour lui un temps de douleur, il remit la mandore à sa vieille mère, en lui recommandant de ne la prêter à personne. Puis il visita divers pays. Dans ses voyages, il fut exposé a de grands périls, auxquels il n’echappa que par sa prudence et par le secours que lui prêtèrent des hommes bienveillants. Enfin le terme de sou exil approchait, et il retourna dans le pays de Sctiakhsenem. Mais pendant son absence les larmes de la tristesse avaient privé sa mèrede la vue, et le père de Schakhsenem avait promis la main de sa fille à un riclie seigneur du pays. Toute résistance avait été inutile, et Schakhsenem allait être obligée de cédera la volonté do son père, lorsque l’infortuné Garib prit sa mandore , courut au palais de sa bien-aimée , et entra dans une salle où l'on donnait un festin. Le temps et la douleur avaient changé les traits du fidèle amant ; il ne fut pas reconnu. Tout à coup, il fit résonner de la manière la plus harmonieuse les cordes de son instrument , chanta son amour, les dangers qu’il avait courus, et enfin son uésespoir.
Les sons qu’il tirait de la mandore , le son de sa voix et la vivacité de sa passion le firent reconnaître; et le père de Schakhsenem, sensible à tant de fidélité, aonsentit au bonheur des deux amants.
Les Turcomans ont la singulière prétention de ne se reposer jamais à l’ombre d'un arbre et de ne pas courber le front sous l’autorité d’un roi. Le premier fait est vrai. Leur désert ne produit, à l'exception toutefois des oasis de Alerve et de Scharakhs, qu’un peu d’herbe et quelques misérables broussailles. La prétention qu’lis affichent de n'obéir à aucun souverain repose sur des fondements moins solides, car ils payent un impôt, les uns au khan de Khi va , et les autres à la Perse. Le gouvernement intérieur de leurs aouls ou campements est confié à des aksakals ou barbes blanches, qui décident les contestations et les difficultés qui s’élèvent entre les gens soumis à leur jûridiction.
LeTurcoman passe sa vie à piller et à enlever des hommes, des femmes et des enfants, qu’il vend ensuite comme
TARTARIK.
esclaves. I^e père élève son fils , dès sa plus tendre enfance , dans ces habitudes abominables.
« I.a Providence, dit M. Joseph ■\Volff(l), emploie des moyens extraordinaires pour mettre des bornes à la méchanceté humaine. Les Turcomans du désert de Merve et de Scharakhs sont des êtres tellement perfides et d’une rapacité si grande, qu’il est impossible de compter un seul instant sur leurs promesses ou d’entrer en arrangement avec eux. Ces Turcomans, comme les Bédouins des déserts de l’Arabie, ne s’arrêtent jamais à réfléchir sur les conséquences d’un acte, excepté au moment où ils reçoivent la punition qu’ils ont méritée. Aussi , les caravanes rtevraient-elles renoncer à traverser les déserts de Merve, de Scharakhs et de Rafîtak , s’il n’existait pas dans le pays un homme capable de mettre un trein aux crimes et aux déprédations des Turcomans. Cet homme c’est le grand derviche, qui porte le titre de calife ou successeur du prophète. On lui donne l’épithète de hazret, c’est-à-dire majesté, réservée aux souverains et aux grands personnages, et les Turcomans lui rendent les mémos honneurs qu’à un roi. Ces barbares implorent toujours la bénédiction du saint homme avant de se mettre en route pour leurs expéditions, et ils lui apportent la dîme de tout leur butin. Le calife prend les caravanes sous sa protection, et donne l’hospitalité à tous les voyageurs. Obtenir sa bénédiction est le vœu le plus ardent que forment les Turcomans; sa malédiction est l’objet de leurs craintes les plus vives. Il inculque à ces êtres grossiers le sentiment de l’hospitalité, et leur répète qu’Abraham fut honoré de la visite des anges, récompense que Dieu lui accorda en retour de l’hospitalité qu’il exerçait envers les étrangers. Les souverains de Boukhara , de Khiva, de Khotan et de Khokande, et jusqu’au gouverneur d’Yarkende, dans la Tartarie chinoise , lui envoientdes présents, et lurdonneiit le titre de roi . Son nom est Abd-oul- Rahman, ce qui veut dire en arabe f esclave du Miséricordieux on de Dieu.
Il reçut ce nom parce que le jour de sa
(0 Voyez I^armlivtofamuaion t*> Bokhnra^ lome I, psg. 373.
naissance on vit tomlier une pluie bienfaisante sur tout le désert qui en était privé depuis longtemps, et les Turcomans s’imaginèrent que cette pluie était due à la naissance du saint personnage.
Abd-oul-Rahman a un fils appelé Kérim-f'erdi, réimion de deux mots, l’un arabe et l’autre turc, qui signifient te Généreux a donné. C’est l’équivalent A' ddeodatus ou Dieudonné. Il le nomma ainsi , parce que c’est le seul enfant mêle qu’il ait jamais eu. Abdoul-Rahman est l’homme envoyé par la Providence pour établir une espèce d’ordre parmi les Turcomans. Je dis une espèce d’ordre; car il les encourage luimême à combattre et à dépouiller les schiites ou sectateurs d’Ali, acte qui, comme il le leur répète souvent, est plus agréable à Dieu que l’accomplissement du pèlerinage de la Mecque.
« Dépuis plusieurs années le khan de.
Khiva a imposé aux Turcomans do Merve un gouverneur, qui réside dans le château de cette ville avec 000 Kbiviens. Les Turcomans conspirèrent contre ce gouverneur, et tuèrent quelques centaines de soldats khiviens qui occupaient le château avec lui. Environ 300 de ces malheureux se réfugièrent dans la maison du calife Abd-oul-Rahman. Les Turcomans se précipitèrent dans la maison, et demandèrent avec fureur au calife de leur livrer ces Khiviens afin qu’ils en tirassent vengeance. I.e calife sortit courageusement de sa maison, et dit aux mutins : « Tuez d’abord votre calife , puis ensuite vous ferez subir le même sort à ces infortunés qui sont venus chercher un refuge sous mon toit. ■ Les Turcomans, quoique furieux, se retirèrent; et pendant la nuit Abd-oul- Rahman escorta les débris de la garnison khivienne jusqu’au delà du désert de Merve, où ces gens se trouvèrent à l’abri des attaques et des poursuites des Turcomans. •
« Les chefs de cette nation, dit encore le même auteur, vinrent de différentes parties de leur territoire , et me dirent : Écrivez à votre roi d’Angleterre qu’il nous donne une bonne somme d’argent, et nous lui prêterons assistance dans l’expédition qu’il fera contre Boukhara, pour punir le souverain de ce pays d|avoir mis à mort .Stoddart-Sahib et Co-
L’UNIVERS
noliy-Saliib ; car nous autres Turcoinaiis nous ne nous inquiétons pas de savoir qui gouverne les pays de Boukhara et de Khiva, si cW Behadur- Khau, ou l’Angleterre, ou la Russie.
Que l'on nous donne seulenreot des khilats (des robes d’honneur) et des tillas(des pièces d’or). Nous sommes en mauvaise intelligence avec Khiva, parce que nous avons tué le gouverneur envove par le khan de ce pavs; quant aux Kaojars (les Persans), ils ne méritent pas qu'on ait la moindre coniiance en eux. Nous regrettons vraiment (|ue les Russes aient rencontré des obstacles qui les ont empêchés d'aller jusqu'à Khiva, car nous nous serions Joints à eux pour dépouiller et massacrer les habitants du pays. •
La moyenne de la taille des Turcomans est, comme celle des Ilsbecks, de cinq pieds deux pouces; mais ils sont moins lourds et moins forts que ceuxci. La plupart d'entre eux ont 1a peau brune, quelques autres sont assez blancs. Leurs traits manquent en général de régularité. Ils ont les yeux ronds, noirs, petits et brillants.
Les Turcomanes ont le teint moins brun que les hommes de leur race ; mais ejles leur ressemblent pour les traits du visage. Quelques-unes sont assez belles , et l’ensemble de leur physionomie rappelle le type europêra.
Le Turcoman mène mourd’hui une existence plus active que fUsbeck, et lui est devenu très-supéneur. Il vit dans un camp au milieu du désert; et quand ses troupeaux ne trouvent plus rien à manger dans un endroit, les femmes lèvent la tente, la chargent sardes chameaux, et la plantent dès qu’on a découvert quelques touffes d'herbe et des broussailles. Elles s’occupent aussitôt des soins du ménage, tandis que le Turcoman, bien monté et suivi de quelques chiens, part pour la chasse. Si l'occasion lui parait favorable, il attaque les caravanes, dérobe les marchandises et réduit en esclavage les marchands , qu'il va vendre à Merve, à Khiva ou dans la Boukharie. S’il arriveque les marchands soient sunnites, il les tourmentejusqu’à ce qu’ils se soient déclarés schiites devant ti-moins; car il ne veut faire de mal qu'aux gens qui ne partagent pas ses
croyances religieuses. Du reste, il est plus cruel encore que l’Usbeck envers les infortunés que le sort fait tomber dans ses mains : il vend sans remords ni scrupule la femme qu'il a rendue mère, et accable de mauvais traitements et de travail les esclaves qu’il garde pour son service ; mais quelquefois ceux - ci , n’ayant plus le courage de supporter une si triste condition , se retournent contre leurs tyrans et en tirent une vengeance sanglante. Peu de temps avant l'arrivée de M. Buriies à Scharakbs, un Jeune Persan, enlevé à son pays et à sa famille par des maraudeurs turcomans , traînait au milieu d'eux une existence misérable. Bien déterminé à conquérir sa liberté à tout prix ou à mourir, il choisit, pour prendre la fuite, un Jour où son maître, invité à un festin, avait été contraint de s'absenter. Il sella le meilleur cheval du Turcoman, et sauta dessus; mais au moment où il allait partir, la fille de son maître arriva , et se mit à crier pour donner l’alarme dans le campement; l’esclave fugitif tira son sabre, et la tua; la mère accourut bientôt à la voix de sa fille, il la tua également. Après ce double meurtre, il s'éloigna de Scharakbs au galop; il fut poursuivi , mais la vitesse de son cheval em|iécha u’on ne l’atteignit, et le Turcoman périt en un seul jour sa fille, sa femme, son esclave et son meilleur cheval.
On compte dans le canton de Merve environ 60,000 Turcomans qui s'occupent d'agriculture et un nombre à peu près égal dans l'oasis de Khiva. Ces gens conservent toujours quelque chose de leurs anciennes habitudes nomades.
Ils vivent sous des toutes, et possèdent souvent des troupeaux de bétail qu'ils envoient paître dans les steppes, sous la conduite de quelques hommes de leur tribu. Lorsque la saison les empêche de se livrer à la culture des terres, ils vont rejoindre leurs troupeaux dans le désert.
Chez les Turcomans , les femmes ne sont pas enfermées, et se montrent sans voile dans les aouls ou campements.
Aussi les unions parmi ce peuple naissentelles souvent d’un attachement sincère.
'Ce fait, qui pourrait sembler insignifiant, a toutefois tme grande jKirtée eu Asie Les Turcomans sont moins adon-
nés à des vices infâmes que les différentes nations qui les entourent. Ils sont aussi plus braves. Enfin, si la civilisation importée d’Europe arrivait dans l'Asie Centrale, nul doute que ce peuple ne devint bieutét supérieur aux autres nations tartares..
Une jeune Turcotnane vaut un prix élevé. L'amant que sa pauvreté met hors d’état de faire un achat légitime enlève celle qu'il aime, la met en croupe sur son cheval , et pagne au galop un campement voisin, ou le couple est reçu ; et des lors le divorce devient impossible. Cependant l’affaire s'arrange. Le jeune homme s'engage à donner pour prix de sa femme un certain nombre de chevaux et de chameaux. S’il est riche, il paye immédiatement ; s'il est pauvre , comme cela arrive presque toujours, il s’engage à payer sa dette, des que les circomstances le lui permettront. Il va alors faire des incursions en Perse , jusqu’à ce qu’il soit parvenu à dégager sa parole. Après renlèvement et le mariage, la jeune femme est reconduite à la maison paternelle, où elle consacre une année à faire les tapis et les vêtements nécessaires pour un ménage turcoman. Enfin, le jour anniversaire de sa fuite, on la conduit dans sa nouvelle demeure, et on la remet à son mari.
I^es voyageurs s'accordent à dire ipje les Tnrcoinanes sont très-laborieuses et très-adroites à tous les ouvrages de femme. Elles font des tapis, des couvertures de cheval, différentes étoffes de poil de chameau, des ceintures, des draps, du feutre; mais on leur reproche de ne pas attacher as.sC7. de prix à d’autres vertus de leur sexe.
Quand les Turcomans veulent régaler un étranger, ils lui font dire qu'ils ont égorgé un mouton. Lorsque les convives sont réunis , on étend a terre une sorte de nappe, sur laquelle on place des galettas d'environ deux pieds de di.vmètre et d’un pouce d’épaisseur, faites avec de la farine grossière à laquelle on ajoute des tranches de potiron. Quand tous les assistants ont rompu une part de cette galette , on apporte la viande, qui consiste invariablement en un mouton entier qu’on a fait cuire dans une énorme marmite de fonte. On détache avec les doigts tons les os de
la béte , et ou déchiré la viande eu petits morceaux. On casse également galette par bouchées, et Ton jette le tout dans la marmite où l'on a laissé le bouillon. On sert ensuite ce mélange dans des gamelles, et on en place une de deux en deux convives. La manière de ma nger des Tu rcuina ns est extrêmement dégoûtante, ils plongent leur main dans la gamelle , et l’en retirent pleine de viande et de pain. Ils commencent à manger par le poignet, et continuent aimsi jusqu’à ce qu’ils soient arrivés au bout des doij^ et qu'ils aient tout dévoré. Ils se lèchetit la main coiiime feraient des animaux, ayant toujours l’attention de se tenir au-dessus de la gamelle, afin de ne rien perdre et de nouvoir reprendre plus lard ce qui toiiinerait de leur main et de leur bouclie. Après le plat de viande, ou sert des melons , et le repas se termine par une pipe de tabac. Les feiiunes n’assistent puint à ces sortes de réunions.
M. Bûmes, pendant son séjour à Scliarakhs, vit un jour arriver, par petites troupes de deux ou trois hommes, des Turcomaus qui revenaient d'une incursion en Perse. Ces gens avaient réussi à faire un coup de main, quatre jours auparavant, auprès de Meschehed , et ils avaient eu l’audace de panser a clieval sous les murailles de In ville, eu pous.sant devant eux les liomim s et les animaux dont ils venaient de s'emparer.
Rien ne s'opposa a leur marche , et mil ne songea a les inquiéter. Quand ils fuient a une petite distanc.e de la ville, ils comptèrent leur butin et virent qu'ils se trouvaient en possession de cent quinze esclaves, de deux cents chameaux et d'autant de tètes de bétail.
Ils se partagèrent les hommes et les bétes, après avoir prélevé un cinquième pour le khan de Kbiva. Ces gens, dit M. Bûmes, se félicitaient du nombre considérable d’hommes valides et robustes, et de la petite quantité de barbes blanclies qui se tnHivaient parmi les prisonniers. Ils avaient rencontré au retour une petite troupe de cavaliers
Çirsans. Un engagement s’ensuivit. Les urcomans eurent un liomme blesse ; mais ils prirent quinze chevaux et un soldat persan. Ils forgèrent celui-ei pour remercier Pieu de l'heureuse
ly v^.oogle
SS
I/UMVERS.
issue de l'expédilion. Ils en usent de inOinc à l'égnrd de presque tuus les hommes Agés qui tombent dans leurs mains. iNe |K>uvant pas en tirer un parti avantageux, ils les offrent a Dieu comme des victimes propitiatoires , et les massacrent.
M. Burnes conçut une opinion assez favorable du courage de ces Turcomans, car plusieurs d'entre eux n'étaient pas bien armés, lis avaient tous dus sabres, quelques-uns de longues lances assez légères, et tout à fait différentes de celles des Usbecks ; quelques-uns seulement possédaient de petits mousquets. Les chevaux paraissaient rendus, et n'avançaient qu'en boitant; mais il y avait treize jours qu’ils étaient en campagne, mangeant à peine et travaillant beaucoup. I.a)rsque le Turcoinan part pour une expédition , il emporte le grain nécessaire pour son cheval, ainsi que du pain et de la farine pour lui-méme. Quelquefois il enterre dans un endroit qui lui est bien connu une partie de ces vivres pour les prendre au retour, üe cette manière , il se trouve avoir des provisions pour lui et pour les prisonniers qu’il a enlevés.
« Dans la liste des misères humaines, dit M. Burnes, il en est peu qui détruisent plus complètement le bonheur domestique que le cruel système de voler des hommes pour les réduire en esclavage.
Cependant, quelque terribles que soient les malheurs qu’entraînent ces sortes d’enlèvements, ils ne procurent au.x hordes qui s’en rendent coupables ni les richesses ni les jouissances de la vie. Ces tribus vivent couvert de haillons et dans le. besoin; et, suivant les apparenoBS, elles ne tirent aucun avantage de leurs déprédations. L’épouvante que les Turcomans inspirent aux habitants des contrées voisines de leurs déserts ost affreuse, et cette circonstance n’a rien qui doive nous étonner, puisque ces barbares montrent un .si grand courage et une énergie si persévérante dans leur dangereux métier. ■>
Il est certain que les Turcomans font preuve d’adresse et de courage dans leurs expéditions; mais il ne faut pas oublier non plus que s’ils n’avaient pas trouvé une connivence coupable de la part des chefs et des gouverneurs établis
par le roi de Perse, leurs expéditio'ns ne réussiraient Jamais. Mous avons déjà eu occasion de remarquer qu’un gouverneur intègre a suffi pour faire cesser les déprédations dont le Khorasan était constamment le théâtre.
.ScHABXKHS.L’étahlissemcntdesTurcomans à Scharakhs consiste en un petit fort en ruine et situé sur une éminence. C’est à l’abri de ce fort que les habitants ont bâti leurs demeures, qui se réduisent à un petit nombre de maisons de terre, appartenant toutes à des juifs de Meschehed établis à Scharakhs. Quaut aux Turcomans, ils demeurent sous des lentes de feutre, ou A/iirgas, qui méritent une mention particulière. Ces tentes, hauteset spacieuses, ont jusqu’à vingt-cinq pieds de diamètre. Là charpente en est recouverte de treillis de roseaux , et le toit est formé de lattes. On a laissé au milieu une espèce de châssis circulaire d'environ trois pieds de diamètre, que l’on ferme et que l’on ouvre à volonté, lorsqu’on veut donner
fiassage à la fumée ou laisser entrer la umière. Le sol est couvert de pièces de feutre et de tapis plus ou moins beaux, suivant la richesse du propriétaire. Les parois intérieures de la tente sont également garnies de tapis. Dans un coin se trouve une espèce de petite garde-robe, où les femmes déposent leurs vêtements et des couvertures de soie et de coton, sur lesquelles elles couchent. Ces tentes sont commodes, ne re.ssemblent pas à desdemeures temporaires, et ne donnent nullement l’idée d’un campement de tribus errantes; on peut cependant les démonter en un instant et les placer sur des chameaux.
On trouve aussi à .Scharakhs le tombeau vénéré d’un santon musulman appelé Abd-oul-FazU-Housn . Ce personnage, qui vivait il y a plus de aeux siècles, est extrêmement vénéré par les Turcomans. Quand une personne tombe malade, elle invoque le nom du saint.
Si un cheval ou un chameau paraît souffrir, le maître fait le tour du tombe.au dusanton, espérant obtenir par son intercession de conserver la bete dont il redoute la perle. Ce tombeau est le seul endroit où les Turcomans de .Scharakhs fassent leurs dévotions; car ils n’ont pas de mosquée et récitent leurs prières
TAUTAnit-:,
fij
sous une tente ou en plein air, sans faire d'ablutions et sans étendre un tapis par terre. On peut dire en général uu'ils sont des musulmans peu zélés.
Leurs mollahs, en très-petit nombre, ne jouissent d’aucune considération parmi eu.x.
Nous ne pouvons quitter Scbarakhs sans parler a'une plante singulière qu'on trouve dans les environs. Cette plante, appelée en turc guik Ischenak, ce qui veut dire littéralement coupe du cer/, ressemble à la ciguë et à Passa foetida, et a une odeur désagréable.
Une grande feuille qui engatne la tige entoure cbacnn de ses nœuds ou de ses articulations. Les eaux des pluies qui tombent au printemps se réunissent dans cette jatte naturelle , où les cerfs vont se désaltérer. Telle est du moins , suivant la croyance populaire des Turcomans, l'origine de ce nom.
Mebve. La ville de Merve est abandonnée aujourd'hui et tombe en ruines.
Il n'y a pas jusqu'au tombeau du grand Alparsian (1) qui ne soit presque entièrement oublié et dans nn état de dégradation et de décadence complet.
Cependant la position de Merve est trop importante pour que cette ville ne recouvre pas une partie de son ancienne splendeur, si les luttes dont l'Asie centrale est le théûtre s’apaisent pour quelque temps. Merve, ou plutôt l’emplacement de cette ville, est actuellement un entrepôt de commerce entre Khiva, Boukhara, Hérat et Meschehed.
Depuis que Merve appartient au khanat de Khiva , le titre de gouverneur de cette ville est une des fonctions les plus importantes de l’f.tat. gouverneur habite un petit château de terre, sur la rive occidentale du Mourgab , à un endroit où cette rivière se partage en cinq grands canaux. Près dn château se trouvent quelques misérables huttes où l'on vend différentes denrées. C'est le marché le plus important des environs.
l.es habitants de Merve passent pour avoir un caractère perflde. M. Joseph Wolff rapporte à ce sujet un proverbe qu'il entendit répéter souvent à Boukhara et à Meschehed ; « Si tu ren-
« contres en même temps un serpent • et un habitant de Merve, commence « d’abord par tuer le Mervien, puis tu « t’occuperas du serpent (I). » Il faut dire toutefois, à la louange des naturels du p.ij's de Merve, gu’iïs ont un goût décide pour la poesie, et le même voyageur nous apprend qu’ils se réunissaient en assez grand nombre dans sa demeure pour entendre lire quelques poèmes persans.
Les Turcomans de la Caspienne ne diffèrent pas notablement de ceux qui habiteutlesoasisdeScharakhs.de Merve et de Khiva. Dans ces diverses contrées, les femmes ne se voilent pas le visage. Kllesont aussi les mêmes traits, en général aîr.éables et gracieux, la taille egal.-inent élevée. Leur habillement consiste , dans ces dilferentes provinces, en un caleçon de couleur et en une grande robe rouge. Leur coiffure élégante rappelle un peu, selon .M. Mouraviev, celle de nos Cauchoises. Leurs bonnets sont garnis d’or on d'argent, suivant la fortune dn mari. Elles ont les cheveux séparés sur le devant de la tête, rassemblés sur les côtés , et réunis en une longue natte qui pend sur le dos, et que l'on garnit pour l'ordinaire de grelots d’argent. M. Mouraviev croit qu’elles ne sont pas exemptes d'une ceriaine coquetterie. Chaque fois qu'il entrait dans un campement , il les trouvait vêtues avec simplicité; mais quand ensuite il en sortait, il les voyait dans leurs plus beaux atours, assises devant leurs tentes, ayant l’air de solliciter son suffrage.
I.a's T tircomans de la Caspienne exercent le brigandage sur cette mer. Ils s’emparent de tous les bateaux et bâtiments qui ne sont pas assez forts pour leur résister, et vendent ensuite les équipages à Khiva. C'est ainsi qu'un grand nombre de matelots et de pécheurs russes ont perdu la liberté. Ces Turcomans ont pour armes des sabres , des lances , et aussi des fusils à mèche et des arcs ; mais ils ne savent pas s'en servir avec adresse; leurs fusiissont mal faits et mal entretenus, et leur poudre est de mauvaise qualité. Ils paraissent,
(1) Voyex sur Alp.'irslan In Pi'ru, dans l’t'- (1) Voyez yarmtive of n miuion to Bokhara^
nivm piUorenqur. pagni 343 et 344. loine I , page 130.
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L’UNIVERS
du reste , jouir d’une certaine aisance.
Cettedernière circonstance fait supposer qu’ils retirent d'assez beaux prolits de leur traüc régulier, qui consiste principalement à transporter dans des barques du naphte et du sel en Perse. Us fabriquent aussi quelques tapis d’assez bonne qualité, et exercent différents métiers.
Un trouve chez eux des orfèvres assez habiles f our frapper des médailles qui servent de bijoux aux femmes.
Ils cultivent la terre et sèment du blé. Mais comme ils n’en récoltent pas une quantité sufli.sante pour leurs besoins , ils achètent le surplus en Perse. Ils possèdent des troupeaux considérables, qui paissent sur les bords de l'Atrak et du Gourgan. Ils se livrent également à la pèche, et en hiver ils font la chasse aux cygnes, qui leur fournissent une grande quantité de duvet.
Ces Turcomans sont extrêmement superstitieux. M. Mouraviev raconte qu’une nuit , pi'iidant qu'il traversait la steppe entre la tuer (iaspienne et Kbiva, d y eut une éclipse de lune qui dura plus d'une heure et cau.sa de vives lu(|uietudes aux Turcomans. Ils demandèrent au voyageur russe la eau.se de ce phénomène , et ajoutèrent aussitôt , sans attendre sa réponse , que la lune ne s'éclipsait guère qu’à la mort d’un souverain ou d’un grand personnage; cet événement annonçait donc , suivant toute apparence , que l'envoyé msse recevrait un mauvais accueil du hlian de Khiva. Comme il importait beaucoup a M. Mouraviev de faire revenir cee gens d'une opinion qui pouvait avoir pour lui des suites fâcheuses , il essaya d’abord de leur faire comprendre la cause des éclipses. Mais , voyant qu’il ne pouvait y réussir, il se mit à parler avec hardiesse sur la marche des astres , et les Turcomans liuiren t par s’en rapporter à sa sagesse : « Tu
• es un véritable ambassadeur, lui dit rent-ils, tu es un homme rare; car
• non-seulement tu sais ce qui se fait
• sur la terre , mais tu n’ignores même « pas ce qui se passe dans le ciel. > M. Mouraviev mit le comble à l’admiration de ses compagnons de voyage, en leur prédisant quel serait le côté de la Itme qui reparaîtrait le premier.
Les Turcomans de Scharakhs et de
Merve ne sont ni moins ignorants ni moins superstitieux que ceux de la Caspienne. Rendant que M. Burnes était a Scharakhs, un des chameaux de la caravane devint furieux. Cet animal écumait, gémissait, et refusait toute espèce de nourriture. Les Turcomans décidèrent que le chameau était possédé du diable; et en conséquence ils allèrent consulter les voyageurs européeiis pour apprendre d’eux le remède le plus efficace dans un cas semblable ; ceux-ci, craignant de compromettre leur savoir, déclinèrent l'honneur deguérirlechameau.
Les Turcomans convinrent alors de passer une torche allumée devant les yeux et près du corps de l’animal , de brûler des roseaux et des genêts sous ses naseaux. Le chameau, à ce qu’il parait, se trouva fort bien de ce traitement, et les Tiircomans s'imaginèrent avoir mis en fuite le mauvais esprit.
On ne peut nier que les Turcomans n'aient un certain courage. Ils aiment les expéditions aventureuses, et accordent leur admiration aux guerriers illustres; ils parlent d’Alexandre le Grand et de Timour, comme si ces conquérants avaient vécu à des époques rcceutc.s. Un Turcoman qui se trouvait dans la même tente que ,M. Joseph Wolff , se mit un jour à frapper la terre avec sa main en disant : « cW dans ce lieu que naquit Timour; c’est par ici qu'il passa pour aller punir le khan de Kharizme (Khiva), et il le traita rudement. Il lit eleter, dans la ville d’Ourguendje. une pyramide entièrement composée de crânes humains. Il n’épargna personne, excepté les saints derviches, les savants et les poètes , dont les maisons furent protégées par des gardes. Neuf fois Timour visita le désert de Merve , et neuf fois il retourna en triomphe à Samarcande.
Ce héros avait les cheveux blancs depuis sou enfance(l), et, parlavigueurdeson corps, il aurait été capable de tuer un Roustam. Il avait une âme si forte, que jamais il ne pleura. Il aimait tellement la vérité , que lorsqu’une personne lui disait un mensonge dans l’intention de
(1) Lfp:! clifvinix blanoK mmi l'rrnblème de ia RfiKi'N.se pour iH'UpIrs de PAsie.
Ainbi le» poûles p4’r&ans rapportent /al .
du héroa Eoustun , naquit avec une dtO’ vpiure df ccUc couleur
lui phiire, il la faisait aussitôt mettre en pièces, et quiconque lui disait une venté, même désagréable, recevait de l’or pour sa récompense. A la mort de son lils, qu’il aimait tendrement, il leva les yeux au ciel , et prononça ces paroles : « Aous sommes à Dieu, et nous retournons à Dieu. » Alors un autre TurcomanditàM. Wolff : « Timour visita aussi lepaysdeRoum (l);il lit prisonnier Bajazet, et le transportai) Samarcande dans une cage. 11 ne fut blessé qu’une seule fois, dans le pays de Sistan. Cette blessure le rendit boiteux ; etcefut à cause de cette circonstance qu’on le surnomma Timour-Lenc (21 ( Timour le ISoiteux). Ce prince fit construire à Samarcande un nombre considérable de jardins. On voyait à sa cour les plus savants hommes de la Chine , les fahirs de Tlndoustan et les hommes les plus instruits du pays de Roum. Il donna l’hospitalité aux Juifs et aux Guèbres, aux Cosaques et aux habitants de la Russie. Ce héros, né à .Schéhériseb/.e , était en route pour conquérir la Chine , lorsque le destin en décida autrement.
Il mourut à Otrar ; mais son corps fut transporté a Samarcande, où on l’enterra dans un splendide monument. >
Nous avons donne ce récit, parce qu'il nous parait caractéristique. Ce n’cst pas la vraie bravoure, le courage généreux, qui excite l’admiration du Turcom.in : il respecte bien davantage la cruauté froide et impassible qui soutient sans s’émouvoir le s|iectacle des souffrances et de In mort des autres hommes.
Tribus turcomases. I.es Turcomans, qupique issus d’une souche commune, sont partagés en différentes tribns, parmi lesquelles il en est plusieurs qui obtiennent la prééminence sur toutes les autres. Le nombre total des familles de celte nation fixées dans la Turcomanie est estimé à 140,1100; elles n’obéissent pas toutes au khan de Rhiva. On jieut les diviser en Turcomans de l’Est «t Turcoinans de l'Ouest.
(1) O nom rhfz le» Mu5Uloian4« l'A-
sie-MimMin* 4*t lu parti»* di* l’Kurope stiumîM iiii\ MiUuntv de Con&tantinoplf».
(*i) IKmt nul!» avou5 fait, cuniuic on «ait,
Tiimnian,
Turcomam orientaux.
Tribu de Salor ( de Scharakiis).. 2,000
— Sarak (de Merve) 20,000
— Ersari (Üaut-Oxus)... 40,000
— Taka ( du Tedjend).... 40,000
— Sakar (de l’Oxus) 2,000
Total 104,000
Turcomans occidenta‘>sx.
Tribu de Yamoud (d’Asterabail
et de Khiva). ....... 20,000
— Goklan (du Courgan). 3,000
— Ata (du Balkan) :,OOC
— Tschaoudar (de Man-
guischfak) 6,000
Total 30,000
Total général 140,000
Pays des Karakaé/iaks.
Cette contrée, située sur les bords du Jaxartès, tire sou nom des tribus qui l’habitent. Les Karakalpaks errent sur toute la surface du pays pendant l’été, et passent l’hiver entier dans les mèmef campements.
KHANAI DE KOUNUÜUZE.
Le khanatde Knundouze, situé entre le Caboul et la Boukharie, renferme toute la contrée comprise dans le bassin du Hant-üxus et dans une partie du bassin de la Kama. Ce klianat doit toute son importance à un chef usbeck.
Mohammed - Mourad-Beg , qui étant parvenu , il y a environ trente ans, à s’emparer de la ville et du district de Koundouze , étendit par des conquêtes successives les limites de ses États.
Quand il avait subjugué on pays, Mohammed-Mourad-Begen laissait legouvernenient au même chef, duquel il exigeait seulement l’entretien d’un corps de troupes qui devait tenir garnison dans cette nouvelle conquête, et un certain nombre d’hommes pour servir dans son armée. Il augmenta ainsi sa puissance, et se trouva en mesure de pourvoir à la conservation et à la défense, de son territoire, sans s’exposer aux révoltes qu’amènent toujours les change-
L'UNIVERS
in''iils de souverain et le déplacement des intérêts particuliers.
Le klianat de Koundouze se compose des districts suivants :
Koundouze,
Khouloum ,
Heïbak ,
Gori,
Inderab,
Talikan ou Taligan , llazretimam ,
Itadakhscbane,
Schagnan ou Sagnan ,
Wakhan,
Dervazeh.
Koundouze. La ville de Koundouze, capitale du klianat, est située dans une vallée entourée de montagnes, excepté vers le nord, où le pays s’ouvre du côté de l'Oxus, qui en est éloigné d’environ 16 lieues et demie. Cette ville est arrosée par deux rivières qui se réunissent au nord. Le climat de Koundouze et de ses environs est tellement insalubre, qu'on dit proverbialement dans le pays : Si tu as envie de mottrir, va à Koundouze. Toute la vallée ne forme, pour ainsi dire, qu’un vaste marécage. On cultive cependant avec succès, dans les parties qui ne sont nas complètement inondées, l'orge, le troment, et surtout le riz. En été, la chaleur y est insupportable, et en hiver la neige y couvre le sol pendant trois mois. Quoique cette ville soit le marché de tout le district , ceux des habitants qui peuvent aller s’établir ailleurs fuient un séjour mortel. C'est à cette cause qu’il fout attribuer le chiffre peu élevé lie la population. Koundouze ne compte pas plus de 1,500 habitants distribués dans 5 il 600 maisons de terre., On voit, parmi ces huttes, des haiiprs recouverts de paille et des tentes d’Usberks jetés çà et là sans alignement. Des jardins et des champs de blé occupent une partie des faubourgs, et se prolongent jusque dans la ville. Rien, en un mot, ne ressemble moins à une capitale. A l’extrémité orientale de Koundouze se trouve la forteresse, qui couvre un grand espace de terrain. Elle est défendue par un fossé à sec et par une muraille de terre en assez mauvais état, excepté du côté du sud. Le palais d’hiver du khan, entouré d’une muraille percée
de meurtrières, occupe une partie de cette fortere.sse.
Khouloum. La ville de Khotilouni , appelée aussi Tasch-Kourgan, est sitiiOT sur la rivière de Khouloum, affluent de l’Oxus, et sur la route entre Balkh et Koundouze. Cette ville, la plus importante de tout le khanat , a une population de 10,000 âmes. Les maisons, hâties de terre et de briques cuites au soleil, sont à un seul étage, et se terminent en dôme, suivant l’usage du pays. Cliaque maison est séparée et fermée par une clôture parliculiere. T.cs rues de Khouloum sont droites, a.ssez larges , et se coupent à angles droits ; on voit dans presque toutes un ruisseau d’eau courante. La ville est entourée d'une muraille de terre garnie de portes de bois. Ces fortifications suffisent pour mettre les habitants à l'abri d'un coup de main tenté par de la cavalerie; mais elles ne pourraient pas résister au canon. La ville est encore défendue par deux fortins bâtis, l'un sur une éminence du côté de la rive droite de la Khouloum, l’autre sur la rive gauche de cette rivière et dans la plaine. Les deux forts sont de terre et hors d’état de soutenir une attaque en règle. On remarque à Khouloum quatre caravansérails. IjCS habitants de la ville sont desTadjics, des naturels du Caboul et des Usbecksen petit nombre. I.es professions de banquier, de teinturier et de droguiste sont exercées presque exclusivement par des Indous. l..es marchandsde fruits secs viennent du Caboul . Les Usbecks ne se livrent à aucun commerce; car ils regardent toute espèce de trafic comme avilissant. On tient dans la ville un marché deux fois par .semaine, les lundis et les jeudis. On a disposédes emplacements séparés pour la vente des chevaux, des ânes, des mulets, des chameaux, des boeufs et des vaches, des moutons et des cl»èvres. On trouve aussi dans les marchés des toiles de coton de différentes espèces, du coton en laine, des cuirs tannés , du bois à brûler, des fruits , et jusqu'à des bottes de gros cuir, comme on les porte dans le pays, avec de hauts talons garnis de fers. On y trouve aussi de l'indigo, des indiennes, des couvertures , des turbans, et plusieurs autres
articles de l’Inde. On y vend un nombre considérable d’objets de sellerie , de qualité inférieure. Il y a dans cette ville un marché spécial pour les melons, ue les campagnes environnantes prouisent en très-grande quantité. Ou exporte de KhouToum à Yarkende des moutons et des fourrures pour lesquels les Chinois donnent en échange du thé.
L’ancienne ville de Khouloum, auj'ourd’hui entièrement détruite, était située à une lieue et demie de la nouvelle. La situation qu’elle occupait dans la plaine l’exposait a être souvent pillée dans les incursions des chefs voisins.
Ce furent les Uézarehs qui portèrent le premier coup à la prospérité du vieux Khouloum, en détournant le cours de la rivière qui fertilisait les campagnes des environs. Cette ville était fameuse pour la quantité de ses vergers et la qualité exquise de ses fruits.
KU.4NBHABA0. La vüle ou plutôt le bourg de Rhanehabad contient deux collées où l’on enseigne la théologie et la jurisprudence musulmanes. On y étudie encore quelques passages choisis des principaux poetes persans. Là se bornent toutes les étuoes qu’on peut faire dans ces établissements. Le bourg est situé sur la rive orientale du courant d’eau auquel il donne son nom.
On le passe sur un pont de pierre en mauvais état. Rhanehabad se compose d’une forteresse considérable et mal bdtie et d’environ six cents maisons de terre. Les deux collèges et l’hdtel du gouverneur sont les seuls édifices passables de l’endroit. La plus grande partie des habitants sont des naturels du Badakhschane. Le climat de ce bourg est meilleur que celui de Roundouze.
Au nord de Rhanehabad se trouve une montagne appelée Koh-ambar, dont les cimes s'élèvent d’environ 2,300 pieds au-dessus du niveau des plaines environnantes. Cette montagne est située entre les pays de Talikan, de Roundouze et de Hazret-Imam. Les pâturages en sont communs aux troupeaux de ces trois provinces. Les habitants du pays assurèrent au lieutenant Wood que le Roh-ambar n’avait pas toujours occupé cet endroit, mais qu'il avait été amené là par un saint homme qui l’apporta de l'Indoustan ', et pour preuve
de cette vérité, ils lui assurèrent qu'on trouvait sur la montagne plusieurs plantes naturelles de l’Inde. On voit dans le Roh-ambar un nombre considérable d'aigles et de corbeaux.
Hëïbak. Ileïbak est un gros bourg défendu par un château de briques cuites au soleil. Il est situé à environ 4,000 pieds au-dessus du niveau de la mer.
Le terrain des environs est gras et fertile et la végétation magniliqug. Le pays est infesté d’un nombre prodigieux de serpents et de scorpions. Les maisons de Heîbak se terminent toutes par un dôme dans lequel est pratiqué un trou pour servir de cheminée, de telle sorte, dit M. Burnes, que le village ressemble à un groupe de ruches immenses.
Les femmes de Heîbak paraissent avoir une grande prédilection pour les vêtements de couleurs vives. Les voyageurss’accordeut à dire qu’elles sont fort jolies, ce dont on peut facilement juger, car elles ne se voilent pas. M. Burnes observe qu’elles ont le teint lieaucoup plus blanc que les hommes.
Gobi. La ville de Gori s’élève sur les bords d'une rivière du même nom, et qui prend sa source sur le versant occidental du Belour-tag ou monts Belour. Le Gori, réuni au Ferkhah.est appelé Ak-Seral et porte ses eaux à l’Oxus.
Indbbab. Inderab ou Anderab est une petite ville , chef-lieu de district. Elle est située sur le Razan ou Anderab, affluent de l’Oxus, près d'un défilé par lequel on entre dans les montagnes de l'Indou-Rousch.
Talikan. Le district de Talikan ou Taiigan, comme disent quelques voyageurs, est un des plus importants de tout le khanat. La ville capitale, qui s’appelle aussi Talikan, ne contient pas plus de 400 maisons de terre. Elle est située à fort peu de distance d’une rivière. Les habitants sont presque tous originaires du Badakhschane. Un tient dans cette ville deux fois par semaine un marché auquel se rendent de tous les environs près de 4,000 personnes, les unes à cheval, les autres sur des ânes. On vend à ce marché un nombre considérable de berceaux, de jouets d’enfant et de cages. On y trouve aussi îles peaux ,
L’UNIVERS
des toiles de coton blanches et de couleur. Tout le pays jusqu’à une distance d'environ sept ou huit lieues à la ronde se fournit au marché de Talikan.
Hazbet-Ima.m. Cette ville est le chef-lieu d’un petit district du même nom, dans la vallée de l'Oxus.
Badakrschàxb ouFeîzabad, ancienne capitale de cette province et autrefois célèbre dans l’Orient , est aujourd’hui complètement détruite. On ne >«it plus sur son emplacement que quelques troncs mutilés des arbres qui ornaient Jadis ses jardins. Mourad-Beg est la cause de la perte de cette ville. Il en fît transporter les habitants a Koundouze, ou la plupart succombèrent bientôt, victimes du climat. Cet acte cruel autant qu’impolitique priva le pays d'uue ville importante, et diminua la population et le revenu.
Ojerm. Djerm, capitale actuelle du Badakhschane, mérite à peine le nom de ville : c'est plutôt une réunion de villages et de hameaux défendus par une forteresse bien bôtie et la plus importante du khanat de Koundouze. La ulation n’excède pas 1,500 ômes.
ALLEE DE LA KOKTSCHA OD RI- VIERE DE BaDAKBSCHAIXE. — MlItES DE LAPis-LAZDLi. La vallée de la Koktscha est extrômement étroite dans In partie où se trouvent les mines de lapis-lazuli. Elle n'a guère en cet endroit qu’une centaine de toises de largeur.
Les montagnes qui la ferment des deux côtés sont nauteset nue.s. L’entrée des mines est placée au milieu d’une montagne sur la rive droite de la Koktscha et à une hauteur de près de 1,4(W pieds au-dessus du niveau de cette rivière. La route quiyconduit est devenue extrêmement dangereuse par le détaut d’entretien. On descend dans les mines par une galerie dont la pente est assez roide. Cette galerie, longue d’environ quatre-vingts pas, se termine tout à coup par une fosse qui peut avoir dix-huit a vingt pieds de diamètre et autant de pruionueur. La galerie a douze pieds de hauteur et autant de largeur. Dans ueluues parties elle est obstruée par es éuoulemcnts, de sorte qu’on ne peut avancer qu’cn se traînant sur les genoux et sur le ventre. Il y est arrivé de nombreux accidents , et l’on a donné à quel-
ques parties de la raine le nom des malneureiixquiysontrestés ensevelis. Il seraitfacilede prévenir le retour de pareilles catastrophes ; il suffirait pour cela d’étayer la galerie avec des piliers. Mais le chef de Koundouze ne parait nullement disposé à entreprendre ces travaux; et comme depuis quelques années les fouilles sont devenues à peu près infructueuses, il a donné ordre qu’un interrompit provisoirement les travaux. Ces mine.s , exploitées depuis plusieurs siècles, sont, suivant toute apparence, épuisées aujourd’hui.
Le procédé qu’emplovaient les gens du pays pour extraire les pierres précieuses est extrêmement simple. Ils allumaientun feu de bruyères au-dessous de l’endroit qu’ils voulaient exploiter.
La flamme s’élevait sur toute la surface du rocher; et, lors(|ue les ouvriers reconnaissaient que la roche était suffisamment échauffée, ils frappaient avec des marteaux et la brisaient jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à la pierre objet de leurs recherches. Quand ils avaient reconnu sa présence, i|s introduisaient de fortes pinces dansie rocher, et l’en détachaient. Les mineurs distinguent trois espèces de lapis-lazuli : le nili ou couleur d’indigo, Vasmanie ou bleu de ciel, et enfin le vert. On trouvait la nuance l.i
Î dus recherchée, le bleu d’indigo, dans es rochers de couleur foncée. Plus on approchait de la rivière, et plus le lapislazuli avait une teinte éclatante. Ce n’était qu’en hiver qu’on travaillait aux mines. Cette exploitation étant une corvée que le gouvernement imposait aux habitants, ceux-ci choisissaient pour la faire le moment de l’année ou ils avaient moins d’occupation, et profitaient de l’époque favorable pour se livrer aux travaux des champs, d’où ils tirent leur subsistance.
Hameaux et villaoes. Il est d’usage, dans le pays de Badakhschane, que les membres d’un* même famille vivent ensemble, dans un seul hameau, au nombre de six ou huit ménages. Ces hameaux sont protégés par un mur extérieur, et chaque ménage possède dans l’enclos une maison, une écurie et un hangar pour le bétail. La réunion de |ilusieurs hameaux forme ce qu’on appelle dans le pays un kischlak ou
DV. : , GoogU
mllage. M. Wood en d^rit un dont la situation le frappa. Il était à rai-côte sur une colline; non loin de son enceinte coulait une petite rivière dont les bords étaient plantés de noyers , de mûriers, et couverts d’un gazon magnifique. Au bas de la colline, dans la vallée, se trouvaient des champs de blé qui fournissaient aux habitants leur principale nourriture. Derrière la colline s’élevaient des montagnes avec leurs cimes couvertes de neige. L’enceinte du hameau était formée par un rour de pierre. Les hangars et les écuries en occupaient ta partie inférieure. Les maisons avaient des toits plats , au milieu desquels était pratiqué un trou pour donner passage à la fumée. Cette ouverture se fermait au moyen d’un châssis de bois lorsqu’il tombait de la neige. Dans quelques chambres plus grandes, le toit était soutenu pnrquatre colonnes, faisant un carré au milieu delà pièce. Le sol de ce carré, beaucoup moins élevé que le reste de la chambre, formait un banc , et était recouvert de nattes de paille et de pièces de foutre. C’est la que tous les membres de la famille allaient s’asseoir et se coucher. Les murs des habitations, extrêmement épais, étaient recouverts d’une couche de terre en dedans et à l’extérieur, et on y avait pratiqué des niches pour déposer tous les ustensiles de ménage.
Les habitants du pays .sont fort pauvres ; et, quoique peu nombreux, c’est à peine s’ils peuvent tirer leur subsistance des terrains improductifs qui les environnent. On ne comprend pas comment ces malheureux s’obstinent à vivre dans un pays stérile et désolé par des tremblements de terre, tandis qu’il leur serait facile d’émigrer et de s’établir dans d'autres cantons où ils trouveraient bien plus facilement des moyens de subsistance. Les femmes paraissent extrêmement disposées à renoncer à leur patrie ; mais les hommes , soit apathie, soit pour toute autre cause, s'obstinent è y rester.
Meubles et ustbtisiles de Hé- NAGE DES Badarhsciiasis. Lcs besoins de ces montagnards sont bornés au strict indispensable. M. Wood donne une liste des objets considérés par eux comme nécessaires pour entrer en mé-
nage. On pourra juger par cet aperçu de la nianicrc de vivre des Badaklischanis.
Tsngat. Roupte».
Achat d'une remnic. ... » 25
Lit complet > 6
Antimoine pour les jeux
de Id mariée 3 n
Un cimndron de fer » 2
Une gamelle et des cnillcrs
de bois 3 >
Une passoire 2 »
Un vase à boire 1 •
Une serviette de table. . . . 2 »
Un dressoir 2 »
Un conlean 3 »
Une niiller à |iot de bois. . I »
Une poêle à frire 0 »
Un |iot de bois 2 »
Une lampe do pierre. ... A u
Un four bour le pain. ... 2 «
Uneaiiflure pour la femme. 10 »
Une chemise (Hiiir la même. 4o »
Un pantalon |<our la même. 20 »
Souliers pour l,i même. . . 20 »
Un tiirhan pour le mari. . . 0 ■>
Un manteau pour le mémo. 40 <•
Des aouliers pour le même. 10 »
Des bas pour le même. . . i> ■>
Une ceinture pour le même. 40 >•
Un pantalon pour le même, lo >
Un sabre 40 »
Un fusil & mèche 200 »
Munitions pour le fusil. .. 72 »
493 1. aa r.
La somme de 495 tangas fait à 20 tangas par roupie. . . 24 */, ronp.
Plus J3
Total. . . 57 Vs roup. ou I44fr. 40c.
Les Badakhschanis fabriquent de grands vases de boip do pin , dans lesquels ils conservent leur eau, et d’autres de bois de saule rouge, où ils déposent la farine. Oux-cisont ronds et garnis d'anneaux de fer.
La faïence est très-rare dans le pays; mais on trouve, chez quelques habitants, de fort jolis bols de porcelaine. Les lampes de pierre, meuble indispensable dans un ménage du fiadakiiscbane, ressemblent pour la forme à un soulier, comme les lampes antiques. Les montagnards employeiit aussi, pour s'éclairer, de très-gros roseaux qu’on garnit de chanvre. On voit dans toutes les maisons une quantité de ces roseaux préparés pour l’éclairage. lorsqu’on
Or, L'UNlVKltS.
veut 1rs éteindre on enlève la garniture de rhanvre, et ou laisse mourir la flamme; car il existe un préjugé qui empêche de souffler sur une lumière.
Costume. L'habillement des Badakhschanis se rapproe^he beaucoup de celui des TJsbecks : ils portent, comme ceux-ci , un bonnet de forme conique , qu'ils entourent quelquefois d'un turban blanc.
Kn hiver, les hommes portent de gros bas de laine de couleur, et se couvrent , suivant la rigueur du froid et leur richesse , d'un , de deux et même de trois manteaux. Leurs souliers sont montants, et ressemblent à des espèces de bottines. Les Badakhschanis les font eux-mêmes avec des peaux de chèvre.
Ces gens portent toujours une ceinture sur les reins, et ne se mettent Jamais en route sans se munir d'un bdton.
Cabactèbe. — HOSPITALITÉ. Autrefois les Badakhschanis étaient cités pour la douceur de leur Kiractère et leurs habitudes hospitalières et généreuses. Aujourd'hui la pauvreté, résultat du despotisme étranger qui |>èse sur eux, les a rendus fort égoïstes. Quelques-unes de leurs communautés, qui ont réussi à rester indépendantes, continuent à montrer la meme bienveillance pour les hôtes qui se présentent.
Il existe dans tous les villages du Badakhschane , soumis au gouvernement de Kouudouze, une maison destinée à recevoir les étrangers; ceux-ci peuvent compter sur un bon accueil, principalement s'ils ont quelques rapports avec le chef du gouvernement. Mais pour se nourrir, ils sont toujours contraints de s'adresser à la charité des habitants.
Pabesse et hisèbe des Badakhschanis. — ACTIVITE DELLUBS FEM- MES. Pendant l'hiver, qui est fort rigoureux dans le pays, les habitants du Badakhschane ne se livrent à aucune espèce d'occupation. Ils se contentent de creuser quelques petites rigoles pour l'écoulement des eaux ménaccres , de Jeter de temps à autre un peu de foin à leur bétml, et de debarrasser leurs toits de la neige qui les encombre. Là se borne leur travail pendant toute la saison où ils ne peuvent pas cultiver la terre. Celte paresse excessive est la cause de la misère qui les afflige. Ils le savent bien;
mais ils sont incorrigibles, et aiment mieux languir dans le déndment, que de travailler pour se procurer l'aisance. En réalité les femmes seules travaillent. On les voit dans leurs maisons fabriquer elles-mêmes, avec des graines oléagineuses, rimile nécessaire pour leurs lampes, soigner le bétail , faire la cuisine , et filer. Elles s’acquittent de tous les travaux de leur sexe avec un zèle et une intelligence qui contrastent d'une manière étrange avec l’apathie des hommes.
Ces femmes sont en général assez belles : elles ont, pour la plupart, les cheveux blonds. Elles ne se voilent pas, à l’exception de celles qui appartiennent à des familles riches. M. Wood les trouva modestes, avenantes et bonnes ménagères.
Jeunes habiées. Les nouvelles mariées ne rentrent pas dans la maison paternelle pendant l'année entière qui suit leur union ; mais le Jour anniversaire du mariage, elles vont en grande cérémonie rendre visite à leur mere, de qui elles reçoivent un cadeau proportionné à la fortune de la famille. Une vache est le don le plus ordinaire. Après cette visite , la jeune femme donne chez elle une fête à laquelle nul homme ne peut assister.
Voici ce qu’écrivait sur le Badakhschnne, il y a cinq siècles, le célébré voyageur vénitien Marco-Polo (I).
Cy devise de la province de Balaciam.
Balaciam est une province ou (2) les gens.aourent Mahommet.il ontlangaigc par eulx et est moult grant royaume, et si régnèrent (3) par héritage. Et tous ceulxdecel lignage sont (4Jdesccndusdu
(I) M. Paulin Paris a démontré, dans un savant méiiioirr tu a l'Académie royale di-i inscripiluns et belles-lelircs et à la Société de géographie, ie 30 novembre et le 7 déceniTire UVI-2 (voycr. le Itullelin de la Snciftède ÿéotjniphie^ tome XIX, année Im.33, pag. 23 a c|ue c’est de la rédaction fran-
Saise émanée de Marr^vPolo lui-méme que écoulent la version latine et la traduction italienne. Cette découverte ajoute une grande valeur au texte français
S'arianiet du manuMcril de la llibliolhêtjHe du Rai, N" 10270.
(2) Dont...
(3) Begm-nt...
(t) Kt tous crus qui de ce lignage sont , si stinl ..
roi Alixandre et de la fille du roi Daire qui estoit sire du grandisme régné de Perse. Et s’appellent tuit cil rov en sarasinois.iWca;-»iam(l), qui vault à dire en françois Alixandre ; car c'est pour l’amour au grant Alixandre.
Et en ceste province naissent les balais qui sont moult belles pierres précieuses et de grant vaillance : et les trueve l’en es roches des inontaignes; car il cavent moult soubs terre et font grans caves (2) , si comme ceulx qui cavent les argentieres. Et c’est une propre montaigne seulement, que il appellent Siguinam. I.y rois les fait alercaver (3) pour lui, et nuiz autres bonis Il oserait caver en celle montaigne que le roy . qu’il fiist mort maintenant (4), car il y a paine de la teste et de l’avoir, et que nuIz ne les peut traire de son royaume ; mais il les amasse toutes (5) et les envoie aux autres roys, sy que luy (6) convient faire trcuage, et tel y a qu’il (7) les envoie par amistié; et ceulx que il veiilt, si fait (8) vendre pour or et argent et ce fait-il à ce (9) que les balais soientchiersetde grant vaillance :
car se on lessoit (10) caver à cliascun, il en Irouveroient tant que tout le mont en seroit plain, et seroient vil tenues(l I ), et pour ce les fait si pou caver et bien garder.
Encore y a en celle meismc contrée une autre montaigne où se trueve l’asur(l2}rtestleplusCndu monde, et se Ireuve en vaine, si comme l’argent (I3J. Encore y a autres monfaigncs où a argenteries (14) moult grant quantité , si que ceste province est moult riche. Et est moult froide contrée. Encore sachies
3ueil i naist moult bons chevausqui sont emoiilt grant cours (15) à merveilles, et ne portent nul fer du monde en leurs
(I) /.cil c.vrman.
3 piés, et si vont par montaignes et par 3 mauvais cheminsassez. Encore naissent i montaignes, faucons
sacrez (i) qui sont moult bons et bien volans (2), et faucons laniers. Assez venoison et oiseaux y a grant planté" çourinent ont bon et orge sans escorco Il n ont point d’uilled olive niaisde suse- : man (3) assez et de nois. En ce regne a
maint mauvais pas et estroit, et si fort que il n ont doubte de nului. Et leurs citez et leurs chasteaus sont en grant montaignes et en moult fors lieux. Il sont moult bon archier et grant ehaceour; car la plus grant partie d’eulx vestent peaux de bestes , car il ont grant çhierete de draps : etlesgraiisfemnieset les gentilz hommes portent draps tels comnieje vous dirai : caril portent braies tous, et les font de toille de couton ^4) et I mettent bien cent bras (5) et de tei mains. Et ce font-il pour demonstrer que il aient grosses naches, car les nommes se délitent moult en ce. Or vous avons compté tout l’affaire de cest règne. Syyous compterons d’une diverses gens qui sont vers inydi , lo'ngs de ceste province dix journées (G).
( .Vïc, dit /foc, î\o SI, V*. J
(I) Saciv*.
(ï) Oiselier, y ,■> granl pleiilc;. el tauenn.! et laniers assez el venoison. II oiitlwn frouineiit (.1) Siicem.in.
(*) Colfon.
f6) Braies.
(ü) Nous croyons utile de iolndre ici le texte Un Marco Polo public par feu M. Méon pour la Socjcle de «eopraplne, qui en a forim* b* premier volume <le son Henml (h t'oijages fi de mémoires. On verra, par la comparaiim tje ces differents textes, ctimblen la rédaction UPS deux manuscrits qui nous ont été Indiqués par .M. Paulin Paris est supérieure à celle qu a clini.sie M. Méon. On pourrait ceiiendnnt consulter avec prolit celte dernière, si l’on don. naU une nouvelle édition du texte français original de la relation du voyageur véiiiifen.
(*i) (.^vernes...
(а) Ia*s fait caver..,
U) Aiercaverenci^stemontaignepourlui.aue maintenant ne...
(M Tous...
(б) Auxtftipis il luv.
i?i Kl à teulx les..*.
(H) Qui; il \eull faire...
(9) A tin
(10) Il tes faisoit.
(11) Tenus.
(121 I/on Injeve l’ariir.
(13) Kl si i trueve r«n, en une vaine, argenl. (It) Argentieres. ' ”
0&) Moult grans coureux.
7* Livraison. CfARTABiE.)
Ci dnisf delà gram Provence de Balauiam.
■ Balasrian est une proveiicc ipic les gens aoreni Maoinel et ont langajes por cl/. Il est granl roiames et seroit por Iieredil.ijes , ce est que de un lingnajes snnt dc.sendii don roi Alexandre el de la file dcl roi I).ivre le grant sire de Persie, et encore s'apefent luit rel/ rois Zulcarnem en sarasin, lor langajes fpie vaut à dire en fransois Alixandre por le amor don grant Alixandre. Hn ceslipruvence iiaiseni le pieres presioses que l’cn
gg LtmiVERS.
ScHÂONAN. Ce district, que l'on appelle aussi Sagnan , est célèbre pour
appelle balaad que tunt mont bellea et de granl Tailance, et naisent en le rocea des montagnes , et vos di qu'il font grant casernes et montagnes et «ont mont sont, ausi Guni fiint reU que cavent la «oine de l’argent , et ce est en nne prope montagne que est appelée Sighinan , et enrore sachiés que le roi les fait caver por lui, ne nul autre home ne i poroit aler à cele montagne p<w caser de cela balasci que ne fost mort maitinant. Et encore il di qu’il en poine la leste et l’a*oir se nul entrasse aucun de son roiames ; car le roi en»oie por sez homes as autres rois et as autres princes et grant seingnorz , à ecl por treu et à cel por amor, et encore en fait «endre por or et por arjento. Et ce fait le roi por ce que sez Imlaxi «oient chier et de grant «ailanre corne il sont ; car se il en laisast caver as autres homes et porter par le monde , il s'en eiraierent tant qu’il ne seroient si cher ne de si grant vailanze. Et por ce hi a mis si grant paiiie le roi por quoi nui n’en traie nul «ani sa paroulle. Et encore sachiés de voir que en cest meisme contrée en une autres montra gnes se ireuvent les pièces desquelz l’en fait le azur, et ce est le plu fin azur et le meior qui soit où monde, e les pieres que je voz ai dit de coi l’en fait l’azur est voiue que naist en montagnes corne autres vuines. Et encore voz di qu’il hi a montagnes de quoi l’en treiive voine desquelz traient argent k grant plantée. Il est moût froide contrée et provencc. Et encore sachiés qu’il y naisent moût bueu chavalz et «unt grant coreor et ne portent fer en lor piés, et si vont por montagnes toz jors. Encore hi naisent en celle montagne fauchons sacri que moût «unt buen et bien volant. Et ausiiil ht nai- «ent les faucons lanier, venesion et chacbionz de bestes et d’ausiaus. Hi a grant plaiilce forment, ont buen orze, ont «anez cscorze; olio ne ont d’oli*e, més il le font de «uziman et de noce. E ceste roiame ha maint estroit pas et maint forti leu , si qu’il ne ont doutée que nulles gens hi peusent entrer por lor daumages, et lor cites et lor caustiaus suot en grande montagnes, et fortisme leus. 11 sunl buen airhier et bon caxaor, cl la greigoor partie «estent cuir des bestes, por ce qu’il ont granl charestie de drazj eties grant dames et les gentilz portent braies tel con je voz dirai. Hil hi a de tels dauies que en une brac, ce sont les muandes de jamlÆ , mêlent bien cent brace de toile bausin , et de tel hi a que in metent quatre vint « et de
les rubis qu’on'y exploite. Il ne renferme que trois ou quatre villages ou bourgs, uont le principal est celui de Schagnan.
Les mines de rubis sont situées dans un endroit appelé Garen, c’est-a-dire cave* ou mines. Elles se trouvent sur la rive droite de l’Oins, à 1,100 pieds au-dessus du niveau du fleuve. Depuis que le pays est sous la domination du khan de Koundouze on a rjnoncé à l’exploitation de ces mines si fameuses pour la production des rubis balais.
Vakhan. Le pays deVakhan, Wakhan ou Ouakhan, est voisin du district de Schagnan. La contrée est montagneuse. Le Vakhan ne comprend qu un petit nombre de villages et de bourgs; Vakhan est aussi le nom de la capitale.
La vallée de Vakhan est célèbre pour la violence du vent , qui y souffle pendant six mois de l'année, depuis la fin de l’automne jusqu’au milieu du printemps.
Yak ou boeuf nu Thibkt. Ce fut dans le pays de Vakhan que M. Wood vit un yak ou boeuf du Tnibet. Un petit garçon kirguize tenait l’animal par la bride : « Il y avait, dit le voyageur anglais (1 ) , quelque chose de si nouveau pour moi dans l’aspect de ce quadrupède, que je ne pus résister à l’envie de le monter. Mais, lorsque je me dis-' posais à le faire, le petit garçon à qui 011 avait conOé le soin de la bçte m’opposa une vive résistance. La mère de cet enfant étant survenue au milieu de notre dispute , me permit volontiers de monter l’yak. Cet animal pouvait avoir tout au plus trois pieds et demi de hauteur. Son poil était très-fourni et très-gros. Son estomac descendait jusqu’à six pouces de terre, et sa longue queue balayait le sol. 11 avait, sur différentes parties du corps , des poils d’une longueur extraordinaire, et à part les cornes , on aurait pu le prendre pour un
tel soixante, et ce font elle por mostrer qe aient grose nalcge , por ce qe lor homes se deletent en groses femes. Or voz avun di de cest roiame et en laiscron alaiit, et voz ronleron d’une deversc gen.s qe sunt ver midi longe de reste provenze dix jornée.
(I) Voyez A pnwnal narrative of a Journeÿ to the source of ihe river Oxits, page S19,
fort gros chien de Terre-Neuve. On avait placé sur son dos une selle légère et des étriers de corne. Une corde passée dans le cartilage du nez lui servait de bride. Cet animal est, pour les habitants du Tbibetet du plateau de Panière, comme le renne pour les habitants de quelques parties septentrionales de l’Europe. Partout où peut passer un homme l’yak y passe également. Ce quadrupède a le pied extrêmement sür, et l'on peut le monter sans crainte. Comme lelèplwnt , il devine, avec un instinct merveilleux , si le terrain sur lequel il avance est assez solide pour supporter le poids de son corps. Lorsque les voyageurs craignent de s’aventurer dans les montagnes couvertes de neige , ils font marcher devant eux des yaks qui éclairent la route et la tracent. Ces animaux évitent , dit-on , tous les abîmes cachés ; et si par hasard une abondante chute de neige ferme tout à coup le passage d]une montagne, on y fait passer une vingtaine de yaks qui ouvrent aussitôt une route magnilique. Il faut , bien entendu, que la neige n’ait pas eu le temps de se durcir ; car, dans ce ras , il est im- ' possible aux yaks de s’y frayer un passage. Un des grands avantages que présente l’yak sur plusieurs autres quadrupèdes de la même famille, c’est qu’il n’a nul besoin des soins de l’homme. Il frequente les sommets et les flancs des montagnes, et se plaît partout où la température est au-dessous de zéro. Lorsque la neige est trop profonde sur la cime des montagnes, et l’empêche d arriver à l’herbe, il se laisse glisser jusqu’au bas de la côte , forme un ravin dans la neige , et remonte ensuite en paissant l’herbe qu’il a mise àdA;ouvert. Airivé au sommet, il recommence le même manège, jusqu’à ce qu’il soit rassasié. Les chaleurs de l’été obligent les yaks à remonter jusqu’aux glaces éternelles. On retient alors le petit dans la vallée comme un gage du retour de la mère; et l’on prétend que celle-ci ne manque jamais de redescendre dans la plaine dès que les froids arrivent. Les yaks marchent par troupeaux et tiennent tête aux loups, très-communs dans les montagnes du fiadakbscfaane et des contrées voisines.
Tous les ans, au printemps, on tond
les yaks. La queue de ces animaux est extrêmement épaisse, et sert de chassemouches. On l’emploie aussi en guise d étendard, chez plusieurs peuples de 1 Asie. Avec les poils des yaks on fait dra cordes aussi solides que celles de chanvre. On emploie encore ces poils a faire des tapis et différentes étoftes.
lait de la femelle du yak est supérieur à celui de la vache ordinaire ; mais elle en donne une moins grande quantité. Les yaks ont besoin pour vivre d’une température tellement froide, qu’ils meurent dès qu’on les transporte dans une région tempérée. On essaya d’envoyer quelques-uns de ces animaux à Caboul. Mais, quoique ce pays soit extrêmement élevé au-dessus du niveau de la mer, les yaks cotnmencèrent à languir dès que la neige disparut, et moururent au printemps (1). •
{p ftn trouve, dans le royage df Turner an Tibet et au Boutan ( tome I , pag. 278-278 de la IraducUoD française), quelque» uètaiU qui peuvent HTvir à cumpléter le récit de M. Wood. Tumr noua apprend que lea yak> ordinairea sont de la taille d’un taureau anglaM. Le yak est rouvert d’un poil Irès-lona et fort épais. Il a la trte courte et armée de deux rornâ dont la pointe est extrêmement aigué, les oreilin petite», le front proéminent et couvert d’une grande quauMté de poils frisés. Il a les veux gros , le muffle petit et arqué, ies naseaux peu ouverts, le cou court, les épaoira hautes, la croupe basse et les Jambes trèa-courtes. Sa i^oeue esl j;arnie d’un bout a l’autre d’une quao-
ao«
té considérable de ^ils très-longs, lrte-lou7
(us et très-brillants. Li-s épaules. In reins et la croupe sont rouverts d’une sorte de laine épaisse et douce. Le flanc et le dessous du corps sont couverU de poils très-droits qui desispndent Jusqu’aux Jarrets de l’animal. Ou en volt même dont les poils trajneol Jusqu’k terre. Il exista de» yaks de différentes couleurs. Les noirs sont cepeodant les plas communs. Ces animanx sont assez nellls; mais l’énorme quantité de polla dont Ib sont rouverts les fait paraître extrêmement gros. Ils ont le regard sombre, et paraissent. comme ils le sont en elTel. déflank et faroudies. L’approche d’un étranger leur causa de 1 iropatieiice. Ils ne beuglent pas comme les taureaux é Europe; mais ils font entendre, lorsqulls sont irrités ou inquiets, une espèce de
•MO ■>» soui irrites OU inquiets, une espèce de grogoemeut sourd. Les vâks vivent dans les parfies les plus froides du Tibet et paissent 1 herbe courte qui croit sur les montagnes et
. — »|u« uvu »ur im moniunes ei
dans iM plaines. C» animaux fonnenl toute ia rictiwied’uo numbreconsidérabiede tribus. Ils servent de bétes de somme. Leur force extraor-
xav vuiiiiiic. tjcui lurcirv^Airaor-
dinaire et leurs pied» très-sûr» les rendent propres a ce travail. Leur chair et le lai I des femellea (ournissent la Dounilure; leur poil et leur
-—.e. sa. SIS uL/uiiiiMic« leur puii ei i«or peau , les vêtements. On fait i ncore des tentas et des cordes avec leur poil. Mais le plus ^rand profit que Ton relire des yaks, coiuiste dans le fait P que l’on emploie à dinférents usages, et
LUNIVERS.
Anes. On fait dans ce pays grand usage de l'âne, comme bâte de somme; tous ces animaux sont mutilés d’une manière ou d'une autre. Kn voici la raison : Lorsqu'un âne ou ânoii s'est permis de visiter le cliamp d'un voisin et de tourlier à du fourrage ou à du grain qui ne lui est pas destiné, on le punit d'abord par des coups de bâton; mais si , sans tenir compte de l'avertissement, l'âne se rend coupable de récidive, on lui fend l'oreille, on la lui coupe, ou bien encore on lui rogne la queue. Il est rare qu’un âne atteigne la vieillesse sans porter des marques nombreuses des fautes de son jeune âge.
Debvazeh. Le canton de Dervazeh doit son nom à la rivière qui l'arrose. Ce territoire comprend une grande vallée au fond de laquelle le Uerva/.eh roule ses eaux avec tracas. On trouve, dans cette rivière, de l'or que les habitants ont grand soin de recueillir. La petite ville de Dervazeh est la résidence d'un chef dont la famille se croit issue d’Alexandre le Grand. Cette prétention n’est pas nouvelle, et nous avons vu que déjà a l'époque où le voyageur vénitien Marco-Polo visita le pays de Badakh.schane , il y trouva un prince qui s'attribuait la même origine. Il est probable, comme l'ont remarqué quelques savants anglais, que celte tnidition n'est pas entièrement controuvée, et que les habitants du Ucrvaseh peuvent bien descendre , non pas d^Alexandre lui-méme, mais de ses soldats.^
GOU VEBNEHBNT. — ADMINISTBATION.
— MOEUBS ET USAGES. ,
Gouvebnement. I-es Usbechs du Koundouze, comme ceux des autres pays du Turquestan, n’ont aucune idée de liberté ni d'amour de la patrie. Le souverain , qui prend le titre de bry ou prince, a sur eux jlroit de vie et de mort ; et ils lui obéissent par crainte et par habitude. Le despotisme descend depuis le chef de l'État jusqu'au dernier de ses
dfTnt on Vire surlont un l>rarrc oxcfDent. O Ifpurrp rsl coriM'rvé dams des sars de |>eau ou il reste bans se jj:Uer «les annei'8 l'ntières , urAcc nu iroid du climat. Le beurre d'vak est transporte au loin vX devient l’objet d’un comraerc^ cofrttdérable.
sujets, qui commande en maître absolu à ses femmes et à ses enfants. Quoique les Usbecks soient partagés en tribus , on ne voit pas que les descendants d'iine même famille aient plus d'affection les uns pour les autres que pour les mciiibres d’une tribu étrangère. Le gouvernement du Koundouze est despotique; cependant, les crimes, résultat du pouvoir absolu, sont assez rares. Le souverain respecte dans de certaines limites les droits et les propriétés de ses sujets. Les marchands jouissent de quelque liberté pour leurs transactions , et le commerce est meme encouragé. .Mais le
filus léger soupçon de dis.scntiment poitique avec le bèg siiflirait pour entraîner immédiatement la mort. On montre sur la rivière de Koktscba un pont de bois du haut duquel on préeipite, pieds et mains liés, dans le courant, les personnes que l'on suppose hostiles au pouvoir. Malgré cette rigueur excessive , on jouit à Koundouzed'tine sécurité relative assez grande, si un la compare a In situation précaire des étrangers et même des nationaux à Kiiiva ou a Boukhara.
•lusTlCF. ET SUPPLICES. Lcs ciiines sont pums,daiisle Koundouze, avec cette rigueur cruelle et expéditive qui caractérise la justice asiatique. Le vol même entraîne la mort , et la sentence prononcée contre les coupables est exécuté* sur-le-cbainp. Quelques voyageurs prétendent que cette sévérité excessive, introduite par Mourad-Beg, a produit de très-heureux ré.sullals; et ils eitent, à l’appui de leur opinion, la facilité avec laquelle on parcourt aujourd'hui les province.s, tandis qu’autrefois on ne pouvait s’y aventurer, sans courir le risque d’élre complètement dépouillé et quelquefois même de perdre la vie.
Abmée. Le chef de Koundouze n'entrelieiit pas d'infanterie. Otte arme lui serait inutile pour le service qu’il exige de scs troupes. Il a environ vingt mille hommes de cavalerie; plus , six pièces d'artillerie, dont une du calibre de 36. Lcs cavaliers sont munis de lances extrêmement longues et très-difficiles à manier. Quelques-uns possèdent des fusils à ineehe; on peut dire que ces soldats sont en général mal armés et mal équipés. Le souverain 1rs réunit pour l'ordinaire autour de sa personne,
TARTARIF.
et les emploie d’une manière fort active à [liilcr dans tous les pays des environs. Mais les caravanes qui traversent le territoire du Koundouze n’y sont point attaquées.
Revenus. — monnaies. Les impôts du pays sont acquittés en grains. Cette disposition tient autant à l’abondance des céréales qu’à la rareté du numéraire. La monnaie en circulation se compose cii grande partie de pièces frappées à Delhi, à des époques déjà anciennes.
Religion des Usbecks. Les TJsbecks sout sunnites, et se font un devoir religieux de persécuter les sebiites. Les prêtres contribuent encore à augmenter ces dispositions tyranniques, et engagent leurs ouailles’à réduire en esclavage autant de sebiites qu’ils peuvent, sous pretexte de les convertir. Le fait est que le commerce des esclaves forme une source de revenus pour les États du Turquestan, et les barbares qui le mettent en pratique ne sout pas tâchés de pallier à leurs propres yeux l’infamie de cet horrible trafic.
iGNOBANCE ET FATALISME DES lls- BECKS. On trouve rarement dans le Koundouze un Usbeck qui sache lire et écrire. L’ignorance extrême des dominateurs profite aux aborigènes vaincus.
On voit fréquemment un Tadjic parvenir, par son intelligence et son instruction, à des fonctions importantes. Plusieurs Indous établis à Koundouze ont également réussi à se faire dans le pays des positions importantes.
I.es Usbecks sont tous fatalistes. C’est là une conséquence naturelle de leur ignorance, autant que de leur religion.
Mélangé des Usbecks avec les Tadjics. Les Usbecks du Koundouze ont les traits des autres tribus de leur race. On remarque cependant que les principales familles de ce pays perdent leur type primitif par le mélange du sang persan. Les Usbecks ne sont pas toujours insensibles à la lieauté des jeunes filles tadjiques, et lesprennentsouvent en mariage. Ces alliances ont modilié singulièrement la physionomie des-Usbecks, qui aujourd'hui dans leKouiidouze. tiennent beaucoup de la race persane. Par une contradiction singulière, il n’est pas permis à un Tadjic d’épouser une jeune lille usbeck. Cette prohibition injuste,
destinée à entretenir une différence entre le peuple victorieux et le peuple vaincu , est la seule par laquelle jps Usbecks témoignent de leur mépris public pour les Persans.
Feh.ues. Les femmes usbecks passent pour être d’excellentes ménagères; et quoiqu’en général elles ne soient pas belles, elles méritent du moins par leurs excellentes qualités l’affection de leurs maris. Les ornements dont elles s’affublent contribuent souvent à les enlaidir.
Leurs vêtements sont toujours d’une couleur foncée ou blancs. Les hommes, au contraire, recherchent l'écarlate et d’autres couleurs éclatantes et vives.
Repas et noubritube. Les habitants de toutes les classes font deux repas: le premier, à neuf heures du matin, et le second vers le soir. Leur nourriture se eompose de riz, de soupes, de pain blanc, bien levé et très-savoureux , et de viande de mouton. Us mangent aussi du cheval; mais on en voit rarement dans les marchés. Les habitants des bords de l'O.xus mangent des faisans , qu’ils regardent comme un mets exquis. Le repas se termine invariablement par du thé, qu’on prend avec une crème extrêmement épaisse, à laquelle on ajoute souvent de la graisse.
Le sel remplace toujours le sucre. On fait cuire ce thé dans un grand chaudron de fer, et on le sert dans des tasses de porcelaine de la Chine.
CiiEVAiix. Les chevaux du Koundouze sont très-inférieurs à ceux de race turcomane et même à ceux de la Boukharie. Ces animaux, pour remplir les conditions voulues, doivent être de petite taille et vifs. On peut alors les employer dans les contrées montagneuses et dans la plaine. La vitesse est une condition accessoire; la force pour supporter la fatigue est tout. On est dans l’usage de mettre sur le dos du poulain âgé d’un an un cavalier peu lourd , puis on fait galoper l’animaljusqu’à une assez grande distance. Cettedpreuvetermiiiée, on ne le selle plus qu’à l’àge de trois ans ; alors un le dresse pour s’en servir. On ne ferre les chevaux que des pieds de devant. Leurs fers sont ronds et forment un cercle parfait.
Connue toutes les tribus de leur race, les Usbecks du Koundouze ont une
L’ÜWIVERSi
grnnde passion pour leschevaux. L’habitude où ils sont de vivre, pourainsi dire, avecces animaux se décèle par iinefoule de locutions particulières. Ainsi leur demande-t-on quelle est la distance d'un endroit à un autre, ils vous répondront : Il y a un galop. Si on les interroge pour savoir le temps que durera un travail quelconque, toujours même réponse :
Le temps que vous mettriez à parcourir tant de parasanges au galop.
Quand un Usbrck à cheval rencontre un de ses chefs ou un personnage de distinction, il met aussitôt un pied à terre et fait un salut; l'autre pied reste toujours dans l’étrier; et l’homme se remet en selle avec une rapidité telle,
Î|u’on a peine à croire qu'il ait touché e sol.
Chiens. Le chien occupe dans l'estime des habitants du Koundouze la place immédiate après le cheval. Demander à un Usbeck de vous vendre sa femme ne serait pas considéré comme un affront (c’est du moins ce que nous apprend M. Wood); mais le prier de vous vendre son chien, serait uneinsulte impardonnable.
Mobts et cimetiébes. On n’a dans le Koundouze que peu de respect pour les morts et pour les cimetières. Cette circonstance semblerait indiquer que les liens de parenté et d'affection sont très-faibles parmi les habitants. Il n’est pas rare de voir un tombeau dont la terre a été bouleversée par des chacals, sans que personne songe à s’en inquiéter.