‹ Tartarie, Beloutchistan, Boutan et NepalChapitre 18 sur 53 · PAYS TBIBOT.AIBB8 DU KHANAT DE KOUNDOUZE · texte numérisé non relu

PAYS TBIBOT.AIBB8 DU KHANAT DE KOUNDOUZE

Ces pays sont :

Le pays des Hézarehs;

Le territoire de .Sigan ;

I,e territoire de Kamarde;

Le Catiristan ou pays des Calirs ;

Le Tschitral.

Pays des Hézarehs.

Sol. — BÉCOLTES. — NODBBITÜBK.

La stérilitédusol et la rigueur du climat du pays des Hézarehs s’opposent aux progrès de l’agriculture. Les habitants récoltent, dans le ursétroites vallées, des grains en petite quantité. La viande de

mouton, de boeuf et de cheval , ainsi que le fromage et plusieurs autres préparatious faites avec le lait de leurs troupeaux , forment lu base de la nourriture de ce peuple.

KIaISONS. —costumes. — ht AT DES FEMMES. Les Hézarehs habitent des maisons couvertes de chaume et à moitié enfoncées dans la pente des montagnes.

Les hommes roulent des bandes de drap autour de leurs jambes. Les femmes portent de longues robes de laine et des bottes d’une ^au de daim extrêmement Oexible et qui leur montent jusqu’aux genoux. Ellqi ÿpnt coiffées avec de petits bonnets très-justes à la tête, et desquels pend une bande de drap qui descend sur le dos jusqu’à la ceinture. Hommes et femmes ont les traits de la race tartare. Les femmes sont souvent belles; et ce qui pourra paraître surprenant chez un peuple aussi peu civilise, elles exercent une grande influence sur les hommes : elles condui'enl la maison, prennent soin des

nrictés, font en partie les honneurs lezelles, et sontconsultées dans toutes les affaires; jamais on ne les frappe, et jamais on ne les enferme. Cette dernière circonstance, jointe à la haine que les peuples voisins portent aux Hézarehs, sectateurs d’Ali, a été cause que l’on a accusé les femmes de ces montagnards d’avoir des mœurs extrêmement relâchées ; mais rien dans les récits des derniers voyageurs n’autorise cette supposition.

Occupations. — musique et poésie. Les Hézarehs des deux sexes sont fort enclins à la paresse, et pns.sent une grande partie du temps assis dans leurs maisons autour d'un poêle bien chauffé. Ils chantent et jouent fort bien de la guitare , et plusieurs d'entre eux sont poètes. Les amants et leurs maîtresses chantent des vers qu'ils ont composés eux-mêmes, et on voit fréquemment des hommes passer des heures entières à improviser l’un contre l’autre des couplets satiriques.

Chasse coubsesde chevaux. —

ABMBs. I-eurs principaux passe-temps hors de chez eux sont la chasse et les courses de chevaux , dans lesquelles on donne pour prix des moutons, des boeufs, ou des liabillements complets. Les Héza-

TARTARBE.

rehs se servent avec une grande adresse de l’arc et du mousquet , et s’exercent à tirer au blanc II n’y a pas d’homme qui n’ait son &sil àmèene. Les autres armes en usage parmi eux sont le sabre persan, un long poignard étroit qu’ils portent dans un fourreau de bois, et quelquefois une lance

Cabxctëbe. Les Hézarehs sont emportés , inconstants et capricieux. Après une réconciliation, un simple mot sufllt pour amener une nouvelle rupture. A part ce défaut, ils sont braves gens, gais, sociables et hospitaliers.

Villages. — stcnACX d’alabmb.

Ils vivent en général dans des villages qui se composent devingt jusqu’à deux cemts maisons. Quelques-uns d’entre eux habitent sous des tentes de feutre ( I ). Chaque village est défendu par une haute tour percee de meurtrières et capable de contenir dix à douze hommes. Il y a dans chaque tour une grosse timbale sur laquelle on frappe pour donner l’alarme en cas de besoin. Les timbales des tours voisines répondent aussitôt à ce signal, et en un instant les liézarehs, réunis en armes, peuvent se porter au nombre de quelques centaines sur le point attaqué.

CUEPS DE LA NATION ET MAGIS- TB ATS. Chaque village a un chef, appelé hoki, et un ou deux anciens, auxouels on donne la dénomination turoue a’aàisakals (3). Ces chefis dépenoent tous d’un sultan.

Les Hézarehs sont partagés en tribus, ayant chacune un sultan particulier dont le pouvoir est absolu. Il rend la justice, impose des amendes, condamne à la prison et souvent même a mort. Quelques-uns de ces sultans possèdent de bons châteaux, de riches habits, et se font servir par des domestiques chamarrés d’or et d’argent. Ils sont toujours en guerre entre eux, et de plus ils ont souvent à se defeudre contre des agressions étrangères. Quelquefois deux ou trois sultans se réunissent et refusent le tribut aux princes desquels ils dépendent; ces sortes de conspirations nedurent pas longtemps. Ils font bientôt leur soumission , les uns après les au-

(I) Nous «Tons déjà donne la deacriplioD de ce» eortn de (ente*. Voyez d-devanl , page SS.

(Z) Voyez l’explication de cee mots d-devant, pane S7.

très , et consentent à payer. Cependant, lorsqu'ils en viennent à dMarer la guerre, ils nedéposent les armes qu’avec eine ; mais, comme ils sont peu nomreux, ils finissent toujours par être soumis.

Quelques Hézarehs vivent indépendants sous un gouvernement démocratique.

R BLIGION . — FAN ATISMB. Nous avonS dit plus haut que les Hczarehs étaient schiites ou sectateurs d’Ali. C’est pour cette raison qu’ils détestent les Afgans et les L'sbecks, qui sont tous sunnites. Si un homme appartenant à cette dernière croyance pénètre dans leur contrée, il mest sorte d’injures dont ils ne l’accablent ; et quelquefois même ils le persécutent. Le fanatisme va chez eux jusqu’au point de maltraiter ceux d’entre leurs compatriotes qui ont résidé longtemps parmi les Afgans, parce qu’ils les soupçonnentdes’être laissés corrompre par les doctrines sunnites. Ces opinions intolérantes empêchent les Hézarehs d’entretenir des relations suivies avec les peuples qui les entourent Aussi ne font-ils que très-peu de commerce, et encore par voie d’échange. Le sucre et le sel sont les denrées étrangères qu’ils recherchent le plus.

Population. Il est difficile de déterminer avec exactitude le nombre des Hézarehs. Mountstuart Elphiustone ense que la nation réunie forme un total ’environ 300 ou 350,000 âmes (1). Mais un voyageur beaucoup plus récent et d’un grand mérite, M. John Wood, n'estime toute la population bézareh qu’à 156,000 individus (3).

SiOAN ou SiKAN. Le bourg et le territoire de Sigan dépendent d’un chef usbeck qui paye au k^n de Roundouze un tribut en esclaves. Ces malheureux sont, pour l’ordinaire, des Hézarrhs que les Usbecks enlèvent avec d’autant moins de scrupule, qu’ils appartiennent à la secte sdijite. Peu de temps avant l’époque ou Burnes passa à Sigan, le petit souverain qui commandait dans cette localité avait retenu

( 0 .rn arcoKiil o/iltekingtiomrfCaubmlmi i<> dtpmdmcia, Nrw and nvitca édition, Loodrea, issu, lom. II, page sia.

(2) A penonal narrative of ajoamey to the KHrcrq/lAc river Qxiu. Loodna, IS4I, paaeSDO.

L’UNIVERS

(liielque.s femmes d'une caravane de Juifs qui traversait son territoire pour se rendre à Boukhara. Il resta sourd à toutes les réclamations qu'on put lui faire contre cette violation du droit des «ens, répondant toujours uue les enfants de ces femmes devienaraient musulmans, et que cette circonstance suffisait pour justifier sa conduite.

Les habitants de Sipan sont des musulmans tres-dévots. Us avertirent Burnesde ne pas dormir les pieds tournés vers la Mecque, attendu qu’une pareille conduite semblerait témoigner du mépris pour la ville sainte. lisse rasent la partie des moustaches qui est au-dessous du nez, bien moins pour se conformer à la mode, que pour se distinguer des sehiites, qui les laissent pousser tout entières. On voit à Sigan de beaux jardins, et la vallée dans laquelle est situé ce bourg paraît assez fertile (I). Les montagnes des environs produisent de grandes quantités d'assafretida que l'on vend, à un prix fixe, aux caravanes qui traversent le pays.

" A Sigan, dit M. Wood, nous rencontrâmes un homme qui conduisait à Koundouze les esclaves qui forment le tribut annuel que l'on paye au khan de ce dernier pays. Les captifs jeunes et bien portants étaient enchaînés ensemble. Ceux qui étaient trop vieux ou trop infirmes pour marcher étaient montés sur des fines ; et derrière eux on vovait, attachés avec des liens, quelques enfants que leur extrémejeunesse rendait insensibles à la perle de la liberté et du foyer domestique. 'Tous ces captifs éÇiient d’une saleté repoussante ,et les haillons qu’ils portaient sur les épaules ne sufhsaient pas pour couvrir leurs corps. »

Tebbitoihe DK Kamardk. En se rendant de Sigan a Kamarde, on traverse un col appelé Dendan-Schiken , ce qui veut dire en persan te Jiriseur de dents , nom qui parait convenir très-hien à ce passage difficile. On descend ensuite dans une vallée étroite, et l’on arrive à Kamarde. Ce hourg est la résidence d’un petit chef qui, bien que tri-

(I) Voyez Wood, J personnl narrative af a Juunieij In the source oj the river Otus, |i. 20fi. Borne» ilil, au contraire, que celle vafleeesi tri»le et dépouillée de loulc végétation (tom. Il, page 1 SI de la traduction iranéaisei.

butaire du Koundouze, rançonne, lorsqu’il lepeut, les voyageurs pour son propre compte. A l’époque où Burnes passa a Kamarde, le souverain de cette localité ne se sentant pas assez puissant pour aller enlever au dehors les hommes qui forment le tribut qu'il paye à son suzerain , s'empara de tous les habitants d'un de ses villages, hommes, femmes et enfants, elles expédia à Koundouze pour acquitter sa dette. Celte action plut singulièrement à Mohammed-Monrad- Beg, khan de Koundouze, qui, .pour le récompenser de son dévouement, lui fit don de trois villages.

Le bourg de Kamarde est situé sur le bord d'une petite rivière qui va se jeter dans celle de Koundouze. Cette rivièreasa source à l’entrée delà vallée, et s’échappe par une ouverture qui se trouve dans le roc.

Cafibistan ou pays des Cafirs.

— ETE.NUUR ET I.IMITE.S. Lc pays dcS Cafirs occupe une grande partie de la chaîne de l’Indon-Kousch et une certaine portion du Beloiir-tag. Celte contrée est bornée au nord-est par le territoire de Caschgar, au nord par le Badakhschane , au noni-oiiest par le Koundouze et Baikh ; à l’ouest, elle est terminée par le district d’Itiderab et de Khost, ainsi que par le pays de Baikh et le Cohistan de Caboul ; à l’est, elle se prolonge jusqu’à une assez grande distance vers les parties septentrionales du Cachemire, où ses limites ne sont pas bien marquées.

Nature ET PRODUCTto^SDU sol. — ROUTES. — VILLAGES. Ce pavs se compose de montagnes aux sommets couverts de neige , et d’étroites mais fertiles vallées qui produisent de grandes quantités de raisin, et nourrissent de nombreux troupeaux de brebis et de gros bétail , tandis que dans les montagnes on trouve des chèvres. On ne récolte, dans le Caliristan , qu’une petite quantité de grains d’une qualité inférieure. Les céréales les plus communes sont le froment et le millet. Les routes ne peuvent donner passage qu’aux piétons. Elles sont assez souvent coupées par des rivières et des torrents, que l’on passe sur des ponts de bois ou sur de simples troncs de quelques arbres flexibles.

Tous les villages qui ont été observés

par «les voyagenrs européens sont bâtis sur le versant des montagnes, de maiiière que le toit d’une maison se trouve au niveau de la porte de eelle qui est au-dessus. Les vallées sont bien peuplées. Celle qu'habite la tribu de Kamodji contient au moins dix villages, dont le principal, Kamdascli , a environ cinq cents maisons.

ÜÉ:SOMINATIONS DE LA NATION. I.eS Cülirs n’ont pas de nom général pour toute leur nation; mais chaipie tribu porte luie dénomination particulière, l.es musulmans désigneutce peiiplcsous le nom de Caftrs ou Infidèles ; et ils appellent leur pays Cafirislaii, c’est-à-dire pays des Injidèles. Ils donnent à une partie de la nation le nom de .V/r/npousch, ou Aoii -vélus, et désignent l’autre sous celui de. Ve/;jrf-ro/iex,c’est-à-<lirc Infidèles blancs. Ces deux épithètes sont prises l’une et l’autre des vêtements de ce peuple. Les premiers portent une sorte de tunique laite de peau de chèvre noire; tandis que les autres sont vêtus de toile de coton blanche.

Langues et dialectes. Les Caflrs parlent différents dialectes, suivant les tribus auxquelles ils appartiennent; mais ces dialectes ont toujours un certain nombre de mots qui leur sont communs à tous; et la souche à laquelle ils remontent parait être le sanscrit.

« Ces langues deviennent, dit M. Alountstiiart Klphinstone, une véritable difliculté, lorsqu’on veut expliquer l'origine grecque des Caûrs; et leurs traditions ne fournissent aucune explication qui leve cette difficulté. L’hypothèse la plus croyable est que les Cafirs descendent d’un peuple qui , ayant été chassé de ses demeures par les inusul-i mans, émigra sur différents points, et se fixa dans la contrée appelée aujourd'hui Cafirislan. »

Religion. La religion des Cafirs ne ressemble à aucune de celles que l'on connaît. Ils admettent un Dieu que la tribu de Kamdaseh désigne par le nom iVlinra, tamlis que les membres de quelques autres tribus l'appellent Detjuen. Ils adorent, en outre, un grand I ombre d’idoles qui, à ce qu’ils prétendent, offrent l'iinagedesgrands hommes des temps passés. Ceux-ci, disent-ils, intercèdent auprès de Dieu en faveur

des gens qui leur rendent un culte. Ces idoles sont de pierre ou de bois, et représentent toujours des hommes ou des femmes, les uns à cheval, les autres à pied. Souvent peu de chose suffit pour obtenir aux hommes leur entrée dans le panthéon eafir. On voit dans un édifice public du village de Kamdaseh un grand pilier de bois sur lequel est placée une ligure tenant une lance dans une main et un étendard dans l’autre.

Cette idole représente le père d’un des personnages de l’endroit , qui obtint les honneurs de l’apothéose pour avoir donné plusieurs fêtes magnifiques à tous les habitants du village. Il esta eroiie que nombre de personnes ont été mises au rang des dieux pour des motifs tout aussi peu valables. Les Cafirs paraissent attacher la plus haute importance a la pratique de ia libéralité et de l’hospitalité , et ce sont ces vertus qui, suivant eux, donnent le plus sûrement entrée dans leur paradis , tandis que les vices contraires doivent conduire infailliblement en enfer.

La facilité avec laquelle les Cafirs accordent les honneurs divins, fait que le nombre de leurs dieux est extrêmement considérable; mais il faut dire que pliLsieurs de ces divinités du second ordre ne sont adorées que dans leur propre tribu. Aussi les dieux inférieurs vénérés à Kamdaseh différent-ils totalement de ceux que l’on adore sur les autres points du Cafiristan. Quelques divinités inferieures cependant appartiennent à toute la nation. Il faut inférer de là que ces dieux remontent à une époijue déjà ancienne , et que, lorsque leur culte commença à être en vigueur, les tialirs n’étaient point encore partages en tribus. Les principaux dieux ou héros adorés à Kamdasrh sont : Bngiiisch,quiest le dieu des eaux; Alaiii, qui chassa de l’univers l’esprit du mal; sept frères, du nom de Paradik, qui avaient, dit la légende, le corps d’or et naquirent un jour d’un arbre d'or; sept autres frères tout à fait semblables à ceux-ci et appelés Paren.

Les Cafirs .sont dans l’usage d’asperger de sang leurs idoles. Ils choisissent souvent dû sang de vache pour faire ces sortes de purifications. C’est là un fait qui détruit tous les rapprochements

L’UNIVERS

ue l'on n voulu établir entre le culte

es Indous et celui des CaGrs. Le feu joue un prand rôle dans leurs cérémonies religieuses. Dans un sacrifice à Iinra, célébré au villapede Kamdasch, on alluma du feu devant une pierre sur laquelle on répandit d'abord de la farine , du lieurre, de l'eau ; puis on sacrifia un animal. Le sang fut répandu sur le feu et sur la pierre. Une partie des chairs de la victime furent consumées; le reste fut mangé par les nombreux spectateurs qui accompagnaient le prêtre dans toutes ses prières et dans tous ses gestes. Une de ces prières avait pour but de demander à Dieu la destruction des Mahometans. Les cérémonies du culte des Cafirs ont lieu quelquefois en plein air et quelquefois aussi dans des tentes. Quoique le feu qu’ils allument et entretiennent avec les branches d'un buis particulier soit nécessaire pour l'accomplissement de toutes leurs cérémonies religieuses, ils n'ont aucune vénération particulière pour cet élément.

Le caractère sacerdotal est héréditaire chez les Cafirs; mais les prêtres ne possèdent point parmi eux une grande influence. On trouve dans le Cafiristan quelques sorciers qui prétendent avoir des inspirations divines. Pour les obtenir, ils ont soin de placer leur tête au-dessus de la fumée du sacrifice. C*'s prétendus inspirés ne jouissent pas non plus d'une grande considération.

Sacbifices BT FÊTES. Quoîque les Cafirs fassent des sacrifices a des jours indéterminés, cependant ils ont des fêtes qui reviennent à des époques fixes. Celles-ci sont souvent accompagnées d’un sacrifice, et se terminent invariablement par un festin. Une de ces fêtes consiste a jeter des cendres à la tête de ceux qu’on rencontre ; dans une autre solennité, des enfants portent, devant des idoles, dés torches de pin allumées qui font bientôt un énorme feu de joie. Pendant une autre fête, les femmes se cachent hors du village ; les hommes se mettent à leur recherche, et, quand ils les ont trouvées, celles-ci se défendent à coups de baguette; mais à la fin les hommes les ramènent en triomphe au village.

A la naissance d'un enfant, on le porte avec sa mère dans une maison destinée à

cet usage et bâtie en dehors de l'endroit. On les y laisse vingt-quatre jours. Durant cet espace de temps, la mère est réputée impure. Ce terme expiré, la mere et l’enfant prennent un bain, et sont ramenés dans le village au milieu des danses et de la musioue. Quand on veut donner un nom à l’enfant, on le place près du sein de sa mère , et l'on répète les noms de tous ses ancêtres paternels. Du moment où l'enfant commence à teter, on lui donne le dernier nom prononcé avant qu'il prit le sein.

Mabiage. L’ilge du mariage varie, de vingt à trente ans pour les hommes, et de quinze à seize pour les femmes. Le marié envoie d'abord à sa prétendue quelques belles robes d'étoffe de coton avec des ornements à la mode du pays.

U envoie aussi au père de la mariée et à sa famille tout ce qui est nécessaire pour un grand repas. On passe la nuit à manger, et le lendemain , le mari va chercher sa femme , qui s'est parée de tous les beaux vêtements qu’il lui a donnés.

Le père ajoute aux cadeaux du mari un mouchoir de soie et différents objets de toilette. Il donne de plus à son gendre une vache, et quelquefois, lorsqu’il est assez riche , un esclave. La jeune fille se charge alors d’une corbeille pleine de fruits et de noix confites avec du miel, et. si sa famille est assez riclie pour subvenir à cette dépense , elle prend encore une coupe d'argent. Elle est conduite à la maison de son mari par tous les habitants du village, qui l'accompagnent en chantant et en dansant.

Quelques jours après, le père rei,'oit le prix de sa fille, qui monte quelquefois jusqu’à vingt vaches. Les prêtres n’interviennent pas dans les cérémonies du mariage.

ÜCCUPATIOnS DES FEMMES. — ES- CLAVES. Les femmes des Cafirs font tous les travaux du ménage. Il en est même quelques-unes qui travaillent aux champs; ce qui prouve du moins qu’on neles enferme pas. 1 ,a loi punit l’adultère. Indépendamment de leurs femmes, les riches Cafirs ont des esclaves des deux sexes. Ceux-ci sont Cafirs comme leurs maîtres. Dans les guerres avec les étrangers musulmans , les Cafirs ne font jamais de prisonniers, et massacrent tous les hommes qui tombent en leur pou-

voir. Les esclaves sont donc des Caflrs pris dnns les guerres de tribu à tribu ou volés en temps de paix. Les gens riches ne se font aucun scrupule de s’em|)arer des enfants du pauvre et de les garder pour leur service, quelquefois même de les vendre aux musulmans. Ceux de ces esclaves qui restent chez leurs compatriotes riches ne sont pas maltraités.

Fdnébailles. Quand un homme vient a mourir, on le revêt de ses plus beaux habits, et on le couche sur un lit les bras étendus le long du corps. Quelques personnes de la famille portent le cadavre sur un brancard , tandis que les autres chantent et dansent à l'entour.

Les hommes exécutent des coin bats simulés , et les femmes poussent des gémissements. De temps en temps le convoi s'arrête , et les femmes viennent verser des larmes sur le corps du défunt. Entin, on l'enferme dans un cercueil, et on le laisse en plein air, à l'ombre de quelques arbres. Toutes les funérailles se terminent par un festin; au bout de l’an, on donne encore un repas en mémoire du défunt, et on place quelques mets sur sa tombe, en invitant ses mSoes à s'en nourrir.

Nous avons dit que plusieurs personnes obtenaient les honneurs divins après leur mort. Quelques Calirs, meme sans être mis au rang des dieux , obtiennent une grande renommée par l'élévation d’un petit monument qui consiste en {|uatre chevrons et quelques toises de maçonnerie. Ces édifices n’ont aucune destination et ne sauraient servir à aucun usage; mais ils portent le nom du défunt, et quelques Calirs. pour obtenir qu’un jour on en élève un à leur mémoire, donnent des fêtes à tous les habitants du village où ils ré.sident.

Compliments ub condoléance.

I.a maniéré de faire les compliments de condoléance est assez remarquable.

Lorsqu’un homme a perdu un parent, ceux oe ses amis qui viennent le consoler commencent, en entrant dans la maison, par Jeter à terre leur bonnet; puis ils tirent un poignard, et , prenant par la main l’homme afiligé, ils le forcent à se lever et a danser avec eux autour de la chambre pendant un certain espace de temps.

Assemblées publiques. — pbin-

etPE DE LA LOI. — PBOPRIÉTÉS. LcS affaires publiques se décidentdans les assemblées composées des gens les plus riches et les plus importants de la nation.

On croit que le principe du talion forme la ba>e de la loi chez les Cafirs. Ces montagnards n’ont .aucun titre honorifique qui leur soit particulier; mais ils empruntent aux nations voisines la qualification de khan, et l’accordent à toutes les personnes qui jouissent d'une certaine richesse et d’une certaine influence. Les propriétés des Cafirs consistent principalement en bétail et en esclaves. Un homme riche du vill.nge de Kamdaseh possédait environ 800 chèvres, près de 300 bœufs et huit familles d'esclaves.

Costume. Tout riiabillement du bas peuple, parmi les Siyapouschs, se compose de quatre peaux de chèvre de couleur noire Deux de ces peaux ser- ' vent de veste on de tunique, et les deux autres forment comme une espèce de jiipe. Les bras restent nus. Ce singulier yéteinent est assujetti autour du corps à l’aide d’une ceinture de cuir. Us vont tous la tête nue, a moins qu’ils n’aient tué un mahometan. Dans ce dernier cas, ils ont le privilège de se coiffer d’un turban ou d'un bonnet ; ils se rasent la tête, à l'exception d'une longue tresse qu'ils gardent .sur le sommet, et ils portent quelquefois deux boucles de cheveux derrière les oreilles. Ils se ra.sent les jones et les moiist.'iches, et conservent le reste de la barbe longue de quatre à cinq pouces. Les Cafirs qui sonldans l'aisance et ceux qui habitent près des frontières de l'Afganistan portent une chemise sous leur veste, et, dans l'été, cette chemise forme tout leur vêtement. Les gens riches ne sont point couverts de peaux de chevre ; mais iis portent des habits faits avec une toile de coton noire ou avec des étoffes de poil de la même couleur. Quelques-uns s’enveloppent dans des couvertures de laine qui descendent jusqu’aux genoux et sont retenues par une ceinture. Les Calirs ont aussi des pantalons de coton qui, de même que leurs chemises, sont parsemés de fleurs brodées rouges ou noires. Us portent des bas , et quelquefois des banoes d’étoffe roulées autour des janibas. Lois guerriers

L'UNIVERS

SR distinguent par des lioltiiies de peau (le i hèvre de couleur hlanclie.

Le costume des femmes diffère peu de relui des hommes; seulement elles ont les cheveux relevés sur le sommet de la tête, qu'elles recouvrent avec un petit bonnet autour duquel elles roulent un turban ; elles se parent avec des bijoux et des ornements d’argent, et portent aussi quelques-uns de ces coquilla- Resque l’on appelleroum. Les jeunes filles se couvrent la tête avec une espèce de résille ou de filet rouge. Les Calirs des deux sexes portent des boucles d’oreilles, et ont (les anneaux qui pendent au cartilage du nez; leurs bras sont ornés de bracelets d’argent , et plus souvent encore d’étain où de cuivre. On serre ces bijoux quand on est en deuil; et les hommes ne s’en parent que lorsqu’ils ont atteint l'ilge de puberte. On donne à cette occasion un grand repas.

Maisons et meubles. Les maisons (les Cafirs sont souvent de bois , et l’on y pratique des caves dans lesquelles on garde le fromage, le beurre purifié, le vin et le vinaigre. On trouve, dans chaque maison, uii banc de bois à dossier et appuyé contre le mur. On y trouve aussi des chaises qui ont la (orme de tambours , avec cette différence (lu’elles SC rétrécissent vers le milieu et sont beaucoup plus larges du Iwut que du bas. Ia*s Cafirs se servent de tables. I.’habitude, autant (pie leur costume, fait qu’ils ne peuvent point s’as-seoir par terre comme l(?s autres Asiatiques, et si, par hasard, ils V sont forcés, ils étendent les jambes à la maniéré des Européens. Ils ont des boi.s de lit à peu près semblables aux nôtres. On voit également chez eux des tabourets .à fond d’osier.

NOI'BRITIJRE. — BOISSON. — HOS- PITALITÉ. I.eur nourriture consiste principalement en fromage, beurre et lait, qu’ils mangent avec du pain ou de la galette. Des fruits, tels que les noix, les raisins, les pommes, les amandes et les abricots sauvages qu’on trouve en abondance dans ces pays , entrent également dans leur alimentation. Ils ont en horreur le poisson ; mais ce sont les seuls animaux qu'ils regardent comme impurs; du reste, ils mangent sans difficulté du bœuf, du mouton, et de la

chair d’ours, qu’ils ne font cuire qu’à moitié. Ils se lavent toujours les mains avant le repas; et en général, avant de commencer à manger, ils récitent une prière d’actions de grâces. Les hommes et les femmes aiment beaucoup le vin et en boivent avec excès. Ils en ont de quatre espèces différentes : du blanc , du rouge, (lu foncé tirant sur le noir, et un dernier qui a la (Nuisistance d'une gelee et est extrêmement capiteux. Ils boivent le vin pur ou trempe, dans de grandes coupes d’argent auxquelles ils attachent lephisgraiid prix, et cette boisson les rend (luelquefois très-gais, mais jamais querelleurs.

Les Cafirs, comme nous l’avons déjà dit, sont extrêmement hospitaliers. Souvent on voit tous les habitants d'un village sortir pour aller au-devant d'un étranger, se charger eux-mêmes de ses bagages, et conduire ce nouvel hôte dans le village avec mille jwlitesses.

Arrivé là, l’étranger doit rendre une visite à toutes les personnes import.antes du lieu, et dans chaque maison oi'i il entre, on le presse de boire et de manger.

Divertissements. Les Cafirs passent une grande partie de leur existence dans l’oisiveté. Leurs plaisirs favoris sont la chasse , mais surtout la danse. Celle-ci est rapide et toujours accompagnée de pantomime. I.e Cafir qui danse, remue les épaules, agite la tête, et brandit fièrement sa hache d’armes.

La danse est pour ce peuple un plaisir de tous les âges ; quelquefois ils forment un rende composé d’hommes et de femmes qui se tiennent par la main, et sautent en rond pendant quelque temps autour des musiciens; puis tout à coup ils s’élancent en avant, et exécutent des pas et des figures très-compliqués. Ils montrent beaucoupde vivacité dans cet exercice, et frapjient du pied le sol avec force. Ils n’ont pas d’autres instruments que le tambourin et une espèce de fiiUc ou de flageolet. Souvent les danseurs s’accompagnent eux-mêmes de lu voix.

La niiisi(|ue est en général vive; mais on y remarque quelque chose de sauvage.

Haine contre les musi lmans.

Un des traits les plus reinan|uables du caractère des Cafirs, c’est la haine

; by Cî, lOgIc

ÏARTARIE.

implacable ou’ils portent aux musulmans, avec lesquels ils sont constamment en guerre, comme nous l’avons déjà dit. Les musulmans, il est vrai, se sont attirés cette inimitié par les incursions fréijuentes qu'ils font sur le territoire des Cafirs pour y enlever des esclaves. Plusieurs fois aussi ils ont entrepris contre eux de grandes expéditions militaires. Il est rare que dans ces occasions les Cafirs puissent empéclier les armées ennemies de pénétrer jusque dans le coeur du pays. Toutefois, les muMilmans n'ont jamais pu .se maintenir dans le ('.afiristan , et toujours on les a vus contraints d’évacuer le pays, après avoir éprouvé de grandes pertes.

Armes. Les armes des Cafirs se composent d'un arc long d’un peu plus de quatre pieds et garni d'une corde de cuir. Leurs fléclies sont faites de roseaux et barbelées; ils les empoisonnent i|uelquefois. Ils portent aussi au côté droit une dague d’une forme particulière , et du côtégauche un couteau extrêmement pointu. Ils sont presque toujours munis d'un briquet et d’une espece d’éeorce d’arbre qui fait un excellent amadou.

Ils ont emprunté aux Afgaus, leurs voisins, les armes à tcu et les sabres dont ils font usage depuis plusieurs années.

SvsTÈMB DF. GUF.BRF.. Lorsquc les Cafirs entreprennent une expédition, ils avancent quelquefois à découvert, et sans cliercber a cacher leur niarclie; mais plus souvent ils tâchent de surprendre leurs ennemis et de leur dresser des embuscades ; par un manque de raisonnement inexplicable, ils négligent de prendre les précautions les plus simples pour se mettreà l’abri des surprises; et jamais ils ne posent de gardes pendant la nuit, même sur les points de leur territoire les pins exposés à une irruption soudaine. Ils entreprennent .souvent des expéditions lointaines et difficiles , auxquelles ils sont extrêmement aptes par leur légèreté, leur force et l'habitude de franchir tous les obstacles du terrain.

Quand ils se voient poursuivis, ils détachent la corde ilc leur arc, qui alors leur tient lieu de bâton; et, appuyés dessus, ils s’élancent avec une vigueur et une adresse incroyables, et sautent de rocher en rocher, jusqu'à ce qu’ils

soient hors d'atteinte. Lorsqu’ils marchent contre leurs ennemis, les gens riches portent des habits magnifiques , et quelques-uns se parent d'autant de coquilles de cauris qu’ils ont tuéde musulmans. Les Cafirs «hantimt en marchant un air guerrier, et, lorsqu'ils réussissent à surprendre leurs ennemis, ils avertissent l'arrière garde par un coup de sifllet. Ils n'ont égard ni au sexe ni à l'âge dans ces sortes d’occasions, et mettent à mort impitoyablement tous ceux qui ont le malheur de tomber entre leurs mains. Le meurtre des musulmans est considéré par eux comme le plus grand exploit qu’ils puissent faire. Les jeunes gens sont privés de diflérents privilégfsjusqu’h ce qu’ils aient accompli ce devoir indispensable; et, pour les engager à recommencer souvent , on leur accorde des distinctions spéciales.

Dans les danses solennelles qui accompagnent une de leurs principales fêtes, les hommes paraissent avec un turban dans lequel ils placent une longue plume pour chaque musulman qu’ils ont tué.

Ils portent aussi à la ceinture des grelots dont le nombre est déterminé d’après la même échelle. Il est exprc.ssément défendu à tout Cafir qui n’a pas tué un homme de brandir sa hache d’armes au-dessus de sa tête en dansant. Ceux d'entre eux qui viennent de tuer un musulman reçoivent des visites et sont complimentés’par tous leurs parents et amis, et à partir de ce moment ils ontlc droit de placer sur leur tête un petit bonnet de laine rouge. Ceux qui en ont tué plusieurs fichent en terre, devant leur porte, une longue perche dans laquelle ils mettent un clou pour chaque musulman tué par eux et un anneau pour chaque blessé. .Avec toutes ces |irimes accordées au meurtre, il n’est pas étonnant que les Cafirs ne fassent que peu de prisonniers musulmans. Le cas se présente cependant quelquefois, et alors on célèbre une grande fête, et le prisonnier est mis à mort après beaucoup de cérémonies. On suppose que les Cafirs riiiimolent à leurs dieux.

THévES F.T TRAITÉS DE PAIX. Quelquefois les Cafirs et les musulmans conviennent d'une trêve et font même la paix. Voici la manière dont ils concluent le traité. Ils tuent une chèvre, en

MO

LTJNIVERS.

font cuire le cœur, mordent dedans, et donnent le reste au plénipotentiaire musulman. Les deux parties contractantes se mordent ensuite ia peau à la région du cœur, et le traité est conclu.

Malgré l’exaspération que produisent sur les Cafirs les persécutions de tout enre dont ils sont l’objet de la part es musulmans, et lesjustes représailles qu'elles doivent amener, on peut dire ue ces gens sont bons , affectueux et oués des iiieiiieures qualités natiireiies. Ils sont emportés, mais peu de chose les apaise. Leur carastère est gai , loyal et éminemment sociable. Ils montrent de la bienveillance, même envers les musulmans, lorsque ceux-ci deviennent leurs hôtes.

Pays de Tschitrax. Le pays de Tschitral, situé entre les monts Belour et le Badakhschane , est arrose par un affluent de la rivière de Caboul. Le chef de ce district se vante, comme celui de Dervazeh, d’avoir une origine macédonienne, et de compter parmi ses ancêtres les compagnons d'Alexandre le Grand.

KBANAT DE KHOK.ANDE.

Dénominations. Le khanat de Khokande, ainsi appelé du nom de sa capitale, est le pays de Fergana des anciens géograplies' orientaux. Nombre d'auteurs écrivent Khokhan et Kokan au lieu de Khokande ; mais cette orthographe vicieuse nedoit point être suivie.

Limites. Le khanat de Khokande s’est considérablement agrandi depuis la réunion de Taschkende, en 1805, et de Turquestan et des villes voisines en 1815. Aujourd’hui, les limite.s de ce khanat sont : au nord, les steppes des Kirguizes-Kasaks; à l'ouest, la Boukharie et le désert de Kizil-Koum; au sud, le territoire de Karatéguine; à l’est, leTurquestan-Chinois ou la Petite- Boukharie.

ÉTENDUE. Longueurdu nord au sud, environ 130 lieues; largeur de l’est à l'ouest, 50 lieues.

Natubb no SOL. Le pay.s est montagneux : on remarque dans la partie du nord l'Ala-Tag et les monts Karataou; au sud, les Oschgar-üivani, ramification des Tsoung-Ling.

Le territoire est en général fertile, particulièrement sur le bord des cours d’eau, où l’on trouve de très-belles prairies.

UiviÈBEs. Les principales rivières du khanat sont.

L’Andédjan,

La Djakan,

La Kaba,

La Khokande.

L’Asfera,

La Tschirtschik.

Cette dernière a un courant tellement rapide, que ce n’est qu’avec une peine extrême que les chevaux parviennent à la passer à gué. On entend au loin le bruit de ses eaux, qui met en fuite les bêtes sauvages, jusqu’aux panthères et aux tigres.

Toutes les rivières que nous venons de citer se jettent dans le Sir-déria, ou Jaxartès, qui parcourt le khanat, en se dirigeant d'abord à l’ouest, puis au sudouest, et enfin au nord-ouest.

Climat. Le climat est sain et agréable, quoique, dans les parties de l’est du khanat , les chaleurs soient très-fortes en été.

productions naturelles.

Règne animal. On trouve dans le khanat le chameau, le cheval, l'âne, les bêtes à cornes et une grande variété d’oiseaux et de liâtes fauves. On y éleve unequantité considérable de vers à. soie.

Régné végétal. I-es produits les plus importants du règne végétai sont les céréales, les fruits, tels que pêches, amandes, raisins, grenades, figues, oranges , et un grand nombre de mûriers.

Règne minéral. Houilles, fer, cuivre, argent, or et lapis-lazuli.

Commerce. Le commerce se fait par voie d’échanges avec la Boukharie, Cascligar, la Chine, Khiva et le district de Karatéguine.

Population. Plusieurs auteurs portent la population à 3,000.000, Tartares et Tadjies : celte estimation nous paraît trop forte, et nous croyons que le nombre des habitants ne dépasse guère 1,200,000 âmes.

Armée. L’armée se compose, dans les circonstances ordinaires, de 10,000 ca-

valirrs et d'un petit nombre de fantassins. Nous avons vu qu'cite était forte de 15,000 hommes en 1842 (1).

On trouve dans la relation du voyage de M. Nazarov (2) les détails suivants, qui peuvent servir à faire connaître cette armée :

« Une haie de cavaliers armés de sabres, de lances et de fusils à mèche fut formée depuis le jardin jusqu’au palais. Les soldats de la garde du prince, nommés kaUobater, montés sur de superbes chevaux turcomans, étaient richement habillés; ils avaient des turbans rouges-, les autres soldats en portaient de blancs.

< Vers midi, nous nous mimes en route; nous étions précédés par un ofScier du pays revêtu d'une cotte de mailles et armé d'un bouclier; auprès de lui était un homme à cheval frappant sans relâche sur des timbales. Lorsque nous eûmes passé devant un corps de cent cavaliers, le chef de cette troupe se joignit à l'oflicier qui nous servait de guide, et l’accompagna jusqu’à un autre corps de cent cavaliers. Il se retira, et un autre chef le remplaça. Après la cavalerie vint l’infanterie. Les soldats , quoique rangés en bataille, tenaient leur fusil comme bon leur semblait. Nous remarquâmes que les troupes n’étant pas assez nombreuses pour couvrir une si grande étendue de terrain, on leur faisait prendre les devants, par des rues voisines, pour les ranger de nouveau sur la route qui nous restait a parcourir... En repassant entre la double haie de soldats, plusieurs cavaliers khokandiens s'amusèrent à donner des coupsde fouet aux Cosaques : un de ceuxci, irrité de ce singulier accueil, riposta par on coup de crosse de fusil dans la itrine de sou aggresseur, et le Gt tomr de cheval. Au lieu des’en fâcher, les soldats khokandiens louèrent la vaillance du Cosaque, et éclatèrent de rire. Nous apprîmes par la suite que le plus sûr moyen pour un ofBcierdu |>ays d'acquérir la réputation d’un guerrier courageux, étaitd'insulter les passants. Aussi, les voit-on donner force coups de fouet aux soldats qui ne se rangent pas assez

(I) Voyez ci-devant, page so, colonne i .

(î) Voyez IVagasin atiatigue, publié par J. Klaproth, ton), f, page 43et suivantes.

vite pour leur faire place, et souvent aussi ils les accablent d’injures. Le peuple s'empresse de céder le pas à ces braves. •

Gouvebnbmbnt. Le gouvernement était despotique à l'époque de l'indépendance du pays, et il rest encore depuis la conquête des Boukhares en 1842(1).

La relation de l’audience accordée à M. Nazarov , envoyé de l’empereur de Russie, par le khan de Khokande, peut donner une idée du cérémonial qui existait a la cour de ce prince ; nous allons la transcrire.

« A cent cinquante toises du palais on nous Gt descendre de cheval. Nous marchâmes alors jusqu’à la porte de la grande muraille qui entoure la demeure du souverain. Nousattendimesuuedemi-heure, temps nécessaire pour qu’on nous annonçât. Le concours de peuple était si

f;rand que, de toutes parts, les maisons, es toits, les escaliers elles murs étaient couverts de spectateurs. Nous vîmes près de la cour un grand nombre de mortiers et de canons sans affûts et entassés.

• Deux ofGciers s’étant présentés à la porte, me conduisirent dans la cour; et me montrant le prince qui était à une fenêtre du palais , ils m'engagèrent à le saluer suivant l’usage, comme je saluerais mon souverain. J’ôtai mon chapeau, cequi est contraire à l’usage du pays, et je le remis ensuite sur ma tête , après avoir fait un profond salut.

V Les vizirs et tous les seigneurs qui composaient le conseil suprême étaient assis sur des sièges élevés , couverts de tapis et placés sous des hangars près du palais. J’ouvris la lettre de l'empereur et celle du chancelier de l’empire, qui en contenait la traduction , et je les plaçai sur ma tête avec les mains. On me prit alors par les bras , et l’on me conduisit dans les appartements du souverain , qui était assis sur un trône élevé auquel on montait par des degrés. Ce prince portait un grand châle garni de franges et de glands d'or. Deux vizirs me conduisirent par les bras jusqu’au pied du trône. On m'ordonna alors de me mettre à genoux. Vamir-vali-mlani (c’est

(I) Voyez ci-devant , page M, colonne I,

fis

L’UNIVERS

ainsi qu'on désignedans ses Etatsie souverain deKIiokande) prit alors 1rs lettres et les donna à un vizir; il se leva ensuite de son trône, et me tendit la main, que, selon l'usage, je pressai cloueementdans les miennes. Cette .scène SC passait dans le plus profond silence. Les vizirs me prirent de nouveau sous les bras et me liront marcher à reculons jusqu'à la porte , alin que Je ne toupiasse pas le dos au prince. Celui-ci m'adressa alors la parole. Il s’informa de la santé de renipereur , et me demanda si j’avais des instructions verbales de ce monarque à lui communiquer. Reconduit dans la cour, on me lit asseoir sur un riche tapis, en face de la fenêtre dont j'ai parle plus haut , et à une distance d'environ trois toises. L’oflicier des Cosaques fut conduit de la même manière, et on le lit asseoir à ma gauche. Des envoyés de la Chine, de Khiva ,de Boukhara et deplusieursautrespays étaient assis derrière nous, sous des hangars. On ap|K)rta alors la caisse qui contenait les présents. D'après l’usage du pays, ou lit asseoir les Cosaques sur dessièges qui se trouvaient à une certaine distance des nôtres. Huit seigneurs de la cour soulevèrent la caisse avec des ceintures, et la portèrent dans les appariements du souverain. Je remarquai qu’en passant devant les amba.ssadcurs des autres puissances ils firent semblant d’être accablés sous le poids de leur charge. J’avais sur moi la clef de la caisse; le prince envoya quelqu’un me la demander. l’cu d'instants après, le principal vizir montra la lettre de renipereur aux membres du conseil suprême, qui la regardèrent avec respect. Ensuite il la reporta au palais.

« Le prince, comme preuvede sa satisfaction particulière , fU préparer pour nous et pour les personnes les plus distinguées de sa cour un repas composé de viande de cheval et de riz teint en couleur de rose; nous ne mangeâmes pas du premier de ces mets, sous prétexte que notre religion nous le défendait. Après le repas, on nous souleva de dessus nos sièges, on nous plaça sur nos chevaux, et nous filmes escortés jiisqp’à notre jardin par les mêmes officiers qui nous avaient accompagnes en venant au palais, v

POLICE ET .UlMIMSTBATlOît DE LA JUSTICE.

Le gouvernement se montre très-sévère à l’égard des marchands qui se rendent coupables de fraude et de vente ,i faux poids. Le coupable, dépouillé du ses vêtements, est promené dans les rues, et on lui applique des coups de fouet, pendant qu'on l’oblige à crier tout haut qu'il est puni de la sorte pour avoir vendu à faux poids.

Les procès s’instruisent verbalement.

Le téiiioigiiage de deux hommes fait sous serment suffit pour établir la preuve d'un fait. Les juges sont des membres du clergé. Le gouverneur les convoque, lorsqu'il y a lieu, dans une maison qui sert de palais de justice. J.es juges, assistés du gouverneur, sont placés sur une estrade. On introduit devant eux l'aecusé. L'imaii delà mosquée à laquelle il appartient examine l'affaire, et après avoir reçu la déclaration des deux témoins du crime, il prononce la sentence; lorsque les autres juges l’approuvent, le gouverneur la fait mettre à exécution.

Les officiers et les fonctionnaires du

filiis haut rang sont condamnés à mort , orsqu’on peut les convaincre de trahison , d’usure et de divers autres crimes. I.curs biens sont confisqués au

firolit du souverain. Leurs femmes et eurs filles sont livrées en toute propriété à de simples soldats.

Les voleurs sont punis par la perte d'une main ou même des deux , suivant la gravité du vol. L’amputation faite, on trempe le moignon dans de l'huile bouillante pour arrêter l'hémorragie; puis on laisse aller le voleur.

Les assassins sont livrés aux parents du mort, qui ont le droit de leur faire trancher la tête, de les vendre comme esclaves, ou de leur faire payer une forte somme pour le prix du sang.

I.’adnltère est puni de mort. « J'ai assisté, dit M. Nazarov, h une exécution de ce genre. Le souvenir m’en fait encore frissonner. Une jeune fille de dix-sept ans, mariée par ses parents ,à un homme qui lui déplaisait, l'abandonna, quitta ses vêtements de femme, se fit raser la tête comme les hommes, et alla vivre avec un officier du gouver-

ncur , dont elle était éperdument amoureuse : elle passa lonfttemps pour le domestique de cet officier. Mais à la fin, le mari, informé de la vérité, en instruisit le gouverneur. L’amant prit la fuite , la pauvre femme fut arrêtée , et avoua son crime. La loi était formelle. Le prince , qui ne pouvait lui accorder sa grâce, mais qui avait pitié de sa jeunesse et de sa beauté, lui fit dire en secret de revenir sur sa première déposition , et de déclarer qu'elle avait perdu ses cheveux à la suite d'une maladie. Elle répondit que, séparée de l'homme qu’elle aimait, la vie n’était plus rien pour elle. Tout fut inutile. Elle resta inébranlable dans sa résolution, et voulut mourir. Le jour fixé pour l’exécution, la foule était immense au bazar, lieu du supplice. On avait creusé une fosse; la jeune femme

Lfut enterrée jusqu'à la poitrine. Le lurreau lui jeta alors une pierre à la tête. Les assistants suivirent son exemple, et continuèrent jusqu’à ce que la tête de cette malheureuse fût entièrement broyée. Alors les parents vinrent enlever le' corps pour l’enterrer. •

VILLES PBINCIPALES.

Les villes les plus importantes du khanat .sont :

Otrar,

Souzak ,

Turquestan ou Taraze,

Taschkende ,

Khoiljende,

Khokande, capitale,

Marguilan ,

Andoiidjan ,

Kemengan,

Osch.

Otbab, surla rive droite du Jaxartès, un peu au-dessous du conllucnt de l’Aride , était autrefois une place de guerre im|>ortante. Cette ville est devenue célèbre parla mort de Timour ou Tamerian.

Souzak est une forteresse située dans les montagnes, et autour de laquelle s’élèvent cinq cents maisons. Laville n’a qu'une seule rue en forme de cercle :

elle est bâtie sur un terrain élevé et entourée d'une muraille de pierre. L'enceinte renferme des sources abondautes.

8' IJvraiton. (Tabtabie.)

On remarque, aux environs, des champs labourés et des tentes éparses de Kirguizes. I/CS habitants se livrent à l’agriculture et entretiennent un grand commerce d’écbange avec les Kirguizes voisins.

Tubqubstak. Cette ville, appelée au.ssi Taraze, est fameuse par les tombeaux de plusieurs saints musulmans enterrés dans son enceinte. Le plus révéré de tous ces saints est Kara-Ahmed.

Il existe dans la ville une mosquée qui porte son nom , et près de laquelle on voit une immense marmite qui a au moins douze pieds de diamètre, et dans laquelle les gens riches font cuire, à certains jours , des aliments que l’on di.vtribue aux pauvres.

Taschkende. Cette ville, situéeà cinq lieues environ de la rivière de Tschirtschik, est bâtie en partie dans une vallée : elle est entourée dans presque tout son circuit par une muraille de briques séchées au soleil. Taschkende contient environ 3,000 maisons; mais elle parait plus grande qu'elle ne l’est en réalité, parce qu’elle renferme dans son enceinte un nombre considérable de vignes et de jardins. Plusieurs canaux conduisent Peau de la rivière à de nombreuses fontaines situées dans les différents quartiers de la ville. Chaque, maison possède d'ailleurs son bassin particulier ou un petit canal qui traverse la cour. I>es habitants se baignent dans ces bassins et y blanchissent leur linge.

La ville est tres-vivante, la foule remplit les rues. Quelques gens dansent devant la porte de leurs maisons, d'autres font de la musique dans leurs jardins, et l'on peut se croire dans une tête perpétuelle.

Les artisans sont en petit nombre à Tasclikcnde. La plus grande partie des habitants n’ont aucune occupation, et vivent des produits de leurs jardins.

La citadelle, située en dehors de la ville, est défendue pardes murailles, des fossés, et un canal profond.

On jouit à Taschkende et dans les environs d'un climat agréable. Le pavs est fertile et couvert de vignes et de vergers qui produisent les fruits les plus savoureux. On rencontre à chaque pas des sources, des ruisseaux et des canaux construits avec beaucoup de soin.

L’UNIVERS

Sur les bordü de ces eaux s’élèvent de majestueux peupliers à l’ombre desquels les voyageurs se reposent et prennent le frais.

Khodjbndb. Cette ville est fort importante par son commerce, et on y remarque un nombre assez considérable de fabriques.

Khokande. Cette capitale est fjrande et peiiplee. Le nombre des habitants s'élève a 30,000. On compte, dit-on, à Khokande jusqu'à (|uatre cents mosquées. Cette ville est bâtie dans une plaine, et l’on y trouve un nombre considérable de sources. Les maisons sont de terre. Il existe cependant au rentre lie la ville trois bazars de pierre. On remarque, dans plusieurs quartiers, d’anciens monuments mal entretenus. Près du château, il existeun bâtimentde briques : oe sont les écuries royales. Les environsde K hnkande sont très-agréables.

On y voitde.s villages, des prairies et des champs bien cultivés. Le terrain est fertile, quoique imprégné de sel. I.«s gens de la campagne portent au marche un nombre considérable de paniers remplis d'œufs de vers à soie, que les femmes achètent pour les faire eclore. Voici comment elles s’v prennent. Elles enveloppent les oeufs dans des linges humides, et les réunissent par petits tas ju.squ’à ce que les vers soient éclos ; ce ui arrive ordinairement au bout d’une ouzaine de Jours. On place alors les vers dans des paniers couverts de linges humides, et on lesexpose au soleil, en ayant soin de leur donner des feuilles de mûrier pour nourriture. La soie est tellement commune dans le pays, que, maigre les exportations considérables que l'on tait en Boukharie et la fabrication d’une immense quantité d’étoffes , il reste toujours un fort excédant au moment de la nouvelle récolte.

M A HO lit LA N a une circonférence d’environ sept lieues. Cette ville n’est pas fortiliée; mais elle est défendue par la forteresse d’Yarmazar, qui n’en est éloignée que d'une lieue environ, et dont la garnison est considérable.

Les maisons de Marguilan sont de terre et n’ont pas de fenêtres ; les rues sont étroites. On voit dans la ville un assez rond nombre d’anciens monuments et e portiques, plusieurs d’un bon style

d’architecture. Au centre de Marguilan on remarque un édifice assez semblable à un temple ouvert, et dans l’intérieur duquel est planté un drapeau de soie rouge qui , suivant la tradition, a appartenuà Alexandre le Grand. On rapporte que le conquérant macédonien mourut dans la steppe voisine et fut enterré dans ce lieu.

Lorsqu’un nouveau gouverneur de Marguilan vient prendre possession de sa charge, les membres du clergé mahometan promènent ce drapeau en procession dans toute la ville, et l’accompagnent en chantant jusqu’à la maison du gouverneur, qu’ils complimentent. Celui-ci, en retour, attache au drapeau des pièces d’étoffes d’or, d’argent, et d’autres objets précieux. Ces présents sont destinés aux prêtres ; il leur distribue aussi de l’argent, du pain et des pommes.

I..e bazar de cette ville contient plusieurs rangs de boutiques. On y tient un marché deux Jours par semaine. Les employés du gouvernement veillent à ce que les marchands ne trompent pas les acheteurs sur le poids ou sur la mesure des denrées qu’ils débitent.

On trouve dans la ville plusieurs fabriijues de drap d’or et d'argent , de velours, et d’autres étoffes particulières au pays. On en exporte une grande quantité en Boukharie et à Caschgar. Cette dernière ville fournit aux haoitants de Marguilan du thé, de la porcelaine, de l’argent en lingots, des couleurs, du damas et d’autres étoffes de la Chine.

Les habitants de Marguilan paraissent riches et heureux. Les femmes sont, à ce qu’on rapporte, belles, grandes et bien faites, et passent pour aimer beaucoup la parure.

M. Nazarov nous a transmis quelques renseignements curieux sur Marguilan.

• Le prince, dit le voyageur russe, me fit inviter avec ma suite a une partie de chasse près de Marguilan. Il y a là des pâturages ; on y fait la chasse aux oiseaux, aux panthères et aux tigres.

Après avoir longé la chaîne de montagnes appelée Caschgar- iHvani, qui s'étend de la Chine vers Samarcande, nous arrivâmes à une steppe dont l’étendue est d'à peu près dix lieues ; nous dirigeant alors vers l'est, nous arrivâmes à Marguilan, après deux Jours de marche; nous

TAHTABIE.

llô

vîmes dans cette steppe sablonneuse un nombre considérable de villages trèspeuplés. Les habitants sont fort à leur aise. Ils paraissent mener une existence heureuse, et leur visage exprime une satisfaction réelle. Ils cultivent des vignes et des champs , fabriquent des toiles de coton, et élevent des vers à soie.

• Quand nous entrâmes dans Marguilan, la foule était si considérable sur notre passage et se montrait tellement curieuse de nous voir, que l'on était contraint de donner è ces gens des coups de fouet sur la tête, pour que nous pussions avancer de quelques pas. Hais ce moyen était insutlisant, et la foule se précipitait toujours sur nous. On nous conduisit dans une maison appartenant au gouvernement et où l’on avait placé une garde pour nous mettre à l'abri des importunités des habitants. Précautions inutiles : les portes furent brisées, et la foule se précipita dans les appartements oue nous occupions avec une violence telle, que nous manquâmes d’étre étouffés. Un envoyé chinois qui logeait dans notre voisinage et prenait part à ma position désagréable, me conseilla d^ordonner à mes Cosaques d’employer la force pour me debarrasser de ces importuns, ajoutant que c'était le seul parti que nous eussions à prendre pour qu'on nous laissât en paix. Ce moyen nous réussit pendant quelques jours ; mais bientôt l’afiluence redevint aussi considérable qu’auparavant. Pendant huit jours entiers nous ne pûmes obtenir d'être un instant tranquilles.

Knfin, quand la curiosité générale fut satisfaite, on nous laissa jouir d’un peu de repos.

« Nous reçevions chaque jour du gouverneur une livre de viande, une livrede pain et du thé. On nous donnait pour nos chevaux la même ration de fourrage qu’à Khokande. »

Amdoudjah. Cette ville, située près du territoire de Caschgar, est entourée de villages dont les habitants se livrent à l’agriculture. Ils élèvent aussi des vers à soie et fabriquent des toiles de coton. Us font un grand commerce avec les Kirguizes-Noirs qui leur fournissent des bestiaux. Andouujan n’a pas d’autres fortifications que le château du gouverneur, entouré d’une muraille et défendu

par une bonne garnison. Chaque soldat a un logement dans ce château. Une partie des droits de douane s'appliquent à l'entretien des troupes. Les maisons d’Andoudjan sont bâties de terre; les rues de cette ville sont tortueuses et étroites.

On remarque entre Andoudjau et Namengan des prairies appartenant au kban de Khokande et entourées de larges canaux et de roseaux. On a placé tout autour de l'enceinte des corps de garde pour empêcher les habitants de tuer les oiseaux et les bétes fauves qu'on y tient en réserve pour la chasse du prince.

Nambngan, ville fort peuplée; on y voit plusieurs manufactures de toiles de colon. Le territoire eiivironiiant produit une grande quantité de fruits

3ue l’on envoie dans toutes les villes U Khokande. Namengan entretient un commerce suivi avea les Kirguizes- Noirs.

, ville peu considérable située au bas d’une montagne appelée TaJiliti-Souleiman ou le Tràne de Saiomou.

Un nombre considérable de pèlerins se rendent à Osch pour visiter un endroit de la montagne où, suivant la tradition, Salomon immola un chameau dont ou voit encore le sang , rouge eoinine s'il venait d’étre répandu. Les personnes affectées de rhumatismes et de quelques autres maladies vont à (Kch, où elles se couchent sur une pierre plate qui possède, dit-on, la vertu de les guérir.

DBPEIVDÀnCBS DU KHANAT DK UIOKANDB.

Plateau de Pamère.

Le plateau de Panière est situé entre le r.adakschane et le territoire d’Yarkende. Le centre de ce plateau est occupe par le lac Sarikoul, duquel sort l'Oxus. Cette plaine haute s'étend de toutes parts à six journées de marche du lac ; elle est coupée par des ravins peu profonds et couverte d’une herbe courte, mais nourrissante pour les bestiaux. Le climat y est fort rigoureux, et en été la neige se conserve toujours dans les fonds.

Habitants. Ce plateau est habité

IIG

L’UNTVERS.

p.tr des KIrguizes nomades, sur les mœurs et les usages desquels M. Wood nous transmet de curieux détails. Kous devons , avant de les faire connaître , indiquer à quelle race appartiennent ces Kirguizes , que l'on pourrait confondre avec les Kasaks, habitants des steppes septentriouales du Tiirquestan, et dont nous parlerons plus loin.

K AB a-Kihguizbs et Kibguizes-Ka- SAKS. On donne, en Europe, le nom de KirguizesiAftuj. peuples qui, bien qu'ils parlent la même langue, différent cependant beaucoup l'un de l'autre par les traits du visage. Le premier de ces peuples s'appelle lui-même Kasaks ou Kaisaks et repousse la dénomination de Kirçuizes. Les véritables Kirguizes n'ont rien de commun avec les Kasaks, et leur portent une haine profonde. On les distingue aujourd'hui par le nom de K ara- Kirguizes ou Kirguizes-Noirs , k' irguizes-Sauvages et Bowroutes. Cette dernière dénomination leur fut donnée, parce qu'ils se mêlèrent avec les Bouroutes, peuple de même race qu'eux et qui habite dans le Turquestan chinois.

M. Wood pense que les Kirguizes- Noirs du plateau de Pamère sont de la même race que les Usbecks, et que la stature élevée des premiers et la petite taille des seconds tiennent uniquement à la différence du climat.

Femmes kaba-kibgbizbs. Les fanmes kirguizes sont en général petites .

mais alertes et robustes. Leur vêtement n’a rien de gracieux. Quand il fait froid, elles portent une grande quantité de jupons, et mettent par-dessus une large robe. Une ceinture de cuir leur serre la taille et retient tous ces vêtements. Elles ont sur la tête une sorte de bonnet de toile blanche empesée et très-haut. Des bandesdela même toile leur couvrent les oreilles, la bouche et le menton.

Leurs mains sontcouvertes de gros gants de laine. Ces précautions suffisent à peine pour garantir du froid intense que l'on éprouve dans les régions qu'elles habitent.

Moeubs BT USAGES. Lcs Kirguizes du plateau de Pamère ne sont pas aussi barliaresqu'on pourrait le supposer. On voit souvent dans leurs tentes des enfants qui apprennent a lire et à écrire, sous l'inspection d'un vieux mollah, t.a

langue que parlent ces Kirguizes est uA dialecte turc ou tartare qui diffère fort peu de celui du Roundouze. Ces nomades reconnaissent la suprématie du Khokande et payent un tribut au chef de cet Etat. Ce sont les heys(t) oui ont la charge de percevoir l'im|>êt et d'en remettre le montant au gouvernement khokandien. Ils sont également chargés de défendre les intérêts de leur horde. Les Kirguizes témoignent à ces clieh une considération qui varie suivant l'âge, la naissance et les richesses. Ces marques de respect extérieur constituent toutes les prérogatives des beys , dont l'influence est purement patriarcale.

Les Kara-Kirguizes du plateau de Pamère sont en hostilité constante avec les provinces chinoises qui avoisinent leur territoire, et en particulier avec le pays d'Yarkcnde et le Tibet. Ils font des excursions dans ces deux provinces pour voler des hommes, des femmes et des enfants qu'ils réduisent en esclavage , et pour détrousser les caravanes : aussi les magistrats chinois condamnentils à mort impitoyablement et .sans aucune forme de procès tous les Kirguizes qui tombent entre leurs mains. IJne paieille conduite, bien qu'elle paraisse souvent injuste, est cependant lustiflée par des crimes antérieurs et par la nécessité d'inspirer de lacrainte à ces bandits; car les Kara-Kirguizes ne vivent que du vol et des produits du brigandage , à tel point qu’ils ne respectent pas même les propriétés de leurs parents ou de leurs amis ; et, lorsque quelqu'un d'entre eux a été victime d'un vol , il cherche à prendre sa revanche sur celui de ses voisins qu'il croit pouvoir dépouiller plus facilement.

Ces Kirguizes vendent presque tous les esclaves qu'ils peuvent enlever, et ne s'en réservent pour eux-mêmes qu'un fort petit nombre. Ils trouvent plus avantageux de se faire servir par des femmes libres. C'est en partie par suite de cette habitude que tes gens mariés désirent avoir plutôt des fllTcs que des garçons. D'ailleurs, les travaux qu'ils

(1) Bty ou beg ftool le même mol articulé avec, plus ou moins de force, suivant la prononciation usitiie dans te pays. Nous nous conformons n l'orthograpbe adoptée par les voya* peurs.

réclament des gens qui les servent n’exigent que rarement l'emploi de la force.

Un petit iioiubrede pâtres sufüsentpour garder le bétail, qui est cependant fort considérable, et nul parmi ces Rara- Kirguizes ne se livre à la culture de la terre. La rareté des vivres est encore une raison qui leur fait préférer les femmes, qui, en général, mangent moins que les hommes. Les parents, lorsqu’ils mit plusieurs ülles, en vendent quelquesunes, souvent à des prix assez elevés(l). La femme est donc pour ces nomades une véritable marchandise; aussi en hérite-t-on comme d’une propriété.

Lors({u'un homme marié vient à mourir, sa femme passe à son frère, ou, s'il n’a pas de frère, à son plus proche parent.

La nourriture des Kirguizes se compose presque exclusivement de laitage; ils ne mangent guèred'autre viande que celle des bétes qu’ils tuent à la chasse avec leurs fusils à mèche. La quantité de cornes qui encombrent le plateau de Pamère témoigne du grand nombre d'animaux sauvages détruits par ces intrépides chasseurs. Ce sont presque toulours de grands béliers, ou plutôt des boucs sauvages particuliers au pays, et que l’on appelle rass et plus souvent koiUschgar, koutschkar et koudjegar.

Cet animal est, dit-on, plus gros qmune vache et moins gros qu’un cheval ; son poil est blanc. De sa mâchoire inférieure pend une longue barbe qui l’a fait ranger par quelques voyageurs dans la famille nés boucs. Il a des cornés d'une très-grande dimension, et dans la cavité desquelles , si nous en croyons Burnes, les femelles des renards mettent bas leurs petits. Les Kirguizes estiment beaucoup la chair du kouschgar, et les cornes de cet animal servent à un grand nombre d'usages; on les emploie surtout à faire des étriers, et, en guise de fers, pour garnir les pieds des chevaux.

Nous venons de dire que les Kirguizes ne se nourrissent que de laitage et de viande. Au printemps ils font avec le lait de leursjumeuts une grande quan-

(I) Cne valeur de L. 40 oa looo fr. pour une Jeune Hile qui n’a paa atteint l’àge de quinie aot. ( foj/ez Wood , Jouncy to Vu taurte ojlht river Oxiu, page MO.)

tité dekoumize, boisson fermentée dont nous indiquerons (dus loin la composition. Cette liqueur est tellement forte, qu'une tasse suflit pour produire l’ivresse ( 1 ). Ils assurent que lorsque les vapeurs du koumize sont dissipées on éprouve un grand appétit et un bien-être général. A l'époque où ils usent de cette boisson , les Kirguizes de Pamère se livrent sans frein à leurs passions sensuelles et brutales. On doit supposer que l’alimentation générale des Kirguizes est mauvaise; car ces nomades sont tous extrêmement sujets aux maladies cutanées. On a remarqué aussi qu’ils ont les dents gâtées et les perdent de bonne heure. Suivant eux , cette inBrmité tient uniquement à l’extrême fraîcheur et à la crudité de l’eau qu'ils sont obligés de boire. Peut-être cependant leur manière de se nourrir et l’usage immodéré du tabac à fumer y contribuent-ils également.

Chevaux. Les chevaux kirguizes sont laids , ont le poil dur, et ne supportent guère la fatigue. Un bidet du Kouudouze fait plus crouvrage que deux de ces chevaux.

Fbbtilitb du sol. On ne voit sur le plateau de Pamère ni chèvres ni vaches. Ces animaux ne pourraient pas vivre dans un climat aussi rigoureux.

Mais les Kirguizes possèdent des yaks, des chameaux, des chevaux et des moutons. Les animaux qui peuvent résister au froid se trouvent très-bien sur le plateau de Pamère. L’herbe de cette contrée est si nourrissante que , si l’on en croit les Kirguizes, les chevaux les plus maigres qu’on y mène paître deviennent gr.-isau bout de vingt jours. Cette herbe possède encore, suivant eux, la propriété de rendre fécondes les brebis, qui presque toujours , lorsqu’elles s’en nourrissent, mettent bas deux agneaux à chaque portée.

Il parait que si le terrain du plateau de Pamère était soumis à une bonne culture il donnerait de quoi fournir abondamment à tous les b^oins d’une jxipulation cinq fois plus nombreuse que celle qui l’habite aujourd’hui. Mais ragriculture y est tellement négligée,

{Ij f'oysï Wood, Joumey to Vie eourceqt Vu riier Oxtit , p«ge >41.

LTIOTVEHS.

que le lol Ae produit même pr>s la quantité de mina nécesaaire pour la oonsoromation actuelle, et l'on en importe des différentes provinces de la vallée de rOius.

Population dbsKaba-Kibguizbs.

— LEUBS PBtNCIPAUX CAMPEHBRTS.

On estime que le nombre total des tentes des Karo-Kirpuizes établis dans le (tays de Khokande, y compris le plateau de Pamere.estde 100,000. En été,cesKirRuizes se parLiRent par petites troupes, et vont s'établir dans les Rorges des montagnes, où l'herbe et l'eau se trouvent en abondance. Les bords du lac Sarikoul sont un séjour pour lequel ils montrent la plus grande prédilection. A i'approehe de l'hiver, ils quittent les hauteurs et descendent graduellement vers les plaines, & mesure que le froid devient plus rigoureux. Enfin, ils choisissent une dernière station dans laquelle ils attendent le retour du printem|is. Cest pour l'ordinaire une vallée au pied de quelques montagnes couvertes de neige, sur lesquelles les yaks vont chercher leur nourriture, tandis que les autres animaux plus sensibles au froid, se contentent ue brouter l'herbe de la plaine. Souvent les Kara-Kirgu izes vont ca mper autourde la ville de Khokande. Us pro- Gtent du voisrnage de cette capitale pour se procurer, par voie d'échange, plusieurs ustensiles indispensables et quelques objets de luxe auxquels , malgré leur civilisation peu avancée, ils attachent un grand prix.

Religion. Jusqu'au commencement du dix-septième siècle les Kara-Kir- Ruizes n'eurent pas d'autre religion que le chamanisme. A cette époque ils adoptèreut le mahométisme. Ils ont emprunté è oette religion un grand respect pour les morts et les dmetieres.

Lorsque par hasard ils aperçoivent le tombeau d'un homme de leur nation , ils descendent aussitôt de cheval et y font une prière.

M. Wood vit sur le plateau de Paincre un de ces tombeaux : c’était un Kltiment d'une construction assez grossière et surmonté de deux cornes de kouschgar.

XHANAT DS HISSAS.

Les principales villes de ce khanat sont :

HIssar, capitale,

Deinaou,

Tirmeze,

.Saridjnnï,

Toupalak ,

Régar ou Reg-Ara,

Kara-Tag, ,

Dcschtahad ,

Tschokmazar.

Hissab, résilience du Kh.an, est située dans une vallée fertile et abondante en pôturagps. La rivière de Saridjonï, ou Kafernihan, coule à trois lieues et demie environ de cette ville. On compte à Ilissar à peu près trois mille maisons.

Khodja-Taman est un lien célèbre par le tombeau d'un saint musulman très-véuéré dans le pays.

Pre.sqne tous les habitants du khanat de Hissar sont des Usbecks. I.es Tadjics n’y sont qu’en très-petit nombre.

KHANAT DE SCHÉHéBISEBZE.

La ville de Schéhérisehze , capitale du khanat, s’élève sur le terrain qu’occupait le village de Kesch.on naquit Tanierlan; elle est située sur la rivière du même nom , que l’on appelle aussi Kaschka.

Cette rivière a souvent protégé l’iiidépendancedu pays. On peut, au moyen de digues et d’autres ouvrages, inonder de ses eaux tonte la contrée qui environne la ville et la forteresse de Schéhérisebze. Cetohstacle, joint h la réputation de bravoure dont jouissent les Usbecks du khanat. a. depuis près d’un .siècle, suffi à empêcher ou arrêter les tentatives des Boukharespourse rendre maltresdii khanat.

Le pays de Schehérisebze. avait été réuni s la Bonkharie par Mohammed- Rahim-Khan. Il se déclara indépendant è la mort de ce prince, en 1751.

La perte de cette province est extrêmement sensible aux Boukhares. Le khanat de Schéhérisebze se trouve enclavé dans la Boukharie, et 11 est d'ailleurs traversé dans toute son étendue par une rivière qui le fertilise.

Le pays de Schéhérisebze envoie en Boukharie d'excellent coton et des racines propres à la teinture. Il en tire

du fer, du cuivre et quelques autres marchandises qui viennent de Russie.

Le khan peut mettre sur pied une armée ou plutôt une levée en masse d'environ vingt mille cavaliers. On remarque dans cet État, indéjiendamment de la capitale, les villes et forteresses de Kitab,

Douab,

Djaoiize , l’itahaneh,

Yakabak,

Outakourgan.

P\YS DES KIltOinZSS-KASAKS (1).

Limites. Les steppes des Kirguizee sont bornées au nora par la ligne des forliOeations russes; i l'est, par les provinces occidentales de la Chine; au sud, ces limites ne sont pas aussi nettement marquées ; mais en général les nomades ne dépassent point le 42* degré, où ils se rencontrent avec les Turcoinans des rivages orientaux de la mer Caspienne.

Les limites occidentales sont formées par le fleuve Oural et par une partie de la mer Caspienne.

Climst. Les steppes des Rirguizes sont exposées a des froids extrêmement rigoureux et à des chaleurs insupportables. Dans la partie se[itentrk>nale des steppes, habitée par la Petite et la

(1) Nous avons beaucoup praOté ponr celle partie de notre travail de rexcelleoc ouvrage intitulé 1 Des-riiilion det hordta et drt slrppts drx Kiryhiz-tCazakx ou Kirffhiz^ Kaizsahit par .dlrxiz de LtvchiHZ ^ traduite du ntzse par Ferry de Pigny et A. Charriêre ; Parts, IniprimerH' royale, istü. Un vol. grand In-S* (le VI el 5IR pag<*s, avec planches et cartes; cher. mad.ime veuve Arlhus Bertrand, rue Hautefeuille, n» iS.

l,e cadre qui noua est tracé ne noirs pernietlail pas d’entrer dans 1» mêmes développements que le s, avant auteur russe, et nous devons renvoyer à son ouvrage pour quelques Irallrà fort Importants que nous n'svans pas même Indiques. Il nous suffira de dire que le livre de M. de Levrhine forme une monographie complele des Kirgoizes, et devient aussi indispensaltle II l'orientaliste qu'au giavgraphe ou a fhlslorien , en un mol à toutes les personnes qui , S un point de vue quelconque, ont pris pour objet de leurs éludes celle famille Importante de la race turque : .M. Uharrlére a bien voulu nous permettre de faire usage dé sa traduction ainsi cpie des notes savantes et instructives qui l'accompagnent.

Madame veuve Arthus Bertrand a eu aussi l'obligeance de nous autoriser à en publier des axtnila.

Moyenne Horde, le therinomètre de Réaiimur descend jusqu'à 30 degrés au-dessous de zéro. Près de l’embouchure du Jaxartès, vers le 45* degré de latitude , il marque quelquefois jusqu’à 20 degrés. L’hiver est funeste aux Kirguizes par les ouragans qu’il amène, non moins que par l'intensité du froid. On est exposé dans les steppes à des trombes redoutables appelées houraneg, qui renversent les tentes, déracinent les arbres, tuent les hommes et les liétes. Les moutons surtout, emporté quelquefois jusqu’à vingt et vingt-cinq lieues de l'endroit où ils se trouvent, périssent sous des montagnes de neige.

Aux froids excessifs succèdent sans transition aucune des chaleurs non moins insupportables. Os deserts de sable ou d’argile, privés de fleuves et de forêts, deviennent bientôt une véritable fournaise. Les animaux eux-méines sont comme anéantis. Tous les voyageurs assurent que les oiseaux et les betes sauvages se cachent dans des grottes et des cavernes; car la plus grande partie des steppes est dépourvue d'arbres et de buissons à l'ombre desquels ils puissent se reposer, et les herbes du printem[i8 sont bientôt tout à fait sAdies.

Sur les bords du Jaxartès, et plus encore dans les sables de Kara-Koura , les chaleurs sont déjà très-fortes à la Un d’avril. A cette é|K>que, l’berbese fane, jaunit et se desséche. Les nuits ne sont guère moins chaudes que le jour, et la rosée ne vient presque jamais rafratdiir l’atmosphère. Sur les bords du fleuve d'Oural, quoique beaucoup plus au nord , le therrooiiiétre de Réaiimur monte jusqu’à 50 degrés au soleil et à 34 à I ombre. Le fer exposé au soleil devient brdlaut; et l’on fait cuire des oeufs dans le sable. Cependant , quoiue désagréable, le climat des steppes es Rirguizes est généralement sain.

Les nomades indigènes y jouissent d'une bonne santé, et atteignent souvent un âge avancé, et les étrangers qui y séjournent prennent de l’embonpoint et acquièrent de ta force.

M. Levehine rapporte que le 20 octobre 1820 se trouvant près des collines de rilek, il se plaignit de la chaleur. Le 28 do même mois , il se promenait en traîneau. Les froids continuèrent

L’UMVERS.

sans interruption jusqu'au mois de mars.

Il pleut très-rarement dans les steppes, et ce n’est que dans les parties voisines des montagnes que le terrain conserve un peu d’humidité.

Katube DD SOL. Les steppes des Kirguizes sont composes en général .d’argile pure, ou d’argile niélée de sable. Vers le sud , on trouve de grandes mers de sable.

Les parties les plus fertiles de cette vaste contrée sont les bords de l’Ilek, de l’Or, l'Emba supérieur, l’Irguize et quelques autres rivières, les vallées des monts Mougodjar, et en général les parties arrosées par des rivières ou par des lacs.

Forêts. Od trouve dans les parties septentrionales du pays la foret d'Aman-Karagai, composée de pins et de bouleaux. D’autres forêts encore produisent ces mêmes arbres , ainsi que des peupliers.

Il existe presque partout du sel dans les steppes; on en trouve également dans les rivières, dans les puits, dans les fontaines, et Jusque sur les plantes.

Roselières. Presque tous les lacs salins ou d’eau douce, ainsi que les rivages de la mer et les bords des rivières sont pleins de roseaux qui couvrent les eaux jusqu’à de grandes distances. Ces roseaux atteignent quelquefois trente pieds de hauteur. Ils sont d'une grande utilité aux Kirguizes. I-es feuilles de la

flante servent de fourrage aux bestiaux, .e bois est employé comme combustible; et pendant l'hiver, les nomades, campés au milieu des roselières, s’y trouvent un peu à l’abri du vent. ' Aspect de la steppe. Les steppes dos Kirguizes sont coupées par plusieurs chaînes de montagnes , et l’on y remarque un nombre considérable de petites collines à cime arrondie.

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