CHASSE
T,es Kirguizes ne sont pas aussi adonnés à la chasse que pourrait le faire supjioser leur vie nomade. Ils considèrent beaucoup moins dans cette occupation le plaisir qu’ils peuvent en retirer et l’utilité dont serait jiour eux la chair des animaux, que les peaux et les fourrures, dont ils font un commerce assez considérable avec les nations voisines.
Ils emploient divefs moyens pour prendre le gibier; mais leur chasse favorite est celle au faucon , ou plutôt à l’aigle (I). Ils obtiennent ordinairement ceux-ci par les Baskirs, qui vont les chercher dans les monts Durais. Les kirguizes les transportent sur leurs selles en leur couvrant la tête d’un chaperon, afin qu’ils ne soient pas distraits par les objets qui frappent leur vue. Dès que le chasseur aperçoit le gibier, il enlève le chaperon , l’aigle prend son vol, s’abat sur l’animal, et le retient jusqu’à ce que le cliasseur arrive pour
(l| Voye* cl-devant, puge Ht.
racheter. Ils chassent de cette manière des lièvres, des renards, des chèvres sauvages et même des loups. Quelquefois l'aigle se tenant sur la tète de l’animal lui crève les yeux à coups de bec.
Les Kirguizes emploient encore le. faucon et l'épervier contre les animaux faibles.
Nous avons déjà parlé de la chasse de la saïga , et nous n’avons rien à ajouter a ce que nous en avons dit (1 ).
Les Kirguizes chassent aussi le sanglier et le tigre. F.n général, on peut dire qu'ils ne tuent pas le gibier à coups de flèche et encore moins à coups de fusil. Ils n’emploieiit guère ces armes que contre les chevaux sauvages.
pèche n'a qu'une faible importance chez les Kirguizes. Ils mangent peu de poisson, meme lorsqu'ils se trouvent campés sur le bord des lacs et des fleuves.
ABTS BT M^TIBBS.
Tous les métiers sont encore dans l'enfance chez les Kirguizes. Ils réussissent cependant assez bien à préparer les peaux. Voici comment ils les travaillent, quand ils veulent en conserver le poil. Ils lavent la peau à l'eau chaude, raclent et nettoient le dessous pour enlever la graisse et la chair qui peuvent y adhérer ; puis ils la mouillent pendant quatre ou cinq jours avec du lait aigre et salé , retendent au soleil , et quand elle est sèche, ils la foulent longtemps avec les mains. Pour empêcher qu'elle ne devienne humide, ils la passent à la fumée, la foulent de nouveau avec les mains , peignent le poil , et imprègnent de craie la partie intérieure.
ils font, avec des peaux de mouton, des outres et des vases qui conservent parfaitement l'eau, et ne communiquent nu liquide ni couleur, ni odeur, ni mauvais godt.
Ces nomades emploient à différents usages la laine de leurs moutons. Ils filent et teignent la moins grossière , et en font des tapis , ou bien ils la tissent et en fabriquent des rideaux pour leurs tentes. La laine la plus commune est employée a faire des feutres , qu'ils prc-
(I) Voyez d-devant, f âge «s.
parent de la manière suivante : Ils nattent la laine aveu des perches, l'étendent sur une vieille pièce de feutre, ont soin de bien l'égaliser, l’arrosent d'eau bouillante , la roulent avec le feutre sur lequel elle est appliquée; puis ils lient fortement le paquet avec des cordes; ensuite ils le foulent aux pieds on le jettent en l'air pour qu'il retombe avec force. Enfin, ils étendent le rouleau et trouvent leur feutre confectionné. Ils font aussi des bonnets de feutre de poil de chevre, et tissent avec le poil de chameau une étoile assez solide et semblable au camelot. Ils emploient pour teindre quelques étoffes de laine la racine de rhubarbe, le thé en briques, la garance, etc.
Ils fabriquent leur savon avec de la graisse de mouton et la cendre d'une herbe qu'ils appellent U-stgak. Ce savon enlève parfaitement les taches.
Les cordes dont ils se servent sont faites avec du crin de cheval et du poil de chèvre.
On trouve chez eux quelques onvriers qui travadicnt l'argent et le enivre ainsi que des forgerons et des tourneurs. Les ouvriers en argent et en cuivre fabriquent des ornements pour les harnais et montent des cornalines et des turquoises pour les ceintures de femme. Ils font aussi des bijoux grossiers. Les forgerons f.ibriquent des couteaux, des fers de lance, des sabres, des mors de bride et quelques autres objets indispensables, même pour des peuples à demi barbares. Ils emploient pour les lames des couteaux et des poignard.s de vieilles faux qui leur viennent de Russie. Les tourneurs font des v.rses de bois , dont quelques-uns sont d'une grandeur énorme. Il est inutile d'ajouter ipic tons les ouvrages qui sortent de la main des ouvriers kirguizes sont à peine ébauchés.
COHKBBCB.
Malgré les attaques fréquentes dont les caravanes sont l'objet de la part des Kirguizes, le commerce entre l'Asie centrale et la Russie est d’une assez grande importance pour couvrir les pertes qu'occasionne la rapacité de ces nomades. Les Kirguizes entre- 10,
L’UNIVERS
tiennent des relations commerciales avec la Kliivie, la Boukliarie , Taschkende,Khokande, la Petite- Boukliarie , mais surtout avec la Russie et la Clùne. Ce commerce produit de grands avantages aux deux derniers pays. En effet, la plus grande partie des objets manufacturés que la Chine et surtout la Russie livrent aux trois hordes ne pourraient trouver de débouchés que chez un peuple peu avancé dans la civilisation. Dailleurs ces deux empires ont liesoin des produits bruts qu'ils reçoivent à bas prix en échange des marchandises qui sortent de leurs fabriques. I,e commerce avec les steppes doit acquérir de Jour en jour plus d'importance pour la Russie. Les Kirguizes sont constamment maltraités et spoliés par les Chinois, tandis que le gouvernement russe encourage par une sage politique et protège par sa puissance des relations très-avantageuses à ses sujets. Ces transactions, qui enrichissent les habitants des lignes d'Orenbourg et de Sibérie, u'ont lieu que par échanges. Les nomades , accoutumés à acheter et à vendre de cette manière, ne veulent point entendre parler d'argent monnayé, dans la crainte qu’ils ont qu’on ne les trompe. Cependant ils reçoivent quelquefois de la Chine des lingots d’argent. Le commerce avec la Russie a lieu depuis la mi-juin jusqu’à la (in de novembre.
Alors on voit chaque jour au marché d’Orenbourg plusieurs centaines et quelquefois jusqu'à un millier de Kirguizes ; quelques habitants de Khiva, de Boukhara , de Khokande et de Taschkende se rendent directement dans les aouls ou campements pour y faire des échanges; mais les Russes et les Chinois trafiquent uniquement dans les villes ou les torts de leurs frontières respectives. Les objets que les Kirguizes donnent en échange des marcliandises qu’ils reçoivent consistent en moutons, chevaiix , bétes à cornes, chameaux, chèvres, poil et laine de divers animaux, peaux de boucs, de chevaux, de moutons, de vaches, peaux de loups, de renards, de corsacs, de lièvres et de marmottes, feutres, pelisses de mouton et autres, cornes d'antilope, racine de garanre
Voici un Ubieau du bétail échangé à
Orenbourg contre des marchandises russes à différentes époques :
Annéfi.
CKrvaai
Poutalof.
Bœuff.
Moalons.
Ch«rm,