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Les Kirguizes prennent en retour de leur bétail et des produits bruts qu'ils importent en Russie, différents objets de fer, de fbnte et de cuivre , tels que chaudrons, dés à coudre, aiguilles, ciseaux, couteaux, haches, cadenas , faux et faucilles, des draps, des velours et quelques autres étoffes, des coffres, de l’alun, de la couperose, des perles fausses, de petits miroirs, de la toile, du tabac en poudre, du fer-blanc, du rouge, des cuirs ouvrés, des peaux de castor, etc. « Toutes ces marcliandises ou à peu près, ditM. Levehine, sont des produits russes , et la plupart n’auraient aucun débit en Europe. Si l’on songe aux avantages immenses que le commerce russe tire de ces échanges, on comprendra que le gouvernement impérial n’a point à regretter les dépenses qu’il fait pour les appointements des sultans et des anciens, pour les présents dont il les comble, pour l’entretien même d’officiers chargés de l’administration des hordes. Je ne ferai pas mention ici de la dépense qu’occasionnent les troupes destinées a garder les frontières , car le gouvernement les y entretiendrait quand bien même il n’existerait aucun commerce entre les Kirguizes et les Russes. «
Les Chinois donnent en retour aux Kirguizes des étoffes de soie, de la porcelaine, du brocard, de l’argent, du thé, de la poterie vernissée et quelques autres produits de leurs manufactures.
Les Boukhares, les Khiviens et les habitants de Taschkende leur fournissent des étoffes de soie et de coton , des fusils, des sabres, de la poudre, etc. Les Kirguizes livrent en éenange, indépendamment des objets dont nousnvons parlé plus haut, des esclaves, qu’ils enlèvent sur les frontières russes. Ces malheureux sont ordinairement transportés les mains liées sur le dos et les pieds attachés sous le ventre d’un cheval, qu’un Kirguize, également à cbe-
val , conduit par la bride. Ces nomades sont les agents du commerce de la Russie avec l’Asie centrale. Ils se chargent de transporter les marchandises sur leurs chameaux, et l’on serait toujours obligé , même en ne voulant pas les charger des transports, d’avoir recours à eux pour traverser les steppes, où il n’existe pas de routes tracées, et où le voyageur sans guide et sans défense aurait sans cesse a craindre d’étre pillé et assassiné ou de mourir de soif. Leur intervention forme ce|)endant un trèsgrand obstacle au développement des relations commerciales. LJ ne fois l’accord fait et la caravane en route, les marchands n’ont plus le droit de se mêler de rien. Ce sont les Kirguizes qui choisissent leur route, lisent les séjours, les lieux de campement pour la nuit et les haltes. Ils n’ohéissent qu’à leurcaravaii-bacha ou chef de caravane, et celui-ci éprouve lui-même quelquefois de la résistance et des contradictions de leur part. Ces gens, beaucoup moins occupés des moyens d’abréger le voyage que de le rendre utile et commode pour eux, font pa.sser la caravane par leurs aouls , où il leur est facile de renouveler leurs provisions sans faire de dépense.
Là aussi ils se reposent quelques jours, et, en cas de besoin, ils changent ceux de leurs chameaux qui sont épuises, contre d'autres dont ils peuvent attendre de meilleurs services. La nécessité de se conformer aux exigences et aux caprices des conducteurs, et les pertes de temps, ne sont encore rien en comparaison des risques auxquels sont exposés les marchands qui parcourent les steppes. Là ils se voient arrêtés par un sultan qui exige un droit de pas.sagc à travers le pays où sont piquées ses tentes, et menace, en cas de refus, de retenir toutes les marchandises ; plus loin, ils rencontrent un chef qui renouvelle les mêmes sommations et les mêmes menaces; ailleurs, une troupe de brigands armés, poussés par une haine particulière contre les Kirguizes , guides de la caravane, ou simplement par cet instinct de pillage qui distingue la nation, fait une attaque soudaine et se livre contre les marchands à des actes d’une férocité inexplicable. Les tribus peu puissantes ne se hasardent guère
à escorter les caravanes ; et la protection de celles qu’on redoute le plus dans les steppes ne peut être réellement utile que lorsqu’il n'existe pas de dissensions sérieuses entre elles et quelques autres; dans ce dernier cas, on doit toujours craindre les violences et les déprédations, et il n’y a plus aucune sdrete pour le commerce. Lorsque la caravane essuie une attaque à main armée, les marchandises , considérées comme la propriété des guides, sont impitoyablement pillées par les brigands, qui exercent mêmeleurcruauté contre les marchands de la caravane. La Russie a employé divers moyens pour mettre un terme aux violences et aux brigandages dont les déserts du Turquestan sont si souvent le théâtre; mais tous sont demeurés sans effet. L’expérience a protivé que la force seule impose aux Kirguizes, et récemment le gouvernement russe s'est décidé à fournir de nombreuses escortes aux caravanes de marchands qui voyagent dans les steppes : de cette manière, elles ne sont point inquiétées.
Il est intéressant de connaître tout le matériel nécessaire pour traverser cc pays. Voici la liste des troupes et des approvisionnements de tout genre qui suivirent l’ambass.ade de M. deNégn à Boukhara en 1820 ;
PEBSON^EL ET MAÏKlllbl. UE l'AM- BASSADE.
Le chargé d’affaires, M. de ISegri, conseiller d'Ëlat actuel et secrétaire de légation.
M. le baron George de Meyendoff, alors colonel d’etat- major de S. M.
l’empereur de toutes les Russies.
M. de Jacoview, assesseur de collège.
M. le docteur Pander, naturaliste.
MM. Volkonsky et Simosryrf , lieutenants d'état-major.
Escorte.
Cosaques (cavalerie) 200 h.
Cavaliers baskirs 25
Fantassins 200
Total. . . 42.5 h.
L’ÜWIVEBS.
lâO
3 pièces de canon.
Coaineaux diargés de^ provi aluns de l’escurte 320
Idem des bagages et des (irovisioris des persoimes attachées a l’ambassade .33
Total. . . 858
Vingt-cinq chariots attelés de trois chevaux et conduits chacun par un Baskir étaient destinés a servir an transport des ho ninies t'alignes, des malades et des blessés.
Deux bateaux placés sur des ehariols et construits du telle maniéré qu'on en formait un radeau capable de porter une vingtaine d'hommes, devaient servir au passage des rivières.
chevaux formaient un nombre total de 400.
La marelle à travers la steppe d'Orenbourg jusqu'à Boukhara ne pouvait pas durer moins de deux mois. On calcula qu'il fallait 105 livres pesant de biscuit par homme, sans le gruau, dont le solilat ru.sse ne peut giiere se [rasscr, et quatre quintaux d'avoine parcheval.
L’ambassade emportait, en outre, un double approvisionnement de munitions pour les deux pièces d artillerie;
Quinze tentes de feutre;
200 tonneaux pour transiiorter de l’eau ;
Enfin plusieurs tonnes d'eau-de-vie.
M.deNégri s’était muni d’une somme équivalant a 72,000 fr. en numéraire, et destinée à faire des approvisionnements à Boukhara.
En arrivant dans le Kizil Kouin , les chevaux maigrissaient a vue d’feil ; ceux des Bashirs étaient exténués, et ne pouvaient plus traîner les six chariots restant des vingt-cinq qui accompagnaient l’ambassade à son départ d’Orenbonrg. Ils furent remplacés [lar des chevaux cosaques, qui jusque-la avaient porté le bât. I.æs membres de l'ainliassade et les soldats de l’escorte, surtout les fantassins, avaient prodigieusement maigri.
L ambassade arriva à Aeatma au bout de Soixante et dix jours de marche.
« Kous trouvâmes à Agatuia, dit .M. le baron de ^Icyendorff, du pain blanc et frais, des raisins délicieux, des melons
d’eau et des grenades. On peut juger du plaisir que cfiacun de nous éprouva , si l’on réllechit que depuis soixTiiite et dix jours nous ne vivions que de biscuit qui chaque jour durcissait davantage. >os chevaux eurent du fourrage nourrissant et du diougara. C’est une espèce de gr.du blanc de la grandeur et de la forme des lentilles. Ou le donne aux clievaux au lieu d’orge. • Le changement de nourriture lit périr environ îme cinquantaine de chevaux. M. de Meyendorff parait supposer toutefois qu'il ciU ete possible d’éviter cette perle , enTcndant la transition moins lirusque, et surtout en évitant d'abreuver les chevaux trop souvent.
lin fait résulte de cette relation ; c’est que pour traverser les steppes des K.irguizes et se rendre soit à Boukhara , suit a K.hivd , il faudrait compter sur uu chameau pur liommc. Mais nous sommes persuades que celte diflicullé serait loin d’étre insurmontable s'il s’agissait d'une invasion; d'autant plus qu'une armée russe numériquement très-faible suffirait pour occuper militairement les deux kliauats les plus considérables du Tiirqiiestau, celui de Boukhara et celui de Khiva. Les diverses rencontres qui ont en lieu entre les hordes pillardes du Turquestaii et les escortes russes qui accompagnent les caravaues prouvent, à n’en pouvoir douter, qu'un détachement d'infanterie, soutenu par queltpies chevaux et surtout par du caiiüu, défie les efforts de plusieurs luillicTs de barbares.