TARTARIE CHINOISE
TDIQDESIX.X OKIEVIXLOC PEIIIK-MICEBAEIK .
Dénominations. Turquestau oriental, Turquestaii chinois. Petite Boukliariu. Les Buukliares appellent cette contrée ■lUischakaa, mots qui en turc ou en tnriaro signifient iet Six villes. Les Illinois lui donnent dans leur langue un nom qui répond à Province au sud des MutUaynes célestes. Ils la nomment encore Pays de la iSouvelte- Frontière (1).
(1) Ce fut «1 1758 que rempereitr Klen- Long lit piuiscr ce paya aoua la dominoliou cliiiioue.
TARTABIE.
PosiTiOH ASTRONOMIQUE. Entre le 35' et le 44' degré de latitude nord, et entre le 60' et le 03* degré de longitude est.
Limites. Ce pays est borné au nord par la Dzoungarie, à l'est par la Mongolie et par le pays des Mongols du khoukhounoor, au sud par le Tibet, et à l'ouest par des chaînes de montagnes qui le séparent du Turquestan occidental.
Etendue. Environ 450 lieues de longueur de l'est à l'ouest, 200 lieiies dans sa plus grande largeur du nord au sud, et 66,000 lieues carrées de superlicie.
MONTAGNES. — BIVIÈBF.S. — ASPECT GÉNBBAL DU PAYS.
Le Turquestan orientai est entouré de presque tous les cdtés par des chaînes de montagnes, et forme un plateou ou une suite de plaines sablonneuses qui s'elevent de 6,000 jusqu'à 8,000 pieds au-dessus du niveau de l'Océan.
Le pays est arrosé par des rivières qui se perdent dans les sables ou dans les lacs ; mais aucun de ces cours d'eau ne dépasse les limites du Turquestan.
Igi rivière la plus considérable est celle de Tarim ou d'Erguéougol , appelée aussi Yarkende-Déria ou rivière (TYarkende. Ses principaux aflliients sont , comme nous l’apprend iM. Baibi , à la droite, la rivière de Kliotan, et à la gauche, la rivière de Caschgar, la rivière d’Aksou , le Moussour et le Kaidnu. Le Tarim coule de l'ouest à l'est et se jette dans le lac de Lob.
Le pays à l'est, au sud et au sud-ouest du lac de Lob est entièrement inhabité, quoique abondant en sources. On n'y voit que des steppes incultes, des marais, des montagnes escarpées et couvertes de neiges éternelles, et des rivières. Les cascades tombent de rocher en roclier, et des nappes d'eau couronnent les hauteurs. Ces eaux ont presque toutes une teinte jaune. Les rivières sortent, sauf un petit nombre d’exceptions, du flanc méridional des Montagnes Neigeuses et se jettent dans le lac de Lob. Il existe près de ce lac deux villages d'environ cinq cents maisons chacun. Les habitants ne cultivent pas la terre et n'élè-
vent pas de bestiaux*, la pèche et la vente du poisson fournissent à tous leurs besoins. Ils font des toiles avec du chanvre sauvage et des pelisses de duvet de cygne. iLs parlent turc, mais ne professent pa.s l'islamisme. Ils sont ichthvopliages; et quand ils sortent de ce pays pour vendre du poisson, et qu’oii leur oftre du pain et de la viande, leur estomac refuse cette nourriture, si par hasard ils veulent essayer d'en manger.
CutMAT. Les vents se font sentir au printemps et en été; mais ils ne sont pas violents. Le moment où ils commencent a souiller coïncide avec l’epoque à laquelle les arbres fruitiers se couvrent de fleurs et de feuilles. Quand la saison des vents a passé, arrivent des brouillards qui arrosent la terre. La pluie est très-rare dans le Turquestan oriental, et, suivant les informations recueillies par M. Timkovski, lorsqu’elle tombe, même en petite quantité, elle nuit aux biens de la terre, couvre les arbres d'une matière huileuse, fane les fleurs et altéré la qualité du fruit (I).
HATUBEDU sou. — IBBIOATION.— PBQ- OUCTIUNS VEGETALES. — LIQUEUBS FEBU ENTÉES.
Le sol est gras et fertile. En automne on seine beaucoup de froment, puis on conduit l’e.iu dans les champs pour les arroser. On sème les melons avec le froment, tantôt en pleine terre, tantôt dans des plunches oblongues, sé-
f tarées les unes des autres par des sil ons; quelquefois aussi on sème les melons séparément. 1..6 sol produit des céréales de toute espèce.
L’orge et le millet ne servent que pour en extraire de l'eau-de-vie et pour la nourriture du bétail. Les pois , les lentilles et les haricots viennent trèsbien ; mais les habitants n'aiment point à se nourrir de ces légumes, et n’en sèment qu’une très-pelile quantité.
Aussitôt que la chaleur du printempsa fuit fondre la glace des lacs et des étangs, on conduit Peau dans les rhamps, et lorsque la terre est bien buniectec, ou
(I) Voye» le f'oyageà Péking à iraven la Mifugoiiv ^ t. l”, pages loy et 410 de latn** ductfoD frunçaite.
L’UMVERS.
laboure et l’on sème; quand les jeunes plantes s’élèvent à quelques polices de hauteur, on arrose une seconde fois.
Les laboureurs n'arrachent Jamais les mauvaises herbes qui croissent avec le blé, parce qu’ils s'imaginent que c'est un moyen de conserver la fraîcheur de la terre. L’expérience n’a pas encore été capable de les détromper sur ce point.
Les froids, lorsqu'ils arrivent au rintemps, font beaucoup de mal aux iens de la terre, parce que , l'époc^ue de la fonte des neiges étant retardce, l'irrigation ne devient possible qu’après le moment favorable pour les semailles.
On remarque parmi les productions végétales du pays des Jujubes excellentes et dont la chair est très-molle.
On s'en sert, entre autres usages, pour hâter la fermentation du vin.
Le logourak est un arbre qui pousse dans les steppes sablonneuses du pays.
On en voit des forêts considérables. Le tronc du togourak est tortueux, et l'on ne peut guère l'employer oue comme bois de chauffage. Pendant les chaleurs de l'été, il coule de la racine du towurak une gomme qui durcit comme rambre Jaune , et l'écorce de cet arbre se couvre d'une substance blanche assez semblable à de la céruse.
Il y a dans le pays une espèce d'oignon sauvage qui n’est pas plus gros qu’un oeuf et dont les feuilles ressemblent à celles de l’oignon ordinaire, avec la différence toutefois qu'elles ne sont pas creuses à l'intérieur. Ce légume est très-estimé. Le nom turc qu’on lui donne signide oianon des sables.
Le roseau des saoles ressemble au roseau ordinaire. Il n’a point de nœuds , et est remarquable par la dureté de son ('roroe. On remploie è plusieurs usages.
Un trouve dans le Turquestan oriental une grande quantité de mûriers avec le fruit desquels les habitants font une sorte de vin; ils emploientoussi les pèches au même usage. En automne, lorsque les raisins sont bien mûrs, on en tire un vin exquis; tout le reste de l’année on distille beaucoup d’eau-de-vie extraite de l’orge et du millet. On fait encore avec ce dernier grain une sorte de bière un peu aigre et inodore appelée baksoum. Cette boisson n’est pas capi-
teuse. Les Turquestaiiis prétendent qu'elle arrête la dyssenterie.
K.ARA - KOUTSCHKATSCH. Il CXistO
dans le Turquestan oriental, à ce qu'on assure du moins, une espèce d'étourneau assez semblable à la caille , à l'exception toutefois du bec et des pieds, qmsontrouges. Cet oiseau, appelé )tara- Koutschkatsch , habite les glaciers; il vole en troupes et pond sur la glace. On
firétend que pendant les grands froids es œufs s’ouvrent d'eux-mêmes, et que les petits s'élèvent dans .es airs (1).
Aigles. L’aigle noir atteint dans ce pays une taille et une force extraordinaires. Il habite les montagnes; on prétend qu’il attaque même les chevaux et les iKEufs.
Serpents et scorpions. Le Turquestan oriental est infesté de serpents et de scorpions. Souvent, à l’époque où l'on coupe les orges, les gens employés à ce travail sont piqués par des scorpions. La blessure devient quelquefois mortelle.
Bio. On trouve encore dans le pays une quantité considérable de phalanges venimeuses , qu’on appelle bio. Ces insectes ressemblent a l'araignée de terre. Ils sont ronds et couleur de cannelle. Leur tête est rouge pourpré; et leurs pattes, au nombre de huit , sont extrêmement courtes. Cette araignée se tient dans les canaux, dans les vieilles constructions deterreet autres endroits humides. On en voitde la grosseur d’un œuf ; les plus petites sont comme une noix. Des que le vent souffle avec force, le bio cherche un abri dans les maisons. Cet insecte court très-vite , et lorsqu’il est irrité , il se dresse sur ses pattes et s’élance contre les hommes. Quand un bio marche sur une personne, il faut se garder de le toucher , on doit attendre qu'il s’en aille de lui-même; si on le touche , il pique aussitôt , et son venin est tellement actif, qu'à moins de trèsprompts secours, la mort est inévitable. Toutefois , si la piqûre n’est pas coiiipiète, il u’en résulte pas de suites fâcheuses; mais si après avoir piqué l'insecte parait haletant, c’est un signe
(O Nous ne faisonsque rapporter textuellement, sans noua en rendre garants, une Inilication puisée dans te voyage de M. Timkuvskl, L t*' , page 411 de ta tràducUun frautoise.
qu'il a injecté tout son venin dans la blessure : les remèdes sont inutiles. Quelques gens du pays font venir en pareil casun mollah, espérant qu'il pourra obtenir du ciel leur guérison par ses prières. Le malade meurt toujours avant même que les prières soient achevées.
Chevaux ettaubeaux sauvages.
Il y a sur les montagnes et dans les steppes des troupeaux de chevaux et de taureaux sauvages; ces derniers sont d’une grande force et très-farouches.
Quand Te chasseur ne parvient pas à les tuer du premier coup de fusil , il court grand risque d’être mis en pièces.
Chacals. Les montagnes sont peuplées de chacals ; ces animaux ont environ un pied de hauteur et trois pieds de long. Ils ressemblent un peu au loup. Ils marchent toujours par troupes et dans un certain ordre. Lorsqu'ils rencontrent une bête féroce , ils se préci|iitentsur elle tous à la fois, et parviennent souvent à la dévorer. On prétend que les tigres n’osent pas se montrer dans les montagnes où les chacals se trouvent en grand nombre.
Oiseau-suif. Si nous pouvions croire ce que rapporte M. Timkovski, une des plus grandes singularités du règne animal dans le Turqiiestan chinois serait sans contre dit VoUeau-suif. Ce volatile atteint , dit-on , la grosseur d’un poulet; il est très-gras, de couleur noire et n’a pas de plumes. Lorsqu’il se pose sur le toit d’une maison, il se met à crier, et l'on peut alors le saisir avec une grande facilité. Il est extrêmement familier, et se perche sur l’épaule ou sur la main des personnes qu’il rencontre. Quand on lui presse le croupion, il rend une espèce de suif que l’on recueille avec soin , pour l’employer à différents usages. Lorsqu’on a obtenu cette graisse , on lui rend la liberté. L’oiseau-suif parait avoir été imaginé pour faire le pendant du kara^outschkatsch.
Bézoabd. Cette pierre, que l’on trouve dans l'estomac et dans la tête des vaches , des chevaux et des cochons , est dure comme du sel gemme, dit M. Timkovski, et varie pour la grosseur et la couleur. Il y en a de la rouge , de la blanche , de la verte et de la brune. I.«s naturels attribuent une grande vertu au
bézoard, et croient, entre autres dioses, que l’on peut avec son secours faire tomber la pluie sur la terre, déchaîner les vents et refroidir tout à coup l’atmosphère. Pour obtenir de la pluie , ils attachent le bézoard à une j^rche de saule qu’ils mettent ensuite dans l'eau. Pour avoir du vent, ils enferment cette pierre dans un sac qu’ils attachent à la
?ueue d’un cheval; et enfin pour raralchir l’atmosphère , ils la suspendent à leur ceinture. On accompgne toujours ces pratiques de conjurations et de prières.
La confiance superstitieuse dans les vertus du bézoard est extrêmement ancienne chez les peuples de race turque. L’empereur Baber y fait souvent allusion dans ses Mémoires , et on voit qu'il partageait sur ce point l’opinion de ses compatriotes. Il appelle le bézoard yédeh-tasche. Voici ce que les auteurs orientaux rapportent au sujet de l’origine de cette pierre : « Japhet étant sur le point de quitter Noé, son père , pour aller habiter les contrées qui lui étaient échues en partage , requt la bénédiction du patriarche, qui lui donna en même temps une pierre sur laquelle était gravé le saint nom de Dieu. Cette pierre avait la vertu de faire tomber ou cesser la
Iiluie , selon la volonté de Japhet. Avee e temps, elle disparut, et l’on ne sait où elle se trouve actuellement; mais il en existe d'autres tout à fait semblables à la pierre originale, et qui, suivant une opinion universellement répandue parmi les Tartares , descendent, par voie de énérations mystérieuses, de la pierre onnée par Noe à Japhet. »
Un voyageur asiatique appelé Izzet- OuUah cite, dans une description qu’il donne de la ville d'Yarkende, le ycdehtasche comme une des merveilles du pays : suivant cet auteur, la pierre se trouve dans la tête des chevaux et des vaches, et lorsqu’on l’emploie avec uelques cérémonies magiques , on prouit infailliblement, par son moyen, la pluie ou la neige. Quelques personnes seulement savent se servir ou yédehtasche. On appelle ces magiciens yédehtfcAi. Quoique étranger, Izzet-Oullah, ajoute une toi implicite aux assertions des gens du pays. Il avoue cependant avec naïveté qu’il n’a jamais ete témoin
L’UMIVERS.
des faits merveilleux qu’il rapporte; mais comme des personnes extrêmement respei'lables, et dontoii ne saurait révoquer eu doute le témoignage, lui ont assure cette vérité , il uc peut se refuser à y croire. Les yédeli-tschi , continue le même auteur, sont aujourd'hui trèsnombreux à Yarkende. Lorsqu'ils veulent se servir de la pierre, ils la trempent dans le sang d'un animal quelconque, puis ils la mettent dans I eau, et prononcent certaines paroles mystérieuses. Aussitôt un vent violent commence à souffler, et bientôt, suivant la volonté du magicien , la pluie ou la neige tombe en abondance. Le voyageur asiatique, comme s'il voulait aller au-devant de l’incrédulité de ses lecteurs, avertit que, bien que le yédehtascbe produise infailliblement son effets dans le pays très-froid d’Yurkende, on ne pourrait pas se Qiitter d’ubtenir le meme résultat dans les contrées brûlantes de i’lude. Il huit par justilier son opinion sur les qualités singulières et mystérieuses du bézoard, par la vertu non moins extraordinaire et non moins inexplicable de l’aimant.
Population. Les habitants du Turquestan oriental sont, pour la plupart, de race turque. On trouve aussi parmi eux quelques Tadjics. Le nombre total de la population est estimé à 1,500,000 Ames.
Pbovincbs et vuxes. Le Turquestan orienUl, partagé d'abord en huit principautés tributaires, forme maintenant dU provinues entièrement soumises é l'empire de la Chine. Klies portent toute! la nom de leurs chefslieux respaetifii oa sont :
Khamu»'
Pidjau.
Kbarawbar.
KouUché.
Sairain.
Aksou.
Ouachi.
Caachgar.
Yarkende.
Kbotan.
Mous ne nous arrêterons qu’aux plus importantes de ces provinces.
K H A M I L , que les voyagrurs nuimuen t aussi iJumil, Chamul et Camul, est ciiviroiinéo de déserts. Le climat, dit le
père du Halde (I), y est assez chaud en été. Le terrain ii’y produit guere que des melons et des raisins; mais les premiers surtout sont d'une excellente qualité. Us se conservent pendant l'hiver, ün les sert sur la table de l'empereur de la Chine. Suivant l’abbé Grosier, on trouve dans le pays de Khamil des carrières d'agate et des dépôts d'alluvions contenant des dinmanis. On représente les habitants comme grands, robustes et vivant dans l’aisance. Aujourd'hui ils professent presque tous le mahométisme. Du temps de Marco-Polo, ils étalent idulôlres.
PitoviNCE DE SOUTSCBB. La province de Kuutsciié est très-vaste et eu partie montagneuse. On y trouve aussi des plaines fertiles et bien cultivées.
Quelques vallées du nord de cette contrée renferment de bons pôturages, où l’on rencontre plusieurs surtes de bestiaux à l’etat sauvage, ainsi que des bêtes féroces. Ces vallées ne sont point habitées. Au sud de la province on remarque des steppes et des marais. Le pays est riche en minéraux , et prinetpalemeut en cuivre, en salpêtre, en sel ammoniac et en soufre.Cette derniere substance est extraite d'une inoiitagae sitiiee prés de la ville même de Koutsché et couverte de crevasses d’où s’ecliap-
f relit des flammes ; de sorte que, pendant a nuit, elle parait illuminée par des miliiiTs de lampes. Personne alors ne peut eu approcher, car le sol est brûlant. Ce n'est qu’en hiver, quand la neige a diminué la chaleur du terrain, que les habitants s'occupent de ramasser le sel ammoniac. Ils se mettent tout mis pour faire ce travail. I.e sel se trouve dans des cavernes sous forme de stalactites très-difliciles à détacher.
La ville de Koutsché ou Koutseba est protégée par une muraille. Elle sert de résidence à un gouverneur militaire chinois et à un magistrat civil du pays.
On y compte environ un millier de familles et une garnison de quelques centaines d'hommes.
Aksou. Cette ville parait être la capitale du Turquestan chinois. Le
I) Voyrz Ov$crip(inn dr /Vmpin* dt fa Chine et’df la Tarturu'. ChtnoUef tome IV, p. 26 et 64.
TAilfARIE.
commandant des troopes de toute la province y a sa résidence. Aksou renferme à peu prés 6,000 maisons et est le siège d’un coimnerce considérable; on y travaille le jade avec une extrême perieclion, et l’on y fabrique un grand nombre d'objets de sellerie avec du cuir de cerf brode. Les campagnes des environs sont extrêmement fertiles, et produisent des céréales et des légumes en grande quantité. On y trouve des vergers et des prairies.
OuscHi. Cette ville, qui renferme aujourd'hui 3 a 4,000 âmes, est bien déchue de .son ancienne grandeur. On y voit cependant encore un hôtel des nionnaic.s, où l'on frappe des pièces du billon. Ousclii est traversée dans sa partie septentrionale par une belle rivière.
Caschgar. Cette principauté forme rc.vtrêine frontière de l'empire chinois. Elle est arrosee par la rivière du même nom. La capitale est une ville assez considérable; mais on ne sait pas exactenient le chitfre de sa population. Il y a lieu de croire cependant qu'elle u'est pas au-dessous de lOjOOO âmes, sans la
Crnisnii qui s'élève a 10,000 honmics.
s habitants sont riches et adonnés aux plaisirs. Ils entretiennent une grande quantité de chanteuses et de bayadéres.
lABKKNOE. Cette principauté est géiiéraleineut fertile, et l’on v élève une race de chevaux trcs-e.stimcs dans l'empire chinois. La ville capitale, appelée également Yarkende, est situéesur la rivière du même nom. On y compte 1 2,000 maisons et 32,000 habitants ( I j. Elle est entourée d’une muraille de terre et d'un fossé. Ces fortiQcations, quoique très-peu importantes, font considérer la ville comme une place de guerre. L’empereur de la Chine y entretient , dans un quartier séparé, une garnison qui s’élève à plus de 4,000 hommes (2).
(1) Suivant un mémoire que nous avons sous les yeux {Memoir on Chinene Tartarif and Khdtfn^ by W.-H. WMhen, Persian «ecireUry of lhe Bombay {Government, inséré daiis le Journal qflhe Atiaiic society oj Bcngal, t. IV, paff. 6^3 et suivantes, année la popii-
laiion (TYarkeiidc se coince, d'après un recensement fait par les Chinois, de ;iu.Ooo fa* milles qui comptent cbacuiiedccinq auix pex* sonnes.
(2> kiiviroii7,u0uI)OfmDessuivaotM. Walnen, mémoire précité, page 054.
Yarkende renferme plusieurs beaux édi- Oces, et entre autres un palais, quelques collèges et un très-grand baur.
Cette capitale fait un commerce extrêmement considérable. On y remarque des manufactures d’étoffes "de soie, de cotou et de lin. De nombreux ouvriers s’occupent à travailler le Jade. Celle substance minérale se trouve en abondanceaiix environsde la ville. Une rivière qui descend des montagnes en roule des morceaux dont quelques-uns ont ju.squ’àun pied de d'amètre- I.a couleur et lu grosseur varient à l’inlini. Le jade est un monopoledu gouvernemeut,ft la pêche s’en fait eu présence d'un inspecteur accompagné d’un détachement de soldats. Vingt à trente plongeurs se mettent à l’eau tous ensemble, et dès qu’ils ont trouvé un morceau de jade, ils le jettent sur le bord de la rivière. On bat aussitôt la caisse et l’on fuit une marque rouge sur une feuille de papier.
Quand la pêciic e.st ferminée, l’inspecteur examine les pièces pour en coiiiiaitre la valeur- Le jade recueilli de cette uianière est envoyé tous les ans ù la cour de Pékin.
Pbovijick de khotan. Lq principauté de Kbotan est assez fertile. Son nom, dérivé du sanscrit, est dans cette langue Kauhana, et signilie mamel/e de la terre; de Koutsana les Arabes et les Persans ont fait Khotan , dénomination sous laquelle cette province et sa capitale sont généralement connues. Les Chinois l'appellent i «-/âiart, c’est-à-dire pays du > uoii Aajade.
La ville de Kbotan est depuis longtemps célèbre dans l'Orient pour son uiu.se , ses Jardins et la beauté de ses habitants. Les annales de la Cliine contiennent. sur le pays de Kbotan et sur sa capitale, plusieurs légendes que M. Abel Rému.sata réunies dans un de ses ouvrages (I), Elles nous ont paru mériter de trouver place ici.
Voici ce que ces annales nous apprennent touchant le royaume de Kbotan au septième siècle de uoire ère : Lfs habitants du Khotan ont des chroniques, et les caractères dont ils se servent pour écrire sont, ainsi que leurs lois et leur
(D Histoin dt I» ville de /fAotan ; Parla , ISSU, ln-s“.
LUmVERS.
littérature, imités deslndoiis.saufdelégcresaltérations-Cettecivilisalion étrangère diminua la barbarie des naturels, et niodilia leurs moeurs et leur langue. Ils honorent estrémementBouddha, etsont si attaches à sa loi, qu'ilsont élevé plus de cent monastères dans lesquels virent au delà de 5,000 religieux, tous adonnés à rkude de leur doctrine et de leurs mystères. Le roi de Khotan est très-belliqueux et grand sectateur de la loi de Bouddha. Il prétend tirer son origine du dieu Pi-cha-men. Anciennement, ce royaume était un pays désert et inhabité . Un prince, voulant y bâtir une ville, flt publier que tous ceux qui entendaient la maçonnerie, voisins ou éloignés, eussent à se présenter. Aiors on vit paraître un maçon portant sur ses épaules une grande calebasse remplie d'eau , et qui , s'étant avancé, dit : • Je m'entends en maçonnerie, • et il se mit à verser son eau en décrivant un grand circuit. Il courait si vite qu'on l'eût bientût perdu de vue. Mais on suivit la trace de l’eaii qu'il avait ver.sée , et l'on se servit de cette indication pour élever les murailles, qui ne sont pas plus hautes que celles d'une autre ville. Khotan est néanmoins si difflcile à prendre, que, depuis l'antiquité, nul ne s'en est jamais emparé. Le même roi bâtit encore d'autres villes. Il s'occupa de gouverner ses peuples en paix et de rendre son Etat Horissant. Quand il se vit trèsâgé, il dit à ses courtisans : ■ Mc voici arvenu à la fln de ma vie; je suis sans éritiers, et je crains que mon royaume ne périsse. Allez adresser vos prières au dieu Pi-cha-nien pour ^l'il m'accorde un successeur. • Kn eiïet le front de la statue du dieu s'étant ouvert , il en sortit un enfant qu'on porta au roi. Les gens du pays se livrèrent à la joie la plus vive. Mais l'enfant ne voulant pas teter, on craignit qu'il ne mourût, et l'on délibéra de retourner vers le dieu et de lui adresser de nouvelles prières, pour qu'il voulût bien nourrir le petit prince. Quand on fut devant la statue du dieu , on vit la terre s'élever tout à coup en forme de mamelle , et le divin enfant se mit à leler. Il grandit et devint bientôt un prince accompli , prudent , couraseux , digne en tout du dieu Pi-cha-men, auquel
il fit bâtir un temple , pour lui rendre des honneurs comme à son aïeul. C’est de ce prince q^ue descendent les rois qui se sont succédé sans interruption dans ce pays. Et voilà pourquoi on voit d.ins le temple du dieu un si grand nombre d'objets précieux, qui y ont été déposés en offrande sans qu'aucun roi ait manqué de s'acquitter de ce devoir. La mamelle sortie de terre, qui servit à nourrir le fondateurde la race royale, a donné naissance au nom que porte le pars.
Au midi de la ville royale de Khotan, à dix li (environ une lieue), est un grand monastère qu'un ancien roi du paysa fait construire en faveur d'un pieux rahan ou solitaire appelé Pi-hu-che-na. Autrefois le bouddhisme n'était pas encore établi dans ce pays. Un rahan vint de Cachemire se fixer dans une forêt, où il demeurait assis. Quelqu'un qui Taperut fut frappé de sa ligure et de son bâillement, et alla avertir le roi, qui se transporta lui-même dans la forêt, pour voir ce personnage. En l'apercevant , il lui demanda : « Quel homme êtes-vous, pour demeurer ainsi seul dans une obscure forêt? — Je suis, répondit le rahan, un disciple de Bouddha , appliqué à la contemplation. Pour vous, ôroi,si vous voulez jeter les fondements d'une véritable iéllcité, vous devez exalter la loi de ce dieu , élever un monastère, et y appeler des religieux. — Quel vertu a ce Bouddha ? reprit le prince. Quel dieu est-il , que vous vous résignez pour lui à mener une vie si dure et à rester perché comme un oiseau? —Bouddha, répqnditle solitaire, estl'être qui, dans sa miséricorde et sa bonté, préside aux quatre naissances (I), qui dirige les trois mondes (2); visible ou caché, u voit également la vie et la mort. Celui qui observe sa loi s'éloigne de la vie et de la mort; celui qui la méconnaît demeure retenu dans les filets des passions. — Ce que vous dites me parait vrai, reprit le roi; mais cela doit être Tobjet d'une iin[)ortantediscussion. Puisque c'est pour moi,
(I) La naUsance d'une matrice, la naUsance d'un a-uf, la nalsaance de l'humidité , la naUaancc par transformation. Telles sont lesquatre manières de nallre, suivant les Bouddhiste*. ( Note de M. dbet tiêmumt. )
(S) Le monde des désirs, le monde des couleurs ou des formes, le monde sans couleurs ou sans formes. ( Note du mému auteur. )
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ô grand saint, que vous êtes apparu dans ces contrées , et puisque j'ai le bonheur de porter mes regards jusqu’à vous, je dois conformer mon cœur à vos intentions, me convertir et publier en tout lieu la loi. —Le rahan lui répondit : O roi , élevez un monastère, et le mérite que vous acquerrez par là obtiendra une pleine et entière récompense. • Le roi s’étant rendu à ses vœux , et apnt fondé un monastère, on y vit accourir des contrées les plus éloignées comme des plus prochaines une foule de gens qui venaient s’instruire de la loi et bénir une si sainte entreprise; il n’y avait cependant pas encore d’instrument pour appeler a la prière 1rs personnes pieuses.
Le roi dit un jour au rahan : « Voilà le monastère aciievé, maintenant où est Bouddha ? • Le rahan répondit ; « Vous pouvez avancer, ô roi, le véritable saint n’est pas éloigné. » Le roi s’étant prosterné pour faire sa prière vit tout à coup paraître dans les airs la figure de Bouddha, qui descendit et lui remit le marteau destiné à annoncer la prière. Ce prodige affermit le prince dans sa foi a la doctrine de Bouddha, et il la Ht publier dans tout son royaume.
Au sud-ouest de la ville royale de Khotan, à 20 li (environ deux lieues), on voit la montagne de ‘Kiu-chi-ling-kia , dont le nom signifie Corne de bœuf.
Cette montagne a deux pics extrêmement escarpés et très-pointus. Dans la vallée qui les sépare, on a élevé un monastère où l’on voit une statue de Bouddha qui répand autour d’elle une vive lumière. Anciennement le dieu , étant venu dans cet endroit , fit un exposé de sa doctrine. En mémoire de cet événement , on a élevé sur le lieu même un grand tnonastèrp, où on se livre à l’étude et à la pratique de la loi qui y fut précitée .
Sur l’escarpement du mont de la Corne de bœuf, il y a un grand édifice de pierre , dans lequel était un rahan livré à la méditation , ou , pour mieux dire , abîmé dans la contemplation de la miséricorde de Bouddha. Pendant plusieurs siècles, ce solitaire' ne cessa de lui offrir des sacrifices ; mais les roches qui étaient près de l’édifice s’écroulèrent et vinrent toucher la porte et fermer toute issue. Le roi du pays
envoya des soldats pour enlever ces roches ; mais un essaim de mouches noires attaqua lesUavailleurs, et les obligea par ses morsures venimeuses à se disperser. Depuis ce temps la porte est restée fermée, et elle l’est encore à présent.
Au sud-o uest de la ville rovale de Khotan, à un peu plus de dix If, on voit un monastère dans lequel se trouve une statue de Bouddha qui est venue primitivement du royaume deKhiou-tchi. Un ministre du paysde Khotan, ayant autrefois été exilé, alla demeurer dans le Khiou-tchi, où il rendit un culte assidu à cette image. Rappelé ensuite dans sa patrie, il continua de loin à lui adresser ses vœux. Une nuit , la statue vint d’elle-méme se placer dans la maison de cet homme, qui fit élever un monastère sur cet emplacement.
A l’ouest de cette capitale, à plus de trois cents li, se trouve la ville de Phoukia-i. On y voit une statue de Bouddha assise. Sa figure est belle et remplie de majesté ; sur sa tête est une tiare enrichie d’ornements qui la rendent toute resplendissante. C’est une tradition généralement répandue dans le pays, qu’elle était d’abord dans le Cachemire , et que l’on a obtenu qu’elle fdt transportée dans cet endroit. Voici à quelle occasion : Il y avait autrefois un rahan dont le disciple, étant à l’extrémité, demanda à goûter du pain de riz fermenté.
rahan , par un effet de sa perception divine, connut qu’il y avait ne cette espèce de pain dans le pays de Khotan ; et, s’y étant transporté par des moyens surnaturels , il parvint à se procurer ce que lui demandait son disciple. Celui-ci, ayant goûté le pain de riz , désira pouvoir renaître dans le pays où on le faisait. Ses vœux furent exaucés, et même il naquit fils du roi de Khotan , et par la suite il succéda à ce prince. Devenu roi lui-même, il leva des troupes, et ayant traversé les montagnes de neige , if vint attaquer le royaume de Cachemire. Le roi de Cachemire, de son côté, assembla son armée pour repousser l’attaque ; mais en ce moment le rahan l’avertit de ne point livrer bataille au roi de Khotan : « Je sais, dit-il, les moyens de l’engager à s’en retourner; car il est instruit dans les préceptes de
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la loi. » Le roi eut quelque peine à le croire, et il voulait toujours livrer bataille. Mais le rahaii prit le vi'temeiitque portait le roi de Khotaii dans le temps qu'il étaitson disciple. et alla lelui montrer. En le voyant, le prinoe se rappela sa naissance antérieure, et ayaut demandé pardon au roi de Ciclieniire, il lit la paix, et s'en retourna avec son armée, emmenant avec lui la statue de Bouddha, devant laquelle, étant disciple du ralian, il avait célébré les cérémonies du culte. Quand cette statue fut arrivée dans le pays, on ne put la faire ni avancer ni reculer, et on l'entoura d’un monastère dans lequel vinrent habiter des relipieux. La tiare précieuse (ju'on voiteucore aujourd'hui sur la tete de la statue, est celle même dont le roi lui fit offrande à l'époque dont nous parlons.
A l'ouest de la ville royale, à la distance de ISO ou 160 li, au milieu de la route qui conduit au grand désert, il y a un tertre qu'on nomme le Tertre ou le Tombeau det rats. Voici ce que la tradition rapporte à ce sujet : Il y a dans ce désert sablonneux des rats de la gros- .spur d'un hérisson, et dont le poil est de couleur d'or et d’argent, et vraiment admirable. Quand ils sortent de leur trou, ils vont par bandes, et ont à leur tête un chef. Si celui-ci s'arrête, ils font de même, et suivent ainsi tous ses mouvements. Or, les Hloung-nou vinrent autrefois. au nombredcplusieors centaines de mille hommes, faire une incursion dans ce pava, et attaquer les villes des frontières.'Parvenus au Tertre de.s rats, ils y établirentleurcarop.Le roide Khotan avait, de son côté, rassemblé {jIusieura dizaines de mille soldats; mais il craignitque ces forces ne fus.sent passuftisantee. Il eonnaissail la beaute des rats du désert, mais non leur puissance surnaturelle. En approchant des troupes ennemies, ne voyant aucun moyen de salut, le prince et ses soldats étaient dans la consternation , et ne savaient à quel expédient se déterminer. Dans cet embarras, le roi lit préparer un sacrilice, allumer des parfums; et, coninie si les rais eussent eu quelque intelligence, il les supplia d’être les auxiliaires de son armée. La même nuit, le roi de Khotan vit en songe un gros rat qui lui dit : «'Vous avez réclame notre secours, dis-
posez vos troupes pour livrer bataille demain matin, et vous serez vainqueur. > Le roi, se croyant assuré d’une protection surnaturelle, lit aussitôt ses dispositions. Il rangea sa cavalerie, et partit avant le jour pour attaquer à l’improviste les llioung-iiou. Ceux-ci , surpris, voulurent monter à cheval et emlosser leurs armures; mais les harnois des chevaux, les habits des soldats, les cordes des arcs, les courroies des cuirasses , tout ce qui était fait d'étoffe ou de fil avait été entièrement rongé et mis en pièces par les rats. Ainsi privés de tout moyen de defense, ils fiirent exposés aux coups de leurs ennemis. Leur général fut tué; l'armée eutière faite prisonnière, et les Hloung-nou, frappés de. terreur, reconnurent dans cet événement line main plus qu'humaine. Le roi de Khotan voulut témoigner aux rats sa reconnaissance pour un service si important. 11 construisit un temple, lit des sacrifices ; et à dater de cette épo-
?|ue , on n'a pas ces.sé d'y porter des ofrandes d’objets précieux. Depuis le roi Jusqu'au dernier du peuple, tous y fout des sacrifices pour obtenir du bonheur ou du secours, et pour cela ils vont à l'endroit où est l'ouverture du tertre et pas.sent rapidement devant, en y laissant pour offrande des babils, des arcs, des fléchés, des parfums ou de la viande et des mets choisis. Ca-ux qui s'acquittent de ce devoir le plus exactement eu sont récompensés par du bonheur et du profit; ceux qui y manquent éprouvent ordinairement des calamités et des revers (I).
(I) Hérodote rapporte une légende atseï semblalite à celle uu'on vient de lire. Il est curieux de rapprocher le» rédi» de l'historien grec et de roiinalisle chinois : « Après Anysis , dil Hérodote. un prêtre de Vuleain nommé ScIlHta monta sur le IrOne. Il n'eul aucun égard pour les guerrier», et les Iralla avec mépris , comme
s'il n'avait Jamais dû avoir besoin d'enx
Mai» dans la suite, lorsque Saoacharih, roi des Arabes cl dos Assyriens , ,illa all.aqu' r i'Egypte avee une armés* nombreuse , les guerrietsoe voulurent pas conibattre. la* prêtre, ne Mehant quel paru prendre, se retioidao.» le temple, et se mit h gémir devant la sUatiie ilii dieu sur lo sort auquel il se voyait evposê. Pendant qu'il déplorait ainsi ses malheurs, H s'eiidormil , et rrul voir le dieu lui apparaitre, rencourager et l'assurer que s’il marchail h la rencontre des Arabes, il n'éprouverall aucun mal cl ri*cevralt du secours. Plein de conliance eu celte vision, Sêlliuo prit avec lui tous les gens de ix>Due
A l’oecident de la ville royale , à cinq ou six li, est le monastère âe So-ma-jo. On y voit une source qui jaillit à la hauteur de plus de cent tclihi ou pieds , ainsi que des pierres précieuses et des reliques qui jettent un éclat divin. Autrefois il vint des contrées éloignées un ralian ou solitaire, qui s’arrêta dans une forêt alors située a oet endroit. Ses divines qualités étaient annoncées par la lumière qui l'entourait. Une nuit, le roi, qui était monté dans un des pavillons de son palais, apercevant de loin la lumière qui brillait dans la forêt, s'informa de ce que ce pouvait être.
On lui répondit girim solitaire venu de pays éloignés s'était fixé et demeurait assis dans la forêt, et qu'il semblait un être surnaturel. Le roi fit aussitôt préparer son char pour aller s’assurer du fait par lui-ménie. Comme il était plein de sagesse, il s’empressa de témoigner son respect au saint personnage ; et , ne s’en tenant pas là , il le pres.sa de venir dans son palais. Mais le solitaire lui répondit ; « li y a des règles de convenance pour chaque chose, et nos actions doivent y être soumises. Vivre au milieu d’une forêt obscure , près d’un lac ou d’un étang, voilà l’objet de mes vneux. Un vaste palais, un somptueux pavillon, ne me conviendraient pas. On m’a parlé de la piété de votre majesté.
(Jii’elle la montre davantage encore par la construction d'un monastère. » On éleva alors celui de la source jaillissante, et beaucoup de solitaires qu'on invita à y venir établirent leur demeure dans ce lieu. I..e roi euten récompense plusieurs centaines de cbe-li (l).Un cadeau si pré-
vnlnnlé, se mit ii lenr teie.elalla camper S PHuie, qui est la clef de l'f.gypte. Son armée irêlail coiiip<isév que de niiireliands . d'artUans et de \apa)H)nds; aiirun guerrier ne l'accompa- ;:nn. Ofle mnitilude étant arrivée a Péluse, une quanlilé nrodlgleusc de rala dea champa entra pétulant la nuit dans lé camp eniiémi, et rungea les cart|unis, les arcs el les eotirroies des buurllers; de sorte que le lendemain, les Arabes élant uns armes, la plupart périrent dans la fuite. Ou voit encore aniuurd'tiui dans le lein. pie de Vnicain une statue de pierre qui repré. sente Setlion leiisnl un rat dans la main . avec cette inscription I Çui qUftKtoi», apprends en me voyant a respecter les dieux! » (Herodute, 1 [ , 141.)
(I) r.he-Ii. Ce sont les os du corps terrestre de Bouddha recueillis après le che-'ael. c’est-Atlire après que ce corps eut été brûlé. [I y eu a c|ui août portés dans les airs, d'autres qui répan-
cieux le combla dejoie; mais il réfléchit, et dit en lui-même : • Quand lesche-li vont arriver, il faudra les placer au-dessous de la source jaillissante. Mais comment ferai-je ? s II courut au monastère, et lit part de son embarras au ralian. Celuici lui dit ; s P)e vous inquiétez pas, ô roi ! Il faudra recevoir les clie-li dans des vases d’or, d’argent, de cuivre, de fer et de marbre. • Le roi donna ses ordres aux ouvriers, et en moins d’un jour l’oinwfe fut terminé. On porta au monastère des vases précieux. Alors le roi, suivi de toute sa cour, sortit de son palais, et alla au-devant des che-li .accompagné d’une foule immense. Le solitaire prit de sa main droite la source jaillissante, et il dit au roi de placer au-dessous les reliques. On fit un creux dans la terre , et on les y déposa. Quand cela fut terminé, on remit la fontaine à sa place, sans qu’il y eût rien de dérange ni une goutte d’eau renversée.
Ce prodige remplit de joie les assis-
dentnn^ vire lumière. On distingue lesche*U de la loi vulffitre et ceu\ de la loi myslii|uo t ccDX-ci fioot cachés et lnvi&iblf*s ; Ips aulrp» placent daiM deü tours de pierre, ou on les tient renfermés. Telle est l>xpl!caUon que le dictionnaire Tchin^-taeu-thounff donne du mn( •ao-scrit che>li. Je trouve heureusement ai(< leun une explication moins ininielliKihIo.
Che-ll du Corps vivant ; le mot sanscrit châ^li o»l che li-to (lignine en rhlru>l.s on du corptt. On dit que fiuuüdiiaq Incarné et rentré dans rariéaiUi&s(*ment , se soumit au cAe-’u-'ei (mot sanscrit qui si^nlUe hrùlemtnt ). O qui resta de lui après celle (»pératlon hf nomme che-lt. Il y en a de trois couleurs :de blancs, qui sont les reste.s de su» os; de noirs, qui provienneni de .«es f he\ rux, et de rou;<es, qui sofit les iléhris de ses clmlrs. Os restes sont aune lelle dureté, quVn les frappant on ne saurait les briser. 11 y en a aiiMiqui pruviennunl des hofiliisattwa et des raliao : ils sont du la même rpiiluur, mais moins durs. Il est extrèmrmeni dinieile de sVn procurer, el c'est le plus çrand bonheur qu'on
f misse obtenir. Ceux qui peuxent élever des ours, et fain* des sacrifices devant ces pr^leu* ses reliques sont assurés d'une félicité sans Intrnés.
Ori conçoit m.aintenant rimporlanoc du présent lait au roi de Khutan. Quant aux rhe-fl de l.n lot, dont U p'esl pas qiiMion iel , il siiftil de din? que ce sent les préceptes fondamentaux sortis de la bouche même de Bouddtia, invariables, inaltérables, et uue lu» antres nVn sont que les endiièmes ou KS signes visibles dans la doctrine populaire ou myinologique.
Cfut’h'lo e»t la corruption d<‘ »ârira , qui signifie en sanscrit cnriMtrellcy ou de narirum, corpn, suivant l’opinion de M. do C.hér.y. Au sujet des reliiiuec de Bouddlia et (te sca saints • on peut voir l«*a He$. , t. VII,
p. 40 et ailleurs. (ISote de M. Abel RimtuaL )
ICO
L’UOTVERS.
tant5, et ceux qui n’avaient pas encore embrassé la loi de Bouddha s’y consacrèrent avec le plus grand zèle. Le roi fit à ses officiers le discours suivant : « J’ai toujours ouï dire que les forces de Bouddha étaient au-dessus de l’intelligence; que le pouvoir des dieux était inimaginanle. Tantôt se partageant entre un million de corps, tantôt accordant à chaque homme ce qui lui est convenable, les dieux tiennent l’universdans la paume de leurs mains. Le mouvement donné à tous les êtres, la pensée, la loi, la nature, obéissent à leur voix éternelle. Tous les êtres leur sont soumis : tous tirent leur intelligence de la puissance des dieux. Sans eux ils n’auraient ni prudence ni connaissance. A la vérité, la causede cette intelligence est cachée, ou du moins nous ne la savons que par la tradition; mais les dons que nous recevons d’eux chaque jour sont des gages de leurs bienfaisants efforts. Honorons donc , suivons avec respect cette doctrine de Bouddha, par laquelle ce qu'il y a de plus obscur et de plus profond devient clair et lumineux. •
Au sud-est de la ville royale de Khotan à cinq ou six li, on voit le monastère de Lou-che , fondé par une ancienne reine du pays. Autrefois les habitants du royaume neconnaissaientni les mûriers ni les vers à soie. On entendit parler de ceux qu'il y avait dans les royaumes orientaux , et l'on envoya un ambassadeur pour en demander. Le roi d'Orient se refusa à cette requête , et lit une défense expresse aux gardiens des frontières et aux douaniers de laisser sortir ni mûriers ni semence de vers. Alors le roi de Rbotan fit demander une princesse en mariage. Lorsque le roi d'Orient la lui eut accordée, le roi de Khotan chargea l’officier qui devait aller cliercber cette princesse , de lui dire que dans le pays qu'elle allait habiter il ii'y avait point d'habits de soie , parce que l’on n'y trouvait pas de mûriers ni de cocons, et qu’il fallait en apporter, afin d’avoir des étoffes pour se faire des vêtements. La princesse, avertie de la sorte, se procura en secret de la semence des uns et des autres , et la cacha dans son bonnet. Quand le cortège fut arrivé à la frontière, l’officier qui y commandait fouilla partout , excepté dans le bonnet
de la princesse , qu’il n’osa pas toucher. Une fois arrivée dans le pays de Khotan, la princesse s’arrêta dans le lieu où fut bâti par la suite le monastère de Louche; et pendant qu’on faisait les préparatifs nécessaires pour la recevoir d’une manière qui répondit à son rang et à sa naissance , elle déposa dans cet endroitla semence de mûrier et des vers. Au printemps on planta les arbres, et la princesse assista elle-même à la récolte des feuilles. On fut obligé d’abord de nourrir les vers à soie avec des feuilles de quelques autres arbres; mais enfin les mûriers poussèrent, et la reine fit graver sur la pierre une défense de tuer les papillons jusqu'à ce que l'on pût se procurer une quantité suffisante de cocons : contrevenir à cet ordre était , disait le décret, se révolter contre la lumière et renoncer à la protection des dieux. Ce fut pour conserver le souvenir de l’importation des mûriers et des vers à soie dans le p^s, que l’on construisit le monastère. On y voit plusieurs vieux troncs d’arbres qu’on prétend être ceux des mûriers plantés dans l'origine. Aujourd'hui même, dans ce pays, on a conservé l’usage de ne pas faire mourir les vers , et si quelqu’un ôte à la dérobée la soie des cocons , l’année suivante il ne peut avoir de vers.
Au sud-ouest de la ville, à cent li, il y a une grande rivière qui coule vers lé nord-ouest , et dont les habitants tirent de grands avantages parce qu’elle leur fournit de l'eau pour arroser les champs. Il arriva que le cours de cette rivière fut absolument interrompu. Le roi, étonné de ce prodige. Ut apprêter son char pour aller consulter les solitaires. Il leur exposa ainsi le motif de sa venue : « L’eau du grand fieuve qui sert à mes sujets pour une foule d'usages a tout à coup cessé de couler. A quelle faute puis-je attribuer un pareil malheur? Existe-t-il quelque injustice dans mon gouvernement , quelque irrégularité dans ma conduite? Sans cela le ciel m’enverraitil un châtiment si terrible? > Les solitaires répondirent au roi ; • Le gouvernement de votre majesté est pur et irrépréhensible. L’eau n’a cessé de couler que par un effet de la volonté du dragon qui préside au fleuve. Il faut surle-champ lui offrir un sacrifice, afin
qu’il se laisse toucher, et aue le peuple recouvre les avantages qu'il a Mrdus.
Le roi reprit la route de son palais , et ofTrit un sacriOce au dragon du Dcuve.
Tout à coup une femme sortit des eaux, etprononu ces paroles : « Mon mari m’a été enlevé par une mort prématurée :
voila ce qui a causé l'interruption du cours de l'eau et le dommage qu’ont éprouvé les laboureurs. Mais, o roi, clioisissez un grand dans vos États et donnez-le-moi pour mari , et l'eau réprendra son cours habituel. » Le roi répondit : « Je reçois vos ordres avec respect. > Le dragon témoigna sa joie ; et te roi, s’en étant retourné, dit à ceux qui l'entouraient : « Les grands sont les gardiens de l'État, les laboureurs en sont la substance et la vie : si l’État perdait ses gardiens, il serait en daner; mais si les hommes manquent e nourriture, ils meurent. Entre ces deux périls, quelle conduite faut-il tenir? • Un grand alors, s’agenouillant sur la natte devant le trône , dit : « Il y a longtemps que moi, Miéou, ne suis qu'un être inutile ; il est temps de remlir le devoir que.mon rang m’impose, 'ai toujours pensé à ce que je devais à l’État, sans que j’aie trouvé l’occasion de in’en acquitter. Si je suis choisi en ce moment , vous mettrez un terme aux graves reproches que je mériterais.
Quand il s'agit de l’avantage de tout un
£euple, doit-on épargner un magistrat?
es magistrats sont les aides de l'État ; mais le peuple en est la base. Que votre majesté n’I^ite pas, et que, pour assurer la félicité publique, elfe fonde un monastère. > Le roi se rendit au désir du grand , et celui-ci ayant demandé la permission d'entrer le lendemain matin dans le palais du dragon, les seigneurs de la cour furent assemblés. On donna un repas de cérémonie au généreux magistrat; et celui-ci vêtu d’une robe simple, et monté sur un cheval blanc, reçut les adieux du roi et les démonstrations de respect et de reconnaissance de tout le peuple. Il poussa son cheval dans le lit du fleuve , et s’avança au milieu des eaux sans être submergé-, mais il s'ouvrit avec son fouet un passage dans lequel il entra et disparut.
Quelques instants après, on vit ressortir ides eaux le cheval blanc portant sur son
11‘ lAvraUon. (Tabtabie.)
dos un tambour de bois de sandal et une lettre dont le contenu était en substance : que le roi n’avait rien perdu au sacriDce qu'il avait fait ; que Miéou était admis au rang des dieux; qu'il veillerait à la prospérité du royaume et qu’il envoyait à Sa Majesté un tambour pour le suspendre à la porte de la ville du côté , du sud-est ; que si des ennemis venaient attaquer la ville, on en serait averti par le son du tambour. L’eau reprit alors son cours ordinaire, et n’a pas cessé depuis de procurer aux habitants les memes avantages qu'autrefois. Le fleuve déborde à la première lune et arrose les champs les plus éloignés. Il y a longtemps que le tambour du dragon n’existe plus; mais à la place où il était suspendu on voit un étang qu’on nomme Y Etang du tambour. I.e monastère est également ruiné, et il ne s’y trouve plus de religieux.
A l'orient de la ville royale , à troiscents li , au milieu du grand désert , il y a plusieurs milliers d’arpents où la terre, absolument dépouillée d’arbustes et même d'herbes, est de couleur rouge et noirâtre. Tous les vieillards racontent quedans ce lieu une armée fut mise en fuite. Il y eut autrefois un général d’un royaume situé à l’Orient qui fit une expédition dans l’Occident à la tête d’un million de soldats. Leroi de Khotan se prépara, de son côté, à la défense, et rassembla cent mille hommes de cavalerie. Les ennemis étant arrivés en cet endroit , les deux armées s’y rencontrèrent et la bataille fut livrée. L’armée d’Orient fut taillée en pièces. Le roi tua le général ennemi, et fit un tel carnage que nul n'échappa. Le sang qui coula teignit la terre, et l’on en voit encore les traces aujourd'hui.
A l’est du champ de bataille, en faisant environ 30 li , on arrive à la ville de Pi -ma. On y voit une figure de Bouddha sculptée en bois de sandal , et hante de deux tcliang ( environ vingt pieds ). Elle a des propri^és merveilleuses et répand sans cesse une vive lumière.
Toutes les personnes qui ont quelque maladie attachent des feuilles d’or a la statue, selon la partie affectée, et elles sont toujours guéries. On va aussi faire des vœux et des prières à cette déesse , et on dit dans le pays que la statue fut
izeo oy VjOOgle
LTJNIVERS.
tjlerée par un roi en mémoire dea bienfaits dont Bouddha, pendant sa vie terrestre, avait comblé son royaume.
Quand Bouddha sortit du siècle , la statue fut négligée et transportée au nord du pays dans une autre ville appelée Ho-lao-lü-kia,dont les habitants étaient riches, adonnés aux plaisirs et livrés à des inclinations perverses, ctils nes’embarrassérent pas d'honorer le dieu qui venait habiter au milieu d'eux. Par la suite, arriva un solitaire qui rendit ses hommages é la statue. Les gens de la ville , choqués de l'extérieur et du costume de cet homme, coururent avertir le roi, qui ordonna de l'enterrer dans le sable. Ou couvrit donc de sable le corps du Balian jusqu'à la hauteur de la bouche, et on ne lui donna rien à boire ni à manger. Il se trouva un homme qui avait de tout temps témoigné un profond respecta la statue, et qui, voyant le solitaire en cet état, lui ap|jorta secrètement à manger. Le solitaire était déridé à se soustraire aux indignes traitements qu'il é|irourait; mais avant de partir, il dit à cet homme : « Dans sept jours il tombera une pluie de sable et de terre qui couvrira entièrement la ville, de sorte que personne n’en échappera. J'ai voulu que voua en fussiez prévenu, alin que vous prissiez de bonne heure vos précautions. Cette pluie sera le juste châtiment du crime dont ils se sont rendus coupables en me faisant ensevelir dans le sable.* Après avoir prononcé ces paroles, le solitaire disparut. L'habitant, rentrédans la ville, courut avertir ses parents; mais, parmi ceux qui l'entendirent, il n'y en eut aucun qui ne su moquAt de lui. Le second jour il s'éleva un grand vent qui enleva l'herbe dans les oliamps, et il tomba une
filuie qui bouleversa la terre et inonda es rues et les ciiemins. Les habitants ne surent que vomir des imprécations ; mais riiomme qui avait été averti, prévoyant ce qui allait arriver, courut se rélugier dans une espèce de caverne qu'il avait creusée lui-méme quelque temps auparavant, pour s'y ménager une retraite. Le septième jour, après ininuit, il tomba une pluie de sable sous laquelle la ville entière demeura ensevelie. L'homme qui avait échappé à Celte catastrophe , sortit de la caverne
et, se dirigeant vert l'Orient , il s'arrêta dans la ville de Pi-ma. A peine y étaitil arèivé, que la statue de Bouddha s’y transporta d’elle-méme. Pour continuer de lui rendre les honneurs accoutumés, il ne voulut pas quitter ce pays et y fixa sa demeure. .Suivant ee qui est rapporté dans les anciennes chroniques , quand la loi de Chakia sera consommée, cette statue sera mise dans le palais du dragon. La ville de Ho-lao lo-kia n'est plus maintenant qu'un vaste monceau de sable. Les princes de divers pays ont souvent voulu y faire fouiller |K>ur enlever les objets précieux qui y sont enfouis ; mais a chaque tentative il s'est élevé un vent furieux avec des tourbillons de fumée et un épais brojiillard qui a dérobé le chemin et égaré les travailleurs.
Le ruisseau qui est près de la ville de Pi-ma coule du côté de l'Orient, et entre dans le désert de sable. En faisant deux cents li, on vient a la ville de Mjang. Fdle a trois ou quatre li de tour et est au milieu d’un grand marais. La terre, aux environs de ce marais, est cliaude et humide, et il est difficile de ne pas s’y embourber au milieu des joncs et des autres herbes aquatiques qui font qu’on ne |)eut retrouver son chemin. Il n'y a qu’en passant par la ville qu’on parvient, quoique avec neine, à ne pas s'égarer, et c’est ce qui fait que tous les voyageurs prennent leur route par là.
ni-|ang forme, de ce côté, la frontière orientale et le lieu de peage du pays de Khotan. De là , en allant vers l'Orient, on entre dans /es grands sablescoiilants, que l'on nomme ainsi, parce qu'ils sont mobiles et que, poussés parles vents, ils forment des Ilots et des monticules. La trace des voyageurs s'y efface , de sorte qu'un grand nombre de [lersonnes s’égarent, et que, perdues dans un e.spaea immense, où rien ne s’offre à la vue pour indiquer la route qu’on doit suivre , elles périssent de fatigue. On trouve, dans différents endroits, des monceaux d'ossements. Il n'y a dans ce désert ni eau ni herbe, et il s’y élève souvent un vent brûlant qui fait perdre baleineaux hommes et aux anim.iux, et cause de fréquentes, maladies. On entend pre.sqiie toujours au milieu des sables coulants dés siffiements aigus ou de grands cris, et lorsqu’on cherche à voir d’où iis par-
TAKTARIE.
lent , on est effrayé de ne rien apercevoir. Il y a mémc'très-souvent des gens ni périssent dans ces occasions; car ce csert est le séjour des mauvais génies (I). »
Mceurs et tissGES. T.es habitants du Turquestan chinois sont, ainsi que nous l’avons remarqué, mahométans de la secte sunnite. Ils observent avec une grande régularité les pratiques extérieures de leur culte. Pendant le Ramazan, les hommes et les femmes ne prennent rien depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher. Les gens scrupuleux ne se
fiermettent même pas d'avaler leur salve. Quand les étoiles paraissent, chacun est libre de boire et de manger; mais on doit s'abstenir de vin et d'eaude-vie. Cette injonction peut sembler étrange pour des musulmans, auxquels des hoi.ssons enivrantes sont toujours sévèrement interdites. C'est que, malgré leur dévotion , les Turquestanis ne s’en prirent dans aucune autre circonstance. A cette époque de l'année , les hommes et les femmes se lavent tout le corps avec de l'eau pure avant de se mettre en prière. La fin du Ramazan coïncide avec le commencement de la nouvelle année. On entend alors pendant toute la nuit le son des tambours et de la musique. Le lendemain, les officiers du gouvernement sortent de la capitale précédés de chevaux et de chameaux richement caparaçonnés, et suivis d’une troupe de musiciens et de membres du clergé musulman. Ce cortège se rend à un temple situé dans le voisinage; et quan'l le service divin est terminé on va chez le hakim-beg, ou gouverneur de la ville, pour le. complimenter à l'occasion de la nouvelle année. Ce fonctionnaire offre un repas aux personnes qui viennent ainsi lui rendre leurs devoirs.
M. Timkovski nous apprend qu’avant la conquête du Turquestan par les Chinois les principaux membres du clergé, apres le service divin du jour de l'an,
firononçaient un discours consacré à ouer les vertus du hakim-beg ou à flétrir ses vices. Si ce chef était reconnu pour un homme vertueux , il conservait ses fonctions; mais si on lui prou-
(t) Voyez Histoin dr la ville de Khoian, extraile det Annalee de la Chine, par M. .téel Rémusal , page» .17 et tuirantra.
vait, par des faits, qu’il s'était rendu coupable de quelque faute grave, il était destitué et mis à mort. Pour se trouver en mesure de résister à de pareilles sentences, les hakim-begs s’entouraient d’une garde nombreuse. Aujourd'hui ces fonctionnaires, quoiqu’ils ne jouis.sent plus du pouvoir souver.vin, ont cependant conservé l’habitude d’entretenir des soldats près de leur personne.
Quarante jours après cette solennité le hakim-beg va une seconde fois nu temple, entouré d'une foule nombreuse; toute la ville se réjouit et se divertit; on appelle cette journée Kourban-aU c’est-à-dire la fête du sacrifice.
Trente jours après les 'Turquestanis célèbrent la Commémoration des morts, et vont réciter des prières sur les tombeaux de leurs parents. Plusieurs se font au cou une incision avec uii couteau , et y passent des fils. Le sang se répand sur tout le corps ; c’est le plus grand sacrifice qu'ils puissent offrir à Pâme du défunt.
Une dizaine de jours après la Commémoration des morts les habitants de tout âge et de tout sexe, vêtus d’habits neufs et leurs bonnets parcs de fleurs de papier, se rendent aux lieux les plus éleves clans les environs des villes. Les femmes et les filles dansent; les hommes galopent sur leurs chevaux, tirent des flèches, battent du tambour, chantent en s'accompagnant avec des instruments, boivent du vin, et après s’être enivrfe se mettent à danser. Ces divertissements continuent jusqu’au soir; alors chacun rentre chez soi; on appelle cette fête Mourouz ou iVaurouz.
On trouve dans les grandes villes de la partie occidentale du Turquestan chinois un lieu très-elevé , où Ton bat journellement du tandiour, et où Ton fait en même temps de la musique religieuse. Les mollahs et les akhouns dès que la musique a cessé se tournent vers Touest, et font desrévéren<»s et des prières ; cette cérémonie se renouvelle cinq fois par jour, suivant le nombre des prières canoniques pour les musulm.ins. On fait encore de la musique sur ces hauteurs à l’occasion de tous les événements heureux ou malheureux, ou lor^ue des gens d’un haut rang viennent à passer,
L’ÜHIVERS.
et enfin au convoi des personnages importants.
Les Turquestanis ne se distinguent pas par des surnoms , et l’on ne voit pas de familles dont on conserve les généalogies. I/6S pères et les enfants sont attachés les uns aux autres par des sentiments d'amour et de respect ; mais c'est à peine si les liens de parenté moins étroits existent dans ce pays. Le mariage est permis à tous les degrés ; cependant une femme ne peut épouser son fils ni un père sa fille. Cette union chez les Turquestanis est précédée d'une convention entre les deux parties. Le père et la mère du futur envoient en présent des bœufs, des moutons et de la toile; ils invitent tous leurs parents, et se rendent avec plusieurs akbnuns dans la demeure de la jeune fille, pour terminer l’accord , qui est confirme par des prières. Le jour des noces , le père ou le frère de la mariée monte avec elle à cheval , la couvre d'un voile , et la eonduit au son de la musique dans la demeure du futur.
Si le mari et la femme ne vivent pas bien ensemble, ils peuvent divorcer. Si c’est la femme qui veut quitter son mari, elle n’emporte pas la moindre chose en sortant du domicile conjugal. Si, au contraire, son mari l’abandonne, elle .1 le droit de prendre dans la maison tout ce que bon lui semble , et les enfants restent, les garçons avec le père, et les filles avec la mere. Si la femme accouche dans le eourant dé l’année qui suit la séparation, l’enfant est reconnu légitime. Mais passé ce terme les enfants sont tout à fait étrangers au mari divorcé. Au bout de plusieurs années, la feimite peut encore reprendre son ancien ni.’iri . lors même qu'elle en aurait eu d'autres dans l’intervalle.
A la mort d’iinTurquestani, quelques calenders se rassemblent autour du corps, chantent et récitent des prières. Toutes les personnes qui demeurent dans la maison se couvrent la tête d'un bonnet de toile blanche, en signe de deuil. On enterre les morts oroinairement le lendemain du décès, dans un cimetière situé hors des villes. Le corps n'est pas déposé dans un cercueil ; on se borne à l'envelopper dans une pièce de toile blanche. Les parents s’assem-
blent dans la maison du défunt pour y réciter des prières ; et chacun contribue aux frais des funérailles. Les habits et autres effets de la personne décédée sont distribués au peuple. On fait encore de nouvelles aumônes à l’intention de son âme. Les parents ne portent le deuil que pendant quarante jours.
Les gens riches font ^ever des monuments ronds et couverts de tuiles vertes. On enterre ordinairement les morts près des grandes routes, afin que les passants pensent à prier pour eux.
Quand les Turquestanis s’abordent, ils croisent les mains sur la poitrine et inclinent la tête. Ils donnent à ce salut le nom arabe de salam. Les gens âgés des deux sexes se contentent de toucher légèrement les épaules des personnes plus jeunes. Depuis l’époque de la conquête, les Turquestanis plient les genoux toutes les fois qu'ils rencontrent un officier chinois.
Le vêtement principal des habitants consiste en une robe avec un grand collet et des manches étroites. I.es hommes relèvent le bas de cette robe du côté gauche. Les femmes portent pendant toute l’année des chapeaux garnis de fourrure , et auxquels elles attachent des plumes. Les hommes se couvrent la tête en hiver avec des chapeaux de cuir, et en été ils ont des chapeaux de satin cramoisi garni de velours. Leur chaussure est de cuir rouge avec des talons de bois. Les femmes portent des pantoufles sans quartier et qui laissent le talon à découvert. Klles ne font usage de ces pantoufles que pendant In saison froide; en été, elles marchent le plus souvent nu-pieds.
Les jeunes tilles laissent flotter leurs cheveux , qui sont ordinairement nattés en plusieurs tresses. Quelques mois après le mariage elles les garnissent de rubans rouges et les laissent tomber sur le dos. Les bouts de ces tresses, qui descendent souvent jusqu’à terre, forment , avec les rubans rouges, une espèce de frange. Les femmes riches placent dans leurs tresses des perles, du corail et autres pierres précieuses.
Les Turquestanis ne se rasent pas la barbe; ils se contentent de couper de temps en temps leurs moustaclics de
manière à pouvoir manger et boire plus commodément.
Festins. Lorsque les Turquestaiiis veulent donner un festin ils tuent un nombre considérable d'animaux. Les mets les plus recherchés parmi eux sont la viande de chameau , de cheval ou de bœuf. On sert sur des plats d’étain , de cuivre et de bois , et en petits morceaux , la viande de mouton , des melons , du sucre candi, du sucre en pains, des pâtisseries, des tourtes de viande , etc. Chaque convive choisit les mets qui lui conviennent, et en prend autant qu'il veut. Pendant le repas, on joue de différents instruments de musique, et les convives chantent, dansent , crient et battent la mesure avec les mains. Il est rare que les invités se retirent sans être ivres; quelquefois, appesantis par le vin , ils s’endorment , et, après avoir cuvé un peu leur boisson, ils recommencent de nouveau.
Avant que les convives se retirent, on leur distribue les mets et les fruits qui restent encore, et ils les emportent chez eux.
La chair de porc est sévèrement interdite aux Turquestanis, comme aux autres musulmans. Ils ne se nourrissent que d’animaux tués par la main des hommes.
Poids et mesures. Il n’existe dans le pays ni poids ni mesures légaux. Des bonnets servent à mesurer les petites quantités; les grandes se mesurent par sacs.
Instruments de musiqi;e. Ils ont une grande variété de tambours , les uns fort grands, les autres très-petits.
Ils jouent aussi du chalumeau et de la flûte à huit trous. On voit chez eux une espèce de tympanon qui a plus de cinquante cordes. Les guitares en ont sept, dont quatre de til de/er, deux de boyau et une de soie. Ils ont des violons dedimensions différentes, et tous à quatre cordes. Les modulations des tons, dit M. Timkovski, s'accordent avec le tambour. Les chants, les airs de danse et les variations après les couplets sont également d’accord ^avee le tambour ; et si l’on écoute cet ensemble avec attention , on y trouve une espèce d'harmonie.
Maisons. Les murs des maisons
sont construits de terre et ont de trois .1 quatre pieds d’épaisseur. Le toit est fait de bois et couvert de roseaux joints ensemble avec de l'argile. Quelquefois ils bâtissent des maisons à plusieurs étages. Les cheminées montent iusqu’au toit. On pratique dans les m'urs des armoires où l’on dépo.se les effets. Il existe ordinairement au milieu du toit deux ouvertures qui tiennent lieu de fenêtres, et donnent passage à la lumière du soleil (I). On ne perce dans les murs que de très-petites fenêtres, destinées plutôt à laisser entendre le moindre bruit du dehors , qu’à procurer de l’air et du jour. La singulière disposition que nous venons de signaler tient au grand nombre de voleurs répandus dans le pays, et qui y sèment la terreur. Avec de grandes fenêtres placées à une faible élévation au-dessus du sol , rien ne serait plus facile que de pénétrer dans la maison. I..es toits sont plats, en sorte qu’on peut s’y promener, et y ftire sécher du blé et des fruits. Ils sont extrêmement minces, et portent sur des murs d’une grande épaisseur ; par conséquent, on n’est pas exposé à ce qu’ils s’écroulent ; et comme les pluies sont trèspeu fortes dans cette contrée, ils résistent également bien à l’Iuimidité. Les maisons sont placées ordinairement près d’un jardin où il y a presque toujours un bassin ou un ruisseau. On cultivedans ces jardins une grande quantité de fleurs et n’arbres fruitiers , et on y construit pendant les chaleurs de l’é^té des pavillons entourés de fleurs et situés sur le bord de l'eau.
DZOL'NGARIL .
Dk.vojiinations diverses. — Dzoungarie. — Calmouqiiie ou Kalmoukie. — Thian-Chan-Pe lou, c’est-àdire Courernement au nord des monts Thian-Chan.
Conquête par les CniNOts. Les noms de Dzoungarie et de C.almouqiiie ne sont plus aussi exacts aiijourdtiiii ii’ils l'étaient autrefois. A la fin du ix-septième siècle, les Dzoïmgares, alors très-puissants, avaient soumis les autres tribus calmouques ainsi que les
(I) Ont» ferme au niojren d'un couvercle.
LTJMVERS.
Mu;:ols Khalkbas. Ceux-ci, incapables (le pisister par eux-mémes à ces ennemis redoutables , implorèrent le secours (le l’empereur de la Chine. Ce prince envoya une armée contre les Dzounf»ares, qui furent vaincus et obligés de recevoir une garnison chinoise dans quelquesunes (Je leurs places. Au bout de plusieurs années, l'enipereurde la Chine, croyant pouvoir compter sur la soumission des Dzoungares, retira presque toutes les forces qu'il avait dans leur pays , et n’y laissa qu’un faible corps de troupes. Deux princes calmoucs, appelés VunJmoursana ou Amuursanan et l’autre Daivadji , se trouvaient alors en guerre l'un contre l’autre. L’empereur prit parti pour Amoursana, et le mit sur le trône. Dawadji fut fait prisonnier par les troupes chinoises. L’empereur Kien-Long lui accorda la vie, moins peut-être par clémemæ, comme l’ohserve M. Abel Rémusat (1), que f>ar politiciue, et pour être en mesure au besoin de l’opposer à Amoursana.
Celui-ci , pénétrant les motifs de la conduite de Kien-Long, et mécontent surtout de ce (tue les lieutenants de ce prince ne lui laissaient qu'une ombre d’autorité , anima le peuple contre les Chinois, et , croyant les circonstances favorables , il se révolta en 1755.
Les hauts fonctionnaires de l'empire jugeaient plus convenable de laisser les Dzoungares livrés à eux-mêmes, et (l'attendre qu’ils se fussent affaiblis par leurs dissensions intestines. Ils trouvaient imprudent d’entreprendre une guerre lointaine contre une nation puissante et aguerrie. KJen-Long ne partagea point cette opinion, et il envoya une armée contre Amoursana. Les généraux chinois, trahis par les Tartares, qui formaient la plus grande partie de leurs trouMS, ne purent réussir à se rendre maîtres de la personne d’Auioursana, comme ils avaient ordre de le faire. L’armée chinoise se trouva considérablement diminuée par la désertion, et hors d’état de prendre l’offensive.
Loin de se décourager par ce grave échec, Kien-Long résolut de pousser la guerre avec plus de vigueur que ja-
(I) Voyez les Tiouvtaux mélanga aiiatiqucs^
t. ll.p. 47,
mais. Il mit à la tête de son armée deux excellents généraux , dignes de sa confiance par leurs talents et leur fidélité. Les Dzoungares furent vaincus , et leur pays occupe par les troupes cliinoises.
Amoursana sVnfuit chez les Kirguizes- Kasaks; puis, ne se croyant pas a.ssez en sûreté parmi eux, il se retira eu Sibérie, où il (Mourut bientôt après de la petite vérole (I).
Les Dzoungares firent encore une nouvelle tentative de révolte. L’empereur, voulant en finir, envoya contre eux trois armées. Plus d’un miliroiidecesCahnoucs furent inipitoyablement massacrés, sans distinction de sexe ni d'ôge. Quelquesuns d’entre eux .se réfugièrent dans une vallée appelée Makhalsm, et située entre de hautes montagues. Les troupes chinoises les détruisirent. On ép.irgna ceux qui n’avaient pas pris une part directe à la révolte, et on les transporta dans des contrées .lointaines. Tous les chefs de la nation que l’on saisit vivants furent envoyés à Pékin , où l’empereur, après les avoir Jugés lui-méme , les condamna au supplice des rebelles, parce qu’ils avaient accepte de lui des fonctions et des titres, avant leur révolte. Km 7 56 la Dzoungariefutréunieà l’empire de lu Chine. Le pays est administré maintenant par un général en chef, et le gouvernement chinois y entretient plusieurs corps d’armée.
Position asthonomiqub. Entre 72" et 88" de longitude est, et 41” 30' et -18° 40' de latitude nord.
Limites. A l’est la Dzoungarie est séparée par des cliaines de montagnes du pays des Mogols Khaikhas. Au sud elle coiiliiie avec le Turquestau oriental. A l’ouest la rivière de Talas la sépare des Bouroutes (2) et des Kirguizes-Ka-
II) Kien-Long, dit M. Ahel Béinosat , n'ayant pu avoir non ennemi virant , voulut du moii» qu’un lut en envoyât lea oaaemenla, pour en faire un exemple, aulvanl l'uaage. O fut l'ol>- Jel d'une miguclallon qui n euf aueiiii suca'S, parce ()iie la cour de Russie oc voulut p.» consentir a l'extradition du ladavre d' .Amoursana. On se coulenta de le faire vuir aux ufliciers du Kien-Long, pour qu’ils pussent assurer leur maître de la mort du rebelle.
Voyez /Nouveaux mitange» asiatiques y L II, page >8.
(2) Une faut pa.s confondre les Bouroul(«, qui apparlleiment a la famille liirque, .'vvec lea Uuuretes ou Uourlales, qui fout pairUe de la lamille niogote.
Saks. Au nord elle est bornée par ces mêmes Kirguizes et par la Sibérie.
I Momtagmes et olaciebs. La principale chaîne de montagnes de la üzoungarie est celle de Thian-Chan ou des Monts Célestes, connue aussi sous le nom de Sine Chan ou Monts Neigeux.
Les cimes les plus hautes de cette chaîne sont :
Le Youldouze, près de Kharaschar;
Le Mirdjai ou Kaschtasch, près d’Yarkende. Cette montagne, tout entière de jade blanc, est toujours couverte de glace et de neige. Les eaux qui , au printemps , coulent de son versant méridional arrosent le pays et vont se jeter dans le lac Lob;
Le Bogdo , près d’Ouroumtsi ;
Le Moussour, c’est-à-dire le Glacier, situé entre ili et Oiischi. Les glaces qui couvrent constamment cette montagne lui donnent l’aspect d’une masse d'argent. Une route percée à travers ces glaciers , dans la direction du sud au nord , conduit du Turquestan oriental à Ili. Au nord de cette montagne on a établi un relai de poste, d’où la vue s’étend, en hiver, sur une vaste étendue de neige. Dans l’été on trouve sur les hauteurs de la glace, de la neige et quelques endroits marécageux. Il n’existe pas d’autres chemins pour les hommes et les bétes que des sentiers étroits et tortueux sur les flancs de la montagne. Les voyageurs assez imprudents pour s’aventurer pendant la mauvaise saison au milieu de la plaine de neige sont perdus sans ressource.
Quand on est arrivé au glacier on n’apercoit plus ni terre, ni -able, ni arbres, ni lierbes. Rien n’est effrayant, disent les voyageurs, comme l’aspect de ces rochers gigantesques uniquement formés de glaçons entassés les uns sur les autres. Les fentes qui séparent ces masses énormes laissent un espace vide et sombre où le jour ne pénètre jamais. Le bruit des eaux qui coulent s0us les glaces ressemble au tonnerre. Çà et là les yeux s’arrêtent sur des carcasses de chevaux et de chameaux. Pour faciliter le passage on a taillé des marches dans la glace ; mais elles sont tellement glissantes, que chaque pas que l’on fait offre un danger nouveau. Souvent les voyageurs trouvent la mort dans ces préci-
pices. Les hommes et les bétes n’y marchent qu’avec effroi. Il est arrivé que des voyageurs, surpris par les ténèbres, ont été contraints de passer la nuit dans ces lieux inhospitaliers. Si le temps est calme ils entendent des sons assez agréables, et qui ressemblent à ceux de plusieurs instruments réunis : c’est, dit M. Timkovski, l'écho qui répercute le craquement des glaçons qui se brisent (1).
Le même voyageur nous apprend qu'il existe dans ces glaciers un animal qui tient le milieu entre le loup et le renard. Les habitants le regardent comme ayant quelque chose de surnaturel, et tâchent de suivre les traces de ses pattes sur la glace : c'est le moyen de n’être pas expose à perdre la vie.
Une rivière se précipite du sein de ces glaciers , coule au sud-est , se partage en plusieurs bras et verse ses eaux dans le lac Lob.
Offbandbs et invocations aux OLACIEBS. Le commandant de la ville d’Ouschi envoie annuellement un de ses ofBclers porter des offrandes aux glaciers. La formule de prières qu’on récite à cette occasion est envoyée de Pékin par le tribunal des rites.
Rivibbes et lacs. Les principales rivières de la Dzoungarie sont :
L’Ili, formé par la réunion de plirsieurs affluents. Il se jette dans le lac fialkhasch ;
Le Tscbouî, qui sort du lac Touze- Koul et se jette dans le lac Kaban-Koulak après un cours de 3fi0 lieues;
Le Talas, qui porte ses eaux au lac Sikirlik apres avoir arrosé cent lieues de pays ;
kiimn le Koub , I’Émil et le fleuve Ibtische, qui prend sa source dans ce pays , et dont nous aurons occasion de parler plus loin.
Quelques-uns des lacs que nous venons de nommer sont tr^considérables.
Le lac Balkbasch n’a pas moins de 40 lieues de longueur et de 30 lieues dans sa plus grande largeur.
Le Touze-Koul, ou Lac sali, est long de S.S lieues et large de 12 à 15.
Divisions militaibes. La Dzoun-
( 1 ) Voypx Foyagf à Péking à traven ta JHQif godet t. I*', p. 443 de la traduction fnoçAtoe.
L’UNIVERS
garie forme aujourd'hui trois divisions ougouvernementsmilitaires, qui portent les noms de leurs chefs-lieux ; ce sont :
Ili ou Gouidja,
Kour-khara-oussou ,
Tarbagatai.
Gouloja. Cette ville, à laquelle les Chinois ont donné un nom qui signifie ytUe du gouvernement militaire , s’étend sur la rive droite de l'Iii. Elle est entourée d’une muraillede pierres, haute de trois toises, sans fossés ni ouvrages extérieurs. Les soldats qui montent la garde au poste principal, ainsi que les sentinelles, ne portent point d'armes.
Les rues de la ville sont étroites et malpropres. Le nombre des maisons s’élève a environ 10,000, presque toutes assez petites. Les temples bouddhiques sont très-beaux. On y donne chaque jour des fêtes et des spectacles. Les mosquées sont desservies par des mollahs.
La population de Gouidja est peu considérable ; mais on voit dans cette capitale nombre de marchands de l’intérieur de la Chine , de la Boukharie , du Khokande et même de l’Inde et du Cachemire. Ces derniers importent des mousselines de qualité commune , des étoffes de soie et coton, des indiennes et des espèces de calicots. Tous ces commerçants demeurent dans des auberges liors'de la ville.
Les rues de Gouidja sont toujours pleines de marchands et d’artisans. Le nombre des auberges et des maisons où l’on prend du thé est fort considérable; car l'usage veut que les voyageurs et les hommes qui ne sont pas mariés ne fassent jamais la cuisine chez eux , et envoient chercher leur dîner et leur souper à l’auberge. Bien des gens mariés y font prendre également leur nourriture. Les maisons où l'on boit du thé sont toujours remplies de fumeurs. Il y fait une chaleur insupportable et malsaine, entretenue par le feu et la fumée des pipes. On voit aus.si à Gouidja des maisons de jeu toléré(« parle gouvernement chinois; elles sontextrêmement fréquentées.
Il existe dans cette capitale des ouvriers tels qu’orfévres, chaudronniers, forgerons, serruriers et charpentiers.
I-es mahométans du Turquestan oriental y sont assez nombreux; ils font le commercÆ ou se livrent à la culture des
terres , au jardinage et à l’exercice des arts mécaniques.
I.,e commerce consiste principalement en bœufs et en chevaux.
Le chef militaire chinois commandant la division de Gouidja est tenu de résider dans cette capitale. On le voit toujours entouré d’ofliciers supérieurs et d’une troupe de 120 Mandchous qui forment sa garde. Aux deux côtés de la porte de son hôtel, sont placés en faction douze soldats armés d’arcs et de flèches et commandés par un sous-ofllcier.
Les troupes stationnées à Gouidja et dans les autres points de la division forment un total de 28,000 hommes de cavalerie, parmi lesquels on compte 6,000 Calmoucs. Ces troupes sont partagées par régiments de dix escadrons, forts cnacun de cent hommes. Elles font à tour de rôle le service sur la frontière, sur les bords de la rivière d'Ili et dans quelques autres endroits.
Les soldats ne sont point armés d’une manière uniforme ; iis ont en général des arcs et des flèclies , d’autres portent des lances; tous sont munis de sabres. En temps de paix, chaque homine est obligé de se pourvoir d'armes et de chevaux; en temps de guerre, c'est le gouvernement qui se charge de ces différentes fournitures.
Quand un cheval conGé à un cavalier meurt de maladie, celui-ci n’éprouve aucune réduction sur sa paye s’il n’est pas coupable de négligence; dans le cas contraire on lui fait une retenue proportionnée à la valeur de la bête.
Suivant la relation de M. Poutimstev, publiée par M. Klaproth ( I ) , il existe a une distance d’environ douze lieues de la ville d’Ili ou Gouldja-Kouré , dont nous venons de donner la description , une autre ville de Gouidja , qui ne se trouve pas indiquée sur nos cartes. Cette ville est habitée par des mahométans , dont le chef porte le titre de Hakimbeg. L’autorité de ce magistrat s’étend Sur toutes les villes des environs.
Kacheuir. Il y a dans le gouvernement d'Ili une ville appelée Kachemir, qu’il ne faut pas conloiidre avec la capitale du royaume du même nom, située dans l’Inde, et si connue par la beauté
(I) Voyez Magasin asialique, tome I, p. sa».
des châles qu'on y fabrique. I.a ville de Rachemir ressemble beaucoup à celle de Gouldja. On y compte environ trois mille maisons. Les habitants sont pour la plupart des Kara-Kitaï ou Chinois noirset desToupgous. Les premiers font le commerce en gros et exercent divers métiers ; les derniers sont aubergistes et marchands en détail.
Colonies de condamnés. Le gouvernement chinois a établi aux environs de Kachemir, principalement entre cette ville et Gouidja, des colonies de malfaiteurs. Ces gens cultivent la terrer Ceux d’entre eux qui ont mérité la mort sont employés à des travaux forcés.
Signaux. Il existe entre Kachemir et Gouidja une barrière avec deux corps de garde, près desquels sont placées en réserve de grandes quantités de matières combustibles. On y met le feu en cas d'alarme, pour servir de signal. Au delà de cette barrière se trouve un pont jeté sur la rivière de Bayanda et au milieu duquel on remarque des statues de pierre assez bien faites. Près de ce pont, sur la rive gauche de la Bayanda, s’élève un magnifique temple bouddhique entouré d^arbres.
Dépenses et eetenus. Le gouvernement d'Ili rapporte beaucoup moins â la Chine qu’il ne lui coûte.
I.«s contributions des habitants s'élèvent à un total d'environ 40,000 onces d’argent (333,400 francs), et l’empereur de la Chine envoie chaque année dans le pays 500,000 onces d’argent (4.1 67,500 ir.), ainsi que plusieurs millions de pièces de satin et de taffetas destinées a être livrées aux Kirguizes en échange de leurs bestiaux (1).
Gouvernement de Kour-kharaoussou. La population de cette province est, suivant M. Klaproth, très-peu considérable ; les terres sont en partie cultivées par des soldats que le gouvernement chinois y a établis. On ne trouve dans le district aucune rivière considérable. Le chef-lieu du pays est une petite forteresse bâtie vers 1763.
Gouvernement de Tarbagataï.
Ce gouvernement est au nord de celui d’Ili. Il tire son nom de Tarbagataï-
(DNoas avontvu plu.s haut, page MS, que les Kirgaizes ne font le commerce que par voie d'échange.
Ohla ou la Montagne des Marmottes, qui le borne à l’est. Les Kirguizes l'appellent Tasch-Dava ou Pays des Rochers. Les indigènes lui donnent le nom d’I'ar, de Tsckoukou-tschouou Tschouqoutsekak. Cette division militaire est bornée au nord par la Sibérie.
C'est dans le gouvernement de Tarbagatai qu'est située la source de l'Irtisch. Ce fleuve traverse le lac Dzaîsang ou Dzaïsang-Noor, c'est-à-dire en niogol tac des ?iobles. Les Calmoucs lui donnent le nom de Koung khotounoor, ou lac des Cloches, parce que les vagues se brisent avec fracas contre ses bords et occasionnent un bruit continuel qui , de loin , ressemble au sob des dociles. I,a longueur de ce lac est de vingt-cinq lieues et sa largeur de neuf.
Le pays est habité par 13,000 Rieuthes, 4,000 Calmoucs Torgoules et 8 à 900 soldats qui se livrent à la culture des terres. Les femmes et les enfants ne sont pas compris dans ce nombre.
XscnouGODTSCHAK. — Cette ville, capitale du district, est située par 46° 8' de latitude nord et 80° 18' de longitude est , près de la base du versant oriental du mont Takhta. Elle est défendue par une muraille de pierr. s, et formeuii carré dont les faces ont chacune à peu près cent cinquante toises. Les angles sont flanqués de tours carrées, hautes d'environ cinq toises. On remarque aux faces extérieures de ces tours des fenêtres garnies de papier au lieu de vitres, et qui ferment pur des volets de bois. Les rârtes de la ville se trouvent au milieu des côtés du carré ; elles sont défendues a droite et à gauche par des tours Les murailles, comme les tours , sont de briques séchées au soleil, liées avec de l'argile et blanchies en dehors. La hauteur des murailles , prise de l'extérieur, est de deux toises etdemie. A la moitié de cette hauteur on a placé des gouttières pour l'écoulement des eaux pluviales. Un canal, alimenté par deux petites rivières, tourne autour des murs. La ville est elle-même traversée par une troisième rivière. Ou voit au nord et au sud de Xscliougoutsclink de belles allées de saules. Les faubourgs s’étendent à l'est et à l’ouest.
La ville renferme à peu près six cents maisons et bâtiments publics; leshabi-
L’UNIVERS
tants domiciliés ne forment qu'une petite partie de la population; mais un grand nombre de marchands chinois , venus de toutes les provinces de l’empire, se rendent àTschougoutschak pour leur commerce, et y font un séjour temporaire. La |K>)>ulation fixe se compose en granile partie de Chinois exilés pour cr'me. Ces gens sont condamnés a cultiver les terres du gouvernement. On voit parmi les marchands un nombre assez considérable de Calmoucs de differentes tribus, mais principalement des Torgoutes. Le gouvernement chinois parait n'avoir au 'une médiocre confiance en ces nomaaes; car il envoie chaque année, de Gouidja, 1,500 homme.s pour garder les frontières.
ün cultive dans les environs deTschougoutschak du froment, du millet et de l’orge.
Eaux minbbalrs. — Il existe entre Tschougoutschak et Gouidja des sources minérales que les Calmoucs désignent sous le nom li'Jratcfian ou A'aux bénies, etçjui, si l'on en croit la tradition conservée par ces nomades, furent découvertes, il v a environ quatre-vingts ans, par un cfe leurs souverains appelé Caldan. Ce prince alla visiter le canton où se trouvent les sources, pour obéir au désir de sa femme, qui , n'avant jamais pu avoir d’enfants, réva qu'elle en obtiendrait par l’usage de ces eaux. Galdan fit bâtir dans le voisinage un temple u’on y voit encore. Cet édifice est lait e briques sécbees au soleil et bées avec de l’argile; le tout recouvert de plâtre. Ce temple est assez petit. On y remarque dix-sept idoles taillées en relief et coloriées. Les eaux minérales sortent d'une colline qui s'élève à une trespetite distance du temple. Le sol des environs est formé d'une ocre rougeâtre. L’eau, extrêmement cliaude au moment où elle jaillit de la source, ne conserve plus, quelques instants après, qu’une chaleur ordinaire. Elle exhale une odeur sulfureuse. M. Poutimstev rapporte qu’étant resté environ un quart d'heure dans le bain, il se trouva très-affaibli et eut beaucoup de peine à en sortir. I,e temps , qui d’ailleurs était chaud, contribua à amener une transpiration abondante. Après avoir pris quelque repos à l’ombre d’une roselière
qui se trouvaitdans le voisinage, il goûta un peu de cette eau, qui ne lui parut pas desagréable. Il pense que sou usage doit être fort salutaire.
M. Poutimstev visita ensuite le tem»
pie , dans lequel il vit une inscription en langue calmouque qui indiquait que plusieurs tribus mogoles et nombre de Kirguizes fréquentaient les taujr bénies pour se guérir de diverses maladies.
Ces nomades arrivent vers le commencement de septembre et repartent au mois d'octobre. Il est réellement fâcheux, dit M. Poutimstev, qu’on ne fasse rien pour la conservation de la source, qui est dans un état fort différent de celui où elle se trouvait autrefois. Indé-
rendamment du temple, Galdan avait âti cinq maisons pour les prêtres qui le desservaient. Actuellement on n en voit plus aucune trace.
On trouve à une distance de vingt toises des eaux Araschan, sous un rocher escarpé, une source minérale froide qui est aussi salutaire que la source enaude : elle ne jaillitpas de terre avec impétuosité comme la première; l'eau parait immobile à la surface, et n'a ni goût ni odeur.
Population. I-es oontrées du Turquestau occidental et du 'l'urquestan chinois dont nous avons eu à nous occuper jusqu’ici sont toutes habitées par des populations turques ou persanes, et la race mogole y est à peine représentée. Nous la trouvons pour la première fois dan.s la Dznungarie. et il est indispensable de faire connaître les
firincipales branches de cette race et es différenlB points de l’Asie centrale où elle forme la masse des habitants.
Race mogole. Les Mogols se subdivisent en Mogols proprement dits, en Kh.dkbas et en Scharrai-gol, ou Mogols du Tibet. Ces differentes brandies occupent surtout la Mongolie , une partie du Tibet et le pays du Khoukhou-Noor.
Les Bouriates' ou Bourètes habitent en Sibérie le gouvernement d'Irkouisk.
Les Calmoucs, appelés aussi Olétes , OËlœls, Eleuthes et Mogols occidentaux, errent principalement dans la Dzoïingarie, dans le pays des Khalkhas et dans quelques autres provinces de la Chine. En Russie, on les rencontre dans les gouvernements ü’Astracan, de
l, iooqlt
Siinbirsk, d’Orenbourg , du Caucase, du Kherson , de la Tauriüe et clans le pays des Cosaques du Don. Eiiliu nous avons remarqué que 20,000 Calmoucs piquent leurs tentes sur le territoire de Boukhara et 30,000 sur celui de K.hi> va ( I ). Ils conservent les méuies moeurs dans ces différents pays.
SliUülVlSlUNS 1>E LS FAMILLE CALMOUcjlis. Les Calmoucs se subdivisent en quatre grandes tribus, qui sont : les Dzoungarcs -, les Klioscbotes ; les Dorbates , Dourbëtes ou Uurbètes ; et les Torgoutes, Tourgoutes ou Tour* guoiites.
Tbaits distimctifs de la bacs CALMOUQUE. Les Calmoucs sont d’une taille médiocre, mais bien prise, et trèsrobustes, llsont la tête fort grosse et fort large; le visage plat, le teint olivâtre, les yeux noirs , orillants , très-éloignés l’un de l’autre et peu ouverts , quoique extrêmement fendus; les pommettes saillantes ; le nez plat et presque de niveau avec le visage, en sorte que le bout seul, qui est également très-plat et s'ouvre par deux grandes narines, forme une légère saillie, ils ont les oreilles démesurément grandes, sans bords et trèsécartées de la tête. Leur barbe est peu fournie, et ils arrarlient les poils qui leur viennent sur le visage. Enun ils ont les cheveux noirs, la bouche petite et les dents blanches. « On voit, dit madame Hommairede Hell, fort peu de Calmoucs contrefaits; cependant ils s’en reposent entièrement sur la nature pour dm'elopper leurs enfants. Ceux-ci vont tout - nus jusou’à l’àge de huit ou dix ans , et des qu'ils marchent avec facilité on les place sur un cheval , et on leur fait contracter l’habitude de la lutte et de l’équitation, qui forment la partie principalede l'éducation etdes divertissements de ce peuple. «
Il n'existe aucune race asiatique dont les traits soient aussi caractéristiques et présentent un type aussi uniforme que les nations mogoles. • Peindre un individu, dit cette dame, c’est peindre la nation tout entière. > Elle raconte qu’isabey, chargé en 1816 de faire le portrait d'un prince calmoue , et voyant
(I) Voyez d-devani page is, ooloone l, et page es, col. s.
que celui-ci était fort ennuyé de poser, rengagea à sc faire remplacer par un de ses gens , Calmoue comme lui. Le portrait fut achevé de cette manière, et il est fort ressemblant.
Les femmes ne se distinguent des hommes que par des traits moins grossiers. Mais quand une fuis elles ont passé lu première jeunesse, on ne les reconnaît plus guère que par le costume. L’absence de la barl>e rend la ressemblance plus complète encore.
Les Calmoucs dans leur enfance sont assez blancs. Un a voulu inférer de là que l’habitude de vivre à l’air en toute saison, ainsi que la fumée qui remplit les iourtes, sont les causes principales qui donnent a leur |>eau une teinte Jaune bleuâtre. Cette supposition n’rst guere probable, car on retrouve la même nuance de peau chez tous les Mogols, appelés pour cette raison race jaune. Il est vrai cefiendant que les femmes caimouques soiit moins brunes que les honimes, et que parmi celles d’un rang élevé on eu trouve quelques-unes qui sont assez blanches.
Les Calmoucs, on doit s’eu douter d’après cetjui précède, ont sur la beauté des idi-es complètement differentes des nôtres. Madame Hominaire de Uell rapjiorte qu'une princesse de cette nation , considérée par les Européens comme d'une laideur repoussante, passait pour une merveille de beauté aux yeux de ses compatriotes. Après avoir compté un nombre considérable de prétendants, elle fut enlin enlevée de force par un de ses adorateurs.
On a remarqué que le mélangé du sang russe et du sang turc ou tartare avec le sang calmoue produit des hommes robustes et bien constitués; mais le type calmoue laisse des traces ineffaçables pendant de longues générations , et l’on reconnaît toujours les individus qui comptent dans leurs familles des croisements de cette aorte. Us ont tous le nez fort peu proéminent et complètement écrasé près du front.
Les Calinoucsontrodorat très-subtil, l'ouïe très-line et la vue extraordinairement perçante. Cette perfection des organes des sens leur est fort utile. Ils seutent de très-loin la furoee ou l’odeur d’un camp. Plusieurs d’entre eux.
L’UNIVERS
en mettant le nez à l’entrée d’un terrier, reconnaissent la présence de l’animal.
Ils entendent à une distance très-considérable le bruit des pieds des chevaux.
Pour cela ils se baissent et appliquent l’oreille contre terre. Mais leur vue est plus extraordinaire encore. Souvent, quoique placés sur un lieu peu élevé, au milieu de déserts immenses, malgré les ondulations du terrain et les vapeurs de l’atmosphère, ils aperçoivent les plus petits objets à une distance considéraole.
Le caractère des Calmoucs , quoique fort éloigné de la perfection , est cependant bien supérieur à celui des autres peuples de l’.^sie Centrale. Ces nomades sont hospitaliers, affables , obligeants , et gais ; mais on leur reproche d’étre pares.seux , sales , très-rusés et colères. Ils vivent entre eux en bonne intelli-
f’ence, recherchent la société, aiment es festins, et ne peuvent se faire à l'idée de manger seuls ; leur plus grand
filai.''ir est de partager avec leurs amis a nourriture, la boisson et le tabac qu’ils réussissent à se procurer. S’ils n’ont qu'une seule pipe, elle passe de l’un à l’autre; si on leur donne du tabac ou des fruits, ils s’empressent d’en offrir à leurs compagnons ; si une famille fait sa provision de lait pour fabriquer de l’eau-de-vie, les voisins sont invités aussitôt à venir prendre part au régal apres la distillation. Avant de toucher à leurs aliments, ils en donnent une bouchée à des étrangers ou à des enfants. Cette conduite, a ce
3u’ils supposent! est agréable à leurs ieux. Toutefois, cette générosité fraternelle ne s'étend qu’au boire et au manger, et ils gardent soigneusement leurs biens. Ils ne .sont pas aussi adonnés au pillage que les Kirguizes et les Tiircomans. Ils détroussent les voyageurs lorsqu’ils croient pouvoir le faire impunément; mais ils ne cherchent pas à faire des prisonniers pour les vendre , et encore moins pour les employer dans leurs campements. Les membres de la famille suflisent pour garder les troupeaux; et ils ne veulent pas se charger de bouches inutiles.
S’il se commet des meurtres parmi eux , ils sont le plus souvent occasionnés par inimitié ou par vengeance ;
jamais, au reste, ces crimes n’ont lieu à force ouverte; c’est toujours par ruse et par trahison qu’un Èlouthe cherche à se défaire de son ennemi.
Un des traits les plus remarquables du caractère des Calmoucs , c’est l'attachement invincible pour leur campement et pour le genre de vie auquel ils sont accoutumés. Madame Honimaire dellell cite, dans son foyage, un exemple bien frappant de cette disposition naturelle.
Un chef calmouc, rival d’un Cosaque, tua celui-ci dans un accès de jalousie ; et sans vouloir prendre la fuite, pour se dérober au châtiment qui le menaçait, il opposa une vive résistance à âes soldats russes chargés de l'arrêter. Quelques serviteurs le soutinrent; à la fin cependant ils furent tous faits prisonniers, et renfermés dans un fort en attendant leur jugement. Au bout d'un mois, on reçut l'ordre de les envoyer en Sibérie; ‘les trois quarts de ces captifs étaient morts. Le chagrin avait fait périr les uns, et les autres s’étaient tués. Quant au chef lui-même , les précautions les plus minutieuses l’avaient empêché d’attenter à sa vie ; mais l'altération profonde de ses traits et son silence obstiné prouvaient que son désespoir n'était pas moins vif que celui de ses compagnons d’infortune. Quand il eut été placé dans le chariot de poste qui devait le conduire en Sibérie, quelques Calmoucs obtinrent la permission de lui dire un dernier adieu. « Que pouvons-nous faire pour toi, lui direntils à voix basse.’ — Vous le savez, répondit le chef. > Aussitôt un Calmouc
firend un pistolet, et , avant qu’on eût e temps de l’arrêter, il lui brûle la cervelle. Deux autres prisonniers, qui accompagnaient le chef, remercièrent le Calmouc en s’écriant, pleins de joie ; < Merci pour lui; quanta nous, nous ne verrons jamais la Sibérie. » * C’est que, dit toujours madame Hoinmairede lleli , le Calmouc a un amour passionné pour scs steppes et sa kibitka. Accoutumé à ne subir aucune gêne, aucune contrainte, il se trouve partout mal à l’aise , et il préfère la mort à l’exil. Car c’est ainsi qu’il appelle une existence passée ailleurs que dans ses solitudes. « Costume des hommes. Les hom-
mes portent d» chemises d'une espèce de toile de coton grossière- Ils ont des pantalons de la meme étoffe , et souvent aussi de peau de mouton et toujours fort larges. Dans quelques-uns des paj[s qu’ils habitent , ils n’ont pas de chemises en été , et leur vêtement consiste en une espèce de veste de peau de mouton sans manches, placée immédiatement sur la peau , la laine en dehors. Le bas de la veste entre dans le pantalon, et ces deux vêtements sont maintenus par une ceinture. Dans d’autres provinces, la chemise forme une partie indispensable du vêtement en toute saison. Pendant l'hiver, ils font usage de pelisses qui descendent jusqu’à mijambe, et dont la laine est en dedans, pour donner plus de chaleur. Ces pelisses ont des manches extrêmement longues, qu'ils retroussent lorsqu’ils veulent faire usage de leurs mains. La chaussure consiste en une paire de bottes très-grandes et très-fortes , propres à garantir du froid et de l’humidité, mais incommodes pour la marche. Les Calmoucs, qui vont rarement à pied , ne s’aperçoivent guère de cet inconvénient.
Ils portent encore, en hiver, des manteaux de feutre ou de peau de mouton préparée. L’habillement de ces nomades varie, comme on voit, suivant les pays qu’ils habitent. On peut dire cependant que le costume national consiste, sauf quelques modilications , en une veste, un large p.mtalon, de grandes bottes, une longue robe ou pelisse, et un bonnet.
Costumes des femmes. L’habillement des femmes ne différé pas Ireaucoiip de celui des hommes; seulement il est mieux fait, les manches en sont moins larges et l'étoffe plus légère.
Cheveux et coiffure. Tous les hommes se rasent la tête , et ne conservent qu'une petite touffe de cheveux sur le sommet. Les riches partagent ces cheveux en deux ou trois petites nattes; les pauvres n'en font qu'une seule.
Les femmes sont fort jalouses de leur chevelure. T,es petites ulles courent les cheveux épars jusqu’à dix ou douze ans. A cet Sge on commence à leur faire (les nattes qu'on roule ensuite autour de la tête. Les femmes riches portent diux nattes qu’elles laissent pendre sur
leurs épaules; les femmes du peuple cachent leurs cheveux dans une bourse lorsqu’elles travaillent à des ouvrages violents.
Les bonnets des filles et ceux des femmes sont presque tout à fait semblables. Les femmes pauvres ne les mettent que lorsqu’elles se parent ou qu’elles sortent. Ces bonnets sont ronds, garnisd’une bordure de fourrure, et tellement petits, qu’ils ne couvrent que le sommet de la tête.