OCCUPATIOISS DES HOMMES ET DES
femmes. Tous les soins de l’interieur du ménage regardent naturellement les femmes ; mais les Calmoucs les chargent de plusieurs travaux qui exigentde la force, tandis qu’ils n’ontguère eux-mêmes d’autres occupations que de faire des tentes, de les réparer, de distiller du lait et de soigner leurs chevaux. Hors cela , ils emploient le temps à chasser, à prendre du thé ou de l’eaude-vie, à jouer aux échecs ou aux osselets, à fumer ou à dormir. Les femmes, excédées de fatigues, vieillissent extrêmement vite. La fabrication du feutre est l’oeuvre de toute la famille réunie, père, mère et enfants des deux sexes. Ils en font de grandes pièces qui servent à couvrir les tentes, et d'autres plus petites qui tiennent lieu de tapis et de coussins. Cette fabrication ue diffère en rien de celle des Kirguizes, dont nous avons déjà parlé (1).
A?ühaux domestiques. Les principales richesses des C-almoucs consistent en chevaux, moutons, bœufs et chameaux.
Les chevaux calmoucs sont plus petits que ceux des Kirguizes. Ces animaux sont remarquables par la finesse de leurs jambes. On ne peut les employer pour le trait; car s’ils ont beaucoup de vivacité, ils manquent de force; mais ce sont de bons coureurs. Ils n’ont rien d’extraordinaire pour la beauté.
Quelques riches Calmoucs possèdentjusqu’à deux mille chevaux , juments et poulains.
Moutons. Ces quadrupèdes sont de la même espèce que ceux des Kirguizes, dont nous avons déjà donné la description.
(0 Voy« page H7.
IM
Tentbs ït campements. Les tentes des Ciilmoiics ne diffèrent pas de celles des Kirsuizes et des antres peuples nomades du Turquestan. Ces tentes résistent bien aux ouragans , et forment im assez bon abri contre la pluie , la neige et les rayons du soleil. On les appelle iourtes en langue calmouijue et mogole. Ce mot est l’équivalent de kibitHa et de khirgahs.
Dans les campements , les tentes sont placées à une assez grande distance les unes des autres. Les troupeaux s’établissent dans les espaces vides. Les principaux quartiers d’un grand campement sont les quartiers du chef, celui des prêtres, et le bazar ou marché. Autour de ces différents quartiers, les simples Calmoucs dressent leurs tentes, plus petites , plus sales et moins bien aérées que celles des chefs et des prêtres. Ces dernières s’elevent à peu de distance du quartier du chef, et se distinguent par la bonne qualité du feutre qui les recouvre. Elles sont rangées pour l’ordinaire en demi-cercle , et l'on place dans cet espace toutes celles qui sont destinées au culte. On désigne cette partie du campement sous le nom de khouro'iU.
Chauffaob. Pendant la journée, les Calmoucs se chauffent avec des roseaux et du fumier, et laissent découverte l’ouverture pratiquée dans la partie supérieure de leur iourte, pour donner pa-sage à la fumée. Le soir, lorsque le combustible est réduit en braise, ils ferment soigneusement toutes les ouvertures pour concentrer la chaleur; ce qui est facile, car les feutres qui couvrent les tentes sont fort épais et très-bien fabriqués.
HOB0BCAI.MOIIQUE EN VOV AOE. Une horde de Calmoucs en voyage offre un ipèctacle assez pittoresque. Là on apenjoit un troupeau conduit par une femme. Ailleurs, ce sont des juments qui suivent un cheval. Plus loin, c’est une troupe de dix à quinze guelloungs ou prêtres, bien nourris, qui suivent gaiement leur route. La misère est cependant représentée dans ces caravanes; souvent on voit un enfant à peine vêtu de quelques haillons , cl conduisant à pied un ou deux chameaux. .Sa mere se tient à côté de lui , montée sur le seul
cheval qu’elle possède : c'est une veuve et un orphelin. Les chefs des hordes sont généra lement entourés d’ U ne troupe d’hommes armés.
Pendant la marche, les enfants de trois à quatre ans excitent la compassion. Ces pauvres petits êtres, placés deux à deux dans des caisses que portent des chameaux , sout attachés de manière qu’ils peuvent à peine remuer les pieds et les mains. Quelques-uns cependant parviennent à dégager leur tête dedessous la couverture de feutre qui les emprisonne; d’autres se font des blessures, sans pour cela se délivrer de leurs entraves. C’est ainsi que les Calmouc.s, dès leur plus jeune âge , s'habituent aux contrariétés et aux souffrances, que d.ms l’âge viril ils savent supporter avec une fermeté et un courage qui étonnent un Kuropcen.
Les hommes comme les femmes voyagent tous à cheval, et se montrent bien moins occupés de garantirdes injuresdu temps leur personne que leurs bonnets, à la bonne conservation desquels ils attachent le plus grand prix.
Départ des stations d’hiver. —
OFFRANDES AUX DIEUX. Le départ des stations d’hiver est une époque que les Calmoucs voient toujours approcher avec joie. Alors ils n’ont plus à craindre de perdre leurs troupeaux par la rigueur de la saison : l’herbe qui pousse dans les steppes leur donne l’assurance qu’ils cons"rveront leur bétail. Aussi comparent-ils souvent l'hiver à l’enfer, et l’été au paradis.
Avant leur départ, ces nomades font des offrandesaux bourkhans ou divinités des fleuves et des rivières qui se trouvent le plus a leur proximité , en reconnaissance de la protection qu’ils leur ont accordée pendant l’hiver. Le chef de la horde, suivi de sa famille et d’un certain nombre de prêtres, s’avance vers le bord de l’eau, et jette dans le courant plusieurs pièces de monnaie; puis il supplie le dieu de lui continuer sa protection pour t’avenir.
Nourriture et repas. Les Calmoues vivent très-friig.alemeiit. Le laitage forme la base de leur nourriture, et le thé est la boisson qu’ils préfèrent. Ils le font de différentes manières; cependant, la préparation que nous avons
indiquée ci-devant sous le nom de thé catmouc (i), eit la plus en usage parmi eux. Ceux qui sont trop pauvres pour se procurer cette espèce de thé boivent une infusion d'une petite réglisse qui pousse dans les lieux les plus arides. Ils se nourrissent aussi de viande; mais ils la font bien cuire, et ne la mangent jamais crue. Ils connaissent a peine les céréales, et ce n’est que dans de rares occasions qu'on trouve dans leurs tentes du pain ou du ruau. Ils sont extrêmement adonnés à ivrognerie, et leur goût pour le thé no les empêche pas de rechercher avec passion les liqueurs spiritueusrs. Ils fabriquent une espèce d’eau-de-vie qu’ils tirent du lait de vache ou de jument distillé; mais, comme elle est extrêmenient faible, ils tîichenl d’en avoir de plus forte h prix d’argent. Ils en achètent surtout aux Russes.
En été, les Calmoucs tirent de leurs troupeaux une énorme quantité de lait.
Ils préfèrent le lait de jument, qu’ils trouvent plus doux et plus gras que tous les autres ; et ils le regardent aussi comme supérieur pour la distillation. Quand ils font de l'eau-de-vie, le chef de la tente réunit ses amis et parents , et leur offre cette boisson chaude et souvent presque bonillante. On commence par servir les personnes les plus âgées, sans avoir egard au sexe. Deux ou trois tasses siifllsent pour enivrer. Les femmes et les enfants ne sont pas moins passionnés pour cette ligueur, et en général pour tous les spiritueux , que les hommes eux-mêmes. Nous avons déjà eu occasion de remarquer que l’ivrognerie est un vice commun h toute la race calmougue.
Le botisan ou résidu de la disWlalinn du luit est extrêmement acide. Il sert â différents usages. On le mange en le retirant de la chaudière mêlé avec du lait frais , et on l’emploie pour préparer les peaux. Après avoir distillé du lait de vaciie , on fait bouillir le bousah jusqu'à ce qu'il devienneepais, puis on le presse, on en exprime soigneusement la partie aqueuse , et on le met dans des sacs.
Cetteesp^ede fromage, coupé par petits morceaux on taillé en gâteaux de forme ronde, est séché au soleilet mis eu réserve
O) Voyei pages 70 et 71.
our l’hiver; on le mange avec du eurre, et toujours sans pain ni légumes. On fait aussi des fromages avec le lait de brebis; mais on ne le distille jamais, I,e beurre est composé de lait de vache cuit dans une chaudière avec une certaine quantité de lait de brebis. On ajoute ensuite du caillé qui fait aigrir le tout en un seul jour. On bat alors ce mélange avec une espèce de pilon de bois ou de battoir, et on le verse dans une grande gamelle. Le beurre qui surnage est enlevé, mis dans des vases de cuir et salé. Si le lait n’a pas perdu toute sa graisse, on lefait bouillir uneseconde fuis.
Les Calmoucs ne manquent p.as de viande ; la chasse et les troupeaux leur en fournissent toujours abondamment.
Il est rare cependant qu’ils se décident à tuer une pièce de bétail ; à l’exception toutefois des gens riches, lorsqu’ils donnent quelque grand repas. Quant aux pauvres, ils n’ont recours à ce moyen que dans le cas d’une disette absolue. Os nomades dévorent sans répugnance presque toii.x les oiseaux et quadrupèdes qu’ils peuvent se procurer, pourvu que ces animaux soient bien gras. Ils mangent avec plaisir le blaireau, la marmotte et une espèce de musaraigne qu’ils appellent soitsli/i. Le castor est pour eux un mets exquis. Ils se nourrissent de chevaux , de chèvres sauvages, de sangliers, et même des oiseaux de proie les plus gros ; mais ils ont une aversion extrême pour la chair du loup, qu’ils disent être amère, et ne mangent qu’avec dégoût le renard (t quelques autres animaux carnassiers, qu’ils ne trouvent pas assez gras.
En été, lorsqu’ils ont plus de viande qu’ils ne peuvent en consommer, ils la coupent par tranches minces, qu’ils font sécher au soleil, ou qu’ils exposent, lorsqu’il pleut, à la fumée du foyer.
Cette viande séchée forme une partiedes provisions d’hiver ou de voyage.
Les Calmoucs recherchent aussi pour leur alimentation quelques racines sauvages, et entre autres les nœuds du hodmon-soc [phlomis luberosu). Ils les réduisent en poudre lorsqu'ils sont bien secs et les font bouillir avec du lait ; ils mangent également la racine du. voAAnoA {lathyrus tuberosus), qu’ils font cuire avec de la viande, et celle d’une espece de crambe.
L’UMVERS.
Leurs repas ne ressemblent en rien aux nôtres. Une grande écuelle de bois pleinede viande de mouton est apportée au maître de la tente, qui distribue arec la main des portions à toutes les personnes présentes. Arrive ensuite une nvtte de bouillon salé, qu’on verse sur la viande. Chaque convive prend un couteau, dont il n'oublie jamais de se munir quand il va dîner, et coupe sa viande par morceaux qu’il porte à la bouche aprèsles avoir trempes dans le bouillon.
Lorsque les convives ont fini de manger, s’il reste encore de la viande, comme caila arrive ordinairement, les domestiques la partagent entre eux. C’est un usage établi chez les Calmoucs que chaque personne présente reçoive une portion de ce qui se trouve ‘dans l’écuelle qu’on apporte. Même la part qui reste pour les inférieurs est partagée avec tant d’égalité, qu’aucun o’eux ne peut se plaindre d’être traité moins favorablement que les autres. Quand les convives appartiennent à diftérentes classes, les prêtres sont servis les premiers. Dès qu’ils ont fini , ils nettoient leurs écuelles avec les doigts, puis avec la langue. Les grands personnages laissent ce soin aux domestiques, qui peuvent employer leurs doigts a ce travail, mais non leur langue.
Voici en quels termes Bergmann parle des repas qu’on loi offrit chez les Calmoucs russes. « L’heure du dîner étant venue , on m’apporta , dans une écuelle, de la viande hachée très-lin. Ce mets n’était pas ap|iétissant , et l’odeur ne le rendait guère plus agréable : car ce n’étaient que des boyaux qui n’avaient pas même été nettoyés. Du reste, je fiis satisfait de voir que mon écuelle n’était pas remplie ; et, après avoir mançé avec peine la moitié de ma portion, je condamnai mon estoniacau jeûne jusqu’au souper.
« Le soir, on m’apporta quelques morceaux de viande , sur lesquels il y avait toutes sortes d’ordures et jusqu’à de la terre. Le bouillon était noir , et à la surface on voyait des cheveux et d’autres objets toiit'aussi dégoûtants. Je mangeai un peu , et me couchai ensuite sur ma couverture de feutre, après avoir, pour ainsi dire, jeûné pendant vingt-quatre heures.
« Le lendemain, je bus copieusement du thé pour satisfaire en quelque sorte la faim que j’éprouvais, et en attendant un meilleur dîner. Erdeni me fit servir mon repas vers midi. Un Calmouc m’apporta sur sa main un os de cheval auquel était attachée de la viande qui sentait mauvais. Je pris cet os, et essayai par trois fois d’y porter la bouche; mais le dégoût me ut lâcher prise à chaque fois. Je le donnai alors à des Calmoucs agenouillés autour de moi. Ils se montrèrent fort satisfaits du présent, et trouvèrent que j’étais bien difficile de ne pas savourer un tel mets. Le soir, je fus obligé d’avoir recoursù une écuelle pleine de viande de cheval. Le jour suivant, on crut me donner quelque chose de trèsbon en m’offrant un morceau de graisse de la queue d’un mouton. Avaler un tel ragoût sans pain eût été chose impossible pour moi dans tout autre pays.
Mais ici la faim m’y obligea. >
On voit, au milieu de la tente, un grand trépied de fer sous lequel le feu est constamment allumé. Ce trépied sert à supporter une marmite et quelques autres vases où l’on prépare les aliments. La batterie de cuisine consiste en marmites et en poêles de fer, en gamelles et gobelets de bois , en outres et autres vaisseaux de cuir. Il faut ajouter à ces ustensiles une théière, qui chez les pauvres est de cuir, et chez les gens riches de bois, assez bien travaillée, et garnie de petites plaques et de cercles de cuivre ou d’argent.
Le même voyageur vit chez les Calmoues une immense marmite où l'on faisait cuire des vaches et des moutons entiers. Klle était placée au-dessus d’un énorme feu de charbon de fumier qui l’entretenait en ébullition.
AnMES. Les armes les plus ordinaires des Calmoucs sont la lance, l’arc, les flèches et le fusil à mèche. Leurs arcs sont faits de différents bois, mais, autantque possible, d’érable; ils en ont aussi de corne; ce sont les meilleurs , mais ils coûtent plus cher. Les Calmoucs emploient différentes sortes de flèches.
aues-unes sont fort courtes et gar- ’une grosse pointe de fer ; cTautres sont tris-légères et armées d’un fer extrêmement effilé. Les fléchés de guerre portent à leur extrémité un gros fer
ÎARTARtË. 177
pointu et très-fort. Toutes ces flèches sont empennées avec trois ou quatre rangs de plumes d'aigle. On ne se sert pas des plumes des ailes, qui ont une courbure et font dévier la flèche, mais de celles delà queue, qui sont plat.'s et droites. Le carquois, 'attaché à la selle du cheval, est partagé en autant de compartiments qu'il y a d’espèces de flèches différentes. L’arc est enfermé dans un étui et placé à gauche. Les Calmoucs décochent leurs flèches avec beaucoup de vigueur et d'adresse. On assure qu’a une petite distance iis percent un homme d'outre en outre. Malgré ce que nous disons de leur adresse à se servir de cette arme, ceux d'entre eux qui peuvent se procurer des fusils les préfèrent de Maucoup aux arcs. On ne voit guère chez eux que de longues arquebuses à mèche de plus de six pieds, dont le canon est extrêmement épais, et qui portent , dit-on, à six cents pas. Dans les marches , ils les suspendent sur leur dos.
Tous les Calmoucs assez riches pour avoir un armement complet possèdent une cuirasse ou une cotte de mailles.
!.«$ meilleures de ces armures viennent de Perse, et valent jusqu’à cinquante chevaux et quelquefois même davantage. lA» plus communes coûtent sept ou huit chevaux. Un Calmouc armé de toutes pièces porte sur la tête un casque rond garni d’un filet d’anneaux de fer qui tombe par-devant jusqu’aux sourcils , et qui par-derrière couvre le cou et les épaules. Il porte sur le corps une cotte de m.iilles arec des manches qui descendent jusqu’au poignet et se terminent par une pointe qui recouvre la main et est agrafée entre les doigts. Le dessous du bras est protégé par une plaque d’acier qui part du coude et descend jusqu’au poignet, où elle est attachée. Cette plaque sert de bouclier, et ils parent dessus les coups de sabre.
L’armement que nous venons de décrire est en général celui des Calmoucs de la Dzouiigarie et des autres provinces de l’empire chinois. Chez les tribus de ce peuple soumises à la Russie , l’usage de l’arc et des flèches, des casques et des cuirasses se perd de plus en plus. Ils possèdent pre^e tous des fusils à
13* IdvrcUson, (Tabtàbib.)
mèche , et même des pistolets. Suivant toute apparence, ils adopteront bientôt le fusil a piston, qu’ils voient tous 1rs jours entre les mains des soldats du czar. Sur ce point, comme sur tout le reste, les Calmoucs soumis à la Russie sont inoius éloignes de la civilisaiion européenne que les Calmoucs chinois.
DrVEBTISSEHENTS.
Lotte. Les fêtes ne se passent guère sans qu’il y ait des combats de lutteurs. Pour Pordinaire, on choisit quatre juges, <mi, revêtus de robes rouges galonnées, s'asseyent nu milieu de l’arène. Quelques cavaliers se placent sur différents points, en dehors de l’enceinte réservee aux combattants, prêts à les séparer avec leur fouet , si cela devient nécessaire.
Leslutteurss’av.ançentdesdeux câtés opposés, derrière de grands rideaux blancs attachés à des perches et soutenus par des porteurs. Ils s'agenouillent, puis on enlève le rideau. Les deux adversaires se trouvent face à face , et s’élancent aussitôt l’un contre l'autre. Les lutteurs n’ont pas d’autres vêtements qu’un simple caleçon.
Bergmann fait le récit d’un de ces combats auquel il eut occasion d’assister. La fête était donnée par un chef du nom de Tchoutchef. « Ce prince, dit le voyageur, me fit observer chaque mouvement des lutteurs; et , ayant remarqué que j'étais trop éloigne pour bien suivre toutes les circonstances du combat, il me dit d'approcher. Mais, la palissade m’empêchant encore de tout voir bien distin. tentent , j’allai prendre une place hors de latente. Le lutteur favori du prince donnait, ce jour-la, les dernières preuves de son adresse ; car, ses forces Commençant abaisser, il devait, après le combat , être rayé de la liste des lutteurs. Dans les grands jeux , les plus forts combattants doivent toujours paraître les premiers; mais Tchoutclieï, pour éviter des dangers à son protégé, et pour le favoriser, car cet homme ne pouvait espérer une récompense qu’autant qu’il serait vainqueur , avait ordonne secrètement que le premier lutteur de la princesse ne parût que dans le second combat.
« Les adversaires, qui ne s’étalent pas
L’UNIVERS
encore vus, et quiménie, après qu'on eut enlevé les rideaux, avaient paru ne pas se regarder, se mirent à courir l'un autour de l'autre à la distance de vingt à trente pas avec une fureur sauvage. Ils s'approchèrent ensuite. Leur premier mouvement fut d'incliner l'avant-corps et dé chercher à se saisir. Nous eûmes occasion d'admirer l'adresse et la vigueur avec lesquelles iis déjouaient les efforts l'un de l'autre. Leurs mains étaient enfoncées dans les bras de l'adversaire ; leurs pieds paraissaient comme attachés à la terre par des racines; ils demeurèrent plusieurs minutes dans cette position, puis ils se séparèrent tout à coup, et cherchèrent à se prendre tantôt par la tête et tantôt par les jambes et par la ceinture. Il arrivait quelquefois à l'un ou à Fautre d'étre jeté par terre; mais alors celui qui était renversé se relevait avec une promptitude extraordinaire, et savait profiter de l'instant favorable pour culbuter son ennemi. Le combat avait duré ainsi plus d'un quart d'heure sans interruption, et les athlètes faisaient encore preuve de vigueur, quand les juges du combat , pour relever leurs forces, leur jetèrent de l'eau fraîche sur le corps. Un instant après, le combat fut suspendu comme par une convention tacite et pour reprendre haleine. Les adversaires se séparèrent, tournèrent deux ou trois fois l'un autour de l'autre, et s'attaquèrent de nouveau. U'apres la règle etabliechez les Calmoucs,uii lutteur peut être jeté par terre sur le ventre ou sur le côté , sans pour cela être vaincu j cc n'est que lorsqu’il se trouve renverse à plat sur le dus que l'adversaire est proclamé vainqueur. Depuis plus d'une demi-heure les deux combattants faisaient des efforts iuutiles, lorsque le lutteur favori du prince parvint a renverser son adversaire d'une façon à peu près satisfaisante, et que les juges voulurent bien considérer comme une victoire complète ; cependant le vaincu était plutôt sur le côté que sur le dos, et il s appuyait encore sur son bras, lorsque les juges accoururentavecles cavaliers pour séparer les combattants. Le vainqueur s'avança vers la tente du prince , et toucha la terre avec son front Tchoutcheï fit apporter à cet homme une coupe de lait caillé, et le gratifia d'un manteau.
Quelques autres personnes lui donnèrent encore des vêtements.
• De nouveaux athlètes parurent aussitôt, et connnencerent à se combattre avec fureur. Le premier lutteur de la princesse munira une supériorité marquée sur tous ses rivaux. Le combat n'avait duré que quelques secondes, lorsqu'il saisit son adversaire par les pieds et le renversa sur le dos. La princesse donna a cet homme, qui était venu se urosterner devant elle, une fourrure et J'a U t rcs pièces d'iiubi 1 lement. Pendant qu'il passait, ceux des assistants qui appartenaient au même parti que lui criaient : f'uihhioih ! et de toutes parts on lui jetait des vêtements.
« Les lutteurs de la princesse ayant obtenu presque tous les avantages, le prince retaroa exprès le repas, espérant que la victoire tournerait enfin de son côte. Mais ce fut en vain , et le parti de la princesse conserva le dessus. »
CouBSES. Les fêtes sont souvent accompagnées de courses à cheval. Des cavaliers, montés sur les coureurs les lus rapides qu’on peut trouver dans la orde, se réunissentau jour convenu. Les Calmoucs ont l’habitude de ne rien donner à manger aux chevaux pendant toute la nuit qui précède, afin qu’ils soient plus légers. La distance à parcourir varie de sept à dix lieues. Le premier rayon du soleil est ordinairement le signal du départ. Les cavaliers commencent par aller au pas, ensuite ils prennent le trot, et finissent par pousser les chevaux au grand galop vers le but.
Jeux. I>es Calmoucs ont une sorte de jeu qu’ils appellent baki. On le joue avec huit osselets de mouton qu'on jette sur une couverture de feutre. Les osselets doivent toujours tomber sur ce feutre. Le dernier gagnant commence la partie suivante. Il observe d'abord pendant quelques instants la positiua des osselets; ensuite il en enlevé un, sans toucher aux autres, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il parvienne à les enlever tous, et gagne la partie. S’il perd, son adversaire recommence de nouveau.
Ce jeu est beaucoup plus gai qu'on ne l'imagine. A chaque edup tous les assistants s’agitent ; les joueurs se pressent la bouche avec la main, et les autres spectateurs crient : Èicgyn macheut
idi , jurement ordinaire des Calmoucs , et qui signifie : ilange la chair de Ion Les hommes seuls profèrent celte imprécation, qui ne sort jamais de la bouche d’une femme. Les prêtres jouent au baki ou y regardent jouer tout en disant leur rosaire. Malgré l’eiactitude qu'ils mettent à faire rouler dans leurs doigts les grains du chapelet, ils ne manquent cependant pas, à chaque coup mal joué, même iiendant leur prière, de crier à tue-tête ; Èzegi/n macfian idé.
Un des passe-temps les plus agréables des (’jlmoucsest le jeu des échecs, que non-seulement les princes et les membres du clergé , mais même les gens du commun , jouent avec beaucoup de facilité.
L’échiquier est ordinairement composé de deux parties, afin de pouvoir le démonter et le transporter plus facilement; on réunit les deux moitiés lorsqu'on veut s’en servir. Les pièces qui composent le jeu ont d’autres formes et d autres noms que parmi nous; la marche est la même. La dame s’appelle touschimeli, mot qui correspond à peu près à vizir, ou générât en chef et minûtre. Celte dénomination est plus juste et plus exacte que celle de clame ou reine, fort peu en rapport avec les fonctions de cette pièce.
Le roi s’appelle AAon; les pions, parlons; les tours, chameaux, etc. Les pièces sont presque toutes de forme arrondie, et se ressemblent beaucoup. Le khan est seulement un peu plus gros que le touschimeli ; les chameaux ont la forme d'une espèce de bouteille. Lorsque le khan ou le touschimeli est en danger, les Calmoucs poussent un cri qui sonne à l'oreille comme s'ils disaient schatt ; mais on entend fort peu la voyelle.
Lorsque la partie est gagnée, ils disent luatl ; mais la voyelle est encore à moitié supprimée. Les joueurs calmoucs ne se tachent pas lorsque les assistants donnent des conseils; mais une pièce qui a été enlevée de sa place ne peut plus y être remise. Lorsqu’ils prennent une pièce, ils disent qu'ils la mangent.
Les Calmoucs connaissent aussi les cartes , et l’on ne doit pas s’étonner de les voir en usage parmi eux ; car nous apprenons, par Tes Mélanges asiatique*
d’Abel Rémusat (1), qu’elles furent imaginées à la Oiine encan fl 30 deno* treére. Rnfln ils ont un jeu appelé marne, et qui ressemble beaucoup a notre trictrac.
MlISIQnS, CHANTS POPUIAIHBS ET DANSE. Les instruments de musique servent principalement dans les cérémonies religieuses. Ceux qu'on entend dans les temples sont au nombre de cinq. Le buré, tube de métal d’environ trois aunes , est composé de trois pièces nui s'adaptent parfaitement l’une dans laiitre.
Le son du buré ressemble à celui de la saquebiite ou du buccin.
Le bischkurr, espèce de lldte longue d’environ une aune, dont la pièce du milieu e.st faite de bois dur ou d’os. L’embouchure et le reste de l’instrument sont de fer-blanc et de cuivre.
Le gangdoung, sorte de trompette de têle ou de laiton.
Le kenguergué est une espèce de tambour très- peu élevé et couvert de parchemin. Sa circonférence est la même quecelle de nos tambours ordinaires. On rattache a un béton et on le suspend en l’air, puis on frappe dessus arec un maillet qu! a la forme d’une tête de dragon.
Le tsilang, cymbales assez semblables aux mitres.
Les Calmoucs possèdent encore un instrument d’un autre genre, qui ressemble un peu au violon , et qu’ils appellent dombour. Il est fait de mauvais bois et très-grossièrement travaillé. Ve fond en est rond et fort petit ; le manche, long et étroit. Il n’a que deiixcordes a boyau, soutenues par un petit chevalet. Le dombour est quelquefois orné de dents d’hippopotame. Cet instrument a des sons assez agréables. I>es Calmoucs s’en servent pour accompagner le chant et pour danser.
Bergmann avoue que les concerts et surtout le chant des Calmoucs ne lui déplaisaient point. « Kii entrant, dit ce voiaseur, je vis h la porte un vieux Calmouc qui chantait en s’accompagnant avec un dombour. Ce chanteur, (jiii était a genoux , se faisait entendre depuis assez longtemps, et avec tant de véhémence, qu'il en avait presque une
(I) Yojtx tome I*', page w*.
IM L’UNIVERS
extinction de voix. On remarquait une certaine harmonie dans cette longue chanson, et j'étais émerveillé d'entendre un air calmouc aussi parfait. Mon étonnement Gt plaisir au prince. A chaque couplet, le musicien s'arrêtait pour se rafraîchir le gosier en vidant une écuelle de thé noir ou en fumant, et il reprenait ensuitesondomhour, et continuait sa chanson. Je proGtai d'une de ces pauses pour lui demander quel était le smet de la chanson qu’il venait de me faire entendre. Il me répondit : Ce sont des exploits de quelques liéros. Je lui demandai encore s’il savait un grand nombre de chansons semblables. J’en ai une bonne provision, me répondit-il; Je voudrais seulement que ma voix pût y suffire.
■ Si par la suite je parviens à gagnep l’amitié de ce chanteur ( ce dont je ne doute pas aussi longtemps que j'aurai de l’eau-de-vie et du tabac a lui donner ), et si je puis comprendre assez la langue calmouquepour être en état d’écrire ces chants héroïques , j’en formerai une collection. »
Peintdhb. La peinture, chez lesCalmoucs , se borne , pour ainsi dire, à la représentation de sujets religieux. Les riches et les gens de condition regardent comme une action méritoire de faire peindre dans la khouroull des images de bourkhans. Le prix de l’image dépend tout à fait de la générosité de celui qui la commande ; car le gmlhung (l) peintre ( les prêtres seuls s’occupent de peinture) regarde comme un péché de demander la rémunération de son travail. Mais plus celui qui commande la peinture paye largement, plus son mérite sera grand dans la vie future.
Le Gis d’un prince avait Gxé à une somme d’environ cent francs le prix de l’image d’une divinité. Brrgmann lui dit qu’un peintre russe ferait Te même travail tout aussi bien pour cinq francs.
Mais le prince répondit qu’il voulait consacrer cent francs au salut de son âme, et qu’au reste il savait très-bien que l’artiste pouvait se contenter de cinq francs.
Bergmann nous apprend que ce peintre était un des plus riches propriétaires
(I) Prêtre d'un ordre assez élevé, comaie nous le dirons plus bas.
de la khouroull; car il possédait au moins 5,000 têtes de bétail , dont 600 chevaux. Ces richesses lui étaient échues par héritage. Quant à son talent comme artiste, cet homme n’avait qu’un seul rival ; du reste, il était également bon tailleur, bon cordonnier, excellent sellier, et un des plus rusés coquins de la horde.
La toile que les Calmoucs emploient pour peindre est faite de lin. Les couleurs sont délayées et broyées, dans de l’eau de colle de poisson, au moyen d’une boule de cristal Dxée à un manche de bois.
La première opération du peintre consiste a Axer un morceau de toile sur un carré formé par quatre bâtons liés ensemble. La toile est fortement tendue.
Cette opération préliminaire exige , de la part des artistes calmoucs, toute une matinée de travail.
On prépare ensuite de la craie délayée, dont on retire l'eau trop abondante en sucent avec la bouche. Avant d’etendre la craie sur la toile, les peintres adressent une prière au dieu dont ils vont reproduire l’image, pour lui demander sa bénédiction. Pendant que la première couche de craie sèche, ils font cuire dans une cuiller de fer de la colle de poisson, et en enduisent les deux côtés de la toile qu’ils polissent, lorsqu’elle est sèche, avec une dent de loup ou de sanglier.
Avant de mettre la couleur sur la toile, ils tirent plusieurs lignes diagonales pour déterminer la place que doit occuper laGgurequ’ils veulent représenter. Ensuite ils tracent leur esquisse sur du papier et avec de l'encre de la Chine, puis ils mélangent les coiileurset les étendent sur la toile. Quand le tableau est Gni, ils le collent sur un morceau de toile plus grand et entouré d’une étoffe de soie ; ils attachent des cylindres en haut et en bas de la toile, aun de pouvoir la rouler ou la suspendre.
ScDLPTUBE . Les prêtres cal moues font de petites statuettes ce bronze, de terre cuite et de plusieurs autres matières; elles représentent quelques-uns de leurs dieux. Le travail en est extrêmement grossier.
Ecritube. Les Calmoucs sont arrivés plus tard que les autres nations roogo-
les i la connaissance de l’alphabet. Ils rerarent d'un làma appelé Arat^imba Khoudouktou un système d'écriture qui, au fond, est le même que celui des Mogols , mais gui diffère cependant de celui-ci pour la iurme de quelques lettres et par un genre particulierd’élégance(l).
Ils écrivent quelquefois avec uo stylet, et beaucoup plus souvent avec des plumes. Ils tiennent le papier sur leurs genoux. Dans la main gauche , iis ont un pinceau imbibé d'encre de la Chine, et qui leur sert a remplir leur plume. Tous ces instruments sont contenus dans un étui de bois.
Langue. La langue calmouque ou olète est un dialecte mogol. Toutefois, on rencontre dans l'idiome des Calmoucs un grand nombre d'expressions radicalement étrangères au mogol; mais les mots qui forment le fond des deux lances ont une dérivation commune. Ces dialectes ont beaucoup d’analogie entre eux dans leur système grammatical; seulement le calmouc possède des formes plus simples, pour la déclinaison des substantifs, et une conjugaison plus savante (3).
Littéhatube. Abel Rémusat regarde les Calmoucs comme les plus Ignorants de tous les Mogols et ceux dont la littérature est la plus pauvre. Cet auteur indique cependant quelques ouvrages dont nous allons donnerrindicatioo d'après lui :
I !• Le Yertunchin tooli ou Miroir du monde, sorte de cosmographie abrégée, où les idées des Indous sur la constitution de l’univers sont reproduites fidèlement, et sans qu'on y trouve aucun mélange de croyances mogoirs;
3° Le Bokdo Gsuxrkhan (3),ouvrage moral en deux sections, qui prend son titre du personnage fabuleux qui y Joue le principal rôle, et qui, suivant les Mo-
fols, naquit pour extirper la racine es dix sortes de péchés ;
3* Ouchandar-Khan, ouvrage mythologique assez court, dont le héros est un prince nommé Ouchandar-Khan ;
(I) Voyez .Kbt\ Rémutat, Keekerefutiur Unoues Utriartê^ t. p. 160.
(S) Ibid., p. 169.
(3) Ou, »aWBDt ta proDonclaÜoo roogole In* diquée pnr MM. TlmkoTftki et Rlaprol^ Bttÿdo Gt$*ur-Khan, Noos dooneront à rsrUcte die ia MoogoUe uo eztraU de ce livre.
4° Gok-tchikitu , roman mythologi-
3ue en quatre livres. C’est le plus consiérable des ouvrages traduits par Bergmann;
5“ Le commencement d’une histoire héroïque, dont le théâtre n'est nas, comme pour lesprécéilentes, dans l'Indoustan, « ni, ajoute Abel Rémusat, dans les espaces imaginaires des Induus, ■nais en Tartarie, dans les monts Altaï et sur les bords d’un fleuve nommé Ertiich, que Bergmann croit être le lac BaïkaI , mais que Je serais plus porté à prendre pour rlrtisch, fleuve qui n’a pas d’autre nom dans toute ia 'Tartarie (I) >.
Bergmann raconte de la manière suivante les circonstances d’une visite faite à un prêtre calmouc qui s’était engagé à lui montrer les livres religieux qu’on po>sédait dans son campement :
• J’arriveà la tente; j'entre. Sept à huit prêtres, nus jusqu’à la ceinture, et jouissant du plaisir qu’ils trouvent à dormir, sont couchés d'un cêté : je regarde autour de moi , j’eu vois un éveillé, et je lui demande si le guelloung Dchouyeneh y est. Il m'indique à droite un grand coussin sur lequel ce prêtre, d'une classe supérieure, dans le même costume que ses collègues, était plongé dans un profond sommeil. Je me nus à converser avec celui qui se trouvait éveillé, et bientôt les autres sortent aussi de leur assoupissement et prennent part à notre conversation. Ils voulaient savoir quelle était ma patrie, et plus encore mon état. Je leur indiquai mon pays en traçant des lignes sur le sable , au moyen d’iine canne que j’avais à la main : du reste je leur fis croire que j’étais un ancien guetiuU (3), sans m'inquiéter de ce qu'ils pouvaient penser de cette déclaration.
• Cependant le guelloung enchefs’était réveillé : je lui rappelai la promesse qu'il avait faite de me montrer un de ses livres religieux. Ce livre, quejeconnaissaisdéjà un peu, d’après les mémoires du conseiller d’État Pallas, et que M. Weselolf m’avait indiqué comme étant digne d'attention, est intitulé
(1) Voyez Btcherchet tur Ui languit tartm^ fit , tome 1 , fMg. S96 et S36.
(3) C*eel un prêtre d*un ordre iD(éri6or« comme on le verra plus lola.
L’UNIVERS
Neltgaryn naial , ce qui signifie à peu près Mer de paraMes. L’auteur met dans lahouclie du dieu actuel de la terre, selon les croyances bouddhiques , plüsièurs récits et des le^üs de morale. • Voici un de ces apologues qiie nous empruntons encore à Bergmann :
« Une femme qui avait eü plusieurs enfants les |>erdait toujours, peu de temps apres leur naissance. Èlle était enceinte de nouveau , lorsqu’un putois vint la trouver , et lui dit : « Si lu veux « me prendre à Ion service, tu ne per- « dras plus tes enfants, comme par le « passé. > Lai mère, comptantsurla puissance de ce putois, qui avait le don de la parole, accepta son offre. Au bout de quelque temps , elle accoucha d'un fils. Un jour, s’etànt absentée pour aller chercher de l’eau, un serpent monstrueux s’approcha de l’enfant; mais le putois se jeta sur le reptile, le déchira, et courut en sautillant à la rencontre de la femme , qui rentrait avec son vase rempli d'eaii. Celle-ci, ayant remarqué les barbes ensanglantées du putois, saisit une bûche, et tua l’animal qu’elle croyait coupable de la mort de son fils. Èlle rentra alors dans sa tente, et à lavuèdu serpent mort et de son enfant qui soiiriait, ses craintes inaternelles se changèrent en une amère douleur; mais ce fut en vain qu’elle regretta le fidèle animal. •
Ce récit et quelques autres du inéme enre excitèrent vivement la curiosité cBcrgmann, qui voulut connaître l’ouvrage. I.e guelfoung ne l’avait pas chez lui; mais il l’envoya clierchcr sur-lecliamp. Il était aisé de voir que les prêtres calmuiics professaient un extrême respect pour ce livre ; il était enveloppé dans une toile Jaune, puis dans une toile rouge; la couverture extérieure sc composait de deux petites planches fortement liées ensemble par des courroies. On plaça un coussin devant le voyageur chrétien, et on enleva successivement les planchettes et les toiles qui recouvraient le livre écrit, comme tous les ouvrages calmoucs , sur des feuillets étroits et oblongs, et copié avec soin.
Quand le livre fut ouvert, les prêtres s’approchéreht , en prirent quehines feuilleU qu’ils ptessèrenl contre leur
front, voulant témoigner ainsi de leur rcspetl pour cet ouvraeë. Avant d’accorder à Bcrgmann la favëur de le lire, on apporta de l’eau pour qu'il se lavât leè mains , afin de les rendre moins indignes de toùeber le livre sacré. I.es ablutions terminées, les prêtres s’assirent autour du voyageur, et l’engagèrent à lire tout Haut.
Les Calmoucs manife^tentd’unefdçoii assez si ngulière lerespect qu’ils ont pour leurs livres saints. Ces ouvrages ne peuveiit être placés ni à teére ni auprès d’un lit; ils ne peuvent être serrés avec des objets non consacrés , et on les regarde comme souillés lorsque quelqu’un s’est assis dessus.
« Je fis,, dit Bergmann, tout ce qui dépendait de moi pour me bien pénétrer de ces idées ; cependant , sans le vouloir, je donnai à ces gens un grave sujet de scandale. J’avais couche par écrit plusieurs explications de l'interprète, et j’avais posé mes notes à terre j les Calmoucs ue s’en aperçurent que lorsque par hasard mon pieu se trouva un instantsurie papier; on s’écria alors de toutes parts que je méprisais les livres saints; et ce fut en vain que je m’excusai en disant que je n’avais écrit que quelques mots : on me répondit que ces mots étant pris dans un livre sacré devaient être respectés comme le livre lui -même. Je ne pus rien faire de mieux que de m’excuser sur mon ignorance.
(’.ette justification tranquillisa tellement l’assemblée , que le chef des guelloungs me permit d'emporter l’ouvrage chez moi.
• Ce trait, continue le même auteur, nous montre les prêtres calmoucs sous le jour le plus favorable. Un étrangèr,
3 ails n’avaient vu qu'un petit nombre e fois leur demande un de leurs livres les plus importants, et dont la sainteté est d’autant plus grande, que ce bvre est venu directement du Tibet; ils ue pensent pas que l’étranger puisse avoir |>eu de soin du livre sacré; ils sc fient entièrement à sa délicatesse , et le lui abandonnent. Il est probable qu'un de nos théologiens ne confierait pas si facilement à un Calmouc curieux un exemplaire de la .Sainte Écriture. Je fus fort sensible à cette complaisance, et j’acceptai l’offre que me fit le guelloung
TAKTARIE.
d’aller tous les jours m’exercer à la lecture chez lui; il me promit de tenir toujours des livres prêts sur la table sainte où sont placées ordinairement les offrandes (I). “
Les prêtres sont tenus d’avoir des livres d’astrologie, au moyen desquels ils déterminent le jour et l’instant tayorable pour faire un acte, une entreprise 00 une affaire quelconque; car un Calinouc vrai croyant ne commence jamais rien sans avoir consulté auparavant son guellüung. Ces prêtres ont un livre qui leur enseigne à prédire l’avenir par le vol des oiseaux. I-a chouette iilanche est pour eux le signe d'un bonheur ou d’un malheur, suivant qu’elle vole à droite ou a gauche. Lorsqu’elle veut prendre son vol de cc dernier côté, ils fout tous leurs efforts pour la chasser vers la droite, et s’ils y parv iennent ils s'imaginent avoir écarté le malheur qui les mena(;ait. Tuer une chouette blanche est considéré par eux comme un crime.
La littérature légère est peu riche, et ne mérite guere d’ailleurs de üxer notre attention. Aladame Hommaire de Uell cite la chanson suivante, qui, bien qu'elle soit d’une princesse appartenant aux Calinoucs soumis à la Russie, et par couscquent les plus civilisés, ne peut donner qu’une idée fort triste du talent poétique de ce peuple. La voici :
«Mon cheval roux, qui dispute le prix de la course au chameau , broute rherbe des champs du Uon. Dieu, notre Seigneur, tu nous feras la grâce de nous retrouver dans une autre contrée ; et toi, charmante herhette agitée par le vent, tu t’étends sur la terre. Et toi, û cœur le ulus tendre, volant vers ma mere, dis-Iui qu’entre deux montagnes et des vallées , dans un vallon uni , demeurent cinquante braves qui s’approchent avec courage pour tuer une outarde bien grasse. Et tpi, tendre mère nature, sois-nous propice (2). >
(I) Fofa’je de Betyamin Bergmann cAez les A'u/muA.s, traduit de Pallemanu par M. Morts. t;h.vnilnn-!,ur-.Seinp. IttSS, in-A**. Page 87.
t*) ( Voyez tes Sleppet de la mtr Caspienne, le Caucase, lu Çrimee et ta Jiuuie sneridiottale . voyage pittorrsgue , hislurique et scientiflr/ve , par Xavier HOInmaire deflell. Pari», cil»'» P. Bertrand, 'KM4 clU. B vol. in s"; tome, t", p. 441. La partie descriptive et liûturiitue a été
Diffékektes classes nu peuple.
La nation calmouque est divisée eu trois ordres : la noblesse, le clergé et le peuple. Les membres de la noblesse prennent le titre d’os blancs, et on appelle les gens du peuple os noirs. Les pretres sont pris indifféremment dans ces deux clas.ses; mais ceux qui appartiennent aux rangs du peuple ne parviennent qtie trcs diliicilemeut .à faire oublier la ta-, che de leur origine.
Clehgb. Le clergé se divise en quatre classes différentes. La première et la plus élevée conqirend celle des lamas ou pontifes charges de l’enseignement de la religion et de la consécration ‘ des prêtres qui passentd’une classedans une autre. Chaque horde de Calmoucs entretient un lama.
Les prêtres les plus élevés en dignité après les lamas sont désignés par le titre de guelloungs. Au-dessous des guelloungs se trouvent les guetzuüs, aides ou rf/acres. Enfin, la dernière classe se compose des mamlchls, sorte de postulants ou de novices qui se destinent au sacerdoce. Ce sont, pour l’ordinaire, des enfants.
Le pontife suprême e-t le Dalaï-Lama ou Grand-Lama du Tibet. Depuis un temps assez considérable. Il est défendu au.v Calmoucs de Russie de correspondre avec ce grand-prêtre.
Le clergé calmoiic est extrêmement nombreux, et jouit de fort grands privilèges. Ses membres sont exempts do toutes les charges publiques et ne payent aucun impôt. Les chefs et le peuple doivent pourvoir à tous leurs besoins.
Ces prêtres font tous, sans exception , vœu de chasteté et de continence. Ils passent cependant pour avoir des mœurs assez déréglées. lîergmann nous apprend que ceux d'entre eux qui ne tiennent pas à l'estime de leurs confrères prennent une concubine, et se retirent dans un autre campement, où ils se livrent à la pratique de la médecine et de la sorcellerie. La loi religieuse leur défend d’être propriétaires; mais ils ne s’inquiètent nullement de cette
ré(]iué« par mutlame Hommaire de flell, et !a partie sclentHique p4*ir son maH. Il y a darut ce curieux et important ouvrage de laits iioUvepiiXt d'aperçus ingKiûtHix et de détails Ink-rcssanls pour défrayer deux réputations.
I/ÜNIVERS.
disposition, et possèdent de nombreux troupeaux. La paresse et l'indulence de ces prêtres pa^sellt tout ce qu'on peut iinagiiier. Il n'existe peut-être nulle part de gens aussi désœuvrés. Les jours de fête, ou, comme ils les appellent, les bons jours, leur donnent un peu d'occupation. Us doivent alors chanter ou réciter certaines prières, et exécuter avec des trompettes , des cymbales et d’autres instruments de musique, des concerts qu'ils n’ont pas le talent de rendre harmonieux. Le reste du temps ils ne font absolument rien , que manger, boire et dormir. Il ne faut pas s’étonner d'après cela que leurs corps ressemblent à une masse de graisse recouverte de peau. L’obesité, qui se porte ordinairement chez les hommes vers la partie inférieure de l'abdomen , semble, chez eux , avoir son siège sur la poitrine. Cette particularité. Jointe au manque de b.irbe, comme chez tous les autres Calmoues , fait qu’il devient extrêmement difGcile, dans la plupart des cas, de déterdiiner le sexe auquel ils appartiennent.
Les guetzulls ou aides, prêtres de la troisième classe, sont en général attachés aux guelloungs, dont ils gardent les troupeaux. On prend parmi eux les sujets qui doivent passer dans la seconde classe. Ce choix est bien plutdt déterminé par le crédit et la richesse des candidats que par leur capacité et par la pureté de leurs mœurs. La consécration de ces ministres du culte a lieu assez ordinairement pendant les derniers Jours des fête^ solennelles. Us sont tenus de passer toute la nuit qui précède leur admission à se promener autour de la khouroull, ou quartier des prêtres. Ils doivent marcher nu-pieds et avoir la tête rasée et découverte. Pardessus la robe rouge qu’ils portent ordinairement, ils Jettent, pour cette circonstance, une pièce detoffe de soie jaune qui pend depuis les épaules Jusqu'aux talons, et couvre le bras gauche, tandis que le droit reste découvert Jusqu’à l'épaule. Ils tiennent dans la main droite un chapelet dont ils font passer les grains entre leurs doigts avec une extrême gravité.
Le costume ordinaire des membres du clergé se compose d'une large robe
ou tunique à manches et d’une espèce de chapeau de drap à forme plate et à larges bords. Le Jaune et le rouge sont les couleurs spécialement affectées à la classe sacerdotale.
SoBCiBRS. On voit chez les Calmoues des magiciens ou chamans, qu'il faut bien se garder de classer parmi les prêtres et autres personnes appartenant à la hiérarchie ecclesiastique. Ces magiciens sont méprisés et même punis lorsqu’on les surprend dans l’exercice de leurs actes illicites. Il y a des chamans des deux sexes. Les uns et les autres appartiennent à la dernière classe du peuple , et ne sont gucre consultés que par des gens aussi abjects qu'eux. Ils emploient pour leurs operations une écuelle pleine d'eau, et dans laquelle ils trempent une plante qui leur tient lieu de goupillon, pour asperger la tente où ils iloivent faire leurs enchantements.
Ils ont dans chaque main des racines séchées et allumées qui leur servent de torches. Ils chantent ensuite des paroles accompagnées de force contorsions, et s’exaltent graduellement Jus-
?[u'au point d’entrer dans une véritable ureur. Ilsrépondentalorsaux questions qu'on leur a faites. Ces réponses contiennent la prédiction de l’avenir ou l’indication des lieux où l’on doit retrouver les objets égarés, perdus ou volés.
BBUGIOIf.
Le clergé seul chez les Calmoues a une idée à peu près exacte de ses croyances; quant aux gens du peuple, ils ne sont pas capables de répondre à la question la plus simple touchant leur religion. Ü'ailleurs le bouddhisme, qu’ils professent, est si fertile en l^endes souvent assez opposées , qu’on ne peut que difficilement en tirer les principes du dogme , sans tomber dans quelques contradictions. Nous nous bornerons à donner un aperçu des principales doctrines religieuses généralement admises par le peuple.
Les Calmoues reconnaissent un être suprême, créateur de toutes choses et existant par lui-même. Ils ne font aucune représentation de ce dieu toutpuissant, et ne l’adorent même pas. Ils ne rendent de culte qu’aux divinités
inférieures, qu’ils appeilent’5our&Aa»r.
Au-dessous de celles-ci ils placent des génies bons et mauvais. Le matin, ils récitent une prière par laquelle ils tâchent de se rendre favorables les divinités malfaisantes dont ils redoutent le pouvoir.
COSMOGONIB. Il exi.staitdaiis le principe un abîme profond de douze millions de lieues. Ce fut de cet aliline que les tongueris, ou esprits existant de toute éternité, tirèrent le monde. Des nuages couleur de feu répandirent une pluie dont chaque goutte égalait la grandeur de la roue d'un chariot. Celte pluie forma les mers. Bientôt la surhice des eaux se couvrit d'une quantité d’écume blanche comme du lait, et de laquelle sortirent tous les êtres vivants, y compris les hommes. Des ouragans qui se faisaient sentir dans les dix parties du monde produisirent au sein de l’hémisphèresupe rieur une colonneaussi haute que l'Océan est profond. Les différents mondes qui composent l’univers voltigent autour de cette colonne, qui a quatre faces différentes : l'une d’argent, l’autre d'azur, la troisième d'or et la dernière rouge foncé. Au lever de l’aurore les rayons du soleil se reflètent sur le côté d'argent , avant midi sur le côté d'azur, à midi sur 1e côté d’or, et quand le jour touche à son déclin, sur le côté rouge. Le soleil, en disparaissant derrière la colonne, laisse la terre dans les ténèbres.
Il existe quatre grands continents : le premier, situé à l’est, est habité par des géants hauts de huit coudées, etdont l’existence se prolonge Jusqu’à 150 ans; le second, situé à rouest, est peuplé par des habitants qui ont seize coudées de haut et vivent 500 ans; dans le troisième, situé au nord , les habitants atteignent une taille de 32 coudées et vivent jusqu'à 1000 ans, sans être sujets à aucune infirmité; le quatrième continent, situé vers le midi, est celui que nous habitons. On y remarque quatre fleuves mystérieux , qui prennent leur source au milieu de quatre monta]|^nes élevées, sur chacune desquelles se tient un éléphant blanc, dont le corps a deux lieues de longueur. Chacun de ces animaux a trente-trois têtes rouges, et de chaque tête sortent six trompes d’où jaillissent des fontaines.
A l’origine des choses, les liahitants de la terre vivaient 80,000 ans, et leurs yeux lançaient des rayons de unuère qui suffisaient à les éclairer sans qu'ils eussent besoin du soleil. La grâce divine leur tenait lieu de nourriture. Ce fut à cette époque que naquirent 1rs Bourkhans, ou divinités secondaires , qui , enlevés à ce monde , Airent placés oans le séjour des dieux. Mais la nature humaine s'étant corrompue- perdit tous les avantages qui la distinguaient. Quelques bourkhans descendirent descieux, pour tâcher de ramener les hommes à la vertu ; ils ne purent rien obtenir. La race humaine aégenéra toujours, perdit ses avantages , et scs maux augmentèrent.
Cependant il s'en faut que les êtres vivants aient encore atteint la dégradation à laquelle ils doivent arriver par la suite des siècles. Un jour viendra où le cheval sera de la taille d’un lièvre, et où les hommes , réduits dans la même proportion, se marieront à cinq mois et ne vivront que dix ans. Ces faibles créatures seront détruites par une épidémie et par une pluie de lances, d'épees et d'armes de toutes sortes. Les eaux du ciel tomberont sur la terre et entraîneront tous CCS cadavres dans l'Océan.
Quelques mortels échappés à la destruction générale sortiront alors des cavernes où ils auront été cachés, et, régénérés par une pluie vivifiante et par des aliments qui tomberont du ciel, ils produiront une race plus forte. C’est ainsi que, par des progrès successifs, l’espèce humaine atteindra de nouveau sa taille colossale et sa longévité merveilleuse.
Les bourkhans sont des créatures qui furent enlevées de dessus la face de là terre pour être placées au nombre des dieux. Ils diffèrentpar le rang et la puissance; ils exercent sur la terre une influence bienfaisante; on les adore avec respect , et on place leurs images dans les temples.
Jjes Calmoucs racontent qu’un jour, tandis que trois bourkhans étaient en prière, un démon, les voyant ainsi occupés, alla faire desordures dans la coupe d’un d’entre eux. Quand les bourkhans eurent achevé leur méditation, ils découvrirent cette infamie, et délibérèrent sur la conduite qu’ils devaient tenir. En
L'UNIVEnS.
répiindaiit nu milieu des airs ces substances déli'-tcres ils auraient détruit tous les êtres qui vivent dans cet élément; en les jetant sur la terre , ils causaient la mort de tout le genre liiimain. Ils SP partagèrent le contenu de la coupe, et l’avalèrent; le goût en était si horrible, que celui des bourkbans ,à qui le fond ilu vase échut en partage eut le visage bouleversé et devint tout bleu. Telle est la cause pour laquelle les idoles de cette divinité sont toujours représentées avec un visage bleu.
Au-des.sous des bourkbans sont des esprits aériens ou génies, les uns bons et les autres méchants. I.es Calnioucs rendent un culte plus suivi à ces derniers, qu’ils redoutent beaucoup , et négligent les bons, qu'ils regardent comme incapablesdeleur faire du mal. I.es mauvais génies produisent toutes les inlirinités de la race luimaine, ainsi que les ouragans et les tempêtes. C’est pour cette raison que les Calmoucs craignent le tonnerre, et que lorsqu'ils l'enteiident gronder, ils tirent des coups de fusil pour mettre en fuite les démons qui voltigent dans les airs : ces différents génies ne sont point immortels.
On voit dans les tentes consacrées ati culte un nombre considérable d’idoles monstrueusesqui, presque toutes, représentent des femmes. Ces statues, faites par les prêtres calmoucs, sont ordinairement de terre cuite ou de bronze, quelques-unes d’argent ou même d'or.
Suivant les croyances des Calmoucs , il y a aux enfers un juge appelé iCriik-khan, devant lequel les dmes comparaissent en sortant du corps, pour être rémunérées suivant leurs oeuvra. Si elles ont été justes et pures , ellèil *bnt placées sur un siège d'or etehlèVéés par un nuage qui les porte dahs le séjour des bourkbans. .Si le bien et le mal se compensent, l’âme entre dans un autre corps, et retourne sur la terre pour y passer une nouvelle vie. Cest à ces âmes revenoe.s de l’autre monde que Ic.s Calmoucs altriliuent la connaissance qu’ils ont du paradis et de l’enfer.
Erlik-khan estlé matfre souveraîn du séjour des réprouvés. On entend retentir dans son palais de.s timbales immenses , dont le bruit glace d effroi.
La demeure d’Erlik-kban est dans une grande ville entourée de murailles blanches. En dehors de celle capitale des enfers s’étend, jusqu'à une grande distance, une mer d’urine et d’excréments. C'est là que les damné.s souffrent les supplices auxquels ils ont été condamnés. Un soulier de fer traverse cet océan immonde. Lorsque les réprouvés veulent le suivre pour s’echapjn-r des enfers, le sentier se rétrécit sous leurs pas, jusqu'à n’avoir plusciue la largeur d’un cheveu, puisenlin il se brise; et les coupables retombeut dans !'»• bîme. , ,j.
Au delà de celte mer, il en existe una autre dont les flots sont de sang, et dans laquelle on voit des têtes bumames. C’est laque sont tourmentés les meurtriers et les assassins. Plus loin, d'autres cou; pabics endurent les tourments de ù faim et de la soif, sur un sol nu et stérile. Ils creusent la terre avec les doigts, dans l’espoir d’y trouver quelques racines pour s’en nourrir ; mais ce travail ne sert qu’à user leurs mains et leurs bras jusqu’aux épaules. Puis ces inenh bres repoussent de nouveau , pour re^ non vcler leurs souffrances. I>es pecbeurt punis de cette manière sont les linnimet qui, pendant leur existence terrestre, ont refusé de subvenir aux besoins des membres du clergé. Les peines qu'il»
éprouvent, comme celles des autres coupables, ne sont point éternelles.
Méïempsycosk. Kous avons va que la doctrine de la métempsycose forme la base delà croyance des' Calmoucs; cependant, comme l’homme a besoin d’une alimentsilion substantielle, et que dans les stcppesoneslsouventeoutraint de se nourrir de viande, ces nomades ont trouvé des aecoinmodements avec leurs doctrines religieuses (I), et ils lueut les
(Ij II en Mt do même, Je croit, dé (mÛlSi peupleagui adiuetteotU mêleinptynMc. Voici les diapusiUniia de lu loi hralimanniuc :
Que le dxpidja ( tiltêraleinent en aanacrit né «feu* fou, rtgénrn ; c'est un homme des trois premières casUrt qui a reçu le cordon sacré ) manao de la vi^uule lorsqu'elle a elé olferte eu saerillce et snncUllée par les prières d’usage, ou bien nne fuis seulement quand let bralimanes le désirent, ou dans une ci'rémonle relltdeuse lorsque fi règle !’>' oblige, ou quand sa vie est en danger.
C’est pour l’enlrelien d» l’esprit vital que Brahinè a pruduil ce monde; tout ce qui existe.
I>éte8 sauvages elles animaux domestiques pour les manger. Toutefois, un homme véritablement religieux ne devrait ôter la vie à aucun être, à Tcxcep-
OQ mobile ou Immobile , sert de nourriture h l*élre animé.
Les êtres immobile» sont )s proie de ceux qui se meuvent; les êtres privés (ie dctits, do ceux qui en sont pourvus; les êtr<>s wns mains, de ceiix qui en ont; les lAches, des braves.
Celui qui, même tous les jours, se nourrit de la chair des «nntinaux qu'il est permis de manpier, ne commet point de faute; car Brahmd a créé certains êtres aoimés pour être mangés. et les autres pour les mai)i;er.
Mander de la viande seulement pour l'accomplissement d'uu sacriHce a été déclaré la règle des dieux ; mais agir aulremeDl est dit la règle des géants.
Celui qui lie mange 1a ehair d’un animal qu’il a arheté, ou qù'il a élevé lui-même, ou qu'il a fera d'un autre, qu'aprèa l’avoir offcrlo aux dieux mânes, ne se rend pas coupable.
Que le dwidjn qui ronnait la loi ne mange jamais de viande sans se conformer à celle règle, a moins de nécessité urgente; car s'il enfreint O !te régie , il sera, dans l'autre inonde, dévoré par les animaux dont il a mangé ta chair illicitement, sans pouvoir opposer de résistance.
1.JI faute de celui qui tue des bêtes failves , séduit par l’attrait du gain, n’est pas considérée, dans rantre monde, comme aussi grande que celle di| duïdja qui mange, des viandes sans le.v avoir préalablement offerte^ aux dieux.
Mais l’homme qui , dans une cérémonie religieuse , se refuse u manger la chair des animaux sacrities, lurstiue la lui l'y oblige, renaît, npn>5 sa mort, à rétat d’animal, pendant vinal et une transmigrations stirccsMveB.
Ut) brahmane oe doit Jamais manger la chair df6 animaux qui n'ont pas elé consacré.» par des ni iéres ( nmnfras ) ; niais qu'il en mange, se roniorm.ant li la régie elemelle , lorsqu'ils oht consacrés par les puixilei saintes.
Autant riinimat avait de poiU sur le corps, autant de fois celui qui Têgorge d'üne manière illicite périra de mort vfoleiile a chacune des naissances qui suivront
L'élrequi existe par sa propre volonté a créé Iiii-mème Ifs- animaux iKuir le saçririrp; et le sacrifiée i‘St fa cnn.’^e de raeernfs.«iemp|i( de cel univers; c'est pourquoi le meurtre commis pour ie sacrilice n’csl point un uieurlrOr,
Les herbes, les bestiaux, Içs arbres, îeê anlmanx amphibie* et les olsi'âdk dont les sacriticeil ont terminé rezlstence , renaissent dans une condition plus/elevée. .
Lorsqu'on reçoit un hôte avec des ci'rérbonies partlrullère» , lorvqp’on fait un sncrilice, lorsqu'on ndresac des offrande» aux ihânfs ou aux dieux, on peut ImuKdcr de» .nnlnmux ; mais non dans foule autre clrconstancè : telle est la di'^ctslon de Manou.
Voyex IWaiiftvn-DhatmaSasim ou Lbis dé Manuu compretmni te*. in*Utuünn* reûj}ifu~ H* ctciviU's dt's JnUuiis; traduites <lu sanicii( et ircompncnééS de notes éxpHcatlveS, pMf A. Loisdeur üesloogcbamps, pages 109-173.
tion des bétes féroces et des oiseaux de proie qui attaquent les troupeaux. Les Calinoucs, il est vrai , ne détruisent ni les serpents ni aucun autre reptile, ni même les poux qui, au dire de tous les voyageurs , sont une véritable plaie pour ce peuple.
Uerginann demanda à un vieillard qui, voulant se délivrer de ces inseetes, les secouait à terre, s'il n’en tuerait pa.< un pour de l’argent : « Certainement non , répondit-il. — Mais pour mille roubles?
reprit lierf^manu. — Pas pour un million. Que je tue un pou ou un homme , c'cstla méinecliose. ifsonttousdeux une âme. — Mais, ajouta Bcrgmann, votre loi vous défend tout aussi bien de détruire un animal domestique qu'un pou, et cependant vou.s ne vous faites aucun scrupuledetuerundieval et d’en manger lacbair. »Aces mots, le vieillard, embarrassé, se tutpendantquelques instants, puis il dit « qu’en effet la défense de manger des animaux domestiques existaitréellement;maisqn‘elleétait l'œuvre d’un pontife qui vivait dans les temps anciens, et non l’effet d'un ordre positif des dieux ^ pt que pour cotte raison on pouvait l'enfreinarc sans se rendre coupable d'un crime. » Il est à remarquer cependant qu’à l'époque de certaines solennités, IcsCalniuucs ne tuent aucun animal et ne vivent que de laitage.
Bergmann nous apprend eneere que, se ironvant un jour avec im Calmuuc qui était occupé à jouer, celui-ci, entre autres questions singulières qu’il lui adressa, lui demanda s’il tuait des poux. Le voyageur allemand, voulantdécouvrir toute la pensée de son interlocuteur, lui répondit : « Toujours, ou du moins toutes les fois que j’en trouve l’occasion. * A peine Bergmann eut-il prononcé ces paroles, que le Calmouc, oubliant sou jeu et son diapciet, se mit a répéter plusieurs fois de suite : Cest un péché; c'est un péché. Bei ginann, pour le tranquilliser, lui dit que dans son pays il ne se faisait aucun scrupule de tuer ce$ in.sectes ; mais que depuis le jour, de son arrivée dans la borde il s’étàit toujours conformé aux usages reçus, et se ^itentait de les chasser sans leur faire aucun mal. Cette c.xpiication
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apaisa tout à fait le Calmouc. • Vous voyez, par ce petit épisode, continue BeVfçmann , si j'ai eu raison de ne pas persister dans le dessein que j’avais formé d’abord de faire une collection d'insectes du pays; j’aurais perdu toute la conliance des Calmoucs, qui m'auraient considéré comme un barbare, qui trouvait du plaisir à tuer des créatures innocentes ; ils se seraient éloignés de moi , et j’aurais rencontré mille diflicultés pour suivre le projet qui m’avait amené au milieu d'eux. >
C'est par suite de ces opinions que, lorsque les Calmoucs se trouvent dans des pays infestés de serpents et autres reptiles, ils prennent la précaution, avant de piquer les tentes, de faire claquer leurs fouets à différentes reprises. Cette précaution est tout autant dans l'intérét des animaux qu'on pourrait tuer ou blesser involontairement, que dans celui des hommes qui éloignent ainsi ces hôtes incommodes.
MA.MÈBES DIFrÉBBNTES DE PBIEB.
I.es Calmoucs font ordinairement leurs prières en famille; souvent ils prient avec un chapelet. D’autres fois aussi ils se servent d'un cylindre creux dans lequel ils placent des prières écrites sur de petits morceaux de papier, puis ils font tourner le cylindre, et cet acte purement mécanique leur parait tout aussi méritoire qu'une véritable prière.
Lorsqu'ils sont occupés de cette faon, ils parlent. Riment, se disent es injures, et ne se gênent nullement pour exhaler leur colère. Pourvu que le cylindre tourne toujours, ils s’imaginent être en prières et croient faire un acte agréable à leurs divinités. Ils ont encore une autre manière de
{nier. Ils plantent en terre, devant euts tentes, une perche à l^uelle est attaché un morceau d'étoffe où ■ont tracées des prières. Le vent soulève l’étoffe, et ^rte en présence des bourkhans les paroles qui y sont inscrites.
FâTES. Les Calmoucs câèbrent un grand nombre de fêtes religieuses. Nous allons en faire connaître les principales.
Fête des lampes. Cette solennité tire son nom de la manière dont on la célèbre. Les Calmoucs datent de la fête des lampes le commencement de l’année
et l’anniversaire de leur naissance. L’enfant né la veille est censé avoir ce jourlà un an révolu. On s'occupe des le matin des préparatifs de la cérémonie, qui cependant n’a lieu que le soir, lorsque les étoiles commencent à briller.
On remplit de graisse des lampes faites avec une espèce de pâte particulière et composée pour cette circonstance, et l'on lîxr au milieu de la lampe une tige de la plante nommée par les botanistes Stipa capiUata. On entoure cette tige de fil de coton , afin qu'elle puisse servir de mèche. Chaque famille a une lampe commune, dans laquelle on place autant de Gis de coton que les membres de la famille réunie comptent d’années.
l..es personnes de distinction font élever sur le deygnt de leur iourte une espèce d'autel nommée dender, que souvent aussi l’on place près de la khouroull. Ces autels sont ordinairement de la hauteur d’un homme. Ils ont trois à quatre pas de long et la moitié de large. Ils sont faits de i^tites branches d’arbre tressées ensemble, posées sur des perches et recouvertes de gazon. Quand fa nuitapproclie, le clergé se rassemble autour de l'autel de la khouroull. De chaque côté brille uo petit foyer ardent. Les prêtres attendent, pour allumer les lampes, que les principaux d'entre eux aient commencé une procession. Le chef du campement et sa famille, accompagnés d'une suite nombreuse , marchent derrière les prêtres qui portent , au son d'une musique bruyante, l'image d’un dieu appelé Soukouba. La procession fait trois fois le tour de l'autel , et à cliaque fois, le chef, sa famille et tous les assistants se prosternent. La marche est plus lente ou plus rapide, suivant le mouvement de la musique. La procession fait de cette manière le tour de la khouroull. Ensuite chacun retourne dans sa iourte pour achever la fête en buvant et en jouant de son mieux.
FIte du zagaan. Au printemps, on célèbre la fête du Zagaan, dontle nom signiGe file blanche. Un mois avant l’époque de la solennité, l’orchestre reliieux de la khouroull se fait déjà entenre. Les iourtes qui servent de temples ■ont ornées intérieurement de rideaux de ■oie. Les autels, recouverts de superbes
tapisseries, sont chargés de coupes rem* plies de riz , d'autres céréales et de différentes substances alimentaires, présentées comme offrande aux divinités. A côté des coupes sont des pyramides ou des petites ügiires de pâte étde beurre.
La fête du Zagaan fut instituée pour perpétuer le souvenir d’une victoire remportée par Dchakdchamouni (1) sur six taux docteurs qu’il eut à combattre pendant une semaine entière. C’est en mémoire de cet événement que la fête dure aussi une semaine. Pendant ce temps de dévotion, un silence absolu règne dans les iourtes, et les gens pieux se rendent à la khouroull pour y faire leurs prières. I..es chefs donnent ordinairement l’exemple de l’exactitude à remplir ce devoir. Les prêtres célèbrent par des chants et des jeux la nuit qui précède le dernier jour de la fête , et le matin on porte devant le temple une image de Dcnakdchamouni, qu’on abrite avec un parasol, de manière toutefois que le dieu puisse recevoir les premiers ravons du soleil levant. De chaque côté de l’image sont des coupes remplies d’offrandes. Au lever du soleil, les prêtres les plus distingués de la khouroull, munis de cymbales, s’asseyent sur des tapis de feutre, tandis que d’autres prêtres d’un ordre moins élevé, les uns debout, les autres assis , forment un demi-cercle. Chacun d’eux tient quelques feuillets écrits en langue tibétaine. Pendant qu'ils chantent, des troupes de Calmouc.s s’approchent de l'image , se prosternent et font processionnellement le tour de la khouroull. Enfin ils vont se placer au centre de l’assemblée, pour prendre part aux cérémonies religieuses qui doivent suivre. Quel que soit le froid, les prêtres qui assistent a la fête sont toujours nutête, bien qu’ils aient presque tous tes cheveux coupés fort ras.
L’office achevé, les prêtres et une aiide partie des laïques se rendent à principale iourte de la khouroull, dans l’intérieur de laquelle on dépose l’imagede Dchakdchamouni et les coupes
(I) Nous avons cru devoir conserver la Iranscriplion de Bergmann, qui représente la
Brononcialion calmouque du nom de Schakiamuni ou Chakiamouni et plus correctement Sikyamouni,
aveclesoffrandes. Les prêtres chantent alors une courte prière , après laquelle ils se lèvent subitement, et chacun s’approche des images suspendues dans la chapelle, pour les toucher avec le front. Le clergé et le (leuple , après avoir touché ainsi les images, reviennent sur leur pas pour se saluer les uns les autres, en criant mendou, c’est-à-dire je te salue. Le tumulte est si grand dans ces sortes d’occasions, que l’on reçoit force coups de tous les côtés. Quamf les cris de mendou et les serrements de m.ains se sont un peu apaisés, les prêtres s’asseyent sur des tapis, et l’on apporte du thé et de l’eau-de-vie. On distribue en même temps à l’assemblée quelques morceaux de viande. Après ce re^s , chacun se sépare.
En sortant de la cérémonie , les Calmoucs se rendent chez leur chef qui , assis avec sa femme auprès du foyer, reçoit le salut du Zagaan. L’audience destinée à recevoir et a rendre ce salut dure assez longtemps. Il est d'usage, pendant la fête, de porter dans un sac, a la ceinture, du sucre, des raisins de Corinthe, des figues et d’autres fruits secs, et l’on s'offre réciproquement ces petites friandises, en prononçant le mot sacramentel mendou. Les Calmoucs de distinction font porter derrière eux, par un domestique, un sac contenant des fruits secs qu’ils donnent en échange de ceux qu'ils reçoivent.
Après la réception, le chef du campement se présente, avec s.i femme, à la tente dn lama, qui lui rend immédiatement sa visite. Le chef fait servir alors aux assistants de l’eau-de-vie et du vin avec profusion. Les prêtres, s’ils se confôrmaient à la règle, ne devraient faire que tremper le doigt dans la boisson; mais il en est à peine quelquesuns qui se conforment a ce précepte.
Pendant qu’on se réjouit de cette manière dans les iourtes du chef, d'autres prêtres s’acquittent à la khouroull d’une cérémonie religieuse qui consiste à offrir aux bourkhans des figures de farine et de miel. Les Calmoucs ont une vénération telle pour ces figures, qu’ils ne les approchent qu’avec respect, et n’osent pas les toucher avec les mains. Ils regardent même comme un crime d’en approcher la bouche, dans
190 L’ÜNTVERS. ,
la crainte de les' souiller avec l'haleine. On ne fait les Usures de pUte que pour lesgrandes solennités; et auand une fois elles ont été placées sur l’autel, on les jette dans la rivière ou dans le lac le plus proebain. Les Calinoucs se rendent le soir processionDellement sur le bord de Peau pour accomplir cette cérémonie.
Les prêtres et les laïques, comme les femmes et même les jeunes filles , ne terminrnt jamais la fête du Zagaan qu'à nioitié ivres. La soleuuité dure depuis le 1” jusqu'au 8 du premier mois du printemps. Le premier jour, qui est célébré avec le plus de pompe , est appelé le grand jour de la fête du Zagaan. Le second jour et les suivants sont beaucoup moins solennels. La gaieté, résultat de leur caractère insouciant et de l'eaude-vie qu'ils ont bue, se montre chez les prêtres par des discours animes et sans suite, par des danses et par des chants ; cepenaant les divertissements profanes leur sont interdits : mais à l'occasion de la fête du Zagaan, les prêtres les plus austères nese conforment pas toujours à cette défense. Quand ils sont ivres, iis se font apporter des images de bourkbans et les touchent avec le front. Les autres Calmoucs dansent et chantent dans leurs tentes. Les quantités d'eau-de-vie et de vin qu’ils absorbent dans celte solennité sont vraiment effrayantes.
Autub f£te. a l'époque des lon^ jours, les Calmoucs célebrentunegrande fête annuelle. Le son des instruments annonce, vers le milieu de la journée , le commencement de la cérémonie. Les prêtres, réunis près de la kbouroull, distribués i>ar groupes et rangés en ligne, attendent le signal pour se mettre en marche. Les hommes chargés de porter les instruments de musique sont en grand nombre. Ou voit flotter en l'air des drapeaux faits de bandes de soie de différentes couleurs. D'autres, semblables à des bannières, pendeutà de grandes perclies auxquelles ils sont attaubés par un béton transversal. Les principaux d'entre les prêtres, chargés de deux grandes caisses assez semblables à des cercueils, sortent d’une iourte, et se placent en tête de la foule pour ouvrir la marche; d’autres, revêtus de leurs ornement^ rouges , suivent les caisses
et s’approchent l’un après l'autre pour aider a les porter, ou tout a u moins pour les toucher, ne fdt-ce qu’avec le bout du doigt. Quant aux instruments, les timbales sont fixées à des perches qu'on attache à la ceinture de deux porteurs, et placées comme sur un brancard , et les grandes trompettes sont appuyées sur des bêtonsque soutiennent des gens pauvres. Le bruit de tous ces instruments fait unaffreux vacarme. Le peuple ferme la marche. Ou voit à cette fête de vieilles femmes qui prouvent leur dévotion par des soupirs qu'elles paraissent arracher du plus profoud de leur cœur.
A quelques centaines de pas du point de départ , on dresse un échafaudage en forme d'autel , haut de dix à douK pieds et attaclié au sol par devant et par derrière avec des cordes. Devant l’autel est une place circulaire couverte de tapis destinés aux prêtres. Entre les tapis et l’autel on tend un parasol qui doit abriter le lama. Les caisses sacrées sont déposées au pied de l'autel , et l'on déroule les images qui y sont renfermées.
Celle de ces images que l’on considère comme la principale, est elevée au milieu de l'autel ; les autres sont placées sur les côtés. On les recouvre toutes d’un voile. L’autel est caché par une graude pièce d’étoffe jaune garnie de plis et ornée de fleurs rouges travaillées avec beaucoup de soin. Sur cet autel se trouvent des coupes remplies d’offrandes et les statues dorées de quelques dieux. Les bannières et les instruments de musique restent en delvors de l'espace circulaire dont nous avons parié. L’assemblée attend que le lama arrive; car la fête ne peut commencer sans lui. Dès qu’il parait dans le lointain, les prêtres se lèvent et s’avancent à sa rencontre; car on doit recevoir ce pontife avec grande solennité.
Il est promené en triomphe sur un palanquin, et au son de la musique, tout autour du cercle; puis il descend et s'avance vers l’autel à l’endroit où s'élève le parasol. Le chef du campement et sa iamille sont placés derrière les prêtres. A un signa! donné, les voiles ui dérobaient la vue des images des ieux tombent tout à coup , et le peuple , comme les prêtres et le chef du campement, se prosterne par trois
Digitizt-
fois. Bercmann , qui assista à cette solennité, fut frappé du spectacle imposant que présentent 4 à 5,000 hommes se jetant tout à coup la face contre terre , et répétant par trois fois ce mouvement en mesure et avec ensemble.
Mais il ne put en Jouir complètement; car il lui l^ut impossible dé découvrir une place où il se trouvât tout à fait en sûreté contre les mouvements de tête et les coups de pied des gens qui se prosternaient.
Après cette cérémonie, le chef fait trois fois avec sa suite le lourde l’espace circulaire, tenant son chapelet ,i la main, puis il prend place auprès du lama. La femme du chef s’assied en dehors du grand cercle, sons un pavillon dressé pour elle et où le thé l’attend.
Le lama et quelques prêtres s’approchent de l’image principale qui occupe la façade de l’autel, avec des pastilles d’encens allumées et placées sur de grandes feuilles d’arbre, de manière à ne pas leur brûler la main. On apporte ensuite aux prêtres réunis des écuelles d# bois pleines les unes de thé et les autres de g.âteaux. Un troupeau entier de moutons est destiné au repas qui doit suivre la cérémonie religieuse. On fait avancer les victimes vers le lieu du sacrillce, et nn les immole. Le banquet, souvent interrompu par des prières et par d’autres cérémonies, se prolonge jusqu'au courber du soleil. Enfin , lèi images sont rotdées de nouveau, placées dans les caisses, et reconduites en procession il la iourte où on les a prises. La fête continue pendant les deux Jours suivants; mais on change l’image qui loue le rile, principal, et chacune d’elles n’occupe qu’à .son tour la place (l’honneur. On choisira par exemple, pour figurer au milieu de l’autel, Mbiduha pour le premier jour, Dchakdchamouni pour le second , et Maidarl pour le troisième.
Kétk du FED. Tous les ans, un peu avant le commencement de la nouvelle année , les Calmoucs font une offrande au dieu du feu : ils lui sacrifient des brebis , dont on choisit les morceaux les plus succulents pour les lui présenter. Les autres parties des victimes, destim es à servir de nourriture aux fidèles, sont bouillies dans des marmites
et placées dans de grandes gamelles.
Aucun Calmouc n’oserait se dispenser d’offrir le sacrifice annuel au dieu du feu. Bergmann vit célébrer cette fête chez un prince. Une lampe était allumée sur l’autel. A côté, on voyait des coupes pleines d’offrandes. Deux groupes de quarante à cinquante personnes chacun entouraient le foyer. On éleva au-dessus d’un feu de fumier une espèce de bûcher composé de petits morceaux de bois. Pendant ce travail , des tasses pleines d’eau-de-vie circulaient dans i’assemblue, et chacun était obligé de vider la sienne Jusqu’à la dernière goutte. Bergmann espéraitqu’en sa qualité d’étranger on ne le soumettrait pas à une aussi rude épreuve. Mais les Calmoucs lui dirent lort clairement qu’il devait paver de sa personne comme les autres. Trois lampes de terre pleines de graisse furent ensuite placées en triangle auprès du bûclier. Le prince, sa femme et la plus Jeune de ses filles ét-aient assis à la place qu'ils occupaient habituellement ; mais un fils de ce clief se tenait de côté , et avait à la main un cordon de soie bleue passé dans un anneau attache au sommet de la tente, et à l’autre bout duquel pendait un os du inoulon qu’on venait de sacrifier.
Deux nobles du campement, assis un peu plus bas, portaient, le premier, un sac de cuir, où se trouvaient des morceaux de viande bouillie, l’autre, une massue, destinée à immoler les victimes.
On voyait encore dans la tente quelques prêtres qui avaient si bien fêté celte solennité, que, même avant la fin du sacrifice , ils donnaient déjà des signes manifestes d’ivresse. Un vieux guelluung à barbe grise, qui avait bu beaucoup plus que de raison, interpellait sans cesse la princesse de la manière la plus inconvenante, en lui disant : Écoute donc, Dchedcki!
Les morceaux de viande destinés à être offerts en sacrifice furent jetés dans le feu, pendant qu'on chantait um prière souvent interrompue par les cris de khournu, khourou. Ces expressions ont pour but d’attirer sur les assistants la bénédiction du dieu du feu. Chaque fois que ce mot était prononcé , le prince qui tenait le cordon de soie bleue le tirait et faisait sauter en l’air l'os de
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mouton attaché à l'autre bout. L’homme qui portait le sac de cuir l’agitait fortement, et celui qui était muni d’une massue abaissait cette arme. Au premier khourou que l’on prononça , la fille du prince , sur l'ordre de sa mère , s'approcha de l'homme qui tenait le sac de cuir, sur lequel on avait placé le cœur du mouton immolé ; elle y mordit par trois fois de suite, en enlevant chaque fois un morceau. Un jeune prince en fit autant ; et tandis que le fils du clief chargé de tirer le cordon de soie bleue s’acquittait de ses fonctions , les deux nobles dont nous avons déjà parlé et quelques autres assistants continuèrent à mordre dans le cœur du mouton, jusqu'à ce qu’il n'en restât plus un seul morceau. Pendant (]ue la graisse destinée à être consumée en l'honneur du dieu du feu brûlait dans le foyer, on y Jeta les coupes qui contenaient les offrandes, et les os du mouton immolé furent réduits en cendres. On distribua ensuite à l'assemblée les morceaux de viande apportés dans le sac de cuir.
La particularité qui frappe le plus dans les fêtes religieuses des Cal moues , c'est qu'elles sont invariablement suivies d'un repas dans lequel prêtres, laïques, hommes , femmes et enfants, se gorgent de viande et de liqueurs spiritueuses ; car la gourmandise et l'ivrognerie sont les passions favorites de ces nomades.
Le lendemain matin Bergmann, se rendit de bonne heure à la tente du
firinre chez lequel il avait assisté à a cérémonie. Le froid était excessif, et le voyageur allemand voulait se réchauffer auprès d’un bon feu en prenant du thé. La marmite de fer dans lauelle on prépare cette boisson fumait éjà, et l’on tira du sac de cuir les morceaux de viande qui restaient de la fête de la veille pour les distribuer aux assistants. « Je fus sur le point, dit Bergmann , de donner à mon chien , sans y
Knser, un de ces morceaux de viande.
ais un cri général d'indignation s’éleva tout à coup; car les hommes seuls ont le droit de manger la viande qui a paru dans cette fête, et ce serait un péché d’en donner à d’autres êtres animés. 1.168 os même doivent être brûlés. »
On ne comprend pas comment les Calmoucs concilient cette opinion avec
le dogme de la métempsycose et l'opinion qu'un insecte et un hoiniue sont deux créatures douées d'une âme tout à fait semblable.
Culte et lituboie. Les prêtres sont obligés, vers le milieu de raprèamidi, de se réunir dans les tentes destinées au culte. On les convoque au soti de la trompette. Le lama indique, pour chaque jour, les prières que l'on doit réciter et la divinité à laquelle on adressera des invocations. Il y a dans chacune de ces tentes environ douze à quinze prêtres d’un ordre inférieur, qui, sous la cunduiU des guelloungs et assis sur deux lignes, eutonnent diverses prières. On n’entend les timbales et les autres instruments que lesjours où l'on célèbre quelque grande fête. Dans les circonstances ordinaires, les prêtres suppléent à l'absence de l’orchestre en frappant dans leurs mains aussi fort qu'ils peuvent. Cet usage de claquer des mains pendant ies cérémonies de la religion parait d’abord si singulier, que ies personnes qui ne sont pas habituées à une pareirie scène peuvent se croire au mmeu d’une réunion d'insensés.
Avant la fin de l’office de l’après-midi, deux prêtres apportent un grand vase plein de tchigan , liqueur extraite du lait de jument fermenté. Les personnes présentes s'asseyent sur des pièces de feutre, et l’on offre à chacune d'elles, sans en excepter les étrangers , s’il s’en trouve quelques-uns, une tasse pleine de cette boisson. Les prêtres en avalent une grande quantité, et Bergmann vit un jeune mandchi de dix à douze ans qui parvint à en boire cinq énormes jattes d'environ une bouteille chacune.
Il paraissait tout glorieux de cet exploit. Un vieux guelloung, après bien des efforts, en avala douze petites tasses, et il répétait avec chagrin que son âge remâchait de boire autant que les autres. Bergmann remarqua que le tchigan lui portait à la tête. Mais les prêtres calmoucs se montraient fort aises de l’effet que cette boisson produisait sur eux. Ils commencèrent à parler tartare et russe, et essayèrent même de prononcer quelques mots allemands. Le vieux guelloung, oubliant ses chagrins , se mit à chanter des airs nationaux.
Berpmann hii demanda s’il avait l’habitude d'avaler toujours autant de tchigan; le vieillard rénondit avec un certain air de gravité : Nous nous enivrons tous les Jours. Et les autres prêtres soutinrent au voyageur allemand qu’on pouvait considérer cette boisson comme fort salutaire; car après en avoir pris Jusou’à s’enivrer on se portait à merveille. Cette assertion est cependant loin d’étre prouvée. Le feu et l’agitation que Bergmann remarqua dans le regard de tous ces buveurs lui firent croire au contraire oue le tchigan doit être fort nuisible à l'organe de la vue. Les maladies des yeux , si fréquentes chez les Calmoucs,' pourraient bien avoir en partie pour cause l'usage immodéré de cette liqueur. Nous avons d’autant plus lieu de le croire, que plusieurs étrangers remarquèrent, après en avoir bu, qu'ils éprouvaient un picotement trèsvif dans les paupières.
I Eau lustrale. Pendant les fêtes, on voit, à l’entrée des tentes destinées au culte , des guetzull et des mandcbi avec des vases pleins d’eau lustrale qu’ils versent dans le creux de la main aux prsonnes qui se présentent. Les fidèles en avalent une partie et se frottent le visage avec le reste. Il entre , à ce qu’il parait , du safran et du sucre dans la composition de cette eau. On donne, en la recevant, une petite pièce de monnaie.
I.OIS. Les Calmoucs ont un recueil de lois qui fut mis en ordre, approuvé et confirmé vers 1620 , sous le khan Galdan. On trouve dans ce code des peines pour tous les crimes et délits, ou actions réputées telles, d’après les croyances et les usages des Calmoucs.
Ces' peines sont la confiscation des biens, les amendes et les châtiments corporels. Aucun crime n'entralne la mort. Les princes comme le peuple doivent être soumis à ces lois. Quelques dispositions du code calmouc sont assez remarquables pourmériter qu’on en fas.se mention.
Le premier titre du code est relatif aux actes d’hostilité ou de trahison.
I.a loi condamne les coupables à perdre tout ce qu'ils possèdent. Ce premier titre s'applique, par une interprétation judicieuse, aux hommes qui ne se rendent pas à l’armée pour combattre l’en- 13* Livraison. (Tabtabie.)
nemi dans une guerre nationale. Un autre titre condamne tout chef ou soldat convaincu de lâcheté à une forte amende, proportionnée à ses richesses.
Le guerrier qui a ainsi forfait à l’honneur est , en outre , dépouillé de scs armes, habillé en femme et promené dans tout le camp. Le législateur prononce des peines sévères contre I homicide; mais ce sonttpujours des amendes ou des conGseations. Le parricide même n’entralne pas de châtiment corporel. Les hommes qui sont restés spectateurs impassibles d’une rixe particulière sont condamnés à payer un cheval, quand l’un des deux adversaires est resté sur la place. Si un Calmouc en tue un autre dans une querelle de jeu, il est condamné à prendre chez lui la femme et les enfants du mort, et à (lourvoir à leur entretien. L’agresseur injuste et coupable de meurtre est soumis à la même punition. Quiconque frappe une personne ou la blesse paye une amende proportionnée à la qualité de l’offensé et aux circonstances du crime. La loi détermine l’amende que l’on doit acouitter pour une dent , pour une oreille et pour chaque doigt de la main coupé ou blessé. Les parents qui frappent leurs enfants sans cause raisonnable doivent subir une punition. Il existe également des amendes pour toute esnèced'insulte.
Les offenses les plus graves contre les personnes sont, s’il s’agit d’un homme, de le tirer par la barbie , d’arracher la houppe de son bonnet, de lui cracher au visage ; pour les femmes , de les tirer par les cheveux , de leur mettre la main sur la gorge ou sur quelques autres parties du corps. L’amende ii’est pas déterminée, et devient plus ou moins forte , suivant l'âge et le rang de la personne offensée. On réprime également les attentats contre les mœurs; mais les punitions sont légères. Le législateur a encore établi des châtiments pour les braconniers, pour les gens coupar blés d'avoir éteint le feu du camp, de s’être approprié, sans déclaration préalable , un animal égaré ou perdu , et , ce ui pourra sembler plus extraordinaire , 'avoir apporté une charogne dans sa tente. Cette prévision de la loi serait inexplicable ch' Z nous; elle se comprend chez les Galmoucs, qui perdent souvent
I;UN1VERS
des bestioiiN dans les steppes par la maladie et par plusieurs accidents; et comme ces nomades mangent sans aucune espece de répugnance la viande à moitié pourrie (I), le législateur a dd garantir à cliacun la possession des liétes mortes qui lui appartiennent.
L)e tous les crimes, c’est le vol qui est puni avec le plus de rigueur, et c’est peut-être aussi celui auquel les Calmoucs sont le plus enclins. Il emporte des peines corporelles ou de tresmrtes amendes, et clans certains cas la confiscation de tous les biens. Le voleur est condamné à restituer les objets cju'il a dérobés, et de plus la lui décide (|u'il aura un doigt de la main coupé, ne se fdt-il approprie qu'un objet de tres-peu de valeur. Mais il faut ajouter que le coupable a le droit de racheter cette dernière peine, moyennant cinq pièces de gros bétail. Le code a prévu tous les cas de vol possibles , même les plus insignifiants, jusqu’à celui d’une aiguille ou d'un bout de fil.
Le chef ou le magistrat chargé de la surveillance d'une centaine de tentes doit répondre de tous les vols commis par les hommes placés sous ses ordres.
Les chefs qui ne dénoncent pas un voleur doivent avoir le poing coupé. Un simple Calmouc est mis aux fers pour ce même crime de non-révélation. Toute personne coiivaincuc de vol (lour la troisième lois est condamnée à perdre ses biens. On voit que la maKure partie des peines consiste en connscations et en amendes. Le produit de ces condamnations se partage entre les chefs, les prêtres et le dénonciateur. Lorsque le coupable appartient à une famille puissante, on l’oblige à donner, au lieu d’argent et de bétail, des casques, des cuirasses et d’autres armes que les Calmoues ne parviennent à se procurer que dilRcilefflent. La plus grande peine prononcée contre un prince qui se rend coupable d’hostilité contre un autre cliei est une amende de cent cuirasses, de cent chameaux et de mille chevaux.
Si par ses actes de brigandage un chef a ruiné des campements ou des tribus entières , il est dépouillé de tous ses biens, dont une moitié est consacrée à
fi; Voyci ci-devant, pages I7.'. et I7C; etdapm, liage l;s, col. 1,
indemniser les princes qui l’ont fait rentrer dans le devoir, et la seconde moitié est remise à la partie lésée , à titre de dommages et intérêts. Dans certains cas 011 enlève nu criminel un ou plusieurs de ses enfants. La peine la plus légère est l’amende d’une chèvre avec soucabri , ou celle d'un petit nombre de fièches.
Une loi ordonne que tous les ans quatre hommes au moins par quarante tentes se marient. Si ces hommes sont pauvres, on prélève sur les possessions publiques, pour chaque homme, dix pièces de bétail destinées à l’achat d’une femme. Celle-ci, de son côté, doit apporter en dot quelques habillements de peu de valeur.
Quand un Calmouc est appelé à prêter serment en justice, il applique contre sa bouche le canon de son fusil, et le baise; s’il ne possède pas de fusil, il prend une Ilèche, cl, après l’avoir touchée avec la langue, il en applique la pointe sur le devant de sa tête.
L’épreuve du feu est ordonnée dans certains cas graves. Voici comment on y soumet les prévenus. On fait rougir une hache , ou bien ou enllainme un morceau de bois, et l’acciisé doit porter un de ces objets sur le bout des doigts, jusqu’à une distance de quelques toises, pour être déclaré innocent. On voit des Calmoucs si fort coutumiers du fait, qu’ils passent le fer d'un doigt sur vautre sans être gravement blessés.
Cet acte d’adresse est regardé comme une preuve iiicoulestable de leur innocence.
Le code de Galdan ne régit les Calmoucs que dans des cas spéciaux ; ces nomades sont soumis, pour les circonstance.s ordinaires, aux lois des pays dans lesquels ils vivent. I.es lois de la Chine sont exceulées en l)r.oungarie avec tome la rigueur possible, comme on pourra en juger par les deux exemples suivants, rapportés par M. Puutimsiev.
« L’interprète, dit le voyageur russe (1), arriva chez moi de bonne heure, et me dit qu’il fallait aller à l’inst-int même avec toute ma suite au bureau
(I) Vovez le Magasin aniatique ^ ou Hrru€ groyrapfiiijHt rt kistorique df C.liie crrttraU rt Mpteutrionah ^ publiée par J. KlaproUi, tome I, page 19:2.
d'administration. Là, le chef donna ordre à ses subalternes de nous conduire hors de la ville (TschouRoutschak). Cette mesure nous surprit extrêmement. Nos gardes, interrogé sur la cause d'une pareille injonction, nous répondirent qu'ils l’ignoraient. Il fallut obéir.
X Arrivés hors de la ville, nous vtmes des soldats, le sabre nu, qui escortaient une charrette à deux roues sur laquelle il y avait un homme les mains liées derrière le dos. Douze gardes et trois membres de l’administration marchaient à la (Ile et précédaient la charrette. Un de ces hommes placé au milieu portait quelque chose qui me parut être une tablette cachée sous une couverture, et avec une inscription chinoise. L’homme placé dans la charrette était un criminel que l'on conduisait au supplice. Deux soldats de l’escorte entrèrent bientôt dans une tente , et déposèrent la tablette sur une espèce de bureau. (,)uand le criminel fut arrivé, un officier s’approi'ha de nous , et nous Bt dire par l’interprète : « Par ordre de Sa Majesté f£mpere«r , nous ferons, dit-il ( en montrant le criminel et un cheval qui était a côté de lui ), couper la tête a ce malheureux pour avoir volé ce cheval. Quand vous serez de retour dans votre pays, vous pourrez dire que vous avez été témoins de cet acte de justice, et de l’e.xécution rigoureuse de nos lois. Vous ajouterez que nonseulemeut nos sujets fideles, mais toute autre personne serait punie pour un délit semblable, sans égard pour son rang. »
« Le criminel se mit à genoux -, on lui banda les yeux avec une corde dont les deux bouts étaient tenus par deux bourreaux. Un troisième bourreau tenait à la main le glaive; il en frappa le condamné sur le cou , mais, n’ayant pu réussir à détacher la tête, ses camarades vinrent à son aide, renversèrent le coupable contre terre , et achevèrent de lui couper la tête. Le malheureux qui fut exécuté de la sorte n’avait pas dixhuit ans. »
« Dans la nuit du 28 au 29 juillet, dit encore le même voyageur, les ouvriers attachés à la caravane attrapèrent un Calmouc qu'ils avaient surpris essayant de voler nos chevaux. Nous les
attachions toujours pendant la nuit, d’après le conseil que nous avaient donné les gardes. Deux ofOciers, l’un Mandchou , l’autre Tsakhar, et sept soldats auraient dd se trouver cette nuit-là à leur poste; mais on n'y avait laissé que deux Calmoucs, et cette né-
f'Iigence fut cause de la tentative dont a caravane faillit être victime. Le lendemain matin, les gardes arrivèrent accompagnés de leur interprète, et ils supplièrent M. Poutimstev de ne pas porter plainte à l’administration , et de remettre entre leurs mains le voleur, qu’ils s’engageaient à punir. Dès qu’il leur eut été livré, ils lui appliquèrent cinquante coups de fouet. »
Mabiaoes. Une loi défend aux filles de se marier avant l'âge de Quatorze ans, et lorsqu'elles ont dépassé vingt ans; celles qui sont fiancées peuvent, si leur futur refuse de les épouser, prendre un autre mari , après en avoir prévenu le chef du campement. L’époux est obligé de donner au père de la fille qu’il prend en mariage un certain nombre de têtes de bétail ; mais il reçoit en échange une dot qui consiste pour l’ordinaire en meubles et ustensiles de ménagé. La loi n’est pas très-explicite sur ce point, et les clauses du contrat se discutent de gré à gré entre les parties.
Les Calmoucs contractent des engaementspour le mariage de leurs fils et e leurs dlles, quelqueiois même avant
?|u’ils ne soient nés ; et lorsque les enants sont de sexe différent . on les marie ensemble dès qu’ils ont atteint l’.âge requis. Ces sortes de promesses sont regardées comme inviolables , quoique les fiaiiçai Jes aient lieu tandis que les enfants sont encore fort jeunes.
Le mariage ne peut se faire dans aucun cas avant la stipulation du nombre de chevaux et de chameaux, ou de la somme d’argent que le futur doit remettre aux purrnts de la jeune fille qui lui est destinée. Quand les parties ne peuvent pas s’entendr- sur les clauses du contrat, et que l'homme tient réellement à sa fiancée, il emploie la ruse ou la force pour l’enlever, et du moment où il est parvenu à la faire entrer dans sa tente, les parents n’ont plus aucun droit sur elle. Les père et mère fournissent à leur fille des vêtements , des
LOIiMYERS.
meubles , des coussins de feutre recouverts d'étoffes de soie , des couvertures pour le lit, enfin une tente neuve de feutre , ordinairement de couleur blanche. On demande ensuite au f;uelloun^ d’indiquer un jour heureux pour la célébration du mariage, et le futur, accompagné de quelques-uns de ses amis , monte à dievai pour aller enlever sa fiancée. Suivant l’usage presque invariable de tous les peuples nomades de la Tartarie , la famille et les amis de la jeune fille feignent d'opposer de la résistance; mais le marié, comme on s’en doute bien , finit toujours par enlever sa future compagne. Il la fait monter sur un cheval richement harnaché, et l’emmène au milieu des applaudissements et des décharges de raousqueterie de ses compagnons. Arrivés à l'endroit où ils ont planté leur tente, les mariés descendent de cheval, entrent dans leur nouvelle demeure avec leurs familles et le guelloung, puis ils s'agenouillent, et celui-ci leur donne la bénédiction nuptiale. Ils se relèvent ensuite, et debout, la tête tournée vers le soleil , ils adressent à haute voix des invocations aux quatre éléments. Après avoir lu plusieurs prières sur les deux époux , le guelloung ordonne qu’on délie les cheveux de la mariée, réunis en une seule tresse, suivant l’usage des jeunes lilles, et qu'on les partage en deux, comme les femmes ont coutume de les porter. II demande ensuite les bonnets des deux époux, les emporte hors de la tente, et, suivi d'un guetzull, il s’écarte jusqu'à une certaine distance, parfume ces bonnets avec de l'enceus , et récite quelques prières, il rentre ensuite, et donne les bonnets à une femme chargée des préparatifs de la noce. Celle-ci les place sur la tête des époux. Après cette cérémonie , on donne un repas auquel prennent part tous les assistants. C’est en
Général pendant ce festin que le père e l’époux livre les chevaux et le bétail stipulés dans le contrat.
Les gens riches font débarrasser de ses harnais et mettre eu liberté le cheval qui a amené la jeune femme dans sa nouvelle demeure. 11 devient la propriété du premier Calmouc assez heureux ou assez adroit pour s'en emparer. Cet usage a pour but de rappeler à la fem-
me qu’elle doit vivre uniquement dans son ménage, et ne plus songer à retourner chez ses parents.
La jeune mariée conserve son voile jusqu'au moment où l’époux lui découvre le visage. Les demoiselles d'un haut rang choisissent des lilles d'honneur qui les suivent lor.sque le mari les enlève. Arrivée à l’endroitoù l’on dresse latente qu’elle doit habiter, la jeune femme jette son mouchoir, et le Calmouc qui s’en empare devient le fiancé de la fille d’honneur.
La mariée reste pendant un an enfermée chez elle, sans qu’il lui soit permis de recevoir des visites ailleurs qu’à l'entrée de sa tente. Après une année révolue, elle jouit d'une liberté complète.
Cliez les Calmoucs soumis à la Russie, dit Bergmann , quand une fille se marie, elle reste plusieurs mois, et, si le mari l’exige, un an, avant de rendre visite à ses parents. Le mariage, à ce qu’ils prétendent, ne serait point heureux si l'on négligeait l’accomplissement de cette pratique. Lorsque lajeuné femme retourne chez eux pour la première fois, elle s’agenouille a l’entrée de la tente, où son père et sa mère vont la recevoir. Après cette cérémonie , les parents s’entretiennent librement avec leur fille. Le terme de la séquestration qui suit toujours le mariage est marqué par un grand festin.
Les noces des princes sont accoraagnées de fêtes et de réjouissances puliques. On donne un repas splendide après la bénédiction nuptiale; les mets sont servis dans de grands plats de bois. Les gens qui les portent sont précédés d'un écuyer richement vêtu et orné d'une longue écharpe de toile blanche. Le repas est suivi de combats de lutteurs, de courses de dievaiix et de plusieurs autres divertissements.
Des prêtres en grand nombre récitent des prières à l'intention des jeunes mariés.
Polygamie etdi vorce. La polygamie et le divorce existent, sinon de droit, du moins défait, chez les Calinoucs. La femme infidèle peut être répudiée publiquement si le mari l’exige. Dans ce cas, on choisit le plus mauvais cheval de tout le campement, on lui coupe la queue, et l'on place dessus
la femme, que l’on chasse ignominieusement au milieu des huées. Il faut (lire, à la louange de ces nomades, que de pareils scandales sont rares, et pour l’ordinaire le mari renvoie sa femme sans éclat, en lui donnant quelques têtes de bétail pour la faire subsister.
La polygamie n’est pas générale, et les femmes jouissent d’une grande liberté. Leur sort paraît moins malheureux que celui des victimes enfermées dans les harems.
Naissances. Lorsqu’une femme est sur le point d’accoucher, on appelle un ou plusieurs prêtres, et le mari, armé d'un bâton , court autour de la tente pour éloigner les mauvais esprits, tandis que les prêtres, debout devant l’entrée, récitent des prières et implorent les bénédictions des dieux pour l’enfantqui va naître. Aussitôt après la délivrance, un des parents sort de la tente, et donne au nouveau-né le nom du premier objet qui frappe ses regards. M. Hommaire de Hell connut personnellement un prince calmouc dont le nom signifiait petit chien, et il eut occasion de rencontrer des personnes appartenant à la même nation et tout aussi singulièrement nommées. Après leurs couches, les femmes sortent voilées pendant plusieurs jours, et ce n'est qu’au bout d’un certain temps qu'elles peuvent assister aux cérémonies religieuses.
Funébailles. D’après les croyances des Calmoucs, il est très-important de connaître l’heure exacte de la mort ; car les cérémonies funèbres se règlent d’après l’instant où la personne décédée a rendu le dernier soupir. Aussi ces nomades ne manquent-ils jamais, lorsqu'ils le peuvent, de se procurer une montre pour de semblables occasions.
Si un homme du peuple meurt un jour heureux, on l’enterre et l’on plante sur sa tombe un petit drapeau; s'il meurt un jour néfaste, son corps est placé sur lesol et recouvertd’une pircede Kutre ou d’une natte, et on l’abandonne aux bêtes, qui le dévorent. Les amis ou les parents du mort se tiennent en observation pour voir l'animal qui le premier déchirera le cadavre; et on décide, suivant l’espèce à laquelle il appartient, si Mme du défunt est heureuse ou malheureuse.
Les princes ne sont jamais exposés de cette manière : mais s’ils meurent un jour qefaste, on dépose leurs restes dans la terre; et s’ils expirent un jour heureux, on brûle leur corps en grande pompe, et on elève sur le lieu où ils ont rendu le dernier soupir un petit monument pour y placer leurs cendres.
Bergmann assista aux funérailles d’un prince calmouc. On conserva le corps' pendant trois jours, et le quatrième il tut livré aux flammes. Les principaux membres du clergé se rendirent dans la tente du défunt. Des prêtres d'un rang moins élevé se tenaient assis alentour, et le p'euple était réuni dans le même endroit. On prononi;a un long discours. Le corps, assis sur une espèce de brancard, fut enveloppé d’une toile . imbibée de poix. Sur la tête du mort, on avait place une couronne de laquelle pendait un voile noir. Des joueurs d’instruments ouvraient la marche ; ensuite venait le lama dans un palanquin; puis le corps, suivi par tous les membres du clergé, qui étaient nu-tête ; après ceux-ci, on voyait une grande foule de peuple.
Un bûcher avait été préparé à quelques centaines de pas de la tente du prince. La fosse , creusée à une profondeur d’environ quatre pieds, avait été remplie de matières combustibles; des trous pratiqués aux angles entretenaient un courant d’air. On plaça le corps sur une sorte de trépied. Le lama mit luimême le feu au bâcher, puis il s’éloigna au son de la musique. Quelques personnes chargées de ce soin restèrent auprès du corps, sur lequel elles versaient continuellementde la poix. Le feu brûla pendant plusieurs heures. Quand il fut éteint, on recueillit les cendres, que l’on conserva comme des reliques. ' On éleva à la mémoire du défunt un petitmonumentde terre glaise et de jonc.
^s prêtres qui ont joui d’une réputation de sainteté sont brûlés, et l’on fait avec leurs cendres une statuette que l’on porte dans un satia ou temple funéraire. Les Calmoucs ont une vénération profonde pour les tombeaux de leurs prêtres. Ils y déposent des images et des offrandes, et y entretiennent une lampe. Dans le cas où elle viendrait à s'éteindre, le premier passant est tenu de la rallumer.
L’UNIVERS
On trouve au milieu des steppes quelques satzas qui reuierinent les reliques des grands prêtres. Qu.uid un de ces pontifes rient à mourir ou brûle sua corps, et l’oii v.i en gr.mile pumpe porter les cendres dans le monument destiné à les recevoir. Un y place aussi des images réputées saintes, et qui doivent veiller à la coD^ervation des reliques du mort. La vénération que les Calmuucs éprouvent pour ces tombeaux est si grande, qu'ils osent à peine en approcher. M. Hommaire de Uell réussit à pénétrer clandestinement dans un satza : c’était un petit bâtiment carré de couleur grise, et percé de deux trous fort étroits, qui servaient tout à la fois de portes et de fenêtres. Le vovageur détacha quelques pierres, et se fraya ainsi un passage. Il netrouvadansie tombeau que de petites idoles de terre cuite, rangées à terre le long des murs ; et, de distance en distance, des niches ou étaient quelques images de papier, pourries par rbumidité. Le sol, de terre battue, et une partie des murs étaient recouverts de feutre. Le savant voyageur s’empara dedeux statuettes, qu'il emporta comme souvenir. Suivant les croyances religieuses desCaimoucs, aucun forfait ne peut entrer en comparaison avec le sacrilège dont ou se rend coupable en entrant danscesasiles, considércscomine inviolables.
MiVLADiBS. Les Calmouci sont à l’abri d’un grand nombre d’infirmités qui affiigent les nations policées. Ils éprouvent cependant plusieurs maladies, resultataela inanieredevivrequ’ils ont adoptée. Leurnourriture, composée en partie de viandes corrompues, cause chez eux des affections inflammatoires et putrides extrêmement dangereuses.
L'anus des liqueurs spiritueuses , et eu particulier de feau-de-viedelait, ne leur est pas moins funeste. Ils sont sujets à une fièvre chaude épidémique qui enlève le malade en huit jours. Ou a calculé que lorsque cette fièvre règne dans uii campement, elle emporte au moins une personne par tente. Dès qu’ellea signalé son apparition, on s’éloigne de ceux qui en sont attaqués.
La gale est aussi fort commune chez les Calmoucs. Leur malpropreté, leur nourriture et le manque d’exercice les
prédispose à toutes les afTeetions cutanées. La fumée qui règne dans les tentes, jointe à la réverbération du soleil dans les steppes, et peut-être aussi à l'abus de I eau-de-vie de lait, uccasiomie parmi eux de graves opbthalmies (I), et ils portent quelquefois sur les yeux un bandeau de tuile claire, pour ménager leur vue.
Les (lalmoucs sont fort attachés à la vie; aussi, dès qu'ils se sentent malades n’ont-ils rien de plus pressé que de faire appeler des médecins. Ceux-ci tâtent le pouls ordinairement aux deux bras. Us recommandent souvent fa dieie; mais leurs remèdes les plus ordinaires consistent en offrandes qu'ils font placer sur les autels des bourklians.
Les membres du clergé tirent un
fiarti fort avantageux de l’usage où sont eurs compatriotes d’invoquer les dieux pour recouvrer la sauté. Dès qu’une personne tombe malade, ils recitent des prières à son intention ; si le malade est pauvre, le prêtre qui a prié pour lui s'empare d’une peiisse ou d’un manteau, sous prétexte qu’un mauvais génie s’y est logé et pourrait tourmenter le patient ; si celui-ci est riche, il n’en est pas quitte à si bon marché. Ou admet aussi quelquefois que le mauvais esprit s’est réfugié d.ms le corps même du malade, et, dans ce cas, il faut de toute nécessite trouver un homme qui veuille bien lui donner asile. C’est d’ordinaire quelque pauvre diable qu’on charge, bon gré mal gré, des fon' tions de bouc émissaire. On l’amène dans la tente du malade. Après differentes cérémonies bizarres, on lui impose le nom du possédé, et, suivant une croyance généralement admise chez les Calmoucs, le mauvais esprit passeau même instant dans le corps de cet homme , qui est chassé du campement avec toute .sa famille , et il lui est défendu d'y reparaître jamais. Il peut aller s’établir dans un antre campement, mais à la con- , dition de dresser sa tente dans un en- ' droit séparé.
Peu de jours avant la mort du prince dont nous avons décrit les funérailles, les médecins, ne sachant quels moyens employer pour obtenir sa guérison ,
(0 Voyez ci-devant pages m et IS*.
s’étaient imaginé de recourir à la magie. Ils brillèrent l’omoplate d’un mouton pour y lire la cause du mal, et ils finirent par savoir que les souffrances de ce chef tenaient à la malheureuse étoile de sa bru. « Si les membres de la khouroull ont véritablement découvert cela au moyen de leurs opérations mystérieuses, ou s’ils ne l’ont vu qu'avec les yeux de la superstition, c’est, dit Bergmann, ce que je vous laisse à penser ; et je suis bien persuadé que si je m’étais trouvé auprès du prince dans les derniers jours de sa vie, on m’aurait regardé comme la cause de sa mort; on m’aurait encore attribué la maladie que ses enfants ont éprouvée pendant une partie de l’hiver, et la mort de la vieille princesse; enfin la mort du
firince n'eut été causée que par la coère des dieux envers un étranger qui travaillait audacieusement à mettre au jour les secrets du lamisroe. Mais heureusement j’étais à Sarepta; les effets de la superstition sont tombés sur une personne qui n’était pas moins innocente que moi, sur l’épouse du fils aîné du prince. Une semaine avant' la mort de celui-ci, on ordonna à la jeune femme de retourner chez ses parents. Elle se vit contrainte de quitter la demeure de son époux. Maintenant que les dieux n’ont pas récompensé ce sacrifice, on a invité cette jeune femme à revenir:
mais elle se refuse à le faire : sa fierté blessée s’y oppose.»