TARTARIE. JI
qui, étant revenu de l'Inde après la retraite de Gengiskan , avait recouvré la
Sossrssion d’une grande partie des États e son père. Une autre armée de la même force devait soumettre les Kiptdiacs , les Sacassines et les Bulgares.
Oktaï , accompagné de son frère Touloui et de quelques autres princes de sa famille , se mit en marche pour achever ta conquête de l'empire des Kins. L'expédition se termina par la destruction de cette monarchie, au commencement de l'année 1234.
üktaï avait quitté dès le mois de mai 1232 l'armée expéditionnaire, pour retourner dans la Mongolie. Il tomba gravement malade en route. Quand il fut rétabli, il continua son voyage jusqu'aux sources de l'Onon. Ce fut dans ce lieu ue mourut Touloui au mois d'octobre e la même année. Il était alors âgé de quarante ans. Ce prince était extrêmement enclin à l’ivrognerie, et les excès auxmielg il se livrait hâtèrent sa fin(l).
oktaï tint en 1234 une a.ssemblée générale dans un endroit de la Mongolie appelé TaUmtépé. L’année suivante, il convoqua un nouveau kouriltaï dans la ville deCaracorum, où il avait fixé sa principale résidence (2). Pendant un mois on donna des fêtesaux princes qui étaientvenuspour prendre part à l’assemblée, et on leur lit de grandes laraesses. Lorsqu’on l’occupa enfin des alTaires de l’empire, il fut décidé que l’on entreprendrait plusieurs expéditions, et que l’on enverrait une armée contre les Soungs et une autre en Corée pour réduire les habitants de ce pays qui s’étaient révoltés. Une troisième expédition fut envoyée pour conquérir les pays situés au nord de la mer Caspienne et de la mer Noire, une autre partit pour les frontières du Cachemire et de l'Inde. La Perse avait déjà été soumise antérieurement, et le lultan Dielal-ouddin avait péri en 1231.
Il fut dfécidé, dans le même kouriltaï, que les propriétaires de troupeaux se-
Ü)Toaloui (comme doiu rapprend M.d'Ohs* fiùtnire den Mongol», (ome Tl, paffe 00) üfniifle miroir en langue mocole. Après la Bkûrt de ce prince , Il ne fut plus permis de prononcer son nom , et pour désigner un ml* les Mogols empruntèrent de la langue lurrpie le mot gwuzugu.
(2) H a été question des ruines de cette Tille ei-dcvanta page do4, col. 2.
raient tenus de donner une tête de bétail par cent bétes, et les cultivateurs la dime de leurs récoltes. Le produit de ces tributs était destiné au soulagement des pauvres.
Oktaï avait amené de la Chine un rand nombre d'artistes et d’ouvriers halles. Il les chargea de lui élever un palais dans la ville de Caracorum. L’édifice était entouré d’un pare , et on v avait ménagé quatre entrées : l’une réservée àl’empereur seul, la secondeaux princes du san^, la troisième aux daines de la famille impériale, et lademière au public. On avait bâti autour du palais plusieurs hôtels destinés aux grands de la cour.
Cet ensemble de constructions forma une ville à laquelle Oktaï donna le nom â’OrdoubaUk, c’est-à-dire la ville de l’Ordou, mais qui est bien plus connue sous le nom de Caracorum (l). La nouvelle ville fut entourée en 1235 d’une muraille d’environ une demi-lieue de circui t . L’empereu r fit établi r. depuis Caraconim jusqu’à la frontière de la Chine, trente-sept relais qui étaient protégés par des détachements de cavalerie. Cnaue jour on voyait arriver à la capitale, es différentes parties de l’empire mogol, cinq cents chariots chargés de vivres et de liqueurs de différentes espèces que l’on déposait dans de vastes magasins pour les livrer ensuite à la consommation de la cour et en faire des distributions au peuple.
Oktaï inaugura son nouveau palais en 1 236 . Il donna à cette occasion un grand festin. Au mois de mars de la même année, on créa en Chine des assignations munies du sceau du trésor. On en émit pour la somme de 10,000 petits lingots ou 50,000 onces d’argent.
L’emperenr avait promis à ses généraux de leur distribuer les provinces conqu ises. Le sage ministre yéliuï-Tchoutsaï fil entendre à ce prince combien un pareil système pouvait devenir préjudiciable à l’empire et à lui-même. Oktaï comprit la vérité de ce conseil, et récompensa ses généraux avec de l’argent, des étoffes précieuses et des bijoux. C.ependant les provinces de la Chine furent données en apanage aux princes et aux
(1) On l'Appelait aasâl Van*gan. f 'oyex de GulgDM, HiêUjire grnéraU de$ liurnt, totoe 111, page 9b, note a.
LUmVERS.
prinressef du Mnft ft h qurlquns scipiifiirt mo^lü; mais l’empereur nomma des funelinnnairrs chargés de la perception de l'inipùl. Cette modiflcation atténuait les inconvénients du système des flefi que l'empereur ne voidut pas détruire en Chine pour ne pas manquer à la (Mirole qu'il avait donnée (l\
1>! sage ministre fit instituer deux grands colleges destinés é l'iiislruetion des jeunes nobles moguls, qui y apprenaient riiistnire. la géographie l arilhnietique et l'astronomie, sous des maîtres habiles, clioisis par le ministre luimême.
Pendant que les armées mogoles ravageaient la Corée, le midi de la Chine, la Russie, la Pologne et la Hongrie, Oktaî passait sa vie dans l'oisiveté et se livrait à son penchant pour In ehas'-e et l'ivrognerie. Il passait un mois du printemps à Caraeorum, et allait s'établir, pour le reste de cette saison , dans le pnlais de Kertchagan , situé à une journée de chemin de la ville.
Ce palais avait été bâti par des architectes persans, qui voulurent rivaliser avec les architectes cliiuois constructeurs d'Ordoubulik. Kn quittant ce château de pinisance, Oktai retournait pour quelques jours à Caraeorum, puis il fixait sa résidence pendant l'été dans un lieu nommé Ormektoua (î). Il tenait sa eour sous une tente de feutre blanc,
amie à l'interieur de tissus de sole
roches d'or, et qui pouvait contenir jusqu'à mille personnes. F.n automne il passait environ quarante jours dans les environs du lac Keusche, à quatre journées de Caraeorum ; puis il se rendait à Ong-ki, où il passait l'hiver, saison de la grande chasse. Il avait fait construire dans œ canton une enceinte de pieux de deux lieues de circuit, et dans laquelle on avait pratiqué plusieurs portes. Toutes les troupes cantonnées jusqu'à la distance d'un mois de route recevaient
(t) Voyez Histoire des fdongoft du Imron C a*OhiSon , tome II , p. S7 et sulvantm.
(1) N. d'Ohuoa (tome II, p. M, pote S ) reconnall la poalHon de ce Heu dent la moiilaaneet la alallon d’Ourmnukhloul, prêt de la Hvlére Seliara, qui va du aiid-etl le jeler dans l'Oriion, a envirun vliigl-<leux lieues au sud de Rlakhtasur la roule de l’Ourge. M. Tioiknwskl
K rie d'Ourmoukhlooi daosaon foyageà Pékin, De 1, page 43.
l’ordre d’avancer en poussant du cdté de l'eneeinte le gibier et les animaux saurages. Quand l'empereur avait chassé, venait le tour des princes du sang, puis des officiers, et les animaux qui restaient étaient tués par les soldats. Au retour d'une de ces parties de chasse aux environs du lac Tchitchek-Tchagan.
au mois de mars de l'année 1241, il tomba malade. L'impérairiceToiirakina, son épouse, vivement alarmée de sa position, consulta le sage Yeliuï-Tclioutsai afin de savoir de lui quel moyeu elle der.'iit employer pour obtrnir'du ciel le rétablissement de l'empereur. I,e ministre conseilla des actes de iustice et de bienfaisance. Il dit que les fonctions les plus hautes et les emjilois les plus importants de l'empire étaient confiés à des hommes qui trafiquaient de la justice et vendaient les pinces et les faveurs. La*s prisons étaient pleines d’innoernts dont le seul crime rtnit d'avoir élevé la voix contre ces abus intolérables, ei qu’il fallait accorder une amnistie generale. Tourakina voulait faire publier sur-le-champ cette aiiinislie; mais le ministre lui représenta qu'on ne pouvait pas prendre une mesure aussi importante sans un ordre furniel de l’empereur. Aussi dès qu’Oktaï, qui avait perdu eonnalssance , fut revenu à lui , rim()ératrice le pria d’accoriler un pardon général à toutes les personnes qui avaient été envoyées en exil ou qui étaient détenues en prison. L’empereur acerta faeilemeat à la requête de Tourakina, et quelque temps après il se rétablit ; mais au mois de décembre suivant il fut atteint d'une nouvelle maladie. Il alla néanmoins encore à la chasse pendant cinq jours. A son retour il s'arrêta dans les environs du mont Kutegou- Cqulan, et passa le temps à Iwire jusqu’à minuit. I.« lendemain matin. Il décembre 1241, on le trouva mort dans sa coiirhe.Unede ses concubines et (|urlques autres j>ersonnes, faussement accii.sées de lui avoir donné du jioison, furent condamnées au dernier supplice. Il était âgé de ciiiquaiih -six ans, et en avait né treize. Ou l’euterra dans la vallée e Kinien.
CABACTBBB d'oKTAÎ. — ANECDOTES
8UB CE PBINCE. — SES EEMSIES.
Oktaï, il finit le dire h sa louange, avait uu caractère d'une douceur bien remarquable pour un Mogol de cette époque, et pour un fils de Oengiskan. Il était libéraHusqu'à la proiligalité. Lorsque ses ofOciers lui faisaient quelques représentations sur ses largesses , il leur répondait mie, tout étant passager en ce monde, il fallait t.Vher de se perpétuer dans la mémoire des hommes.
Lorsqu’on parlait des richesses amassées par quelque souverain ; • Ils étaient tout à fait privés de bon sens, disait il ; puisque les richesses ne nous préserient pas de la mort , et que nous ne pouvons pas revenir de l’autre monde, nous devons verser nos trésors dans le cœur de nos sujets. »
Un marchand étant venu un jour lui offrir un bonnet à la persane, Oktaï recommanda de compter à cet homme deux cents pièces d’argent. L’officier chargé d’acquitter la somme, s’imaginant qu’un pareil ordre ne powait avoir son ongine que dans les fumées du vin, crut ne devoir pas obéir. Le lendemain Oktaï, apprenant que le marchand n’avait point été payé, lui assigna trois cents pièces au lieu de deux cents. Le jour suivant, la même chose arriva encore, et la somme promise s'éleva enfin à six cents pièces d’argent, .Alors Oktaï s’emporta contre ses officiers, et leur dit qu’ils étaient véritablement ses ennemis, puisqu’ils l’empêchaient d’acquérir la seule chose durable en ce monde, une bonne renommée. » Je vois bien, ajoutat-il , que vous ne vous corrigerez jamais tant que je n’aurai pas puni un ou deux d’entre vous pour servir d’exemple aux autres. •
Pendant qu’il faisait^hâtir Ordoubalik, il entra un jour dans son trésor, et le trouvant plein de pièces de monnaie ; « A quoi me servent, dit-il, toutes ces richesses quil faut encure prendre la peine de garder ? • Il fit publier que les personnes qui voudraient de l’argent eu.sseut à se présenter. Aussitôt les habitants accoururent en foule au trésor, et chacun prit ce qu’il put emporter.
Un grand nombre de marchjauds, attirés par la réputation de générosité
d’Oktaï, se rendaient k sa cour des contrées les plus lointaines. Ce prince achetait toutes leurs marrhandises en bloc, et en fiiisait ensuite des présents. Il avait coutume, après le repas, de s’asseoir devant ses tentes et de distribuer des cadeaux ,a toutes les personnes qu'il voulait distinguer. Les marchands profitaient de sa facilité pour lui faire des comptes trop considérables ; mais il exigeait toujours que les mémoires fussent acquittés intégralement , et même que l’oii accurdôt aux marchands un dixième eu sus du montant de leurs factures.
Quelques seigneurs de ta cour lui représentèrent que cette addition était superflue, puisqu'il payait dé|à plus que les prix ordinaires. « Ces gens, répondit alors Oktaï , n’apportent ici leurs marchandises que dans l’espoir de faire de grands hénetices. Je ne veux |N>int qu'ils soient déçus dans leur attente. Et d’ailleurs n’ont-ils pas toujours quelques petites dépenses a faire pour vous autres »
tin jour Oktaï, ayant rencontré sur la route un vieillard qui paraissait étranger, le questionna suivant son usage.
Ayant appris que cet homme était de Bagdad , qu’il avait dix filles à marier, et se trouvait dans la plus grande indiv gence : « Pourquoi , oit Oktaï , le coHfl! ton maître ne vient-il pas à ton secours? — Toutes les fois que je lui fais connaître ma misère, reprit le vieillard , on me compte de sa part dix pièces d’or ; mais cette somnte est bientôt absorbée par les nombreux besoins de ma famille. • Alors l’empereur lui fit compter mille pièces d’argent , qu’on lui remit aussitôt. « Mais, dit le vieillard , comment ferai-je pour transporter chez moi une pareille somme ? • Oktaï lui fit fournir des chevaux.
• Mais, continua le vieillard , j'ai un si long voyage à faire. Dieu sait si j’arriverai à Bagdad ; et dans le ras où je viendrais à mourir en ruiite, mes filles seront privées des bienfaits de l’empereur. » Oktaï lui fil donner uneescortededix Mogols. Cet homme mourut , comme il le craignait, avant d'arriver à sa destination.
Les soldats de l’escorte informèrent aussitôt de cel événement Oktaï , qui leur ordonna de porter l’argent à Bagdad , e»
de le remettre aux filles du défunt.
Oktaï faisait souvent avancer des fonds à des personnes qui voulaient tra-
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L’UNIVERS
üqiier. Un marchand avait re<;a du trésor, à titre d'emprunt, une somme de cinq cents pièces d'or. Il se présenta au bout de quelque temps pour annoncer qu’il avait tout perdu. Le caan lui fit remettre une somme égale à la première.
L’année suivante , cet homme reparut.
Il était dans la misère, et se plaignit du malheur qui le poursuivait. Quelques personnes raccuserent d’avoir mangé tout l'argent qu’il avaitreçu. « Mais comment peut-on manger des pièces d’or, dit l’empereur ?» On lui répondit qu’il les dépensait à ses plaisirs. « En ce cas, dit Oktaï , les pièces d’or n’en subsistent pas moins , et ceux à qui il les a données étant mes sujets, c’est comme si j’avais ces richesses dans mes coffres. Remettez-lui encore une pareille somme, et recoramandez-lui de ne plus se montrer si prodigue à l’avenir. »
Se trouvant un jour à la chasse , un pauvre homme lui offrit trois melons.
Oktal , n’ayant ni bijoux ni argent sur lui, pria Mouu, une de ses épouses, de lui donner deux grosses perles qu’elle portait à ses oreilles. La princesse répondit que cet homme ne pouvait pas comprendre la valeur d’un pareil cadeau, et qu’il serait plus convenable de le faire revenir le lendemain et de lui donnerdes habits et de l'argent. « Croyezvous donc, dit-il, que le pauvre puisse attendre jusqu’au lendemain ? Quant aux perles, elles me reviendront toujours. » En effet , l'acquéreur, frappé de leur beauté, alla les oflKr à l’empereur, qui les rendit alors à Mouga.
n était défendu , comme nous l’avons dit plus haut (I), de se baigner dans une eau courante , et même d’y tremper les mains, de crainte d’attirer le tonnerre, dont les Mogols avaient une frayeur extrême. Lorsqu'un homme avait été frappé de la foudre , sa famille et la tente qu’il habitait étaient reléguées loin du campement, et aucun des siens ne
Pouvait entrer pendant trois ans dans ordou d’un pnnce de la famille impériale. Tout ce qui avait appartenu à cet homme , .sa famille comme ses meubles , devait être purifié en passant entre deux feux. Oktaï, revenant un jour delà chasse avec son frère Djagataï, vit un musulman
, (I) rarMd'devant, p. 315, eol. 1 .
?iui se tenait accroupi dans l’eau pour aire ses ablutions. Djagataï , stricte observateur des coutumes de l’empire, et d’ailleurs ennemi des mabométans , voulait que cet homme fût mis à mort à l’instant même. Oktaï ditqii’il serait interrogé et Jugé le lendemain ; puis il fit jeter en secret une pièce d’argent à l'endroit où le musulman avait été surpris , et il le fit avertir d’alléguer pour excuse qu'apnt eu le malheur de laisser tomber dans la rivière la seule pièce d’argent qu’il possédât, il était descendu dans l'eau pour la reprendre. Quand on interrogea le prévenu, il fit la réponse qu’Oktaï lui avait suggérée, et des personnes envoyées pour s’assurer si cette déclaration était exacte ayant rapporté la pièce de monnaie , Oktaï déclara qu’on ne devait dans aucun cas transgresser la loi ; mais qu’il voulait faire grâce à cet liommc en considération de son indigence , qui l’avait porté à exposer sa vie pour une somme aussi faible, et il lui fit donner encore dix pièces d’argent.
Au commencement de son règne, il avait fait défendre de couper la gorge aux animaux dont la chair est destinée à servir de nourriture : on devait, suivant l’usage mogol et le yassa de Gen giskan, leur fendre la poitrine (I). Cet ordre contrariait les mahométans , qui ne peuvent se nourrir que d’animaux égorgés. Un musulman, ayant acheté un mouton, fut observé par un Kiptchac qui le suivit, monta sur le toit de la maison, et sautant à terre au moment où le musulman égorgeait l’animal , traîna de force le coupable devant l’empereur. Oktaï fit mettre le musulman en liberté, et condamna le Kiptchac à la peine de mort, pour s’être introduit dans une maison krangère.
Un homme ennemi des musulmans se présenta un Jour devant Oktaï, et lui dit que Gengiskan lui était apparu en songe et lui avait adressé ces [ùroles : « Va dire de ma part à mon fils qu’il extermine les sectateurs de Mahomet, car ils sontuneraee méchante. > Après s’être recueilli quelques instants, Oktaï demanda à cet homme si Gengiskan s’était adressé à lui par le moyen d’un interprète ; il dit que non. « Et sais-tu le mo-
(I) l'offt cl-devani, pa|;e 314, (lire X.
SSl
gol, répliqua l’empereur? Cet homme avoua qu'il ne savait que le turc. Tu mens donc, continua Oktaï, car Gengiskan ne parlait que le mogol. Il Gt eondamner cet homme à la peine de mort.
De pareils actes de justice sommaire paraissent d’abord inexplicables chez un prince d'un naturel aussi doux qu'Oktaî. Il est facile de comprendre toutefois que cet empereur voulait arrêter la délation, qui pouvait compromettre la sdreté de sa personne et .de ses États avec des hommes aussi ignorants et aussi superstitieux que les Mogols.
Quelques Chinois donnaient devant Oktai un s^tacle de marionnettes.
Parmi les différentes figures qui parurent sur 1,1 scène on remarquait un vieillard coiffé d’un turban , portant de longues moustaches blanches ebattaché par le cou à la queue d’un cheval. L’empereur demanda aux Chinois ce que réprésentait ce vieillard. • C’est de cette manière, répondirent-ils, que les soldats mogols traînaient les captifs musulmans. > Oktaï fit cesser aussitôt le spectacle , et donna ordre qu’on lui apportât les productions les plus rares de la Perse et de la Chine qui se trouvaient dans son trésor. Il prouva à ces Chinois que les objets de leur pays ne pouvaient pas soutenir la comparaison avec les produits des autres. Kt il ajouta : • Il n^ a pas dans mon empire un seul riche musulman qui ne possède plusieurs esclaves chinois, et pas un seul riche chinois ne possède d’esclaves musulmans.
'Vous connaissez d’ailleurs la loi de Gengiskan qui prononce une amende de quarante pièces d’or pour le meurtre d'un musulman , et n’estime la vie d’un Chinois qu’à la valeurd’un âne. Comment, après cela , osez-vous insulter les Mahométans! » Et il les renvoya aussitôt.
Ce prince avait un goût prononcé pour les combats de lutteurs , et il entretenait un grand nombre d'athlètes kaptchacs et chinois. Ayant entendu vanter l'adresse et la force des lutteurs persans, il donna ordre à un de ses généraux d’en envoyer quelques-uns en Mongolie.
Le général fit partir une trentaine de ces hommes sous la conduite de deux maîtres fameux, Pilé et Mohammed- Schah. Les lutteurs furent présentés 21' Livraison. (Taetabie.)
à Oktaï, qui admira la bonne mine, la haute stature et les Justes proportions des membres de Pilé. « Je crains bien, dit un général qui se trouvait présent, que les frais de voyage et le salaire de ces hommes ne soient autant d’argent perdu. — Eh bien, répondit le Caan , faites venir quelques-uns de vos lutteurs; ils essayeront leurs forces contre les Persans , et s’ils sont vainqueurs je vous payerai cinq cents pièces d'or; dans le ca's contraire, vous me donnerez cinq cents chevaux. * Le général accepta cette proposition , et se présenta le lendemain a vecun homme appartenant à sa division. Pilé s’avança vers lui. Les deux champions commencèrent à se mesurer des yeux, et se saisirent au corps. Le Mogol fut assez adroit pour renverser son adversaire, et tomba sur lui. • Tiens-moi bien, lui dit Pilé en riant ; prends garde que je ne t’échappe. • Et au même instaiU il l'enleva , et le jeta contre terre si rudement qu'on entendit craquer ses os. Alors l'empereur dit à Pilé: « Tiens-leferme! a Puisse tournant vers le général « : Eh bien! Pilé a-t-il gagné son salaire? « Et il exigea le montant de la gageure , qui fut remis à Pilé avec une somme considérable.
Oktaï, qui s’était attaché à cet athlète, lui avait donné une jeune fille d’une rande beauté. Quelque temps après, il emanda à celle-ci comment elle trouvait son Tazik (I ) ; car les Persans jouissaient d’une grande réputation parmi les Mogols. La jeune fille donna a entendre qu’il n’existait aucune intimité entre elle et le lutteur. Oktaï demanda à Pilé le motif d'une pareille conduite. L'athlète lui répondit qu'étant devenu célèbre à sa cour, et n’ayant jamais été vaincu, il voulait conserver toutes ses forces pour continuer à mériter les bonnes
f;râces du Caan. Oktaï lui dit qu'il vouaitavoir des hommes de sa race, et qu’il le dispensait de paraître dorénavant dans l’arène.
On rapporte de la part de ce prince un trait qui annonce que s’il était supérieur a ses compatriotes, il avait cependant conservé quelque peu do leur barbarie. Le bruit s'étant répandu parmi
( O Tasik ou Tadjic signille Ptnan. Faya cidevaot page sa.
L’UNIVERS
les membres d'une certaine tribu que l'empereur voulait marier leurs Allés à des hommes d'une autre tribu , ees gens lesÂancèrenteten marièrent même quelques-unes aussitêt. Oktaï, instruit ne cette conduite, flt réunir toutes les filles de la tribu au-dessus de sept ans, et toutes les femmes mariées depuis deui ans. On les rangea sur deux lignes au nombre de quatre mille. Il rlioisit les plus belles pour son palais , en donna un grand nombre aux ofOciers de sa cour, en envoya d'autres dans des hôtelleries , et [)ermit à tous les hommes présents d’enlever celles qui restaient. Otle scène se passait en présence des pères , des frères et des maris de ces infortunées.
Oktaï se montrait quelquefois superstitieux. Un Mogol lui raconta qu'un loup avait détruit une partie de son troupeau. Cet homme parlait encore lorsque des athlètes musulmans s'avancèrent, amenant aux pieds de l’empereur un loup qu’ils venaient de prendre dans les environs, et que l’on supposait être le même quiavaitexereé de si grandsravages dans le troupeau du Mogol. Oktaï fit rendre à ce pauvre homme on troupeau de moutons, acheta le loup mille pièces d’argent, et le At mettre en liberté. aAn , disait-il , que cet animal allôt prévenir ses compagnons du danger qu'il avait couru, et les engageât à quitter le pays. Mais à peine le loup était-il relâché, ^ qu’il fut assailli et mis en pièces par des ' chiens. Oktaï se montra consterné de cet événement. Il rentra dans sa tente, et après avoir ganlé longtemps le silence, il dit aux personnes qui l’eAtonraient : « Ma santé s'affaiblit de Jour en jour, et en arrachant cet être à la mort je pensais qulil plairait |ieut-étre au ciel de prolonger mon existence. Mais ce loup n’a pu éviter sa destinée , et c'est là un triste présage pour moi. » On ajoute que ce prince mourut peu de temps après.
Oktaï avait eu plusieurs épouses et soixante concubines, (lelle qui occupait le premier rang était l’impératrice Tourakina , dont nous avons déjà parlé ; il eut d'elle cinq lils.
DJ AG XT aï REFUSE LA REGimCR , BT LA DÉFBBK A l’impératrice, TOU- RAKINA. — MORT DE DJAOATAÏ. — CARACTÈRE DE CE PBIIXCE. — SOIS MINISTRE MASSOITD-BEY. — RÉ- VOLTE A BOUKHARA.
Après la mort d'Oktaï, les grands de l'empire se disposaient à nommer régent ou mêmeà proclamer einpereurDjagataï, le seul des Als de Gengiskan qui vécAt encore. Ceprinceétait comme ses frères, et comme presque tous les Mogols, trè»adonnéà l'ivrognerie, et d'ailleurs extrêmement débauché. Ce fut sans doute pour pouvoir se livrer à ses vices sans kre dérangé par les affaires publiques qu’il engagea les autres princes du sang a conAer les fonctions ne la régence à l’impératrice Tourakina. Djag.ital ne survécut que peu de mois à Oktaï. Pendant sa maladie, son ministre favori, qui était Turc, et son médecin qui était Persan , lui prodiguèrent les soins les plus dévoués. Cette conduite irréprochable n’einpécha pas que la princesse Issouloun , une des é|K>uses de Djagataï, ne les flt mettre à mort avec leurs enfante.
C’est ici le lieu de faire connaître le caractère de Djagataï et quelques-une des principaux événements de son règne.
Ce prince était sombre et inAexible, et faisait observer dans toute leur rigueur les lois de son père.
Les musulmans surtout se plaignaient de SB sévérité, qui les contraignait à violer sans cesse les préceptes de leur code religieux. On rapporte de lui un trait qui prouve qu'il poussait au plus haut degré les idées d'ordre et de subordination , qualité bien rare chez un prince barb.vre. Étant sorti un jour avecl'emiioreur Oktaï son frère, tous deux la tète éidiauffée par la boisson, il soutint que sou cheval devancerait à la course celui d'Oktaï, et offrit à ce prince d'en faire le pari. Il gagna; mais, le soir, retiré dans sa tente , il réAécliit , et jugea qu’il avait manqué de respect à son souverain, en lui proposant un pari qu’il avait gagné. Pour détruire l'effet que pouvait produire , selon lui , un aussi dangereux exemple , il se rendit le lendemain matin suivi de tous ses ofUciers devant la tente düktaï. Celui-ci, malgré toute la contiance qu'il avait en son frère , n’apprit
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pas sans inquiétude qu’il veqait d'arriver de si t>onne heure accompafçné d’un nombreux cortège. Il fit demander quel sujet l’amenait. Djagataî répondit que, la veille , ayant manqué de respect au Caan , il venait se livrer à sa justice, prêt a subir la bastonnade et même la mort si elle lui était infligée. Oktaî, touché de cette preuve de soumission de la part de son frère aîné, lui Gt faire de tendres reproches, et Djagatsi consentit enGn à accepter son pardon. Mais il voulut se soumettre à toutes les expiations prescri tes pour les criminels graciés : il se prosterna à l’entree de l'ordou impérial, offrit au Caan un don de neuf fois neuf chevaux , et il exigea que l’on annonçât à haute voix que le Caan lui avait accordé la vie.
Djagataî avait remis l’administration de ses vastes États à Massoud-Bey.
ministre s’occupa arec zèle à rép.irer les maux que l'invasion de Gengiskan avait amenés sur la Transoxane. Le pays de Boukhara surtout devint l’objet de sa sollicitude. Cette capitale se repeupla alors, et devint Dorissante. Peu s'en fallut toutefois qu'une emeute, causée par le fanatisme de la populace, n’appe- I8t une nouvelle catastrophe sur cette ville qui sortait à peine de ses ruines. Un homme du village de Tarab , à trois lieues de Boukhara , et qui gagnait sa vie à faire des cribles , prétendait avoir la puissance de commander à certains énies qui exécutaient ses ordres et lui évoilaient l’avenir. Cet homme, appelé Mahmoud, compta bîentdtun grand nombre de sectateurs. Car , alors comme aujourd'hui , la croyance à la magie était générale dans tout le Turque.stân. Des personnes des deux sexes, mais surtout les femmes , se livraient à la pratique de cet art mensonger, et prétendaient guérir les malades en évoquant les démons par des danses et des contorsions horribles. La réputation de Mahmoud s'etant répandue dans le pays , des paralytiques , des épileptiques et des gens attaqués de plusieurs autres maladies accoururent en foule implorer sa puissance surnaturelle. Ces rassemblements, devenus fort nombreux, causèrent de l’in-
Ïniétude aux gouverneurs mogols de oukhara. Ils informèrent de ce qui se passait Massoud-Bey, qui résidait kKiio-
djande , et lui témoignèrent en même temps l’intention où ils étaient de faire périr cet imposteur. Ils allèrent ensuite se présenter devant Mahmoud, à son village de Tarab , lui baisèrent les pieds avec respect , et l’engagèrent à se rendre à Boukhara , pour faire participer à ses dons surnaturels les habitants de cette ville. I.eur intention était de se défaire de lui lorsqu’ils seraient arrivés à un certain endroit de la route. Mais soit que Mahmoud eût pénétré leur dessein ou qu'on l’en eût averti, arrivé près du lieu fatal, il regarda fixement le principal officier mogol qui l’accompagnait , et lui dit :
« Renonce au méchant dessein que tu as conçu , sinon je te ferai arracher les yeux par une main invisible. » Les Mogols , surpris de cette apostrophe , et convaincus qu'il avait été informé de leur projet par un être surnaturel, n’osèrent as le tuer. Il continua sa route, et arriva ientdt à Boukhara , où il fut logé dans un palais et comble d’honneurs. Le peuple se rendait en foule dans le quartier qu’il habitait, chacun voulant voir de ses yeux le prophète du Très-Haut. Pour satisfaire rempressement de la foule , il montait sur le toit de son palais , et aspergeait les assistants avec de l'eau dont il se remplissait la bouche. Cet homme, ayant été informé toutefois que les autorités mogoles ne cherchaient qu’une occasion de le faire périr sans exciter d’émeute parmi la multitude , crut prudent de quitter la ville. Aussitôt que les chefs s'aperçurent de sa disparition , ils lancèrent dés cavaliers dans toutes les directions pour tâcher de découvrir sa retraite. On le trouva à quelques lieues de Boukhara. Le peuple de cette ville, convaincu qu’il avait échappé aux poursuites des Mogols en s’élevant dans les airs, se porta en foule vers le lieu où il était caché, pour le ramener dans la capitale. Mahmoud, se trouvant environné d’une grande multitude, se mit à crier : • Braves gens, qu’attendez-vous pour purger l’univers de ces hommes sans foi? Que chacun de vous prenne des armes et me suive. » Il fut ramené en triomphe à Boukhara , que les chefs mogols jugèrent prudent d’évacuer. Ij! lendemain, qui était un vendredi, le nom de ect imposteur fut prononcé à la iiinsquée dans la prière canonique Le peuple se
L’UNIVERS
porta ensuite sur les hôtels des gens riches, et commença à les piller. Le fanatisme des gens de Boukhara était arrivé à un degré tel , que Mahmoud ayant fait ses ablutions, l'eau dont il s’étaitservi fut versée dans des fioles , conservée précieusement , et donnée en potion à des malades. Une fois maître de Boukhara , Mahmoud appela près de lui les personnages les plus importants de la ville , les accabla d*mures , en fit mettre à mort plusieurs, destitua le chef du clergé, et le remplaça par un de ses adhérents. Les principaux habitants quittèrent Boukîiara. Mahmoud cependant continuait à jouer son rôle de prophète. Il disait avoir sous ses ordres des legionsdegénies invisibles qui peuplaient fa terre et les airs. .11 ordonnait à ses sectateurs de regarder avec attention , disant qu'ils finiraient par découvrir les êtres surnaturels dont il leur parlait. Ces gens , sous l’influence d’idi'ies superstitieuses , finissaient toujours par s'imaginer qu’ils voyaient queli|ue chose. Ils croyaient distinguer jusiju’uux vêtements des génies. lA>rsque M.ihmoud avait affaire à quelque mécri^nt, il lui faisait donner la bastonnade.
Les chefs mogols, ayant rassemblé leurs troupes à Kermineh , entre Boukhara et Samarcande , se mirent en marche contre les insurgés. Mahmoud, accompagné de ses nombreux prosélytes , sortit a la rencontre des Mogols. L’imposteur ne portait aucune espèce d'armes, et son corps n’était protégé que par ses vêtements ordinaires. Un ouragan terrible éclata pendant le combat. Les Mogols , extrêmement superstitieux, attribuèrent cet accident à la puissance surnaturelle de Mahmoud. Frappés de terreur, ils prirent la fuite. Les gens de Mahmoud les poursuivirent jusqu'à Keriiiineh. Mais lorsqu’ils revenaient en vainqueurs, après avoir fait un grand carnage des ennemis, ils ne trouvèrent plus leur prophète : Mahmoud avait disparu dans la mêlée, sans que ses partisans eux-mêmes se fussent aperçus de son absence. Ils annoncèrent partout qu'il reviendrait, et ils élurent pour chefs ju.squ’à son retour ses deux frères Mohammed et Ali.
Huit jours après cette victoire, les troupes mogoles se nrésentèrent de nouveau devant Boukhara, et livrèrent une
seconde bataille aux habitants, qui furent complètement défaits. On prétend qu’ils perdirent vingt mille hommes. Les deux frères de Mahmoud , qui , à l’exemple de cet imposteur , avaient cru devoir affronter l’ennemi sans casque ni cuirasse, furent tués dès le commencement de l’action. Le lendemain de leur victoire, les Mogols firent sortir tous les habitants de Boukhara. Ils avaient l'intention de massacrer les hommes , de réduire en esclavage les femmes et lês enfants , et de piller la ville. Massoud-Bey empêcha l’exécution de ce plan horrible. Il soutint ue le crime de quelques personnes ne evait pas retomMr sur tous les habitants, et qu’il était contraire au bon sens de détruireune capitale qu’on avait eu tant de peine à tirer de ses ruines. Le souverain accorda à son ministre la grâce des habitants
BÀTOU ET QUELQUES AUTBES PBIII- CES MOGOLS DETOURNENT EN TAB-
TABiE pouB l’Élection du nouvel EMPEBEUB. — L’IMPÉBATRICE TOUBAKINA est nommée RÉGENTE.
— MORT d’veliui-tchoutsai. —