RELIGION
Les peuples du Turquestan professent tous la religion mahométane sunnite, à l'exception d'un nombre peu considérable de Juifs, des habitants du pays de
(I) CVst ainsi qu'on prononce* ncluHIemPiit co nom dans le pays; mriis nous voyons par les écrits des anciens géo^ruplies arabes qu*un di* sali autrefois S'irkfion et StirakKai. L. D.
Dcrvazeli qui sont idolâtres , et d’autres dissidents.
DIVISION POLITIQDK.
Le Tiirquestan sc partage aujourd'hui en différents États, dont nous nous oueiipcrons dans l’ordre de leur importance. Ces États portent le nom de khanats, c’est-à-dire pays gouvernés par des khans. Ce sont :
Le klianat de Boukhara, ou la grande Boukharie, de laquelle dépendent le pays de Baikh , et les ci-devant khanats d’Ankoï et de Méïmaneh;
Le khanat de Khiva, avec le pays des Karakalpaks et celui des Turcomans, ou Turcomanie ;
Le khanat de Koundouze;
Le khanat de Khokande;
Le khanat de Hissar;
Le khanat de .Schéhérisebze ;
Enfin le pays des Rirguizes.
Nous nous' occuperons d’ahord du khauat de Boukhara, plus riche, plus peuplé et plus puissant mie fous les autres. Nous entrerons à iVccasion de la Boukharie dans plusieurs détails qui s’appliquent à quelques autres États , et qu'il ne sera plus nécessaire de répéter lorsqu’une fois nous les aurons fait connaître.
KHANAT DE nOUKHARA, OU 6RA\DB BOUKHARIE.
LIMITES. Il est e.Atrémement difficile d’indiquer avec exactitude les limites de la Boukharie ; ce pays, étant environné de déserts , ne saurait avoir des frontières bien déterminées : l’étendue des khanats varie suivant la force ou la faiblesse du souverain régnant, qui porte les limites de son empire à une distance plus ou moins grande.
M. le baron de Mevendorff observe que le khan de BouKhara pousse au nord ses avant-postes jusqu’à Agatma, où il existe une petite maison qui sert de corps de garde à ses soldats. I^s troupeaux des propriétaires boukhares vont aitreau nord-est d’Agatma , et leshailantsde Boukhara dépassent cet établissement militaire, et se rendent dans les déserts situés au nord-ouest pour arracher des broussailles qu’ils vendent
ensuite dans la capitale. Enfin , les officiers des douanes boukhares vont jusqu'à Karagata, pour visiter les caravanes qui arrivent de Russie. Ces différents actes indiquent une possession permanente et régulière, et M. de Mevendorff indique Karagata comme l'extré'me frontière de la Boukharie ducôté du nord. De Karaeaia les limites se prolongent en ligne droite ju.squ’ù Ouratoupah en avançant vers l'est; les frontières orientales s'étendent d’Ouratoupah jusqu'à Déïnaou; la ligne méridionale part de Déïnaou et s’avance jusqu'en deçadela villedeMerve. La frontière occidentale commence à Karagata au nord et descend vers le sud jusqu’en deçà de Merve ; cette ligne renferme le puits nommé Hsch-Berdi , situé sur la route de Boukhara à Khiva, et non loin duquel est établi un avant-poste boukhare, et loîtschi, village sur r Amou-Déria.
On peut conclure, d’après ces données , que la Boukharie , dans ses limites ordinaires, est située entre les 37° et 41' degrés de latitude nord, 61'et(iü* degrés 30 minutes de longitude est de Paris. La surface est d’environ dix mille lieues carrées.
Nous ne faisons pas entrer dans cette estimation les pays de Baikh, d’Ankoï et de Meïmaneh, qui ne dépendent qu'accidenteilement de la Boukharie.
Climat. X-e climat de la Boukharie n’est ni malsain ni désagréable. Il est sec et très-froid en hiver. En été, le thermomètre dépasse rarement degrés deRéaumur, et les nuits sont toujours fraîches, excepté dans les parties désertes du pays , où la chaleur est plus forte et excrae souvent 30 degrés. La riche végétation des environs de Boukhara contribue à rendre plus douce la température de la ville. Cette capitale est située à 1,200 pieds au-dessus du niveau de la mer. L’atmosphère v est en général pure , et le ciel d’un Iileu vifet sans nuage. Les étoiles y brillent pendant la nuit d’un éclat extraordinaire, tout à fait inconnu dans nos climats. Il s’élève de violents tourhillinis de poussière qui souvent ne sc dissipent qu’au bout de plusieurs heures.
En hiver, la neige couvre quelquefois la terre pendant trois mois, d autres fois aussi elle fond presque aussitôt
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L’UNIVERS
après être tombée. Le printemps est toujours marqué par des pluies extrêmement abondantes; néanmoins le solest naturellement aride. L'êvajioration de l'eau est tellement prompte, que petr d'instants après une grande averse la terre est tout à fait sèche. t
Les arbres commencent à bourgeonner vers la An de mars et les premiers jours d'avril. On éprouve à ce moment de l'an née de fréquents orages et quelu uefois de légers treinnlements de terre. Il e.xiste à Boukhara une croyance populaire d'après laquelle le oommeur«ment de l'année, qui, pour les Boukhares, a lieu à r^uinoxe du printemps , est toujours marqué par une secousse de treinhlemeut de terre. Plusieurs d'entre eux croient si fermement à ce phénomène , qu'au moment de l'équinoxe ils enfoncent un couteau dans la terre, et ne comptent la nouvelle année qu'à partir de l'instant où , par une cause accidentelle quelconque , le couteau penche et tombe sur le sol.
Vers la lin de février, l'Oxus est débarrassé de ses glaces , et c'est vers la même époque aussi que les cigognes se montrent dans le pays.
Maladies. La durée de la chaleur et la sécheresse continue de l'atmosphère en Boukharie sont quelquefois nuisibles à la santé. On observe dans cette contrée plusieurs maladies particulières, sinon dangereuses , du moins fort incommodes , et qu'il est impossible d'attribuer à d'autres causes qu’à l'influence combinée de l'air et de la nature du sol. Les fièvres intermittentes y sont très-communes, principalement vers la fin d'aodt et le commencement de septembre. Elles ne disparaissent qu'aux premières gelées. l.es étrangers y sont plus sujets que les naturels. Ces Gèvres ont rarement une issue fatale. On leur assigne pour causes la différence très-grande de la température entre le Jour et la nuit , et la quantité énorme de fruits verts dont se nourrissent les gens pauvres qui n'ont pas les moyens de se procurer une meilleure alimentation.
Hischta. Une auUe maladie plus fâcheuse encore est le ritc^, dragonneau, ou ver de Guinée. Cette maladie n'attaque que les personnes qui habitent Boukhara. On cesse d'y être exposé dés
u'on franchit l'enceinte de la ville. Les trangers qui se trouvent momentanément à Boukhara y sont aussi sujets que les habitants enx-mémes. On a vu nombre de voyageurs en contrarier le germe à Boukhara et ne ressentir tes atteintes du mal qu'assez longtemps apres avoir quitté cette ville.
On croit en général, et cette opinion parait très-hieii fondée, que le rischta doit être attribué à la qualité malsaine de l'eau que l'on boit à Boukhara. Cette eau provient d'un canal dérivé du Zérafschane, qui coule à six milles de distance de la capitale. Le grand canal se partage lui-même en plusieurs petits canaux ombragés de mûriers, et d'un effet assez agréable. Ces canaux alimentent les fontaines et les réservoirs de la ville. Souvent l'eau manque tout à fait en été pendant plusieurs mois, et lorsqu'il y en a , elle est toujours fétide et pleine d'animalcules. Les gens riclies, qui attribuent Je rischta à l'eau des réservoirs , font prendre leur provision à la rivière, et lorsque par hasard Ils ne peuvent pas s'en procurer, ils ont soin de faire bouillir préalablement celle des réservoirs avant d'en faire usage. Quoi qu'il en soit, le rischta est dd, sans aucun doute, à une cause particulière à la ville, puisque, ainsi que nous l'avons déjà observé, toutes les autres parties du klianat eu sont exemptes. On prétend qu'un quart de la population de Boukhara est annuellement atteinte de ce mal.
Le rischta attaque de préférence les personnes d'un tempérament lymphatique. Ce ver est plat, long dedeiix a trois pieds, et de couleur blanchâtre. Les symptômes qui décèlent sa présence sont : l'enflure des différentes parties du corps où se trouve le ver, et la formation d'ulcères purulents. Le malade éprouve de vives douleurs dans les os, une clialeur constante à l'intérieur du corps , une grande sécheresse de bouclie et une soif continuelle. Presque tous les habitants de Boukhara connaissent à des signes certains la présence du rischta et le moment où il s'approche de la peau. Ils percent alors lepiderme, et par une forte pression ils font sortir le ver tout d'un coup. Il faut avoir soin de l'extraire entier; si par malheur un oublie la tête dans la plaie, le ver se
retire, pénètre plus avant dans le corps, et cause une maladie qu'on appelle le ritchta caché. Ce mal est extrêmement grave. Il occasionne des endures dont on ne guérit jamais, attaque et contracte les nerfs, qui se dessèchent. On a vu des personnes atteintes du rischta caché en rester percluses toute leur vie. Le nombre des vers qu'un seul malade peut avoir est quelquefois très-considérable. M. Khanikoft cite l'exemple d’un homme qui en avait jusqu'à cent vingt dans le corps.
Mahkom. Il existe aussi en Boukharie une lèpre appelée makkom,\ qui s’annonce par une petite tache blauch.1tre sur la peau. Cette tache grandit et finit par s'étendre au point de couvrir tout le corps. L’épiderme devient sec et rugueux ; les poils tombent ; les ongles se détachent des chairs-, les dents sortent de leurs alvéoles , et tout le corps du malade offre un aspect difforme et horrible. Le makkom attaque particulièrement les personnes d’un tempérament faible et lymphatique. C'est un mal héréditaire. On prétend toutefois que la nourriture peut aussi en développer les germes. On voit un nombre trèsconsidérable de ces lépreux dans les cantons de Samarcande et de MiankaI , ainsi qu'à Schéhérisebze . et dans plusieurs autres contrées voisines où l'on cultive le riz. Quelques personnes attribuent le makkom à l’usage immodéré du ôouza, sorte de liqueur enivrante qu’on extrait de l’orge noire. Cette lèpre ruine toute la constitution, et l'on ne connaît dans le pays aucun moyen delà guérir.
A Boukhara, les gens qui en souffrent sont relégués dans un certain quartier, et n'ont aucune relation avec les autres habitants. Presque tous les Boukhares regardent cette maladie affreuse comme un rhàtimeut de Dieu, et repoussent l'infortuné qui a le malheur d’en être atteint. F.n 1 812, l'émir de Boukhara avait formé la résolution de chasser tous ces lépreux de sa capitale. On ne donna pas suite alors à ce projet. La présence des malades ne peut au surplus avoir aucun inconvénient pour la ville. Ils sont complètement en dehors de la société. Ils ont leurs mosquée.s , leurs bazars, leurs bains et leurs collèges. Ces précautions
paraissent utiles, car il semble assez bien établi que le makkom est contagieux. Toutefois on ne le gagne qu’après avoir eu des rapports suivis avec les malades. Presque tous les Boukhares sont au reste prédisposés à la lèpre. Ils éprouvent une sécheresse de peau continuelle. Ils ont l'épiderme rugueux et jaune, et souvent ils perdent les cils et les sourcils.
Sues personnes soutiennent que érentes maladies sont dues au régime alimentaire, d’autres au contraire prétendent qu’elles ont pour cause la sécheresse du climat. 11 est probable que ces deux opinions sont l’une et l'autre également exactes. Les ITsbecks mangent beaucoup de viande de mouton. On s’imagine en Europe qu’ils se nourrissent presque exclusivement de cheval. Mais cette viande serait beaucoup trop cliére pour qu’ils pussent en manger habituellement. Ils la regardent d’ailleurs comme très-échauffante, et, pour ces deux raisons, ils n'en consomment que fort peu. Le bœuf est abam donné aux gens pauvres. Les Boukhares sont tous extrêmement friands de la queue épaisse et grasse de leurs moutons. lis recherchent les ragoûts gras et huileux, le fromage et le lait aigre. Une pareille nourriture peut n’étre pas trèssaine, mais elle ne produirait dans aucun antre pars les cruelles maladies cutanées qui afiligent les Boukhares.
On voit souvent à Boukhara des enfants dont le visage est couvert de pustules corrosives qui laissent des marques ineffaçables. Une simple écorchure suffit qne'lquefois pour néterminer l'invasion de la malaaie. On ne sait du reste quelle cause lui assigner.
Les étrangers qui habitent Boukhara sont sujets à une faiblesse et à une atonie générales, suivies d'un dégortf insurmontable pour toute espece d'occupation. Les malades ne souffrent pas , mais ils éprouvent de fréquentes défaillances, ils tombent en léthargie, et finissent souvent par succomber.'
Les ophthalmieset les autres maladies des veux sont fréquentes dans le khannt. Souvent il sort des pulls du milieu de la runelle de l’oeil. On les arrache; mais s repoussent toujours. Cette dernière maladie est extrêmement incommode.
et dans plusieurs cas elle équivaut à une cécité presque complète.
Une autre maladie que les Boukhares éprouvent souvent, sont des vomissements qui durent quelquefois jusqu’à six mois de suite. La phthisie et le tremblement npTveux existent également dans tout le khanat. On y trouve aussi la syphilis sous les formes les plus effrayantes et les plus hideuses. Les personnes atteintes de ce mal sont fatalement destinées à périr, soit par l'effet de la maladie elle-même ou par les doses effrayantes de mercure que les cliarlatans du pays administrent à leurs malades sans aucune espèce de discernement.
La petite vérole fait de grands ravages dans la Boukharie,et le rachitis y est très-commun chez les enfants. Les habitants de Baikh souffrent beaucoup des ophthalmies et des rhumatismes.
l’OPULATIOiN DL KII.ANÀT.
La population de la Boukliarie se compose d'eléments hétérogènes , unis cependant presque tous | ar les liens de la religion.
Ta 1)4 ICS. Les aborigènes portent le nom de Tacÿics. Ils forment la majeure partie de la population de Boukhara ; on en trouve un moins mnd nombre dans les autres parties au khanat. Ils sont en général d'un caractère paisible , se livrent au commerce et montrent une antipathie très-prononcée pour les armes et In guerre. Les traits les plus saillants de leur caractère sont l’avarice et la duplicité. I.es délita dont ils se rendent le plus souvent coupables sont les petits vols et les querelles , dans lesquelles ils se disent les injures les plus ^ossières ; il est rare cependant qu’ils en viennent aux coups. Ia: meurtre est pour ainsi dire inconnu parmi eux.
On ne doit cependant rien inférer de ce fait en faveur de leurs principes. Ce n'est pas l’horreur de l’Iiomicide qui les retient , mais la crainte des représailles. Les Tadjics ont les traits r»uliers, la peau blanche, les yeux «Mes cheveux noirs , la taille en général elevée. Ils mettent plus de recherche dans leur costume que les autres habitants de la Boukharie. La politesse des Tadjics
devient fatigante lorsqu’elle s’adresse à des personnes dont ils croient avoir besoin. On ne peut se faire une idée de leur servilité ob^uieuse dans ces circonstances. Mais tout en flattant les autres, ils ne s’oublient paseux-mémes, et si la conversation tombe par hasard sur Boukhara, ils n’ont jamais fini d’exalter la grandeur et les avantages inappréciables de cette ville sans égale.
A BASES. Les descendants des Arabes établis dans le pays ne sont pas aussi nombreux que les Tadjics. Ils habitent les parties septentrionales du khanat, et principalement les environs de Samarcande. Ils n’ont pas renoncé aux habitudes de leurs ancêtres, et continuent à mener comme eux une vie errante. Toutefois la rigueur du climat les a contraints d’adopter la AféifAa, ou tente de feutre. Quelques-uns de ces Arabes sont obi igés, par la nature de leurs occupations, d'avoir des demeures fixes ; mais le nombre de ceux-ci est peu considérable. On reconnaît encore chez eux le type primitif sémitique. Ils ont les yeux et les cheveux noirs et la peau brune. Ils parlent arabe. Leur principale occupation consiste à élever aes bestiaux , et ils envoient aux bazars de Boukhara une grande quantité de peaux de mouton. On leur reproche une grossièreté incorrigible. Malgré ce défaut, ils sont pour le caractère moral bien supérieurs aux Tadjics.
UsBBCKS. I..es Usbecks forment la racedominante dans toute la Boukharie.
Ils doivent cet avantage bien moinsà leur nombre qu’à Tuoion qui existe entre eux. Leur type de physionomie rappelle celui des Mogols. Ils ont cependant les yeux plus grands et les traits moins désagréables que ceux-ci. Ils sont d’une taille moyenne, et ont la barbe rousse ou châtain foncé. Leur costumé est d’une extrême simplicité. Ils portent des robes flottantes d’une étoffe de soie grossière , ou de poil de chameau , et roulent autour de leur tête en forme de turban des châles communs fabriqués dans le pays , et en général de couleur rouge ou Dlancliâtre.
On pourrait diviser les Usbecks en t rois classes ; les Usbecks s^entaires , les agriculteurs et les nomades. Pour les habitudes ordinaires de la vie, ils
ressemblent tous aux Tadjics; ils sont cependant moins polis que res derniers.
Les Usbecks nomades vivent sous des tentes de feutre, de couleur noire ou Rris foncé. L’intérieur en est orné de tapis qui , bien que d'un travail grossier, ne laissent pas que de donner a ces demeures un air de propreté et d'aisance.
Les repas se composent presque exclusivenientde viande de mouton, qui forme la base de leur nourriture , comme nous avons déjà eu occasion de le remarquer plus haut. Le matin , ils prennent pour l'ordinaire du thé préparé avec du sel et force graisse. Iis ne mangent jamais de pain, et boivent beaucoup de lait de jument fermenté.
La rareté des pâturages dans la Boukharie ne leur laisse pas le choix d’un grand nombre de localités pour y dresser leurs tentes. Ils sont dans l'usage de confier à leurs enfants presque nus la garde des moutons.
Les femmes s'occupent des soins du ménage, tandis i^ue le chef de la famille passe sa vie couché dans une tente. On voit au milieu de leurs campements des troupes d’enfants, qui s'amusent avec des chiens, ou qui jouent d’une espèce de luth à deux cordes dont ils tirent les sons les moins harmonieux.
Les vieux Usbecks sont dans l’usage de prendre des titres imposants , et se font une généalogie des plus illustres. Dieu sait sur quel fondement reposent leurs prétentions! Du reste, rien ne les touche, rien n’excite leur curiosité, et ils poussent l’indifférence jusqu’à ne pas s'enquérir des événements les plus graves qui se passent autour d’eux.
Les Usl^ks nomades se livrent à une sorte de jeu pour lequel ils montrent une passion effrénée. Ils se réunissent au nombre de cent cavaliers environ , plus ou moins, suivant les circonstances, puis un des leurs se détache et va chercher un agneau dans le troupeau de rUsbeck qui offre la fête. On coupe le cou à cet agneau , et le eavalier qui a été le chercher revient vers ses camarades eu tenant la bêle d'une main ferme par les deux jambes de derrière.
Dès que les autres Usbecks l’aperçoivent, ils courent à sa rencontre et cherchent à lui enlever l’agneau. Si un cavalier réussit à s’emparer de la tête, ou
seulement à en déchirer une partie, il est à l'instant même poursuivi par tous les autres cavaliers, qui s’efforcent à leur tour de lui enlever sa proie. I.«jeu continue de cette manière, jusqu'àoe qu’un des cavaliers réussisse à gagner sa demeure avec tout ou j>artie ae l’agneau.
Les Usbecks mettent à ce divertissement une passion telle qu’on ne voit que trop souvent des meurtres s’ensuivre. Un usage qui a parmi eux force de loi , interdit aux parents du défunt le droit de poursuivre la punition du meurtre. On assura à M. Knanikoff (I) que l’émir régnant prend part quelquefois lui-même à ce divertissement, et ne se fâche point lorsqu’il reçoit des coups ou des blessures , qui en* sont la suite inévitable. Car au moment du départ les cavaliers s’élancent de toute la vitesse de leurs chevaux , il y a alors une mêlée effroyable, chacun cherchant à se frayer un passage au milieu de cette troupe serrée.
Les Usbecks , comme on se l’imagine d’après ce qui précède , sont beaucoup plus entreprenants que les Tadjics :
aussi se rendent-ils souvent coupables de vols, de pillage et de meurtres.
Toutefois, il est remarquable que, malgré leur caractère assez audacieux, ils choisis.sent toujours la nuit pour exécuter leurs attentats, et ont constamment soin de se trouver en plus grand nombre que les personnes qu’ils veulent attaquer. Malgré ces habitudes sauvages, il est de règle que, si une tribu usbecke vole par hasard des chevaux appartenant à une autre tribu, les plaignants ne se font pasjustice eux-mêmes, et ont recours aux voies légales.
Quelques Usbecks apprennent à lire et à écrire : ce sont pour l’ordinaire ceux qui possèdent des établissements fixes (lans les villes. Mais ils atteignent rarement un haut degré d’instruction , et on est contraint d'avouer qu'ils sont presque tous aussi fanatiques qu’ignorants. Malgré leur penchant à la superstition, ils nes’aquittentpas, lorsqu’ils sont campés, des prières légales imposées à tous les musulmans; mais ils ré-
(I) Voyez Bokhara, iU amir and iU Ptyde. Trantlaud from tke Rnuian y KhatukaJ/iy tke baron Clantnt Â, de Bade. Loodon , James Maddrn , IMS. ln-8o, page M.
L’UNIVERS
serrent raccompli**ement de ce devoir pour les occasions assez peu fréquentes où une solennité religieuse quelconque les appelle à la ville.
Esclavm pbrsaws. Bouhhara renferme un grand nombre d’esclaves per- .sans. On les reoonnatt facilement à leurs traits réguliers et à leur épaisse chevelnre noire. Ils professent extérieurement la foi musulmane sunnite, mais ils sont toujours schiites dans le coeur, et cette différence de secte rend encore plus vive la haine qu'ils portent aux Boukbares, leurs msHres. Ces esclaves aiment à parler des victoires de Nadir- Schah sur les Tartares, et ils paraissent se flatter que le même événement se renouvellera encore et leur fera connuérir leur liberté. Malgré ces germes a’insurrection , l’émir de Boukhara a l'impnidence de se fier à eux. Sur les cinq cents soldats qui formaient la garnison de la capitale a Tépoque du voyage de Burnes , quatre cent cinquante étaient des esclaves persans, et, ce qui est plus étonnant encore, commandés par un chef de leur nation. Ces esclaves sont amenés à Boukhara par des Turcomans, qui les enlèvent sur le territoire de la Perse.
• Au milieu de notre marche h travers le dtteert, dit M. Burnes dans son voyage(l). nous rencontrâmes septmallieureux t^rsans qui avaient été pris
f»ar des Turcomans, et que ceux-ci alaient vendre à Boukhara. Cinq d’entre eux étaient enchaînés ensemble et marchaient au milieu des sables amoncelés.
Un cri de pitié s’éleva de notre caravane, quand nous passâmes devant ces infortunés, qui parurent toucliés de la compassion qu’ils nous inspiraient. Ils poussèrent un cri, et Jetèrent un regard qui exprimait le regret quand les derniers chameaux de la caravane qui allait dans leur patrie se trouvèrent
(I) yotfaqn dr f embouchure de l'Indu* à Ijuhvr^ < abvul , Htilkh^elà Boukhara^ et retour por la Persc^ pendant les années IK3I,I833 et iHSa, par .V. Alcrandre Bûmes, lomr II, paflc 380 (le l'exceltente traUortton de M. Eyrlé», membre de rin&Ulut. Paria, cher madune veine Artliua Bertrand, rue Hauletcuille ,
nous avons obtenu de H*'
daine ArthuH Bertrnnd r«aiorbatlon de citer relie tradnelion, et noua fiwr adreavons Ici nos sliM'Crea remetclmeul»-
auprès d’eux. Je faisais partie de l’arrière-garde, et ie m’arrêtai pour écouter le triste récit ne ces captifs. Ils avaient été pris par des Turcomans, non loin de Meschehed, peu de semaines auparavant, un jour où ils avaient été obligés de sortir de chez eux pour cultiver leurs champs. Ces captifs naient fatigués et tourmentés de la soif. Je leur donnai tout ce que je pus, un melon; c'était bien peu de chose; mais il fut reçu avec gratitude. Quelle idée épouvantanle ces cires malheureux ne durent-ils pas se faire du pays où ils entraient, en parcourant un semblable désert! Les Turcomans montrent fort peu de compassion pour leurs esclaves persans. Et quelle autre conduite attendre d’hommes qui passent leur vie à vendre leurs semblables? Ces Turcomans ne fournissent à leurs captifs que très-peu d’eau et de nourriture, afin que la faiblesse les em|)éche de s’enfuir. Ils ne leur font d’ailleurs éprouver aucun mauvais traitement. On a prétendu qu'ils leur coupaient le tendon du talon, et leur passaient une corde dans les chairs près du cou ; mais ces assertions sont ine.xactes. Les blessures, résultat de ces traitements cruels, diminueraient la valeur de l’esclave. •
Chaque seigneur a un certain nomire d’esclaves persans. Burnes présume que ces infortunés sont répamins d.ms une proportion égale sur tout le pays.
Hors de Boukhara on les occupe aux travaux des champs, et le voyageur anglais en remarqua plusieurs occupés à serrer la récolte pendant que le thermomètre marquait dans l’intérieur des maisons plus de 28 degrés Réaumiir.
Trois ou quatre d’entre eux avaient l’habitnde de rendre visite à M. Burnes ; et ils lui confièrent des lettres pour leurs (larents qui étaient en Perse. Beaucoup d’esclaves parvlennsnt k épargner une somme suffisante pour se racheter. Burnes en vit plusieurs, qui, bien que décidés à profiter de la première occasion qui se présenterait pour retourner dans leur patrie, ne se plaignaient cependant pas du traitement qu’ils recevaient.
Quelquefois, il est vrai, les Boukbares s’opposent à ce qne leurs esclaves persans fassent la prière et observent les autres prescriptions du mahométisme.
TARTARIË. ' Il
sous prétexte que les Persans sont hérétiques; mais, en réalité, ils agissent ainsi , parce que l’accomplissement de ces actes de reliKion les priverait d’une partie du travail des esclaves- Toutefois, ceux-ci ne reçoivent presque jamais de coups; et ils sont vêtus et nourris comme s’ils faisaient partie de la . famille du maître.
Un prétend, dit M. Burnes, que l’usage de réduire les Persans en esclavage était inconnu avant l’invasion des Usbecks ; et quelques personnes afDrment que cette coutume ne remonte pas à plus de cent ans. Des prêtres boukuares étant allés en Perse, remarquèrent qu’on y nommait avec, mépris en public les trois premiers califes; à leur retour, ils tirent rendre, par le synode sunnite, un décret qui permettait de vendre ces iulidèles.
On raconte qu’un prince persan envoya au khan de Khlva les quatre livres que les musulmans regardent comme sacrés, savoir : le Pentateuque, les Psaumes de David, l'fivangile et le Coran, et le pria de lui indiquer dans lequel de ces livres sacrés se trouvaient les lois de l’esclavage que ses sujets mettaient en pratique contre les Persans. Le khan résolut la difflculté en répondant que c’était un usage, dont il n’avait nullement l’intention de se départir.
Aujourd'hui, cependant, grâce à l’énergie des autorités persanes, les expéditions des Turcomans sont devenues beaucoup plus dangereuses et moins lucratives ^ur les agresseurs; mais, comme il arrive dans tous les pays où les institutions n'ont aucune mrce, il sufUra d'un changement de gouverneur pour ramener les mêmes brigandages.
« Je saisis, dit Burnes, une occasion de voir le marché aux esclaves qui se tient tous les samedis matin. Ces infortunés sont exposés en vente et occupent une quarantaine d'échoppes où on les examine comme du bétail, avec cette différence seulement qu'ils peuvent rendre compte de ce qu'ils sont. J’allai à ce bazar un matin ; on n'y voyait que six pauvres créatures; et je fus témoin de la manière dont on les vend. On leur demande d'abord quelle est leur parenté, où ils ont été faits captifs et s'ils
sont musulmans , c’est-à-dire sunnites.
I-a question est ainsi posée , parce que les l'sbecks ne regardent pas les scliiites comme de vrais croyants. Un mahométan de cette secte leur est plus odieux qu'un inOdèle. Après que l'acheteur s’est assuré que Pesclave est un mécréant, il visite sou corps, examine notamment s'il n’est pas atteint de la Icpre, puis il marchande pour le prix.
■ Trois petits garçons persans étaient à vendre pour environ 500 fr. par tête ; on ne peut s'imaginer l’indifférence apparente de ces pauvres enfants dans leur triste condition. L'un d’eux raconta comment il avait été pris pendant qu'il gardait sei troupeaux au sud de Meschehed. Unautre.qui entendait une conversation entre les spectateurs relativement à la vente des esclaves dans ce moment, leur dit qu’un grand nombre de personnes avaient été enlevées. Alors seulement son compagnon reprit avec une certaine émotion : <■ Toi et moi som- « mes les seuls qui pensons ainsi, à cause • de notre infortune; mais ces gens doi- « vent savoir mieux que nous oe qu'il en « est. >
K II y avait là une malheureuse Qlle qui avait été longtemps au service d'un homme, alors obligéde la vendre, parc.e qu'il éJait devenu pauvre. Je suis certain ue bien des larmes ont été versées ans la cour où je considérais cette scene; on m'assura cependaut que les esclaves sont traités avec douceur.
Comme un très-grand nombre d’entre eux restent dans le pays après s'être rachetés, cetteassertiondoit être vraie. » L'opinion de Burnes a pour nous une grande valeur; remarquons toutefois que le sort des esclaves dépend du bon plaisirde leurs mailres, et lorsque ceuxci sont cruels, ce qui arrive souvent chez des hommes presque sauvages, l’esclave devient extrêmement malheureux. Les esclaves russes se plaignirent presque tous à M. de Meyendorff d’être mal nourris et accablés de coups. Burnes, que sa qualité d’Anglais met à l'abri de tout soupçon de partialité nationale, cite lui-même plusieurs exemples qui prouvent combien les esclaves russes ont de peine à se résigner à leur sort, et combien ils soupirent après leur pays natal. iM. de Meyendorff vit un de ces in-
L’ÜNIVERS. .
forliinés auquel son maître avait coupé les oreilles, ^rcé les mains avec un clou, enlevé la neau du dos et arrosé les bras arec de l’huile bouillante pour obtenir de lui quelques renseignements sur la route qu'avait prise un de ses camarades d'esclavage qui venait de s’enfuir.
Juifs. I-es Juifs sont établis depuis fort longtempsdansie khanat; ils ne forment toutefois qu'une partie peu considérable de la population. Ils Habitent presque tous la capitale; on en trouve cependant encore quelques-uns dans plusieurs autres villes du pavs, et notamment h Samarcande et a Karschi.
Partout ils habitent un quartier séparé, en dehors duquel il leur est défendu de s’établir. Il leurestégalementinterditde porter un turban, et ils se couvrent la tête avec de petits bonnets de drap de couleur foncée , entourés d'une bordure de peau de mouton qui ne doit jamais dépasser deux pouces de hauteur.
I.eurs robes doivent être d'une certaine étoffe , et ils ne peuvent porter d'autre ceinture qu’une corde toujours apparente. Il leur est encore défendu ae se montrer à cheval ou sur un êne dans l’intérieur des villes. Cette défense est d'autant plus gênante que, pendant la saison des pluies , il est difncile de traverser les rues de Boukhara, même à cheval , tant la boue y est épaisse et profonde. Tout musulman pent frapper un Juif dans la ville et le tuer dans la campagne sans être inquiété pr la justice. Aussi est-il reconnu que les descendants d’Abraham détestent leurs tyrans , et verraient avec grand plaisir une puissance européenne quelconque devenir maîtresse de tout le khanat. Ils accueillent toujours avec un empressement marqué les vovageurs européens qui visitent la Boukharie, parce qu'ils supposent que ce sont autant d'espions, précurseurs d'une armée libératrice. Ces Juifs sont tous d’une ignorance extrême. Il en est peu qui possèdent les premiers éléments de la langue hébraïque. Ils exercent presque tous la profession de teinturier. Leur nombre ne dépasse pas 4,000.
Si nous en croyons M- RbanikofT, ils sont loin de se distinguer par une probité austère- Lorsque l'un d’entre eux vient i se rendre coupable d’un dé-
lit ou d’un crime , on lui offre l’alternative de l’abjuration ou de la mort. S'il accepte la vie à condition de devenir musulman, et c’est ce qu'il fait toujours, il quitte le quartier juif pour nabiter celui de ses nouveaux coreligionnaires. Quand il est marié, on le force de divorcer d’avec sa femme. I.-es musulmans veillent avec la plus grande attention à ce qu’il mette en pratique tous les préceptes du Coran , et s’il venait à se rendre coupable de la moindre négligence dans leur observation , il serait impitoyablement mis à mort.
Bohémiens. Il existe dans la Boukharie trois tribus distinctes, qu’il faut ranger dans la classe des Bohémiens d'Europe. Ils ressemblent à ceux-ci autant par les traits que par leurs usages, leurs habitudes et leur manière de vivre. Ils passent pour musulmaus dans le pays; mais leurs femmes sortent sans vode et les hommes se montrent fort peu exacts à réciter les prières canoniques : on peut inférer de là qu’ils ressemblent à leurs frères de tous les pays, et ne professent en réalité aucune ràigion.
Un nombre assez considérable de ces Boliémiens sont établis à Boukhara et dans les autres villes du pays. Ils se livrent à toute espèce de trafic qui peut ieur rapporter quelque argent, exercent la médecine et disent la bonne aventure. Ceux qui mènent une vie errante campent toute l’année sous des tentes faites d’une étoffe de coton grossière.
On ieur permet de s’établir sur ies bords des iacs et des rivières, pourvu que ce ne soit pas dans le voisinage d’un camp usbeck. Ils se trouvent en assez grand nombre dans les environs de Samarcande, sur les bords du Zerafschanc; on les rencontre aussi dans le voisin.age de Karakoul. Un de leurs principaux moyens d’existence consiste a voler des chevaux.
Kirguizes. T.es Kirguizes habitent la partie septentrionale du khanat.
Nous réservons pour une section particulière ce que nous aurons à dire des mœurs et des usages de ce peuple.
Nous reman]uerons seulement ici que ces Kirguizes sont assez favorisés râr le gouvernement actuel de la Boukharie.
K.AKAKALPAK8. Les Karakalpaks se trouvent en petit nombre dans le kbanat.
Nous empruntons à M. le baron de Meyendorfui) Ir tableau suivant de la population du khanat. Quoique ce tableau ait été censuré avec amertume par un voyageur plus récent, l’exactitude bien connue de M. de Meyendorff nous engage à le reproduire.
Tableau de ta population du khanat de Boukhara.
lisbecks 1,500,000
Tadjics 650,000
Turcomans 200,000
Arabes 50,000
Persans 40,000
Calnioucs 20,000
Kirguizes et Karakalpaks. 6,000
Juifs 4,000
Afgans 4,000
Lesguiz a,000
Bohémiens 2,000
Total. . . . 2,478,000
Ou voit par le tableau précédent et
f)ar ce que nous avons dit plus haut que apopulationde la Bbukharie se compose d'éléments hétérogènes, dont les intérêts sont souvent opposés. On peut prédire que jamais il ne sera possible de les amalgamer complètement tant que le pays restera sous la domination musulmane.
agriculture. — CHEVAUX. — BE- TAIL. — PÊCHE. — CHASSE. — COM- MERCE. — ARTS ET MÉTIERS.
S I". ,‘lgricuUure.
L’industrie manufacturière n’existe pas .1 Boukhara. On n’v connaît que le travail individuel. Il sufllradedire, pour donner une idée de l’exactitude de ce fait, qu’il n’y a dans tout le pays qu'un .seul établissement où l’on travaille le fer. La majeure partie des Boukhares se livrent à l'sgricuiture , et cette prédilection fait supposer qu’ils y trouvent
(I) f'oyagc d’Onubourg à Boukhara ,/niltn J8yn, p(tr /f» bürvH (itorofn ilc HitiyfndQTjff. Parii, DomJcy> Dunré« I8W, in*8. page I97. L'autpur a bien voulu nous permctlre de cHer ion üxci'lleot ouvrage.
des avanU^es plus grands qu’ils n’en rencontreraient dans l'exercice d'une autre profession. Toutefois il est à remarquer que jamais ces agriculteurs n’amassent des richesses aussi considérables que les négociants.
Les Juifs sont les seuls habitants qui fassent du vin ; ils s’y entendent fort mal, et leur vin, d’ailleurs détestable, se gâte au bout de fort peu de temps.
La culture est productive à cause de l’extrême fertilité des terres et du peu d’étendue des propriétés , en général trèsmorcelées et presque toujours disposées de manière à faciliter la surveillance du maître.
Les propriétés territoriales sedivisent en cinq classes : 1* les domaines de l’Etat, qui sont les plus considérables; 2* les kharadji*, terres anciennement en litige entre le gouvernement et des particuliers, et cMées à ceux-ci moyennant une légère redevance en argent; 3° les Befs donnés comme récompense de services militaires; 4° les propriétés particulières ; 5° enOn les fondations pieuses.
Les domaines de l’Etat, ainsi que beaucoup d’autres terres , sont donnés à ferme; le gouvernement prélève en nature les deux cinquièmes de la récolte du fermier.
Les canaux d’irrigation, sans lesquels les terres demeureraient stériles , sont dérivés des rivières. Partout où l’eau ne peut pas être amenée, le terrain reste inculte ; les Boukhares sont trèshabiles dans l’art de construire les canaux ; en effet, il ne suffit pas de creuser des fossés pour arroser les champs , il faut en combiner la largeur et la profondeur avec les distances où l’on veut conduire l’eau, avec l’élévation do terrain où le canal se termine , avec la masse d’eau qui est nécessaire pour arroser les propriétés dans toute leur étendue; voilà pourquoi on voit en Boukharie des canaux profonds et larges de plus d’une toise, d’autres moitié moins profonds, d’autres dérivés de ceux-ci , et dont quelques-uns n’ont pas deux pieds de profondeur. Ces canaux s’encombrent facilement de sable ou d’argile ; il faut alors les déblayer, et on porte la terre qu’on en retire sur les cliamps trop bas. On a soin de maintenir un niveau convenable entre les champs et les canaux.
'''"sogle
L’UMVEES.
Quelques terrains sont tellement imprégnés (le sel, que la surface en est couverte d'une croûte blanchâtre, et ils seraient impropres à la culture si on n'eu mélangeait pas la terre avec d'autres de meilleure qualité; telles sont les difficultés que la nature oppose à l'agriculture en Boukharie, diflicultés (lui n'ont pu être surmontées que par le travail persévérant d'une population industrieuse. Nettoyer les canaux , hausser ou abaisser le niveau des cliamps, amender les terres eu les mélaugeant, telles sont les occupations des Boukhares pendant l'hiver, depuis le mois de décembre Jusqu'en mars, l.es canaux se déblayent sous l'inspeelion d'un mirai ou inspecteur des eaux nommé par le gouveruement. C'est pendant les hautes eaux , ou depuis le mois de décembre Jusqu’à la mi-mars, et en été à la fonte des neiges sur les montagnes, que l'irrigation a lieu; elle se fait avec un certain ordre; on a égard à la hauteur des champs et à la quantité d'eau qui est dans le canal. Les mirabs dirigent ces irrigations.
On fume aussi les terres; mais comme les cultivateurs n'ontque très-peu de bétail à cause du manque deprairieset de la cherté de foin, le fumier est rare. On le recherche avec d'autant plus de soin que grand nombre de Boukhares l’emploient au lieu de bois pour se i;bauffer. On ne répand le fumier sur les qu'après
que leUea poussé, et que l’irrigation a eu lieu, afin que l’eau ne lui ôte rien de sa force-
Le fer et le bois sont très-chers en Boukharie; les instruments d'agriculture sont, malgré cela, solides et bien faits. La herse consiste en une grosse planche large d'environ deux pieds et percée de gros clous à pointe un peu recourbée. La charrue, traînée ordinairement par des bœufs, ne consiste qu'en un timon fixé à une pièce de bois dont la pointe est de fer ou de fonte et eu forme de cœur.
Les cliariots sont à deux roues très-hautes et très-lourdes; ils n’ont ps de ferrures et ne servent que pour les travaux agricoles, surtout à transporter la terre d'un chr^p dans un autre et la récolte à la maison du propriétaire. Cette voiture est commode en ce
u'elle verse rarementlorsqu'on traverse e petits canaux.
Les champs sont partagés en tanabs, mesure agraire qui repr^ente une surface de trois raille six cents pas carrés. Les côtés de ces tanabs, garnis de gazon, forment de petites digues qu’on perce facilement {ràur laisser écouler l’eau d’une de ces divisions dans une autre.
Le prix des terres varie de deux cents à deux mille francs le tanab, d’après la qualité du fonds, la facilité de l'arrosement et la proximité des grands marchés et des grandes villes. Le prix moyen est d'environ six cents francs.
Ou sème le froment en automne , on le moissonne en Juillet ; on laboure imntédiatement le champ pour y semer des pois qu'on récolté la même aunée. Outre les pois ordinaires on en a une es|>è(;e , nommée masch, qui est noirâtre et plus petite que des lentilles. Ces pois, qui forment la nourriture des pauvres gens, se vendent à très-bon marché. I.orsqu’un Usbeck veut se moquer d'un pauvre Tadjic , il lui donne le .sobriquet de mangeur de masch; et celui-ci pour se venger appelle le nomade Usbeck mangeur de fromage, c'est-à-dire qui n'a pas même de pain. Avec le masch on sème ordinairement du kouncfjil, ou bien du Mgar, variétés de sésame, dont les graines sont employées à faire de l’huile.
Les Boukhares cultivent des espèces de feves ipi'ils nomment loubia (I).
On sème l’orge du 1*' au 10 mars, et on la récolte avant le froment; celte céréale remplace l'avoine, dont on ne fait pas usage en Boukharie. Le djougara (holcus saccharatus) est semé vers la mi-mars et se récolte à latin de Juillet, après le millet et le froment. Les grains en sont blancs, de la grandeur de petits
(1) Peut-être ftoot-ce de» haricots, Valubia de queltlUM province» (TEspiiRne.
rignore rAvmoioeie de rexpreMloo iouHa : plusieurs leiioograpiu» , parmi lequel» on peut citer Meoinski et le dernier éditeur du dictionnaire persan-an^iats de Richardson, M. Johnson, donnent ce mot comme persan; d'aa* 1res le font venir du «reo Xo66;. guoi«iu'H en •oit de son origine, cette expressiou e»t sou* vent employée par les auteurs arabes, et no* tammeot par Avicenne, p. 201 de l’édiUon de Rome, et par Ibo Awwam ( Lihw de régricultero, traduddo al Castellauo y anotodo por don Joaeph Antonio Banqueri; Madrid , 1^, tom II , p. 04 et 65.) L. D.
pois, farineux, et servent à la nourriture des chevaux que cette alimentation fait engraisser facilement, mais sans les rendre aussi robustes que l'orge et l’avoine. La graine du djougara se réduit aussi en farine que les pauvres mêlent à celle de froment pour faire du pain. La tige de la plante a environ cinq pieds de haut, un pouce d’épaisseur près de la racine, et porte des feuilles longues d'un pied. Le djougara un est excellent fourrage. On le sème souvent une secoude fois à la fln de l’été pour le couper en vert. Cette plante aime un terrain humide et un temps rhaud. Il faut que les tiges soient séparées par un intervalle d'un pied au moins. On entoure communément les tanabs de djougara de quelques rangées de pieds de clianvre, dont les graines, ainsi oue celles du coton , s'emploient à faire de l'huile.
Le djougara , le froment et les melons sont les plantes qui épuisent le plus le sol.
On sème le cotonnier vers la fin de mars dans les tanabs où l'on a récolté le djougara. On cueille les capsules trois fois par an jusqu'aux premières neiges.
On laisse alors reposer la terre jusqu’à l’automne suivant.
Le riz n’est pas cultivé dans les environs de Boukhara: il en arrive une trèsgrande quantité de Scbéliériscbze et même de l’Inde : ce dernier est le plus recherché. Comme il n’y a point de prairies dans les oasis de la Boukharie, on y sème une herbe qui pousse tresvite , qu'on fauche quatre ou cinq fois par an, qu'on met ensuite en bottes et qui tient lieu de foin. Cette herbe extrêmement grasse est trcs-uourrissaote pour les chevaux et les bêtes de sonrme ; on en a de fralclie pendant presque toute l’année.
On voit dans le pays de Boukhara un grand nombre de jardins et de vergers très-vastes, parue que les fruits sont un objet cousiaérable de consommation dans l'intérieur, et d'exportation pour les pays voisins. Les grands jardins sont ordinairement partagés en plusieurs enclos ; l'un renferme un verger, un autre une vigne , un troisième un potager, un quatrième un parterre planté des meilleurs arbres fruitiers, avec un pavillon situé généralement près d'un petit
étang carré auquel aboutissent les canaux qui servent à arroser le iardin. Cesjaroins sont de forme régulière ; des allées droites en longent les murs ; d’autres mènent au pavillon; toutes sont garnies de plates-bandes couvertes de (leurs et d’arbustes. Les fleurs sont des roses de différentes couleurs, des iris bleus, des asters, des mauves, des pavots, des giroflées, des soleils. Quant aux arbustes, M. deMeyendorff n’a remarquéque la boule-de-neige et le galnier, ou arbre de Judée.
Au mois de mars lesjardins offrent un spectacle enchanteur par le grand nombre de pêchers, d'abricotiers et de gainiers qui y fleurissent en même temps.
Il y a aussi près de Boukhara des cerisiers, des pommiers, des cognassiers, des poiriers, des pruniers, des Uguiers, et des grenadiers. Les fruits de ces arbres sont très-doux, mais trop aqueux et sans parfum.
On trouve à Boukhara des raisins de différentes espèces, entre autres du kUchmiêcà, ou raisin 'sans pépins. En hiver on couvre de terre la vigne et le grenadier.
La manne est très-commune en Boukharie. On l’emploie dons differents mets et dans les confitures. On la trouve comme une poussière blanche sur le tikan, plante qui croit en grande quantité dans les aéserts autour de Karschi. Pour recueillir la manne, on étend un linge sous cette plante qu’on secoue pour en faire tomber la poussière blanchâtre. Une livre de manne vaut à peu près sept sous.
« Nous trouvâmes à Boukhara, dit M. le baron de Meyendorff, plusieurs plantes potagères connues en Europe, telles que des betteraves, des navets, des choux, qu’on ne sait pas conserver, des raves, des carottes courtes et grosses, des oignons, des concombres, et d’excellents melons a écorce verte et à chair blanche. Les pommes de terre et les artichauts y sont inconnus. >
La partie occidentale du pays n’a pas de forêts, on tire les bois de construction des montagnes situées dans le territoire de Samarcande, où l’on fait des trains qui descendent sur le Zerafscliane jusqu’à Bouktera et Karakoul. Tous les arbres qu’on voit dans les oasis sont
L’tmiVERS.
plantés ou semés, et poussent trèspromptement; ce sont des saules, dra peupliers, des platanes, dra arbres fruitiers, des mûriers, et un arbre fort grand dont le feuillage est touffu et le bois dur. Il orne parfaitement les jardins. On ne brûle pas à Boukhara d’autre bois que ies branches de ces différents arbres, et des broussailles apportées des déserts voisins , où on les détruit parce qu'on les arradte avec leurs racines.
§ II. Harat et Chevaux.
Les harassontdes établissementsd’une haute importance dans la Boukharie. On possède dans ce pays trois races bien distinctes de chevaux , savoir : le cheval turcoman, qu'on trouvédans les parties occidentales et méridionales du knanat;
Le cheval usbeck, qui vient du nord de Boukhara et du canton de Miankai;
Le ciieval de Khokande, qui se trouve dans ies environs de Samarcande.
Outre ces trois races, il en existe deux autres moins estimées qui sont; le cheval kirguize et une race qui provient du croisement du cheval turcoman et du cheval usbeck.
Le cheval turcoman est d'une taille élevée^ bien fait , et a les jambes fines. Son cou est long , et il porte la tête avec grâce. Sa plus grande beauté |consiste dans le brillant de son poil. On lui reproche d'avoir la poitrine un peu étroite et la queue peu fournie. Il a quelquefois aussi le dos ensellé. Si nous en croyons M. Khanikoff, ces défauts suflisent pour le rendre incapable d’entreprendre de longs voyages , et il y aurait même du danger à s’aventurer avec une pareille monture dans les steppes des Kirguizes. Les soins excessifs qu’on prend de ces chevaux à Boukhara les rendent trop délicats, et il leur serait impossible de trouver de quoi vivre dans la steppe, même en été. Nous voyons cependant ces mêmes chevaux, lorsqu’ils sont élevés et entretenus par des Turcomaiis, faire preuve des qualités les plus étonnantes. Il faut croire d’après cela que les Boukhares ne s’entendent pas à leur donner les soins convenables, ou que les Turcomaiis ne vendent que le rebut de leur race chevaline.
Le cheval turcoman, si nous en
croyons M. Bornes, est un animal grand et robuste, plus remarquable encore par sa force et sa vigueur que par la beauté et l’él^ance de ses formes. Il a l’encolure noble et Oére; mais la longueur de son corps le rend désagréable aux yeux d’un Européen. Ce défaut est amplement compensé par le fond qu’on trouve en lui. Les soins assidus et intelligents oue les Turcomans prennent de leurs clievaux expliquent la force decesanimaux.
On leur donne une nourriture extrêmement simple. Ils ont de l’herbe à des heures réglées , le matin , le soir et à minuit. Après qu’ils ont mangé pendant une heure de suite, on les bride, et Jamais on ne les laisse ronger et grignoter comme eu Europe. Les Turcomans préfèrent pour leurs chevaux les fourrages secs. Quand ils leur donnent de l’orge verte, ils ne leur font pas manger de grain. Quand ils sont au sec, on leur donne une fois par Jour huit à neuf livres d’orge. La longueur des intervalles entre les heures où ils prennent leur nourriture accoutume ces animaux a supporter ies privations. On ne leur donne aussi que fort peu à boire.
Un Turcoman sur ie point d’entreprendre une expédition, prépare, ou, comme il dit, rafratehit son cheval.
Après l’avoir soumis à une longue pri vation de nourriture, il le fait galo^r. .Si le cheval boit abondamment , c'est un signe qu’il n’est pas suflisamment dégraistMl. On le fait encore Jeûner et galoper de nouveau. Jusqu’à ce qu’il donne cette preuve regardé comme indispensable. Le Turcoman abreuve son cheval quand celui-ci est échauffé , puis il le fait courir pour élever l'eau a la température du corps de l’animal. Il faut croire que l’ensemule de ce régime est bien entendu , car les chairs du cheval turcoman prennent de la fermeté, et l’animal acquiert une vigueur incroyable.
Burnes afurnie que quelques-uns de c 's chevaux ont parcouru Jusqu’à deux cent quarante-huit lieues de poste de deux mille toises en sept et même en six Jours (1).
A i’occasion de leurs mariages , les
(I) Voyez tome lit, page SU. Ce fait noui parad tPllemunt exlraordiiiaireque noua akona cru dfvolr Indiquer le passage de M. Burucs
Turcomans font des courses. La distance à parcourir est toujours de huit à dix lieues de poste. Dans ces occasions les chevaux sont montés par des enfants de huit à dix ans, et celui qui a remporté le prix est promené en pompe dans le voisinage.
La race des chevaux turcomans est extrêmement pure. Quand ces animaux sont très-échauflés à la suite d’un travail violent et trop prolongé, une des veines de leur cou s'ouvre naturellement.
D’abord, dit M. Burnes, je n’ajoutai
Ï»as foi à celte assertion; mais enlin il allut bien me rendre au témoignage de mes yeux. Les Turcomans hongrent leurs chevaux, et c’est une opinion universellement répandue parmi eux que ces animaux deviennent alors plus alertes et supportent mieux les grandes fatigues que les étalons. Ils sont persuadés aussi que leurs chevaux ont l’ouïe extrêmement fine, et ils s’en reposent Quelquefois sur les juments pour leur donner l’alarme en cas d’approche d’un ennemi.
M. Burnes fut très-vivement frappé de la belle encolure des chevaux turcomans. On lui assura, mais il ne put vérifier l’exactitude de ce fait, qu'on les renferme souvent dans une écurie qui ne reçoit le jour que par une lucarne
ftercée dans le toit, ce qui accoutume e cheval à regarder en l’air et lui donne un port si noble. Il est rare que l’on trouve à acheter ces admirables chevaux turcomans. Leurs maîtres ont pour eux une affection aussi vive que pour leurs propres enfants. M. Burnes avoue que ceux que l’on peut se procurer facilement dans le pays même sont parfois très-ordinaires; mais il en existe d'excellents, ceux-ci ne laissent absolument rien à désirer, et doivent être placés au-dessus de toutes les races de 1 Asie même du monde entier. Il cite un fait qui viendrait à l’appui de son opinion. Des cheiaux turcomans, admis dans la cavalerie anglaise aux Indes, faisaient encore au bout de vingt ans admirablement leur service, et les officiers de l’arme, juges irrécusables en pareille matière, lés regardaient, malgré leur ,1ge, comme supérieurs à tous les autres.
I>e cheval usbeck est plus petit que V"' Livraison. (Tartahie.)
le cheval turcoman , mais il a une trèsgrande force, et les défauts qu'on remarque en lui tiennent à la manière dont il est dressé. Il ne va bien ni au pas ni au trot, et n’a guère d’autre allure que le galop. Us Usbecks ne hongrent jamais ces animaux.
Les chevaux de Khokandesonl trèsforts et portent de très-lourds fardeaux. On leur met sur le dos deux grandes tentes et une batterie de cuisine , sans compter le cavalier.
En général, le prix des chevaux n’est pas élevé dans la Boukharie. Ceux des trois dernières races dont nous avons parlé ne valent pas plus des h 15 tillas (I). Les chevaux turcomans sont les plus chers; mais ils ne dépassent guère 100 tillas. La moyenne du prix
des chevaux varie de 50 à 70 tillas.
§ III. /énes. — Chameaux. — Mte.% à
cornes. — Moutons. — f^olailles.
Pêche. — Chasse et Commerce île peUeteries.
Les Boukhares élèvent un nombre considérable d’ânes. Ces animaux sont grands et robustes. Ils rendent de grands services dans le pays, où on les monte et où on les emploie au transport des denrées d’une ville à une autre. On rencontre souvent dans les parties septentrionales de la Boukharie des troupes d’ânes que des maquignons vont vendre dans les bazars des villes.
Les tribus errantes de la Boukharie élèvent un grand nombre de chameaux.
Ces animaux servent exclusivement au transport des marchandises dans les pays éloignés. On a remarqué que les chameaux boukhares ont pour l’ordipaire la peau très-lisse, et muent en été. On a soin de recueillir le poil qu’ils perdent alors, et l’on en fait une espèce de drap d’un tissu serré, épais et imperméable à l’eau. I>e climat parait être extrêmement favorable a la constitution du chameau, et les arbustes épineux qu’il broute contribuent
(I) Tila , el non tllla, ainsi que noos écrivons pour noua conformer à rorlliographe <1eft voyageurs européent, veut dire or en perj^an; on du /i/âs comme on diiuU aurenM en hitiii,
r)ur déaigner uneoièce d'or. Le tllla nut peu pré» a 16 fr o6 ^ de notre monnaie. L. D.
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LTINrYKIlS.
pcul-dlre à entretenir sa vigueur. Le chameau de In Boukharie marche aisément pendant quatorze heures de Suite.
Les gens qui le éoriduisent évitent autant (jiie possible de le fàire voyager le jour. Kn Boukharie, ces animaux ne peuvent pas rester longtemps sans boire. .Si la teiii()érature est élevée, ils souffrent beaucoup de la soif après le second jour, et en hiver ils ne pe-uvent pas se passer d'eau plus de quatre jours. Les marches ordinaires pour ces chameau.x soûl de douze lieues de poste. Ils marchent pendant 15 heures, et portent un poids de plus de 600 livres. On les paye de 5 à 10 tillas, suivant leur Âge et leur vigueur.
Les races bovines laissent beaucoup à désirer dans la Boukharie. Les taureaux et les vaches y sont si petits et si maigres qu'un Européen a d'abord de la peine à reconnaître en eux des bétes de la même espèce que celles qu’il a vues dans son pays. La viande de touf étant beaucoup inoins bonne et beaucoup moins estimec que celle du mouton , les Boukhares ont negligél’amélioration de la race. Malgré leur petitesse, ces ha nfs ont encore assez de force pour faire le travail que le cultivateur exige d'eux , et on Ics emploie à labourer les champs. Le prix des taureaux et dés vaches varie dans les marchésde 3à5 tillas.
On trouve peu de biiflles aux environs de Boukhara; mais dans )é distriét de .Samarcande ils sont nombreux , et les habitants qui s’en servent pour les travaux des champs s'occupent avec soin d’améliorer la race.
Le laitage et le beurre en particulier sont mauvais et chers à Boukhara.
Les moutons sont de race kirguize.
Les Arabes qui s’occupent de les élever, en prennent un fort grand soin. Les prouts qu’ils réalisent sur la vente de la viande, de la laine et des péauX, les dédommagent amplement de la peine qu'ils se donnent.
On élève peu de volaille dans la Boukharie , excepté toutefois dans le volklnage des grandes villes. On ne trouve dans les marchés qu' un pétît nombre de canards domestiquée s vevanche les canards sauvagwyiwnt en grande Quantité.
Les habitants des rives de 1 Oxus se
livrent avec ardeur à la chasse et à la pèche. Ils poursuivent indifféremment tes tigres , les léopards, les faisans et les esturgeons Ils vendent àTscharjoul le produitdeleurchasseetdelcur pèche, ou, s'il fait froid, ils le portent jusqu'à Boukhara, où ils en tirent un parti plus avantageux.
« La citasse, dit M. le harondc Meyendorff , est du petit nombre des plaisirs des Boukhares; ils lirenneiit dans leurs déserts avec des lacets une grande quantité de fouineset de renards dont ils envoient les peaux eu Russie. Comme ils ne possèdent que des fusils à meche, ils préfèrent à la chasse au tir celle à l’oiseau. Ils ont aussi des lévriers noirs et à longs poils sur les oreilles, commé ceux de Crimée.
« Bien ne paraissait plus étonnantaiix Boukliares imc de nous voir tirer un oiseau au vol ou en tuer plusieurs d'un coup. Ils accouraient de tous côtés pour admirer ce prodige, et s'extasiaient en répétant les exelamations favorites barac Allah, barac Allah ( que Dieu bénisse !) Leur étonnement était naturel, parce qu'ils ne cunnaissent pas le petit plomb, et qu'il leur faut plusieurs minutes pour lâcher un coup de fusil; car ils s'étendent à terre, posent leurs armes, ordinairement trèslongues, sur une fourche qui y c.st attachée, et font alors par le moyen d'un ressort fraiiper la meche à plusieurs reprises sur le bassinet jusqu'à ce que le coup parte. »
Le produit de la pèche est insigni- 6ant ; on trouve au marché de Boukhara quelques poissons apportés de l'Ainuu- Déria et du lac Karakoul.
Le commerce des fourrures n’est paé très-considérable dans le pays. Il se trouve entre les mains des Kirguizes et des Karakalpaks. qui liahitciit les parties septentrionales du klianat. Ces nommes chassent principalement des renards et des martres; car un ne trouve guère de débouchés pour les peaux de tigre et de léopard.
S IV. Commerce.
I.CS villes les plus commerçantes après la capitale sout Samarcande et Karschi.
On y remarque un nombre de boutiques
TARTAIUE.
fort considérable et peu en rapport avec les affaires qui se font dans le nays. Il y a dans ces bontiques un grand nombre d’objets de manufacture rosse. I,e commerce intérieur ne rapporte que de tréslegers bénéüces aux personnes qui s’en occupent, et l’on pentdire que si les marchands continuent ce trafic , c’est bien plutôt par habitude que pour toute autre cause. On conçoitaist-ment que dans on P lys où les conimunications .sont difficiles le commerce intérieur rencontre des entraves qui arrêtent son développement Les routes sont en général dans un mauvais état, et beaucoup tropétroites dans les parties fertiles du khanat, où l’on cherche avant tout à ménager le terrain. I,es ponts se trouvent la plupart dans un état de dégradation tel qu’il serait imprudent de passer dessus. Il existe des routes où, dans la saison des pluies, il est absolutnent im|K)ssible de faire avancer les chevaux et les chameaux chargés. Quelquefois on met quinze jours a parcourir une distance de moins de cinquante milles.
l,a position géographique de Boukhara a rendu celte ville l’entrepôt du commerce du Turquestan. C’est le point central où vont aboutir toutes les routes entre l’Asie orientale et l’Asie occidentale et où l’approvisionnent les pays au sud de celte ville, parce qu’à ses portes même commencent des steppes qui s'étendent jusqu'à la frontière russe. Les marchandises importées à Boukhara ne s’y vendent point en détail ; mais elles sont achetées en gros par des marchands qui les expédient ensuite dans leur pays. Le khan se mêle un neu au mouvement commercial. Il établit des douanes, bâtit des caravansérais et des réservoirs sur les routes. Tous les négociants sont sur le même pied d’égalité, et aucune nation, aucune tribu n’est plus favorisée que l'autre. Les marchands musulmans paient un droit de '1 112 |ioor 100 snr leurs denrées, et les inlidcles, c’est-à-dire les non-musulmans, 5 pour 100.
Le commerce quelesBoukbarescntretiennent avec la Bussie remonte à une époffue fort ancienne, et mérite, par son importance, d’occuper une place tout a lait a part. Les transactions se font au moyende caravanes qui partent de Bou-
khara, et arrivent pendant l’été à trois différents points du gouvernement d’Oéenlmurg et à un endroit de la ligne de la Sibérie. La première esNivane part de Boukhara aussitôt après l’équiiioxc du printemps, etqiielquefais même avant cette époque. Les marchands qui composent la caravane font des arrangements avec les K.irguizes, qui s’engagent à transporter les ballots et à les rendre à leur destination, à Troïtsk.
l.a seconde caravane sort de Boukhara un mois plus tard, et reste pins longtemp.s en route que la première , parce que les chameaux étant maigres et fatigues au printemps, les Kirguizes qui les louent font des haltes fréquentes dans les endroits où l’on trouve de I herbe. Ils visitent aussi les campements ou ils savent rencontrer des parents ou des amis, et ils arrivent rarement sur les bords du Sir avant le milieu di:
mois de mai. Les marchands auxquels appartiennent les marchandises de la caravane connaissent parfaitement tout es MS causes de retard, et ne quittent Boiikh.ira que longtemps après les ehamcaiix. Cette seconde caravane se rend directement à Orenbourg. Quelques marchands s’en détachent cependant pour aller à Orsk.
La troisième caravane, la plus importante de toutes, quitte Boukhara du milieu à la On de mai. Elle sc dirige en droiture vers la frontière ru.sse , où ejle arrive au liout de quarante-cinq à cinquante jours.
Les caravanes qui se rendent de Unssie en Boukharie partent de la mi-fpptembre à la mi-novembre. La première de ces caravanes part de la ville de Trollsk. Elle transporte à Boukhara mi
§rand nombre d’instruments et d’objets e fer que les marchands ont aeliete.s dans le gouvernement d’Orenboiirg.
N'é^nt pas obligés d’attendre la foire de Piidjni-Novgorod pour s’y approvisionner, ces marchands devancent leurs confrères. Vers la même époque on voit partir de la ville d'Orsk de petites caravanes de Tartares. La grande caravane d’Orsk quitte celle ville au commencement de novembre. Ces différentes cafavanes voyagent d’abord séparément à cause de la’rareté du combustible. Mais dès qu’elles sont arrivées aux steppes où
L’UNIVERS
le «aksaoul ( 1 ) croît en abondance, elles m réunissent et cheminent ensemble à petitesjournées.LesKirguizes, sous prétexte d'échanger leurscbanieaux faibles et fatigués contre d’autres en bon état, forcent les marchands de la caravane à s’arr^ ter dans les campements, quelquefois pendantdes semaines entières. On conçoit tous les obstacles que doivent présenter au commerce de pareils moyens de transport. Mais les bénéfices que réalisent les marchands sont tellement considérables (]ue ces gens avides ne se lais- .sent pas d^urager. Les Kirguizes qui louent des chameaux gagnent de cette manière quelque argent, et de plus, ils ont l’avantage de satisfaire leur goût décidé pour le changeinent.de place. Ils jouissent en outre de la satisfaction d’acheter à Boukhara de vieux turbans sales et de longues ceintures dont ils se parent à leur retour dans leurs campements.
Ils mettent presque toujours pour condition à leurs marchés avec les Russes qu'on leur fera quelques petits cadeaux pour leurs femmes et leurs filles : ce sont quelquefois des sortes de robes qui rappellent les couleurs de l'arc-cn-cicI, ou d’autres objets detoileitedans le même goût. Quoique tous les Kirguizes soient des brigands, les marchands russes et boukbares ne se plaignent nas trop de leur manque de pronile. Quelquefois cependant ils mouillent les balles de coton, afin de les rendre plus lourdes
(f) I.f Mksuonl dos Kir^ui/.eb eut la saUola ou Mmde d« nus t>otanistes. OUe plante, comme on rapprend par lecurieuK mémoire du M- Pan- «1er, nalur.tlisle attaché a ramb.i.ssade do M. de Nécri à Boukhara, on arquiorl la hauteur de piMitos hroussaiKes déjà on deçà des monts MoiiKodjars. Elle devient plus {;rande a rav>ure üu'on avance vers le &ud. et atteint ses plUN fortes dimensions sur Icsbordsdu UJanderia, ou elle est un arbre véritable, forme de« bov^oeù et couvre la rive droite du Ut de*»éclié de ne fleuve. On ne saurait encore délormlner, suivant M. Pander, Jusqu’ou le saksaoul RVlend au sud. Il cal cerUdn qu’on le trouve en très grande quantité dans les environs de Boukhara, ou l’on en fait un charbon estimé, supérieur k I0U.S les autres. Il est étonnani , observe M. Pander, nue le saksaoul atteigne Ici une hauteur si ronsldernhle, Uodis que le» .autre» plantes cou- Jiiies SOUK le nom de planUs tahne» ne s’élèvent iiiie de un k trol» ou-dessu.i du sol. U saksaoul poos»e dans le sable et dans l’argile, inais d/ms ceJlr-cl seulement il acciulerl les dimensions d’un arbre; tandis que dans le sable il n*»to à broüssîülles (Voyez Movon-
dorff. / li’Orni bourg
page
tioukham.
et de se faire payer davantage . Mais on; peut prédire qu’ils ne dépasseront jamais certaines limites; ils ont un intérêt trop grand à conserver le monopole des transports àtravers les steppes.
Les marchandises principales que l'on importe de Boukharie eu Russie sont : le coton , des fruits secs , du riz , des soies écrues et des soies teintes, de l'indigo, du baze (1) blanc et du baze teint, des kMlats ou robes et des ceintures de soie , de petit.s bunnets cuunus sous le nom de tubeti , des châles , des fourrures et des turquoises. Le coton forme la partie la
filus importante de ces exportations, et a demande augmente en Russie tous les jours.
Kn échange de ces denrées , les marchands russes fournissent à l'Asie centrale , par l’entrepât de Boukhara, des percales, des calicots, des étoffes de suie et des draps; ils fournissent aussi des fourrures et du fer. Les manufacturiers qui travaillent pour les marchés de l’Asie centrale devraient étudier avec plus de soin, ditM. Khauikoff, le goût des \ sialiques. Ainsi les figures d'animaux sur les étoffes ne peuvent guère convenir à des musulmans , qui ont en horreur et considèrent comme une idolâtrie toute représentation d'un être vivant. Les manufacturiers devraient aussi avoir l'attention de varier un peu leurs tissus pour la couleuret la qualité. Souvent une modification peu importante en apparence inllue d'une manière notable sur la vente. On a remarqué que les marchands russes ont augmenté de beaucoup leur débit en expédiant à Boukhara des petits painsdesucrc au lieu d’y eti envoyer des gros. Ij;s Buukhares ont coutume de donner du sucre en cadeau à leurs amis; or, romiiie. il serait malhonnête d'offrir un pain coupé, les )>etits pains leur permettent d'être généreux sans faire detrop grandes dépenses. Pour donner une idée de l'extension qu'a pris aujourd'hui le commerce entre Boukhara et la Russie,
(!) M. Kliauikofr, ou plulOI sou traducteur anglais, M. le baron de Bode, auquel nous empruntons ces détails, donne le mot baze sans aucune explication; mais baze ou 6êze, comme on prononce, je crois, plus ordinairement, seul dire, en turc, toile de cotons et c'est, si Je ne me lixtmpe, le sens qu’il doit avoir ici ; 6ére sigiii- Ue eu persan tiiijin. — L. D.
il suffira de dire que le transport des marchandises entre les deux pays occupe annuellement de cinq a six mille chameaux, dont chacun porte une char|;e de plusde (iOO livres. Le commerce d'exportation des marchandises russes augmente chaque année. La valeur totale de ces marchandises fut en 1A28 de I,l80,(i00 francs, et en I840 elle atteignit 8,283,654 francs.
Les relations commerciales et les échanges de denrées entre le klianat de Boukfiara et la Khivie ont lieu d'ordinaire vers la fin de l’automne ou en hiver. Pendant l’été les bords du Sir-Oéria sont infestés de myriades de cousins qui rendent le voyage très-pénible. Cette circonstance, jointe à la nature même des denrées qu’échangent les deux pays, fait que les marchands préfèrent la saison iroide pour leurs expéditions. LeS principaux produits que les Boukhares tirent de la Khivie sont des pommes et des peaux de taureau. Mais ce.s denrées ne sont pas assez importantes pour devenir l’objet d'un commerce suivi. On porte de Khiva à Boukhara une quantité considérable d'objets de manufacture russe , et c’est là proprement ce qui fait la base des transactions commerciales entre les deux pays. I.es marchands khiviens vont se murnir directement à Oreiibourg, et arrivent dans leur pays avant que les caravanes destinées à Boukhara atteignent cette dernière ville.
C’est là un avantage dont ils tirent souvent parti. On voit que le commerce entre Boukhara et la Khivie ne peut pas être extrêmement considérable. On a calculé que le nombre des chameaux employés au transport des marchandises entre les deux khanats varie de 1,000 à 1,500 , sans jamais excéder ce dernier nombre.
La ville de Meschehed , en Perse, envoie tous les ans trois ou quatre caravanes à Boukhara. La plus importante est celle qui part en hiver pour arriver au commencement du printemps, époque à laquelle les peaux d’agneau que cette caravane va cnercher en Boukharie sont à un prix moins élevé. Les caravanes de Meschehed importent dans la Boukharie des étoffes de soie et de coton fabriuées tn Perse , des châles du Kirman , es indiennes, des mousselines , des per-
cales et des calicots anglais , des tapis de Perse et de la Turcomanie, des turquoises, dont la plus grande partie passe
fdiis tard en Russie. Le nombre des chiies de manufacture persane est assez peu considérable. Les Boukhares s’en servent pour faire des ceintures. Ces caravanes rapportent au retour, comme nous venons de le dire , un nombre considérable de peaux d’agneau, ainsi quedu coton et du riz. Klles ne. prennent que fort peu d’objets manufacturés dans la Boukliarie, parce qu’on ne trouve pas à s’en défaire en Perse.
La ville de Boukhara reçoit encore de Hérat et du Cachemire dés châles qui sont exportés ensuite en Russie. On envoie du Caboul à Boukhara quelques objets de manufacture anglaise de qualité inférieure et en bien plus petite quantité que de Meschehed. Le commerce principal entre les deux pavs , c’est l’indigo qui a un grand débit a Éoukhara, d’où on en exporte une partie en Russie. Boukhara reçoit encore par le pays de Caboul plusieurs denrées de l’Inde, différentes drogues pour la teinture, des tissus de coton et entre autres des mousselines que l'on place toujours avantageusement dans la Boukharie , parce que les hommes en portent aussi bien que les femmes , circonstance qui double la consommation.
Le commerce entre Caboul et Boukhara occupe 3,000 à 3,500 chameaux. II ii fait singulier , c'est qu’on ne les emploie sur cette route que depuis quinze ou vingt ans. Autrefois on était persuadé que les chameaux ne pouvaient pas surmonter les difficultés du terrain , et l’on se servait de chevaux , ce qui rendait les transports extrêmement coûteux. Boukhara, de son cdté, envoie à Caboul, à Hérat et à Cachemire, des soies en petite quantité , des cotons et des peaux d’agneau ; mais les principaux objets d’exportation sont les marchandises et l’or russes.
Boukhara entretient un commerce assez actif avec Khokande , Taschkende, Caschgar etYarkende. Deux grandes caravanes se rendent tous les ans de Khokande à Boukhara , l’une au commencement de l'été , et l’autre à la fin de l’automne. Ces caravanes portent à Itoukhara différents produits de la Chine.
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L’UNIVERS
I.U uoinmerce avec Khokande et Ta- M'Iikendecontinue^Ddaiit toute l’année sans interruption. T..es articles que l'on importe par cette voie à Boukhara consistent en thés, porcelaines et étoffes de soie, et quelques objets de fer et d’acier de manufacture russe en petite quantité. Ces dernières marchandises sont trausortcesde la ligne de la Sibérie a Tuschende, d'où on les envoie à Boukhara en beaucoup moins de temps que par toute autre voie. I.e fer et l'acier qui arrivent à liissar , àBadakhschane , a K.houloum et a Meîmaneh , sont achetés pour la plus grande partie par des marchands de Tosclikeude et de Khiva. Boukhara exporte a Khokande et aTasr.hkeude du coton et des drogues pour la teinture.
Dans un excellent article, ou phildl dans un suivant mémoire, quia pour titre. : l'eiuiauce* industriedes et commerciales de quelques litals de l'Lurofie ( I ), un économiste distingue. Al. riicodorc Eix, a tracé un tableau succinct et curieux des relations commerciales de la Russie avec leTurquestau. .Sous l'insérons ici comme conclusion, c;ir il résume trèsbien l'état du grand commerce dans la Tartarie indépendante :
« Kn pénétrant dans les régions asiatiques , nous trouvons dans les provinces du sud-est de nombreuses relations avec ja l’erse et tout leTurquestan. Les communications ont leur origine dans la Géorgie et dans les ports Se la mer Caspienne. Une route , en quittant Tiflis, traverse Van, Tauris , Rescht, et arrive a Téhéran. Orenbourg et Astracan sont en relation avec Mescheltcd , Itérât , Khiva , Boukliara et Ralkh. Asterab id est l'entrepôt des marcliandises qui arriventde Teitéran et de la mer Caspienne, et qui sont expédiées pour Khiva , Boukhara, le Caboul et l’Afganistan, par iMeschehed, où la route se bifurque vers Boukhara et Uérat. Les marchandises des ports delà mer Caspienne destinées à Khiva débarquent dans le golfe de Balkan à Mauguischlak, d'où il leur faut encore une quinzaine de jours pour arriver à leur destination. La distance est plus courte d'Alc.xandrow ; mais en revauche il faut trente-trois jours pour
( I ) V oyei \eJoumai dt$ eetMomisUi, tom . XI . p*|. 380.
aller d'Oreobourg a Khiva. Boukhara expédie ses caravanes pour la Chine, l’Inde, l'Afganistan, la Perse et la Ruasie. C'est la ville la plus active et la plus industrieuse du Turquestan. Elle communique avec Orenbourg parl'llek, les désertsdeKara-Koumetde Kizil-Kouro par la côte nord-est du lac Aral. Les caravanes mettent soixante jours pour franchir la distance entre les deux villes. Les marchandises russes d'Orenbourg destinées au Caboul passent également par Boukhara. Troïtsk, situé sur l'Oui , acquiert chaque jour plus d'importance, et cette ville sert d'entre|>ôt aux marchandises d'Irbit et d'Iekaterinbourg , qui sont destinées au Turquestan et au Caboul. Petropawluwsk , plus a l'est, est la station du commerce de Tohulsk et d'Omsk avec Boukhara. Enfin une troisième route se dirige du gouvernement de Tomsk par .Semipalatinsk et les steppes de la Dzoungariesur le furquestan et Boukhara. Il faut quatre-vingts jours pour franchir cette distance. .Semipalatinsk, ain.si que nous lu verrons plus bas, est aussi devenu un entrepôt des marchandises russes exportées pour la Chine, qui se rencontrent d.uis la Uzouiignrie avec les produits envoyés de Boukhara par Khokande, Cascligar et Yarkende. >
S V. Arts et métiers.
Il n'y a dans toute la Boukharic aucunegrande manufacture. Les fabriques qu’on voit dans ce pais n’emploient jamais plus de quatre ou cinq ouvriers è la fois.
La mise en œuvre du coton, qui est une (les productions les plus importantes du pays, emploie beaucoup ne bras, surtout pour séparer le colon des graines. Cette opération se fait au moyen d'une petite machine de bois composée de deux cylindres d'un pouce d'ejiaisseur qui tourne à l'aide d'une manivelle. Ou place la capsule du cotonnier très-près oe ces cylindres , et les graines qui ne trouvent pas un espace suflisnnt pour passer se détachent du coton.
C’est iTCcupation ordinaire des femmes, qui par ce travail payent les frais de leur entretien dans le harem. Quarante livres de capsules de coton doiineutdix livret
Dk Googli
de (il qui font environ vingt kars (I ) de toile. Une partie de cette toile de coton passe chez les teinturiers et les imprimeurs, et est consommée dans le pays; le reste est envoyé au dehors. On tahrique en Uoukharie des étoffes de soie dans lesquelles il entre du coton. Ces étoffes sont généralement solides et bon teint.
Ces Turoomans envoient à Boukhara des couvertures rayées pour les chevaux, des tapis de laine d’une Qualité médiocre, (Tes tissus de poil de cliauieau et des manteaux de feutre.
Les Boukhares ne savent pas bien tanner les cuirs, cependant ils font d'excellents chagrins de toutes couleurs. Ils se servent pour cela de peaux de mouton, de bouc et d'âne.
Quelques ouvriers travaillent bien l'acier, et font d'excellents couteaux. Les armuriers fabriquent des canons de fusil de fer damasse; mais ils ne savent pas encore faire des platines et tous leurs fusils sont a mèche. Les serrures et les autres petits objets de quincaillerie de fer sont apportes de Russie. Les orfèvres sont médiocrement habiles ; cependant ils fabriauent d'assez jolis ornements pour les harnais.
Les cordonniers, très • nombreux à Boukhara, font pour les femmes des bottes avec un velours fabriqué dans le
^ Les boulangers donnent au pain une forme ronde et une épaisseur de quelques lignes seulement. Pour le cuire, ils l'appliquent sur les parois de grands vases chauffes à cet effet.
Il y a à Boukhara un grand nombre de brodeurs et de brodeuses. Presque tous les bonnets que les hommes portent sous le turban, ainsi que les ceintures et les mouchoirs, sont brodés.
Souvent même les dames boukhares donnent à leurs maris des mouchoirs ornés d'inscriptions tirées des poésies de Haliz.
La peinture et la sculpture sont encore dans l'enfance à Boukhara. Ily avait dans cette capitale, pendant le séjour de M. Meyendorff, deux ou trois peintres qui représentaient sur les murs des appartements des fleurs grossièrement faites et entremêlées de dessins bizar-
(I) Le knr a prés do dix pied*.
res. Ces peintres fa'isaient en même temps le métier de relieurs, dont ils s’acnuittaient beaucoup mieux. Le talent des scidpteurs se borue aujourd'hui à tailler les pierres destinées à de.s tombeaux. Le seul graveur en pierres (iues qui se trouvait alors à Boukliara était un Cacliemirien.
La main-d'œuvre est à fort bon marché eu Buukharie. Les portefaix chargent sur leurs épaules et transportent a une distance d'un quart de lieue un fardeau de trois cent vingt livres pour quelques pouls (t) seulement.
O Peu de jours après notrearrivée. dit M. de Meyendorff, il s'établit un marché auprès du jardin où cantonnait notre convoi, à une demi-lieue de la ville; des hommes se tenaient en dehors en attendant qu'on les chargeât d'une commission, et couraient par le plus mauvais temps pour gagner quelques liards. Pendant l'Iiiver que Je passai à Boukhara, le beau temps occasionnait les pl.iiutes des savetiers. En travaillant une journée entière, ils ne gagnent que quarante-cinq pouls. Le pain que mange l'homme le plus pauvre absorbe plus de la moitié de cette .somme : il lui faut de plus pour dix pouls de. riz. Ainsi, sans manger de viande. il ne restait à ces artisans que cinq .sous de Franc* par jour pour se vêtir et se loger. Ce bas prix de la main-d'a uvre serait favorable àl'émblissemciit des manufactures, si elles n'exigeâient pas des lumières encore étrangères aux Boukhari s. Il convient cependant de remarquer que leur activité est de la même nature que celle des Juifs et des Tartares, et se dirige uniquement vers le Ira- Uc. Les Boukhares éprouvent beaucoup d'aversion pour tout travail qui exige UD trop grand emploi de forces physiques; c'est pourquoi les portefaix sont des étrangers qui viennent des muiita-
fnes; les gens qui cultivent la terre sont es esclaves, parmi lesquels les Busses sont les plus estimés à eniise de leurconstitution vigoureuse et de leur activité. »
GOUVËIINEHF.NT ET ADMJNISTBATIOM .
Le khan, auquel on donne le titre d'émir (2), est le souverain de toute la Bou-
) Le poul vAot l.jeiIoodeoMUme. ■
) Nous noua servlfoiii Indiffère ininciu df
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L’UNIVKRS.
kharip. Il dispose à son ^ré de la vie et de la liberté de ses sujets. Les villes les plus éloignées de Boukhara ont des gouverneurs particuliers nommés par le khan et investis d'une autorité sans limites, excepté pour les condamnations capitales. Lorsque ces chefs croient devoir appliquer la peine de mort, ils en demannent d'abord l’autorisation au khan , qu'ils sont d'ailleurs tenus d'informer de tous les événements de quelque importance qui surviennent dans les pays soumis à leur juridiction. Ils envoient toutes les semaines des rapports ui sont présentés au khan les vendrais après le second namaze, ou grande prière canonique de midi. Le souverain prononce aussitôt le jugement. Les gouverneurs des villes et places de second ordre, quoique nommés par le khan, ne s'adressent pas directement à lui pour la décision des affaires importantes, mais ils s'en réfèrent au gouverneur principal, leur chef immédiat, et celuici s'adresse ensuite au souverain , s'il le juge à propos.