‹ Tartarie, Beloutchistan, Boutan et NepalChapitre 41 sur 53 · BÈGNB DE CB PBINCB · texte numérisé non relu

BÈGNB DE CB PBINCB

SA MOBT.

A la mort de Coyoue, Ogoulgalmisch , principale épouse de ce prince , fut nommée régente, suivant l'usage qui existait alors chez les blogols. Cette régence ne fut point heureuse. Les peuples, écrasés |iar les impôts de toute nature que l'on exigeait d'eux, furent encore affligés par une grande sécheresse, qui fit périr un nombre considérable de bestiaux. Le trésor était vide, et Ugoulgaïmiscb manquait de l'argent nécessaire pour payer les troupes qu'elle avait sur pied. Le kouriltaï ayant été convoqué, les princes qui le composaient élirent Mangqu, fils de Touluuï et de Siourcoucteni. iJe pouvoir suprême sortit ainsi de |g iaïutUe d'Oktai , et passa dans celle de Toulouï. I.e 1“^ juillet lUI , llwwoa, alors ôgé de quarantetrois ans, tut placé sur le trône avec le cérémonial d’usage. Les princes mimât leurs ceintures sur leurs épaules , et déchirent neuf fois le genou devant l'empereur. Dix mille soldats, placés autour du pavillon impérial, suivirent oet exemple. Alangou ordonna que ce jour-là ses sujets oubliassent leurs querelles et leurs travaux pour se livrer uniquement à la joie et au plaisir. Il défendit même de monter le.s chevaux , de charger les bétes de somme, de tuer les animaux dont on mange la chair, de chasser, de pêclier, de travailler la terre

(I) mttoin gtniraU dm Amm , tome III , psflsin»

et de troubler les eanx . Ces dernières'dispositions prouvent que Mangou admettait le dogme de la métempsycose , et on n’en doit rien inférer touchant le caractère de ce prince. Alangou , qui montrait une si grande sollicitude pour les brutes et les éléments, était d'un naturel ingrat et cruel. Comblé de bienfaits par Oktaï, qui lui avait servi de père (I), il usurpa le pouvoir, et dépouilla les heritiers de cet empereur.

Le lendemain, Mangou donna un grand repas. Les fêtes se prolongèrent pendant une semaine, et chaque jour les convives se présentaient avec des vêlements nouveaux et d'une couleur différente. On consommait journellement trois cents chevaux et bœufs, cinq mille moutons, la charge de deux mille duriots de vin et du koumize.

Au milieu de ces réjouissanoes, on découvrit un complot contre Alangou.

Soixante et dix personnes coupables ou soupçonnées de l'être furent mises à mort avec la plus grande cruauté, (juclques-unes périrent les entrailles décliirées par des pierres qu’on leur enfonçait dans la gorge.

Après ces cruelles exécutions , Mangou s’occupa de choisir les représenlants de l’autorité souveraine dans les différentes provinces de l'empire Alogol. Koubilaî, son frère, fut nommé lieutenant général pour les contrées situées au delà du grand désert, et qui comprenaient une partie de la Tartarie et de la Cliine.

Les impôts n’avaient pas été payés régulièrement dans toutes les provinces. Mangou défendit d'exiger les arrérages, disant qu'il tenait moins à remplir son trésor qu’à ménager le peuple. Cette conduite, jointe à quelques autres mesures sages qu'il prit pour diminuer 1rs charges publiques, lui concilia l'affection de ses sujets. Sans doute Mangou était un prince cruel, l'histoire de son règne ne le laisse que trop voir ; mais le privilège de répandre le sang parait aux Asiatiques tellement iohèrent au pouvoir suprême, qu'ils ne songent pas à s’en plaindre , et s’estiment heureux lorsque leurs souverains conseo-

(I) f'agez d’Ohuoo, Hiztmn dm Mongol*, tome II, page tu, note s.

TiRTARIE.

tent i ne pas In dépouiller injustement de tout ce qu’ils possèdent.

Au mois de février I2â2 Mangou perdit sa mère Sioureoueteni, à laquelle il avait dérerné le titre d'impératrice. Suivant le témoignage d'un grand nombre d'historiens , cette princesse était chrétienne. Rien n'est moins prouvé cependant, et il y a tout lieu de croire que Sioureoueteni , comme un grand nombre de chefs et de princesses tartares depuisGengiskan, montrait une extrême loleranre pour toutes 1rs religions , et leur accordait une égale protection et un égal re.spect. Nous pourrions citer à l’appui de notre opinion la bienveillance eonstante qu’elle témoigna aux mahométans, et les encouragements qu'elle accorda à leur culte. Klle donna mille pièces d’or, et Ut une dotation considéralile en terres pour établir à Boukhara un collège destiné à l’enseignement de la théologie musulmane.

Au mois d’aoiUde la mêmeannée, Maugou se rendit à Caraeonim, où il statua sur le sort des princes et des princesses qui avaient témoigné le désir de voir les membres du kouriltai choisir pour empereur un descendant d'Uktaï, et qui, de cette manière, s'étaient opposés plus ou atoins directement à son élection. Ogoulgaimisch fut amenée les mains cousues dans un sac de cuir. Le juge la Ht dépouiller de tous ses vêtements, quoique cette princesse lui reprochât avec indignation d'exposer aux regards une femme qui n'avait jamais été vue que par Tempereur, son époux. Déclarée coupable d’avoir attenté par des maléflees à la vie de Mangou , elle fut enveloppée dans une pièce de feutre et noyée. I j mère de Schiramoun iiartagea ce niêine supplice. Mais ce qui dut mettre le comble au malheur de ces infortunées, c’est que leurs propres fils les accusèrent, en déclarant qu'elles les avaient engagés à ne pas reconnaître Mangou. Plusieurs rinces furent également condamnés au emier supplice. Schiramoun, épargné d'abord, excita bientôt âpre» les craintes de Mangou, qui le fit noyer. Toutes les personnes qui dans les différentes provinces de l’empire s'étaient prononcées en faveur de la famille d'Oktaï ressentirent les effets de la vengeance de lempereiir.

an

Opendant Roiibilaï, devenu vice-roi d'une partie de la Chine, s'appliquait à connaître les moyens de remedier aux maux que la guerre avait causés dans son empire. Il avait été élevé par un Chinois, Yao-Chou, homme prolie, qui, employé par le gouvernement mogol, s'était ensuite retiré pour ne prendre aucune part aux injustices qu'il voyait sans cesse commettre sous ses yeux. Koubilaî le rappela près de lui. 'Yao-Chou rédigea pour l'usage de son ancien élève un petit traité de morale et de politique, dans lequel il traçait les devoirs du souverain, les principes d'un bon gouvernement; et. ariivant a des préceptes d'une application plus immédiate encore, il lui indiquait la conduite qii'il devait tenir envers les Chinois, les Tartares, les troupes et les grands. Koubilaî fut tellement frappé du mérite de cet écrit, que par la suite il ne s'engagea dans aucune affaire importante sans avoir auparavant consulté Yao-Chou Il rétablit l'ordre dans toutes les parties de l’administration , et parvint à faire aimer son gouvernement aux Chinois eux-mêmes.

A la Un de l’année 13&3 deux religieux arrivèrent à la cour de Mangou avec des lettres de saint Louis. Ce prince ayant entendu direque Sartac, HIsalnéde Uatou, s'était fait chrétien , pensa è envoyer des missionnaires en Tartarie, pour engager les Mogolsa persister dans leurs nouvelles croyances. Guillaume de Rubriiquis, cordelier, partit de Palestine accompagné d'un autre religieux, Rarthélemi de Crémone et d’un clerc. Étant allé s’embarquer à Constantinople, il aborda à Kou^c en Crimée, d'où il gagna en trois jours le premier eanlonnemeiit des Tartares, et « quand je les eus vus etconsi-

■ dérés, dit-il, il me sembla que j'entrais

■ en un nouveau monde. » Il se rendit ensuite auprès du prince Sartac,qui était campé à trois journées en deçà du Volga. « Dans ce voyage, qui dura deu.x « mois , depuis Soudac, dit-il , nous ne < couchâmes dans auruoe maison , ni « tente , mais toujours i l'air ou sous « nos chariots, et dans toute celte route « nous ne trouvâmes aucun village ni « vrst'gedebâtinients, sinon des sépultu- « resdeConians en grand nombre. »Rubniquis fut présenté a Sartac par un des offlriers de ce prince qui était chrétien

i; UNIVERS.

iss

nestorif n. Le cordelier était revêtu de rirlifs ornements sacerdotaux ; il tenait dans ses mains une belle Bible, qu'il avait reçue de saint Louis, et un psautier de grand prix, orné d'imagescoloriées, dont la reine lui avait fait présent ; frère Barthélemi de Crémone portait le missel et la croix ; le clerc tenait un encensoir. Ils furent avertis, suivant l’usage, de prendre garde à ne pas toucher le seuil de la porte , et on les engagea à chanter un cantique qui attirât sur Sartac la bénédiction du ciel. Ils entonnèrent le Salce, Regina. Après que Sartac et ses femmes eurent examiné les vêtements et les livres des religieux , Rubruquis présenta des lettres de saint Louis avec deux traductions, l’une en arabe, l’autre en syriaque. Sartac, ayant pris connaissance du contenu, lit dire le lendemain à Rubruquis que puisqu’il voulait séjourner dans le pays il était néces- .saire qu’il en obtint la permission de son père Batou, et qu’on allait le conduire à la cour de ce prince. Sartac avait auprès de sa personne des prêtres nestoriens qui célébraient l'ofDce divin suivant leur rit, mais il n'était pas chrétien :

• Il me semble bien plutôt , dit Hubru- « quis, qu’il se moque des chrétiens et

• les méprise. •

Les missionnaires furent donc obligés de se rendre à la cour de Batou, sur les bords du Volga. Rubruquis remarqua avec surprise que le camp de ce prince couvrait autant de terrain qu’une grande ville, et que les environs, jusqu’à une dist.-incede trois ou quatre lieues, étaient encombrés par une foule nombreuse.

Au centre du camp était placée l'habitation du prince, dont l’entrée regardait le sud ; de ce côté-là nul ne pouvait dresser des tentes; mais on les avait rangées à droite et à gauche du pavillon royal , dans la direction de l'est à l’ouest celles des femmes étaient à gauche, à un jet de pierre l’une de l'autre. Toutes ces tentes étaient couvertes de feutres enduits de lait de brehis, ou d’une couche de suif, pour les rendre imperméables à l’eau.

Rubruquis fut conduit en présence de Batou , qui avait fait dresser une grande tente pour le recevoir, parce que celle qu’il habitait ordinairement ne pouvait pas contenir toutes les personnes de la

cour. « On nous avertissait toujours, dit « Rubruquis, de nous garder bien de « toucher les cordes qui tenaient cette

< tente attachée , parce qu’ils l'estiment

• comme le seuil de la maison. Nousde- « meurâmes là nu-pieds , en notre ha- « hit , la tête découverte , et en spectacle

• à la vue de tous. Frère Jean de Plan « Carpin y avait déjà été avant nous , « niais il avait changé d’hahit , pour

• n’être pas en mépris , d'autant qu'il « était envoyé par le saint-père. Après, O nous fûmes introduits jusqu’au milieu « de cette tente, sans exiger de nous que

• nous fissions aucune révérence, en « fléchissant le genou , comme les am-

< bassadeurs envoyés vers eux ont cou- « tume de faire. Nousdemeurâmes ainsi « en sa présence environ la longueurd’un « Miterere, et tous gardaient un grand « silence. Baatu (Batou) était assis sur « un haut siège ou trône , de la grandeur « d’un lit et tout doré, auquel on mon- « tait par trois degrés; près de lui il y « avait une de ses femmes ; les hom- « mes étaient assis à droite et à gauche « de cette dame. Comme les femmes ne « remplissaient pas un des côtés ( car il « n’y avait là que celles de Baatu ), les

• hommes occupaient le reste de la place. « A l’entrée de la tente était un banc, sur

• lequel il y avait du coumizetdegrandes «. tasses d’or et d’argent , enrichies de pier-

• res précieuses. Baatu nous regardait « fort, et nous le considérions avec atten-

tion. Son visage était un peu rougeâtre. « Enfin il me fit commandement de par- « 1er ; alors notre conducteur nous aver- « tit de fléchir les genoux et de lui par- « 1er ainsi. Je pliai donc un genou à « terre, comme devant un homme; mais

< il me fit signe que je les pliasse tous « deux, ce que je fis, n’osant leur déso-

• béir en cela ; sur quoi , m’imaginant

• que je priais Dieu, puisque je flécl'is-

• sais ainsi les deux genoux, je commen- « çai ma harangue par ces paroles : Mon- « seigneur, nous prions Dieu, dequi tous « biens procèdent et qui vous a donné « tous ces avantages temporels, qu'après

• cela il lui plaise vous donner aussi les « célestes , a’autant que les uns sont « inutiles et vains sans les autres. Vous « devez savoir, monseigneur, que vous > n'aurez jamais ces derniers si vous « n’êtes chrétien; car Dieu a dit lui-

" 'Cuogle

ÏARIARIE,

• même : Qui croira et sera baptisé sera « sauré; mais qui ne croira sera con-

• datnué. A ces mots, le prince sourit

• modestement, et tous les Mogoiscora-

■ ineneèrent à frapper des mains et à

• se moquer de nous. Après , silence

• s'étant fait, je lui dis que j'étais venu - vers son flis , parce que nous avions

• ouï dire qu'il était chrétien , et que je « lui avais apporté des lettres de la part

■ du roi de France , mon souverain sei- « gneur, qui m'avait envoyé vers lui, « dont il aevait savoir le motif. Ayant « ouï cela, il me fît lever, s'enquit du

• nom de Votre Majesté ( I ), de ceux de mes « compagnons et de moi, et mon inter-

• prête les lui fît mettre par écrit. Il

• me dit encore qu'il avait entendu que

• Votre Majesté était sortie de son pays « avec une armée pour faire la guerre.

• Je lui répondis qu'il était vrai ; mais « que c'était pour la faire aux Sarrasins ,

• qui occupaient la sainte cité de Jérusa-

• lein , et profanaientia maison de Dieu.

• Il me demanda aussi si jamais vous lui « aviez envoyé des ambassadeurs , et je

• lui dis que non. Alors il nous ütasseoir

• et donner de leur lait à boire , ce qu'ils

• répuleiit à grande faveur, quand il

• fait boire du coumiz en sa maison < avec lui. Comme je regardais fixement

• en terre, il me commanda de lever les « yeux. Nous sortîmes ensuite. »

Après l'audience, Rubruquis apprit ue Batou ii'osait pas lui permettre de emeurer dans le pays sans une autorUation expresse de Mangou , et il se mit en route avec son compagnon pour la solliciter lui-méme de cet empereur.

Apres avoir suivi la cour de liatou pendant six semaines , le long du Volga, les deux religieux partirent à cheval, le 15 de septembre, avec le fils d’un officier que Batou avait chargé de les conduire. Ilsrestèrent en route plus de trois mois. « Il est impossible de dire,

• écrit Rubruquis, combien, en tout ce r chemin, nous endurâmes de faim, de

• soif, de froid et de lassitude. » Les missionnaires traversèrent les vastes plaines qtll avant la conquête des Mogols formaient le territoire des Cancalis , puis le Turquestan , le pays des

(DU rrlallüude Rubruquis est admsée S saiot Louis.

Ouîgours , celui des Naïmans , et ils arrivèrent le 27 de décembre à la cour du grand khan , qui se trouvait alors à quelques journées au sud de Caracorum.

Dans ce voyage, les vivres, les chevaux et les chariots leur étaient fournis gratuitement, par voie de réquisition, suivant la règle établie ; car les personnes qui voyageaient sous la protection des

firincesdu sang étaient, de même que es envoyés de l'empereur, défrayés sur la route par les habitants du lieu. Partout on rendait des honneurs à l’oflicier de Batou; on sortait des villes pour aller à sa rencontre, on lui offrait des vivres, et souvent on chantait devant lui en battant des mains.

Aussitôt après leur arrivée, les deux religieux furent interrogés sur le sujet qui Tes amenait en Tartarie ; et malgré tout ce qu'ils purent dire, les ofUciers de l’empereur restèrent persuadés qu'ils étaient envoyés pour demander la paix a leur maître, et reconnaître sa suprématie. Rubruquis leurrépétaiten vain qu'il n’était pas ambassadeurdu roi de France, mais un simple missionnaire, porteur de lettres de recommandation de ce souverain pour le prince Sartac ; car saint Louis, sachant que l'envoi d’une ambassade était considéré par les Tartares comme un acte de soumission, avait recommandé au frère Guillaume de ne pas prendre d’autre qualité que celle de missionnaire. Les deux religieux furent admis , le 4 janvier 1 254, à l'audience du grand khan. • Le feutre qui « était devant la porte du palais étant le- « vé, nous y entrâmes, dit Rubruquis, • et comme nous étions encore au temps « de Noël, nous commençâmes à enton- « ner l'hymne/éjo/ïs orlutcardine, etc.

« Lorsque nous eûmes achevé, ils se • mirent à nous fouiller partout, pour « voir si nous ne portions point de cou- < teau caché, et contraignirent notre < interprète même de laisser sa ceinture • et son couteau au portier. A l’entrée • de ce lieu il y avait un banc, et des- • sus du coumiz ; auprès de là ils firent < mettre notre interprète tout debout, « et nous firent asseoir sur un banc vis-à- • vis des dames. Ce lieu était tout tapissé > de toiles d'or ; au milieu il y avait un • réchaud plein de feu, fait d'épines et « de racines d'absinthe, qui croit là en

Dy '.jOOgle

IS4 L’UNIVKRS.

« abondance; ce feu était allumé avec « de la flente de boeuf. Le grand khan

• était assis sur un petit lit, vêtu d'une € richerobe fourrée et fort lustrée coin-

• me la peau d’un veau marin. C'était

• un homme de moyenne stature, d’un « nez un peu plat et rabattu, âcé d'en-

• viron quarante-cinq ans. Sa femme, c qui était jeune et assez belle, était assise « auprès de lui, avec une de ses fliles,

• nommée Cvriiia, prête à marier et assez

• laide; plusieurs petits enfants serepo- « saient sur un autre lit nroche delà. Le « khan nous lit demander ce que iious « voulions boire, du vin , ou de la tera- « sine , qui est un breuvage fait de riz , « ou du cara-coumiz, qui est du lait de « vache tout pur, ou du ball,quiestfaitde

• miel;rar ils usent, Thiver, de ces quatre « sortes de boissons. A cela je répondis que « nous n’étiuns pas gens qui se plussent

• beaucoup à boire; que toutefois nous

• nous contenterions de tout ce qu’il a plairait à sa grandeur de nous faire « donner. Alors il commanda de nous « donner de cette terasine , faite de riz , « qui était aussi claire et douce que du

■ vin blanc , dont je goûtai un peu pour « lui obéir; mais notre interprète, à no- « tre grand déplaisir, s’était accosté du « sommelier, qui l’avait tant fait boire,

• qu’il ne savait ce qu’il faisait et disait. « Après cela, le khan se fit apporter « plusieurs sortes d’oiseauv de proie , « qu’il mit sur le poing , les considérant « fort, assez longtemps. Puis, il nous

• commanda de parler. Il avait pour son « interprète un neatorien ; nous avions « aussi le ndtre, comme J’ai dit, fort « mal accommodé du vin. Nous étant

■ donc mis à genoux , je lui dis : > Que

< nous rendions grâces à Uieu de ce qu’il

■ lui avait plu nous amenerde si loin pour

■ venir voir et saluer le grand Mangué Khan, à qui il avait donné une grande « puissance sur la terre, mais que nous

< suppliions aussi la même bonté de Notre- « Seigneur Jésus-Christ, par qui nous vi- « vions et mourions tous, qu’il lui plût

• donneràSa Majesté heureuse et longue « vie { car c’est tout ce qu’ils désirent , « qu’on prie pour eux , afin de leur obte- « nir une longue vie ). J’ajoutai à cela

• que nous avions ouï dire en notre pays

• que Sartach était chrétien, dont tous les «chrétiensavaieatétéfortrcjouis,etspé-

• cialementleroi de France, qui sur cela « nous avaitenvovés vers lui, avecdeslet-

• très de paix etn’ainitié, pour lui rendre

• témoignage quelles gens nous étions, à

• ce qu’il voulûtnous permettre de nous

• arrêter en son pays; d’autant que uous

< étions obligés, par les statuts de notre

< ordre, d’enseigner aux hommes eom- « ment il faut vivre selon la loi de Dieu. « QueSartachsurcelanousavait envoyés

• vers son père Baatu, et Baatu vers Sa « Majesté Impériale, à laquelle, puisque

• Dieu avait donné un grand royaume sur ■ la terre, nous le suppliions aussi bien « humhlement qu’il plût à Sa Grandeur « de nous permettre la demeure sur les « terres de sa domination, afin d’y faire > faire les commandements et le service

• de Dieu, et prier pour lui, pourses fem-

• mes et ses enfants. Que nous n'avions

• ni or, ni argent, ni pierres précieuses,

< mais seulement notre service et nos

• prières, que nous ferions continuelle-

• ment à notre Dieu pour lui ; maisqu’au

• moins nous le suppliions de nous pou*

• voir arrêter là tant que la rigueur du

• froid fût passée ; d’autant même que

• mon compagnon était si laset si harassé « du long chemin que nous avions fait,

• qu'il lui était du tout impossible de se

• remettre si tdf en voyage sans courir « danger de la vie: de sorte que sur cela « il iiravait contraint de lui demander

• licence de demeurer là encore pour

• quelques jours ; car nous nousdoutions

• bien qu’il nous faudrait bientôt retoSM^ « ner vers Baatu, si de sa grâce et bonté

< spéciale il ne nous permettait de de- « nieurer là. A cria le xhan nous répon-

< dit que, tnut ainsi que le soleil épand

• ses rayons de toutes paris, ainsi sa puis-

• sance et celle de Baatu s’étendaient en

• tous lieux ; que pour notre or et notre

• argent il n’eu avait que faire. Jusque- « là, je n’entendis aucunement notre in- « terprète; mais du reste je ne pus rien

• comprendre autre chose, sinon qu’il « était bien ivre, et , selon mon opinion ,

< queMangu même était un peu chargé.

• Après cela il nous fit asseoir, et au bout

• d’un instant nous sortîmes avec ses

• secrétaires. Comme nous étions sur le

Point de retourner à notre logis, vint interprète, qui nou.s, dit que Maugu < avait pitié de nous et nous donnait • deux mois de temps pour demeurer

• là tandis qae le froid se passerait; et

• il nous mandait aussi que près de là « il y avait une ville, nommée Caraco-

• mm , où , si nous voulions nous trans-

• porter, il nous y ferait fournir tout ce

• qui nous serait de besoin ; mais que si

• nous aimions mieux demeurer là où

• nous étions, il nous ferait aussi bailler

• toutes choses nécessaires, et néan*

• moins que ce serait très-grande peine

• et misere de suivre la cour partout. > Pendant sa résidence à la cour impériale , Rubruquis put s'assurer par luiméme que Mangou et les membres de sa famille assistaient également aux cérémonies religieuses des chrétiens, des mabométans et des bouddhistes; qu’ils ne connaissaient rien du christianisme, ài’exeeption de quelques pratiques extérieures et insigmUantes, telles que l'encensement , la bénédiction , l’adoration de la croix; qu'ils entretenaient des prêtres de ces trois religions et des ma-

iciens pour être plus sûrs d'obtenir les iens qu’ils désiraient et se préserver des maux qu’ils redoutaient, ne soupçonnant même pasque le culte que l'on rend à Dieu pût avoir un but plus élevé. Les prêt res chrétiens, mabométans et bouddhistes s’efforçaient de faire des prosélytes parmi les Mogols; ils s'attaebâient surtout à gagner Mangou ; mais eet empereur, fidèle aux maximes de Geiigiskan , ne montrait de préférence pour aucun culte, et les protégeait tous avec égalité. Il dit un Jour à Guillaume de Rubruquis que tous les hommes qui se trouvaient a sa cour, adorant le même Dieu . être unique et éternel , devaient être libres de l'bonorer suivant la ma nièrequileursembleraitpiusconvenable.

Les grâces qu’il accordait aux sectateurs des differentes croyances faisaient penser à chacun que la sienne était préférée. Selon l’historien Alai ud-din, cité parM. d’Ohsson(l), c'étaient les musulmans dont Mangou faisait le plus de cas; pour citer un exemple de sa bienveil- Isnce à leur égard , il rapporte le trait suivant. Le jour du Beyram de l'année 630 ( 13S2 ), les musulmans qui se trouvaient dans la résidence de Mangou se réunirent pour célébrer cette fête.

Après le namaze, le ministre officiant

(I) HüMre de$ MonyoU, tome II , page ao:i.

priapourl’empereur. Mangou lui fit répéter nombre de fois cette prière, et donna aux musulmans plusieurs chariots remplis de riches étoffes et de pièces d’or et d’argent. Il signala encore ce jour par un acte de clémence ; des courriers lurent envoyés dans les provinces avec ordre de remettre en liberté tous les gens qui étaient détenus en prison. Des historiens chrétiens assurent, au contraire , que Mangou montrait une prédilection marquée pour la religion chrétienne. Cependant Rubruquis observe que le chef des magiciens mogols était logé devant le pavillon de l’empereur, à la distance d'un jet de pierre, et qu’il avait sous sa garde des chariots dans lesquels étaient renfermées des idoles. Ces magiciens se mêlaient d'astrologie, et prédisaient les éclipses; sitôt qu’elles commençaient ils battaient du tambour et des cymbales , en poussant de grands cris. Ils indiquaient les jours heureux et malheureux; on n'entreprenait aucune affaire sans les consulter auparavant.

Ils purifiaient par le feu tous les objets destinés à la cour et les présents offerts à l’empereur, sur lesquels ils prélevaient une part. On les appelait, à la naissance des eufants, pour tirer leur horoscope ; et on les consultait pour la guérison des malades. S’ils voulaient perdre un de leurs ennemis, ils l'accusaientd’avoirattiré par des sortilèges le malheur sur une personne qu’ils désignaient. Lorsu’on les consultait, ils évoquaient les émons au son du tambourin, s'agitaient avec fureur, tombaient en extase et rendaient une réponse qu'ils disaient tenir de leurs esprits familiers.

Rubruquis rapporte quelques traits de la malice de ces prétendus magiciens et de la superstition des Mogols. Il avait appris ces détails à Caracorura, et les tenait d'une dame de Metz, nommée Raquette, eulevéepar les soldats mogols en Hongrie, et attacliée pendant quelque temps au service d'une des épouses de Mangou, qui était, diton, chrétienne. Cette princesse avait reçu en présent de superbes fourrures. Les devint les ayant purifiées par le feu , suivant l’usage, en retinrent une partie ; mais la femme de chambre de la princesse, jugeant qu'ils avaient pris plut qu’il ne leur revenait, en avertit sa

U!c;:;.’oa

L’UNIVERS

maîtresse, qui adressa aux devins de sévères reproches. Peu de jours après', cette dame étant tombée dangereusement malade, les devins déclarèrent u’elle avait été eusorcelée par la femme e chambre, qui fut immédiatenieut appliquée à la torture. On lui fit souffrir pendant sept jours les plus cruels supplices pour obtenir l'aveu de son prétendu crime. Cependant la princesse, mourut. Alors l’accusée supplia qu'on lui ôtât la vie, voulant suivre sa maîtresse, ù qui elle soutenait n’avoir jamais fait aucun mal ; l’empereur la fit remettre en liberté.

I.es devins choisirent alors une autre victime : ils accusèrent de la mort de la

{irincesse la nourrice de sa fille ; c'était a femme d'ün des principaux prêtres nestoriens. Mise à la torture, elle reconnut avoir employé quelques sortilèges pour obtenir les bonnes grâces de sa maltresse, mais elle affirma en même temps qu’elle était innocente de toute opération magique tendant à nuire à cette princesse: elle fut cependant condamnée à mort et exécutée.

A quelque temps de là , une des femmes de Mangou étant accouchée d’un fils, les devins prédirent que le nouveau-né jouirait d'une longue vie , et deviendrait un grand prince. L’enfant étant mort au bout de quelques jours , la mère, désespérée, fit venir les devins, et les accabla de reproclies. Ils se justifièrent en disant que la femme du prêtre iiestorien qui venait d’être mise à mort avait tué l’enfant par ses nialéfices.

L’épouse de Mangou , furieuse en entendant ces paroles , voulut , à défaut de cette femme qu’elle ne pouvait plus atteindre, se venger sur un fils et une fille de cette infortunée; elle ordonna que l’un fdt tué par un homme, et l'autre par une femme. Mangou, informé de ces exécutions, en fut outré de colère; il reprocha sévèrement à son épouse d’avoir osé faire mettre à mort deux personnes sans sa permission, et il ordonna que cette princesse fût enfermée dans un cachot pendant sept jours, puis il l’éloigna de la cour pendant un mois.

L’homme qui avait tué le fils de l'épouse du prêtre nestorien fut condamné au dernier supplice, et on attacha sa tête au cou de la femme qui avait mis à

mort la jeune fille; cette femme fut ensuite elle-même battue avec des lisons ardents, et exécutée.

Rubruquis observe que les prêtres nestoriens qui se trouvaient auprès de Mangou étaient ignorants, superstitieux et adonnés au vin. Dans les festins à la cour, les prêtres chrétiens , revêtus de leurs ornements, entraient d'abord, priaient pour l’empereur, et bénissaient sa coupe. Lorsqu’ils s'étalent retirés , on introduisait les ministres du culte mahométan, et après eux les prêtres païens , qui officiaient à leur tour.

• Le iour de l’octave de l'Épiphanie, « dit Rubruquis , la principale femme de « Mangou, nommée Coutouctal, vint à la

• chapelle des nestoriens avec plusieurs « dames, son fils aîné Baltou et sesen-

• fants en bas âge. Tous se prosternèrent

• la face contre terre, touchèrent les ima- « ges de la main droite, qu'ils portèrent à c leurs lèvres, et donnèrent la main à tous

• ceux qui étaient présents, selon l’usage « des nestoriens. Mangou visita aussi cette « chapelle , et s’assit avec son épouse sur « un sopha doré placé devant l’autel. Il

• fit chanter Rubruquis et son coinpa- « gnon , qui entonnèrent le f'eni, Sancte « Spiritus. L'empereur ne tarda pas à se « retirer; mais sa femme demeura dans

• la chapelle, et fit des présents à tous les « chrétiens. On apporta du tarassoun,du

• vinet du coumiz. L’impératrice prit une « coupe , se mit à genoux, demanda la

• bénédiction ; et tandis qu’elle buvait

< les prêtres chantaient. Ceux-ci burent « à leur tour, et s’enivrèrent ; ce fut ainsi « qu'ils passèrent la journée. Vers le soir,

• l'impératrice, étant ivre comme lesau- « très, s’en retourna chez elledansson cha-

• riot, accompagnée des prêtres, qui ne

• cessaient de chanter ou plutôt de hurler. « l.e samedi veille de la Septuagésime,

< qui est le temps de la pâque des Armé- « niens, continue Rubruquis, nous al-

• lâines avec les prêtres nestoriens et « un moine arménien , en procession au « palais de Mangu. Comme nous en- « trions , sortit un serviteur portant des « 08 d’épaule de mouton brûlés au feu

• et noirs comme charbon , dont je fus « fort étonné; et leur ayant demandé « depuis ce que cela voulait dire, ils

• m’apprirent que jamais en ce pays-là « rien ne s'entreprend sans avoir pre-

TARTARIB.

• mièrement bien consulté ces os. Quand « le khan veut faire quelque chose, il

< se fait apporter trois de ces os, qui

• n'ont pas encore été mis au feu , et les 1 tenant entre les mains il pense à l’af- « faire qu'il veut consulter, si elle se

• pourra faire ou non ; puis il baille ces

< os pour les brûler, et il y a deux petits

• lieux proche le palais ou le khan cou- « che, où on les brûle soigneusement,

• et étant bien passés par le feu et noir-

• cis, on les rapporte devant lui, qui

• les regarde fort curieusement , pour

• voir s'ils sont demeurés entiers, et U que l'ardeur du feu ne les ait pas rom- « pus ou éclatés ; et en ce cas , ils jugent

• que l'affaire ira bien ; mais si ces os se « trouvent rompus de travers , et que de « petits éclats en tombent, cela veut ■ dire qu'il ne faut pas entreprendre la

• chose (1). Arrivé en la présence de

(0 Noua compléterons c* que nous avons à «lire sur ce sujet par une note que uout crapruntoujia M le baron d'Ohsson : « Parmi les dirrerenU genres de divitialion qui , selon toute apparence , ont été pratiqués depuis les temps les plus recules chez les peuples superstitieux de la race mongole, et sont même en vogue chez presque tou» Ic^ peuples de l'Asie, qui uni élé ou M)iit encore adonnés aux superstitions du chamanbmr, on doit surtout remarquer Tusage de prédire les chos«‘S futures un ou plusieurs jours d'avance, d*aprés nnspeclinn des lissures produites par le feu sur des omo> plates, tant a cause des réglés systématiques de cet art que de sa frequente application. Oite maniéré de pnkllre est appelée pnr les Calmouks dailü-iultke , et ceux qui la pratiquenl sont nommes par eux <taUad»chi . mais par les Kirguizes jnHrantchis\ ce sont des gens qui sau» exercer d'ailleurs la profession de sorcier, ni appartenir à la classe du cierge, ont acquis par une longue pralique une grande habileté dans cet art. li existe uii écrit mongol, Inlilulé hatlft,i\w\ enseigne les régies d'apres lesquelles U faut interpreler les diverses fissures, droites ou transversales, que reçoit un omoplate exposée au leu. Les mebleiire'v pour cet usage sont celles ce moulon, de saïga, de daim et de renne. LVpaule dont on veut se servir doit d'abord être cuite; puis on la dépouille nettement de sa chair avec un cou* teau. Los nu est mis sur U braire, ou II reste Jusqu'à ce une le dalladschi Juge qu'il

rtrésenle assez de ll.vsures; cVfl d'apre»* leur siuatlon, leurs proportions, leur liaison enlre elle» qu’il préflil l’avenir, l’issue d’une affaire, le* èvéneineiils heureux ou maliieureux, la vie ou Iti mort. Il est as.sez singulier que par ce moyen Ion nréilise souvent juste, ce qui met ce genre de divination en grand crédit chez les peuples grossiers de l'Asie. Il y a certaines lignes principales auxquelles on rapporte toutes les tissures ; et res lignes ont chacune leur nom et leur signltiration particulière.

« On pratiquait eu Chine , dans la plus haute

22* Livraison, (Tabtarik.)

« Manfïmi , les prêtres nestoriens lui «apportèrent l'encens, qu'il mit lui- « meme dans le vase, et ils Tencensè- « rent. Ils bénirent aussi sa coupe ; nous « fûmes tous obligés de faire de même; • ensuite on fit boire tous les prêtres. « Apres cela, nous allâmes au logis de « Baltou. Sitôt qu'il nous aperçut il « sauta de son siège et se jeta à terre, « la touchant du Iront en révérence de «la croix, qu'il posa, après s'éire « relevé, sur une pièce de tissu de soie « neuf, et la plaça devant lui en un lieu « élevé. Son précepteur, nommé D.ivid, « prêtre nestorien , qui était un vrai « ivrogne, l'avait instruit à cela. Ensuite « il nous fit asseoir, et après avoir bu « une coupe qui avait été bénie par les « prêtres, il les fit boire aussi.

« De là nous allâmes successivement « à la cour de la seconde, de la troisième « et de la quatrième femme de l'enipe-

•niiquité, un genre de divkiation semblable ii celui qui vient d'étre décrit, &i ce n'est qu’ou Heu d*omoptnte» on »e vervail d’écailles de tortue, dans lesquelles nn brûlait certaines herbes, ju»qu’à ce qu'elles se fendissent ( Voy. Mailla, //fsf. df* hi CAme , tom. I , pag. loi). ^ous citerons encore, au sujet des superstitions mongoles, continue M. d’Oli^^son , un passage de Ro»chld,qui se trouve à l’article de»Ourianguites Mongols.

« borique le» Ourianguites Mongols, dit cet historien , veulent faire ce.vser un orage , ils db sent des injures au ciel, aux i^lairs , au tounerre; les autres peuples .Mongols font tout le contraire: lorsque le tonnerre gronde, ils restent enfermés dans leurs huiles , saisis de peur. Les Ourianguites s'abstiennent de manger la chair d’un .uùmal tué par ta foudre, el se gardent même d’en apprtxîher. l es Mongols croient que le tonnerre privvieiil d’nn animal semblable au dragon, qui toml>e de l’air, frappe l.i terre de sa queue, se replie et vomit des flamme-. I^s Mongols digiiesde foi assurent qu'ils l'ont souvent vu de leurs yeux. Ils disent aussi

aue lorsr|u'on repaïul sur la terre du vin ou U coumi/, du laiUm du lait e.iillé, la foudre tombe sur les animaux domestiques, H .surtout sur les chevaux; mais que eVst le vin qui produit cel effet le plus inrailllblement. Ils croient que des iKiltes humides ex)K>s<'‘es .nu soleil alllrenl le innnerre; aussi les font-ils seclier dans leurs hutUm après en avoir soigneusement fermé l’ouver un' supérieure. Le tonnerre est fréxiuenl dans U ur pavs et la rrainle qu’il leur inspire le leur faïUiUribiier k tontes sortes de caux 'S. Ils disent au.ssl qu il leur appar.utdes esprilsavec lesquels Ils s’enlndienneut. Il y adans ces contrées tieaucoup de superslitlnns de ce genre. L**# r.nmes y sont nombreux, surtout d.ins le pays qui toucheaux limibni de l.i terre hahltée.et (|ue l’i>n appelle Horgouk vm Bitrr/ont^ Chili Tottgroum; il est certain que les esprit» vieniicnl converser avec ces sorciers. »

Od dy

L’ÜNIVfRS.

« reur. Tontes se jetaient à terre , aus- >1 sitôt q^ii'elles. apercevaient la croix , « P.nlorment. et la faisaient poser ensuite « dans un lieu élevé sur un tapis de « soie; c’est là foitt ce que les prêtres Cl leur avaient appris du christianisme. O Klles suivaient du reste en tout les « pratiques des devins et des idolâ* « très. »

Vers Pâques , pubruquis suivit le ftraml khan à Caracorum, qui lui parut moins considérable que Saiiit-Oenis, dont le monastère, ajoute-t-il , est dix fois plus ttraml que tout le palais de Manguu. Ou remarquait dans la viiie deux longues rues, l'une appelée rue; drs Mahométanx, où se tenaient les marchés et la foire, et où l'on voyait beaucoup de marchands étrangers , attirés à Caracorum par le séjour de la cour et d'une foule d’envoyés qui y venaient de toutes parts; l’autre, appelée rue des Chinois , était habitée par des artisans. Caracorum renfermait plusieurs édilices destinés aux chancelleries, douze temples d’idolâtres , deux mosquées , et une église. Cette ville était entourée d’uii rempart de terre, et avaitquatre portes, qui correspondaient aux points cardinaux. Prés de ces portes on avait établi divers marchés; on vendait dans le marché de l’orient du millet et d’autres espèces de. grains: dans celui de l’ouest, des brebis et des chèvres; dans celui du nord, des chevaux; et dans celui du midi , des boeufs.

Le palais impérial, situé près des remparts et environne d’un mur de briques, s’étendait dans la direction du nord au midi; la face méridionale de cet édifice était perccc de trois portes. On y voyait une grande salle qui , pour la coûslriietion, ressemblait à une église; c.’etail une sorte de nef avec deux rangs (le i-olonnes. Dans les jours solennels, l’empeieur se plaçait au fond de cette salle, sur un trône élevé ; auprès de lui, sur un siège un peu plus bas , était assise la première de ses femmes. Ses lils et les autres princes du sang étaient placés à sa droite; les princesses, à sa gauche. Vis-à-vis du trône s’élevait un grand arbre d’argent, soutenu par quatre lions de mémo métal ; (le leurs ueules jaillissait, dans quatre ba.ssins 'argent, du vin, ducoumizc,du bail.

sorte d’hydromel, et du tareusoum, boisson faite avec du riz. Au sommet de l’arbre, une statue d’argent représentant un ange sonnait de la trompette lorsqu’il était nécessaire de remplir de nouveau les ré.servojrs qui alimentaient les fontaines. Le tronc de l’artire était entouré de serpents dorés. Cefte pièce remarquable avait été exécutée par Guillaume Boucher, orfevre de Paris, fait prisonnier à Belgrade par un des frères de Mangou, qui l’emmena en Tartayie (I) ; on avait fourni à cet artiste pour son travail trojs mille marcs d’ar-

Apres un séjour de cinq mois a la cour impériale, Rubruquis se disposa à quitter laTartarie. Il avait baptisé plusieurs iniidèh'.s; mais soit qu’il n’espérât pas réussir à faire un grand nombre de conversions ou qu’il ne pilt s’accoutumer à vivre au milieu de ces hordes sauvages , il n’iusista pas pour obtenir la permission de continuera résider dans le pays. Mangou voulait envoyer avec lui des ambassadeurs; mais le missionnaire déclara qu’il ne pouvait pas répondre d’eux dans des contrées où les Voyageurs ne trouvaient aucune sûreté.

L’empereur renonça alors à son projet, et se contenta de lui donner des lettres en réponse àcelles de saiiitLouis. Rubruqtiis demanda si, après avoir remis ces lettres, il pourrait revenir pour travailler au salut des ebrétieiis qui se trouvaient en Tartarie. Mangou ne répondit pas è cette question ; et après lui avoir conseille de se pourvoir du nécessaire pour le long voyage qu’il allait entreprendre, il lui fit donner à boire et le congédia.

La lettre de Mangou à saint Louis , écrite en mogol et en caractères ouigours, commençait par le préambule ordinaire de Gengiskan.

« Tel est le commandrinent du Dieu éternel , il n’y a qu’un Dieu nu riel , et qu'un xuiiverain sur la lerre, Geii;;iskan, tifs de Dieu.

« Faites savoir |tjr(oül où des oreilles peuvent entendre et où des chevaux p«>u«ent aller, que ceux auxquels mes ordres parvieiidroul et qui n'y obéiruot pas, ou qui

(t) On vov.ilt encore à Caracorum, suivant le rapport de Rubruquis. un grand nombre de cbrèUena frauçak , buugruls , russes , etc.

■’nmeront pour y rùister, auront du yeux et ne verront pas, auront des mains et ne pourront s'en servir, auront des pieds et ne pourront pas marcher. Tels sont les commandemenls du Dieu étemel et du Dieu de la terre, le souverain des Mogols, »

On lisait ensuite :

s Ce commandement est adressé par Man* gou-Caaii à saint Louis, roi de France, à tous les seigneurs et prêtres et à tout le peuple du royaiinie de France, afin qu’ils puLsaent entendre mes paroles et les eommandemeiits que le Dieu éternel fit à Geiigiskan , et qui ne sont pas encore parvenus jusqu’à eux.

« Un tiomme, nommé David, vous a été trouver comme ambassadeur des Mogols ; c’était un imposteur. Vous avei envoyé avec lui vos ambassadeurs à Coyouc-Kban , après la mort duquel ils sont arrivés à la cour, et SS veuve Ogoulgaïmiscb vous envoya par leur entremise une pièce de soie avec des lettres; mais comment cette femme, plus vile qu'une chienne, aurait-elle pu savoir quelque chose des affaires de la paix ou de la guerre , et de ce qui concerne le bien de cet empire ?

> Ces deux moines sont venus de votre part vers Sarlar , c|ui les a envoyés à Batou , et Itatoii les a envoyés ici , parce que Maugou-C.aan est le chef suprême des Mogols. Nous eussions voidu vous envoyer nos amba-sadeiirs avec vos prêtres; mais ceux-ri nous ont déclaré qu'entre ce pays et le vdire il y a plusieurs nations ennemies et des chemins dangereux : ce qui leur faisait craindre que nos ambassadeurs ne pussent aller sûrement jusqu’à vous; mais iis s’offrirent de porter nos lettres, contenant nos couuuandenients au roi Louis. Ainsi doue, uous vous adressons, par vos prêtres , les commandements du Dieu éternel. Quand yous les aurez entetidus , vous nous enverrez vos ambassadeurs pour notts anuoncer si vous voulez avoir paix ou guerre avec nous. Si vous méprisez les commandements de Dieu , dans la |vensée<pie votre pays est bien éloigné, que volts êtes protégé par de hautes montagUfts, par des mers vastus et profondes, Olui qtii peut faciliter les choses difficiles, et approrher ce ipii est éloigné, sait bien ce i|ue nous pourrons faire. »

Rubruquis partit au nioisdejuin 1254, avec les lettres de ^laiu;ou, se dirit^eant, suivant l’ordre qu’il avait reçu, sers la cour de Katou. Dans ce voyage, qui dura soixante et dix jours, il ne vit qu’uo seul village, où il ne put pas iiiéiue

trouver du pain; quelquefois il n’avait pendant deux ou trois jours d’autre nourriture que du coumize. Mangou avait écrit à son cousin de faire aux lettres adressées au roi de France les additions ou les suppressions qu’il jugerait convenable. Apres avoir suivi quelques semaines la cour de Batou, Rubruquis prit la route du Caucase, pour retourner a son couvent de Saiut-Jean d’Acre, d’où il adressa la relation de son voyage à saint Louis, qui était reparti pour la France.

Kn 1257, Mangou conçut des soupçons contre son frère Kotibilaï, qui s’était attiré l’affection des Chinois par son humanité, et que l’on accusa de rechercher la faveur du peuple pour obtenir le pouvoir suprême. Il envoya en Chine un officier chargé d’examiner les comptes des revenus du fisc. Kotibilui ayant vu mettre à mort sans jugement quelques-uns de ses intendants, hésitait sur le parti qu'il devait prendre; le sage Yao-Cliou lui conseilla , pour ecarter les soupçons injustes de son frère, de se rendre en Mongolie avec sa famille et sa maison; d’ailleurs il devait donner cet exemple de soumission, en sa qualité de premier sujet de l’empereur. Koiibila'i adopta l’avis d’Yao-Cliou, il se rendità In cour de Mangou. Celui-ci , touché d’un pareil acte de deférence, rap|iela l’ofllcirr qu’il avait chargé d'examiner les comptes des revenus du fisc, et ne donna aucune suite à cette affaire.

Dans une diète réunie la même année, Mangou annonça l’intention de soumettre la Chine méridionale. « Mes ancêtres, dit-il, ont fait de grandes choses; ils ont acquis par leurs conquêtes une belle renommée ; je veux suivre leur exemple. Pourquoi, s'écrièrent les princes du sang, un souverain qui règne sur l’univers entier et qui a sept frères iraitil lui-même combattre ses ennemis?

Mangou persista toutefois dans sa ré.solution. Il entra en campagne, et déjà il avait renipoitc de notables avantagi-s, lorsqu’il mourut de la dyssenterie. dans le voisinage de la ville de Ho-tchou, dont ses troupes faisaient le siégé. Il était dans la cinquante-deuxième année de son Age, et avait régne huit ans.

« Mangou, dit M. le baron d'Ohsson, « était Üoué d’un caractère ferme et

L’tüSIVERS.

« décidé, parlait peu, n'aimait ni les

■ festins ni le luxe, et ne permettait pas . à ses femmes de faire de grandes dé- « penses. Sa sévérité maintenait dans . le devoir les seigneurs mongols, lia- « bitués du temps d'Ogotaï a faire ce « qu’ils voulaient. La chasse était son « principal amusement, et, simple dans

■ ses habitudes, il disait souvent qu’il . préférait le genre de vie de ses aiicé- « très à la somptuosité et à la mollesse « des souverains du Midi; mais, super- « stitieux à l’excès, il consultait sans « cesse les devins, qui abondaient à sa . cour, et n’osait rien entreprendre sans • leur avis (I).»

Dans sa dernière campagne il interdit le pillage aux troupes ; et ayant été informé que son flis Assoutaî avait dans une partie de chasse dévasté un champ de blé , il lui adressa de sévères réprimandes, et condamna à des peines cor-

Çorclles plusieurs personnes de sa suite. In soldat fut même puni de mort pour avoir volé un oignon clies un paysan.

Otte justice parait excessive; il faut dire cependant que Mangou avait le droit de se montrer sévère à l’égard de ses troupes, auxquelles il accordait souvent des gratifications pour leur interdire tout prétexte de piller les habitants.

Leschets de l'armée, voyant l’empereur mort, formèrent le projet de se retirer, et ils se mirent en marche emportant le corps, qui fut accompagné jusqu’en Mongolie' par le prince Assoutaî. Mangou fut inhumé a Bourcan-Caldoun, auprès de Gengiskaii et de Touloui. Ce prince avait plusieurs femmes et concubines, desquelles il lai.ssa quatre fils (I).

\je prince Batou était mort en 1256, sur les bords du Volga, à l Uge de quarante-huit ans. Il fut surnommé Saïn- Khan , c’est-à-dire le lion prince. Les historiens s’accordent à louer son ex- «réme libéralité. Il distribuait entre ses parents et ses amis les présents qu’on lui olfrait avant même qu’ils n’entrassent dans son trésor. Il avait b.'lti sur la rive orientale du Volga la ville de Séraï, qui devint la principale résidence de ses successeurs, l’eu de temps avant de mourir, il avait envoyé son fils Sar-

(I) Hitloire rfej Mongols, t II, P- aw.

(J) Vojer. (l’OhsMMi, Histoire des Mongols, tome 11,'paK. 33*.

tac au kouriliaï convoqué par Mangoii , en 1256. .Sartac apprit en roule la mort de son père. Mangou le nomma successeur de Batou , et lui fit de riches présents. Sartac mourut en allant prendre possession de ses États.

BBOKE DB KOUBILaT.

Au mois d'avril 1260 Koubil.aï .se rendit au kouriliaï assemblé pour l’élection d’un nouvel empereur. Il fut choisi par les membres de cette assemblée pour succéder à Mangou ; mais bientôt il trouva un compétiteur redoutable dans la personne d’Aric-Bouga.

Après avoir triomphé de ce rival, il s’occupa activement de faire fleurir la religion de Bouddha et d’encourager les lettres.

Koubilaï, quirégnaitdéj.\ sur une partie de la Chine, devint, en 1280, maître detout l’Empire par la mort du dernier souverain de la dynastie des .Song.s. Il prit à cette occasion le nom de Chitsou ; mais nous continuerons a l’appeler Koubilaï, dénomination qu’il a conservée dans riiistoire et sous laquelle il est pre.sque e.xcliisivement connu. Ce prince eut d’abord à comprimer plusieurs révoltes, et il y réussit autant par sa prudence que par le courage de ses généraux. En 1281 il perdit son épouse Honkilachi, à laquelle les historiens s'accordent à reconnaître les plus nobles qualités du cœur et de l’esprit. Les trésors des Songs ayant été transportés à la cour des Mogols, Eoubilaî invita Honkilachi à aller admirer les objets précieux qu’ils renfermaient. L’impératrice céda aux prières de son époux ; mais elle daigna à peine regarder les richesses étalées sous ses yeux , et se retira en disant : « Les Songs avaient amassé ces trésors pour leurs descendants, et nous en sommes devenus possesseurs, parce que les princes qui devaient en jouir n’ont pas pu les détendre. Comment donc oserais-jeen prendre la moindrechose! »

L’impératrice des .Songs avant été transportée dans le nord, tomba malade par le changement de climat. Honkil.ichi pria son époux de renvoyer cette princesse dans les provinces du sud; mais ayant trouvé Koubilaï inflexible, elle entoura la .souveraine déchue des

soins les plus affectueux, et s'efforça do lui rendre la captivité moins penilile.

La même aunee 1381 , ou 1383 selon Kaeuipfer, Koubllaî envoya contre le Japon une Hotte considérable pour faire la conquête de cet Empire. Les vaisseaux, battus par une violente tempête, furent presque tous submergés; mais les soldats et les matelots réussirent à gagner l'ile de Sing-llou. Là ils furent partagés en deux classes par les Japonais, qui retinrent prisonniers les Chinois et massacrèrent les Mogols, au nombre de trente mille.

Les habitants de la partie maritime du Tonquin s’étaient d'abord soumisàKoubilaî, et avaient consenti à devenir tributaires de cet empereur. Mais les Mogols ayant érigé dans le pays un tribunal pour la perception des impôts, le prince héritier légitimé du trône saisit cette occasion pour se soulever, et, s'étant enfermé dans une ville bUtie sur un rocher, il obligea le général mogol Soutnu, qui était venu assiéger la place, à se retirer après plusieurs assauts inutiles. Koubilaï, informé en Tartarie de l'échec qu’avaient souffert ses troupes, envova une armée pour soumettre les révoltés. Mais les maladies sévirent parmi les Mogols, qui furent contraints de battre en retraite ; et harcelés sans cesse par les habitants du pays, ils perdirent beaucoup de inonde , et entre autres leur général en chef.

En 1387 Koubilaï fit attaquer la Coehinchine. Tohoan , chargé de cette expédition, la conduisit avec beaucoup de bonheur. Les ennemis , vaincus dans plusieurs affaires, furent contraints de se s.iuver par mer. Le triomphe aurait été complet si le prince tartare s'était retiré assez à temps pour éviter à ses soldats des chaleurs auxquelles ilsii’étaieiit point accoutumés, bientôt l'armée, decimée par les maladies, fut complètement battue.

Cependant Caïdou, prince de la race d'Oktaî, s'était révolté en Tartarie.

D'abord vaincu par Bayan, général des troupes de Koubilaï. il lui résista ensuite avec succès; mais finalement il se vit contraint de quitter le pays.

Au mois de février 1394 Koubilaï mourut, après une courte maladie; il était âgé de quatre-vingts ans, et en avait

passé trente-cinq sur le trône. Ce prince est considéré par tous les historiens comme uu des membres les plus illustres et lès plus éclairés de la famille de Gengiskan. Malgré son zèie pour la religion de Bouddha, il respectait le christianisme ainsi que les croyances musulmane et juive. Quand les chrétiens célébraient quelque grande solennité , il ordonnait qu'un lui apportlit le livre des Évangiles, qu'il baisait après l'avoir fait encenser.

Les chrétiens et les inahométans étaient nombreux dans les États de Koubilaï. Une circonstance assez indifférente en apparence amena contre ces derniers une persécution qui dura sept ans. Des marchands musulmans ayant offert en cadeau à l'empereur des aigles blancs et des faucons d une espèce particulière, ce prince leur envoya pour témoigner sa gratitude des mets de sa table; et comme les marchands n’y touchaient point, Koubilaï demanda la raison d’une pareille conduite; ils répondirent que ces viandes étaient impures, parce que les animaux dentelles provenaient n’avaient pas été tués suivant le mode indiqué par la loi de Mahomet.

L’empereur, blessé de cette réponse , et d’ailleurs excité par les lamas , remit en vigueur l’ordonnance de Gengiskan qui défendait sous peine de mort d'égorger les animaux (t), et promit la personne et les biens des coupables à ceux qui les dénonceraient. Les délateurs surgirent aussitôt de toutes parts, et s'enrichirent des dépouilles des musulmans. Les esclaves, pour obtenir la liberté, accusaient leurs maîtres. Toutefois le ministre des finances finit par représenter à l’empereur que les marchands niahométans ne visitaient plus la Chine; que le prince était privé des cadeaux qu'ils lui offraient, et le trésor des droits de douane que payaient leurs marchandises. Ces graves considérations engagèrent Koubilaï à révoquer l’ordonnance.

Déjà, avant l'époque dont nous parlons, les Musulmans avaient encouru la disgrâce de l’empereur. Des personnes malintentionnées informèrent ce prince que le Coran ordonnait de met-

(I) Voyei d-devant, p««b SI4, art. X.

L’UNIVERS

tre h mort les polythéistes. L’empereur ayant appelé des docteurs musulmans, leur demanda si la loi de Mahomet rontenait une pareille injonction. Ils répondirent d'une manière afiirinative. « Vous croyez donc, reiirit alors Kuubilaï,i|ue le Coran vient de Oieu ? — Nous n’en douton.s pas. — Mais, ajouta-t-il, puisque Dieu vous ordonne de tuer les polythéistes, pourquoi ne lui oliéissez-vous point? — C'est, lui répoiidirent-ils, parce que le temps d'agir n'est pas venu ; car nous ne sommes pas encore assez puissants. — Eh bien ! moi , s’écria le prince en fureur, je puis vous faire périr des à présent. • Et il ordonna que celui des docteurs qui avait porté la parole tdt mis a mort sans delai. Quelques fonctionnaires inabomebins supplièrent l’empen ur de surseoir à l'e-tecution, et d'interroger d’autres docteurs plus ppiiet/'és du véritable esprit de leur religion. On fit venir un cadi,' auquel le prince adressa la mi'nie question. « Sans doute, répondit le magistrat. Dieu nous commande de tuer les polythéistes; mais nous appelons ainsi les hoinine.s qui ne reconnoissent pasunétre suprême. Eteomme vous inscrivez le nom de Dieu en tête de toutes vos ordomiaiiees , on ne saurait vous considérer comme appartenant a une pareille secte. » Koubilil, satisfait de la réponse du cadi, renvovales docteurs musulmans sans leur taire aucun mal.

Quoique avare, Koiibilaî aimait lé luxe et recherchait les occasions de se montrer aux courtisans dans toute la pompe de la majesté impériale. Corsqu’il donnait un festin , ou plaçait .sa table devant le trône sur une estrade élevee; et il était assis, le visage tourné du côté du midi. A la gauche, on voyait l’impcrati ice, les princesses et les leinmes des chefs et des officiers; à la droite, ses fils et les autres princes dit sang. On remarquait daus la salle des estrades, dont I ihautcur variaitsuivant le rang des personnes, de telle sorte que le grand nombre des convives avaient la tête au niteau des pieds de l’empereur. Les grands officiers gui servaient avaient la bouche couverte d’une pièce d'étoffe de soie, afin que les mets et les boissons ne lussent pas

exposés au contact de leur haleine.

Chaque fois que l’empereur levait sa coupe pour boire , la musique se faisait entendre , et tous les assistants se mettaient à genoux. .\u milieu de la salle s'élevait une cuve dorée et ornée de sculptures, et pleine de vin. On trouvait du lait de jument et d'autres boissons dans quatre vases de moindre grandeur. De larges coupes d'argent onde vermeil étaient placées sur les tables. Il y en avait une pour deux convives. Cliacun puisait dans la coujie avec une cuiller. Apres le repas arrivaient des comédiens et des jongleurs. Deux huissiers d'une taille gigantes(|ue , une canne à la main , riaient places aux parles de la salle pour veiller a ce que personne n'en touchât le seuil avec le pied , action regardée comme du plus mauvais présage et entraînant presque toujours des malheurs. Les personnes coupables de ce délit étaient condamnées pour l’ordinaire à recevoir un certain nombre de coups de bâton.

Les principales fêtes célébrées à la cour étaient le jour de l'an , qui tombait le (j février, et l’anniversaire de la naissance de KoubilaT. Ce prince recevait alors de riches présents, et l’on priait pour lui dans les temples des divers cultes. Le premier jour de l’an les grands et les officiers, vêtus de blanc, SC rendaient au palais dès l’aurore , et, s’étant rangés suivant leur grade, à un certain signal its sc mettaient à genoux et saluaient l’empereur par quatre prosternations. Ils allaient ensuite brtller de l’encens sur un autel placé au milieu de la cour, devant un tableau sur lequel était rn-crit le nom de Koiibilaî.

L’Empire de ce monarque comprenait la Chine, la Tartarie chinoise , la Corée, le Tibet, le Tonquin, la Coeh'mchine et plusieurs autres contrées. Lessouverains mogols, qui commandaient en Perse, daus le rurqiiestaii , et depuis les Indes jusqu’à la mer Glaciale, étaient ses va.ssaux et le reconnaissaient pour Icursuzerain.

Koubilai était plus juste et plus modère qu’on lie devait l’attendre d’iiii despote asiatique et d’un petit-lils de Gengiskan; il aimait lesleitrtset protégeait les savants. .Supérieur à tous les princes de sa race , U renonça aux usages gros-

«jers des Mogols pour adopter la civilisation chinoise. Il s'appliqua à rehausser la eloire de son empire et à faire le bonheur de ses peuples. Il creusa des canaux, fonda des colleites et des académies , encouragea les sciences et le commerce, et lit promulguer un code de lois.

Les Chinois reprochent à ce prince de s’étre montré trop attaché à l'argent, aux femmes et aux bonaes. On peut dire que Koubilaî n’appartenait aux Mogols que par sa naissance. Il savait apprécier ,les avantages de la civilisation, et on ivojnit à sa cour des saéants de toutes les parties de l'Asie. Il fit traduire en moeol plusieurs bons ouvrages chinois, et fonda des colleges destinés à l'instruction des jeunes Tartares. Il créa drs communications entre les différentes parties de l'Empire au moyen de relais établis sur les routes principales pour le service des courriers de PÉtat. Les maisons de poste, quiservaienten même temps d’hdtelleries , étaient placées à une distance de 35 à 30 milles i’urié de l’autre. On devait entretenir dans chacun de ces établissements <400 chevaux, dont 300 se reposaient pendant un mois. Les chevaux étaient fournis et entretenus par les habitants, que l'on indemnisait par une diminution d'inipdts. En cas de nécessité, les courriers franchissaient une distance de 2.50 ifiilles en vingt-quatre heures. Lorsqu’ils approchaient du relai , ils sonnaient du coé pour faire préparer les chevaux.

On avait établi égaletnent pour les distances peti considérables des courriers à pied. Ceux-ci portaient des ceintures garnies de petites sonnettes, afin qu’on fcs entendit venir de loin, et que les personnes qui devaient les remplacer se tinssent prêtes à recevoir le paquet des dépêches qui allait leur être remis. Il existait dans chaque station de posté des commis oui notaient tejourét l’heure de l’arrivée des courriers.

L’armée, composée de Mogols et de Chinois, était distribuée dans les villes et les campagnes. Les troupes chinoises étaient toujours envoyées dans Une province étrangère à la leur. Les engagements ne duraient que six ans. Les troupes mogoles, exclusivement composées de cavalerie, étaient cantonnées dans

des lieux abondants en eau et en fourrages.

Un remettait aux officiers de l'armée, au lieu de brevet et comme marque de leur grade, des tablettes dont le poids variait depuis vingt jusqu'à cinquante onces, et dont le métal variait aussi suivant le rang de la personne à laquelle on le destinait. On avait gravé dessus une inscription dont le sens était : « Par la toute-puissance du grand Dieu et par la grâce qu’il accorde à notre Empire, béni suit le nom du khan. Quiconquedésohéira à ce qui est ordonné ici sera puni de mort. ■ En effet on lisait sur ces tablettes Un abrège des droits et des devoirs du mditaire.

I.e général commandant en chef une grande armée recevait une tablette d’or du poids de cinquante onces, et sur laquelle était gravé un lion avec les images du soleil et de la lune. Lorsqu'un officier de cé rang sortait à cheval , il se faisait tenir un parasol au-dessus de la tête, et quand II voulait s’asseoir on lui présentait un siège d’argent. C'est à Koubilaî qtie les Mogols furent redevables de la distinction des grades de la milice. Avant lui ce point si important pouf le bon ordre et la discipline des armées n'existait pas pour ainsi dire. La garde de l’empereur était composée de 12,000 hommes de e.aïalerie, commandés par quatre généraux, qui faisaient alternativement le service avec 3,000 cavaliers. La plus grande partie des revenus de l'État était appliquée à l’entretien de l’armée.

Il n’y avait point de numéraire en circulation à la Chine. L’or et l’argent étaient remplacés par des billets munis de la signature et du sceau des chefs de la monnaie, et de l’empreintedu sceau impérial. Le papier que l’on employait pour ces billets était fabriqué avec l'écorce intérieure du mûrier pilée dans un mortier et réduite en pâte. Les billets étaient de forme oblongue, et la grandeur variait suivant la somme. Il existait une loi qui défendait sons peine de mort de les refuser en payement. Chacun pouvait, moyennant un droit de trois pour cent , échanger les billets usés contre des neufs. Les doreurs et les orfèvres achetaient du gouvernement les métaux précieux nécessaires à leurs tra-

. : L , C'.OOgIc

L’UNIVERS

vaux. Tout étranger (|ui arrivait aux fruutières de la Uiine était tenu de livrer son or et son argent pour du papiermonnaie.

Kuubilaî habitait en hiver une ville qu'il avait fondée près de l'ancienne capitale desKins, et nommée en chinois Ta-tou, c’est à-dire la grande résidence, et appelée par les Mogols Khanbalik ou ta riUe du khan. C'est la même que Pékin.

la's jeunes lilles employées dans le palais imperia! étaient choisies pour l'ordinaire dans les tribus de laTarlarie, et particulièrement dans celle des Ongoutes, renommée pour la beauté de ses femmes. Des officiers de la cour de Koubilaî étaient chargés d'aller eux-mêmes faire ce choix. On payait une somme aux parents, qui s’estimaient toujours fort heureux de voir leurs filles ainsi placées auprès de la personne du souverain. Arrivées au palais, on prenait les plus belles, destinées au service particulier de l’empereur. Mais avant de les admettre définitivement elles subissaient un dernier examen de la part de matrones, chargées de s’assurer si elles n'avaient pas quelque imperfection physique qui pût déplaire à l’empereur. Cinq de ces filles faisaient pendant trois jours de suite le service des appartements intérieurs. Elles étaient ensuite relevées par leurs compagnes.

Celles que l’empereur ne gardait point à son service étaient données aux impératrices; ou bien on les employait à la cuisine, à la garde-robe , etc. On leur constituait ordinairement unedot, et elles étaient mariées à des officiers de la cour.

BBGMB DE TEHOUB.

Au mois de mai 1 294, Temour, petit-fils de Koubilaï, fut nommé empereur. Quoique ce prince eût été choisi par le monarque défunt pour lui succéder, il trouva ceendant un rival dans son frère aîné , qui t valoir des prétentions à la couronne.

Les avis étaient partagés, lorsque Bayan, généralissime et premier ministre de rempereur défunt, mit le sabre à la main, et déclara quenul ne monterait sur le trône, excepté celui qui avait été choisi par Koubilaï. Cet acte de vigueur mit fin au débat. Dès qu’il fut maître de l'empire Temour publia, selon l'usage, une

amnistie générale. Il fit élever ensuite des monuments à la mémoire de Koubilaï et de quelques autres princes de sa famille, et il adopta le nom à' Oldjaitou, qui, en mogol , veut dire /or/«;ié. Temour eut un règne peu fertde en événements. Il soutint toutefois plusieurs guerres contre des peuples et des chefs qui s'étaient révoltes, et qu'il parvint à réduire à l’obéissance; il ne jouit pas longtemps de ce triomphe, et mourut en février 1307, ôgé de quarante-deux ans. Les auteurs chinois s'accordent à lui donner un caractère sage et bienfaisant. Ce prince avait le sentiment de la justice ; et il défendit d'exécuter aucun arrêt de mort avant qu'il n’eût été confirmé par lui. .lusque alors les princes et les princesses de la famille impériale s’arrogeaient le droit de vie et de mort sur leurs vassaux.

On rapporte que dans sa jeunesse Temour était tres-adonné aux excès de table et surtout à l’ivrognerie. Koubilaï lui adressait sans cesse des reproches pour le corriger de ce vice honteux. Il lui fit même infliger trois fois la bastonnade. Enfin, il prit le parti de charger quelques médecins d’assister à ses repas et de faire enlever les mets lorsqu'ils jugeraient que ce prince avait assez mangé. Mais Temour trouvait toujours moyen de mettre en défaut leur vigilance. Un mahométan, tout à la fois alchimiste et sorcier, et qui , par les secrets merveilleux dont il se disait possesseur, était parvenu à capter la confiance du jeune prince, le conduisit dans une maison de bains, dont le maître remplit de vin un réservoir où Temour

f misait à volonté. Koubilaï, instruit de a conduite de cet homme , l’envoya en exil, avec ordre de le faire périr secrètement. Quand Temour fut devenu empereur, il sut vaincre sa passion, et devint fort tempérant.

Si Gengiskan et les princes qui lui succédèrent dans la Tartarie et la Chine nous apparaissent environnés d’un certain prestige de grandeur, le sort des peuples qui-vivaient sous leur domination était loin d’être heureux ; les guerres que se faisaient les deux familles d'Oktaï et de Djagataï avaient ruiné le Turquestan et détruit tous les éléments d’amélioration que l’on devait à l'admi-

nistration de Massoud-b«y. « La prosl'érilé, dit M. le baron d’Ôhsson (1), ne pouvait être que précaire dans des provinces exposées à la rapacité des nomades turcs et mongols, qui, regardant les fruits de l’industrie comme leur

f)roie, n’attendaient que l’occasion de es ravir à leurs paisibles possesseurs.

A peine uue ville, une contrée, étaientelles devenues florissantes par quelques années de paix sous un gouvernement tolérable, que sa richesse lui attirait tous les maux de la guerre, et l’un voyait les habitants des cités et des campagnes sans cesse occupés à réparer leurs pertes pour fournir un nouveau butin aux hordes féroces qui les entouraient. Le pays était partagé entre les princes du sang. Chacun d’eux avait son territoire et ses troupes, et leurs moindres querelles dégénéraient en guerres civiles. Ils concouraient tous à l’élection de leur souverain ; tous croyaient avoir des droits au trône , et celui qu’ils y avaient place, s’il ne dominait par la supériorité de son caractère, devenait le jouet de ses grands vassaux. Ainsi, l’histoire du Turkestan et de la Transoxiane sous la puissance des princes Tchinguiziens n’est que le tableau d’une sanglante anarchie. >

KAÏSCHAN. — AYOUB-BALI-BATBA. — FIN DU OBAND EMFIBB DES GEN- GISKANIDBS.

Teniour ne laissait pas de postérité.

Kaïschan, neveu de ce prince, se trouvait en Tartarie lorsqu’il apprit la mort de son oncle. Il se rendit immédiatement à Caracorum. Là, il tint conseil avec les princes et les généraux de l'armée. Tous ces chefs, qui avaient de l’affection pour lui, l'engagèrent à se faire proclamer sans retaid ; mais Kaïschan ne crut pas devoir céder à leurs désirs, et ■I Jugea plus digne de lui de se faire nommer par un kouriltaï régulier.

Batra, son frère, avait puissamment contribué à le placer sur le trône. Kaïschan reconnut ce service en le désignant pour son successeur, quoiqu’il eilt luimême des fils. A peine investi du pouvoir suprême Kaïschan fit exécuter l’impératrice Boulougan, épouse de Témour,

(Il Hitioiredtt MongoU, t. Il, p. OtI.

ainsi que deux princes dont il redoutait l’ambition. Le règne de Kaïschan n'offre du reste que des événements de peu d’importance. Nous voyons cependant continuer le mouvement littéraire commence par Koubilaï. Kaïschan fit distribuer dans tout son empire une traduction en langue mogole d’un ouvrage de Confucius qui traite de l’obéissance filiale, et il en recommanda la lecture aux princes et aux seigneurs de sa cour. Il fit également traduire en mogol par un savant lama les plus importants des ouvrages sacrés relatifs à la religion de Bouddha. Les auteurs chinois s’élèvent contre la prédilection que ce prince montrait pour les ministres de sa religion, dont quelques-uns s'étaient rendus coupables de plusieurs actes de violence. Loin de les punir, Kaïschan promulgua un édit dans lequel il annonçait que l’on couperait le poingà quiconque frap-

fierait un lama, et la langue àquiconque ui dirait des injures. Cependant, malgré la protection spéciale qu'il accordait à ces prêtres, il ordonna que leurs terres seraient soumises aux mêmes impôts que celles des autres sujets de l’empire. Kaïschan était extrêmement adonné au vin et à la débauche. Les excès auxquels il se livra hâtèrent sa fin. Il mourut à l’âge de trente et un ans , au mois de février 1311.

Après sa mort, Ayour-Bali-Batra , son frère, et son successeur désigné, monta sur le trône. Ce prince fit punir avec la dernière sévérité plusieurs chefs puissants qui avaient profité du peu d’attention que Ka'ischau accordait aux .affaires publiques pour commettre des exactions.

Malgré les ordres sévères de Koubilaï, les examens pour les lettrés n’étaient pas encore rétablis. Batra fit revivre cette ancienne institution. Les docteurs qui voulaient concourir étaient partagés en deux classes : celle des Mogols et celle des Chinois. L’empereur dictait lui-même un sujet de composition , et les candidats misaient leur travail en sa présence. Les trois plus habiles de chaque classe recevaient des titres et des prix.

Batra mourut en février 1320, âgé de trente et quelques années. Il était, selon le témoignage des historiens, doux.

L’Ur»lVERS.

bienfaisant et fort éloigné de la férocité native du monarque asiatique.

Les princes de la dynastie niosole continuèrent à régner encore sur la Tartarie et la Chine pendant environ un demi siècle après la mort de Ratra ; vers cette époque ils furent chassés de la Chine, et le vaste empire de Gengiskan se trouva partagé entre plusieurs souverains.

rnoGiiÈsuu chbistianisue en chine

sons KOUBILAÎ ET SES StJCCKS-

SEL'BS.

Le christianisme, protégé par Koubilai et ses succes.seurs, avait fait des progrès en Chine. Un moine franciscain, nommé Jean de Moiite-Corvino , après avoir préché l’Évangile en Perse et dans l'Inde, avait été s'établir, vers 1393, dans la résidence impériale, où il fond.) deux églises, et baptisa environ 6.000 personnes. Il a consigné la relation de sa mission dans deux lettres qui nous ont été conservées en partie par L.

VVadding dans les /Annales des frères Mineurslt). La première de ces lettres e.st datée de Cambalig ( Rhan-balik ) le 8 janvier 1305. « Etant arrivé, dit ce missionnaire, dans le Khatai, domaine du grand khan , empereur des Tartares, je remis à ce souverain les lettres du pape, en l'engageant à embrasser la foi catholique ae Notre-Seignenr JéSus- Christ; mais il tenait trop à l’idolâtrie. Toutefois il se montra bienfaisanteuvers les chrétiens. Je suis à sa cour depuis plus de deux ans. Quelques Nestoriens, qui se disent chrétiens, mais qui ne se ronforment guère aux préceptes de la religion chrétienne, ont une si grande autorité dans ce pays qo’ils ne Souffrent pas qu’un chrétien appartenant à un autre ntpossedeunpetitoraloire ou prêche sa doctrine. Jamais disciple des A|iôtresn’a |ienetré dans ce pays; aussi les Nestoriens m’ont-ils fait souffrir de cruelles persécutions, soit par enx-mêmes, soit par des personnes qu’ils avaient gagnées à prix d’argent, soutenant que je n’étais pas envoyé par notre seigneur le pape, mais que j’étais un espion et un sorcier. Puis ils aposterentde faux temoins, qui déclarèrent que j’avais tué dans l'Inde

(I) Tome VI , p. es ; cité par H. d'Otuson.

un ambassadeur étranger qui portait à l’empereur de riches trésors dont je m’étais emparé. Ces machinalions durèrent environ cinq ans, pendant lesquels je fus plli.sleurs fois traduit e(i justice et meuacéde périr d'une mort igtiominieuse. Enfin, par la grâce de Dieu, l’empereur finit par connaître et mon innocence et la malice de mes persécuteurs. Ceux-ci furent envoyés en exil, avec leurs femmes et leurs' enfants. Je re.stni ici seul de missionnaire pendant onee ans. Il è a énviron deux ans que le frère Arnold, Allemand de la province de Cologne, vint partager mes travaut. J’ai bâti une église dans la ville de Cnmb.ilieeh, priiiei|iale résidence de l’empereur. Cette église ést achevée depuis six ans; elle a uncloehcr, où j’ai fait pl.icer trois cloches. J’ai baptisé environ 6,000 personnes , et Sans les iiiarhinations dipiit j'ai parlé j’en aurais b.aptisé plus de 30,000. J’ai acheté succes’sivement cent cioqiianie garçoùs , fils de païens, âgés de sept à onze aùs,

?|ui n’aVaient encore aucune religion, et e les ai baptisés. Je leur ai enseigné les lettres latines et grecques. J’ai transcrit pour leur usage des psautiers ainsi que trente hymnaires etdeux bréviaires ; en sorte que onze de ces jeunes garçons savent déjà notre oltice et chantent au chœur, comme cela se patique dans nos couvents , que je sois présent ou non. Plusieurs d'entre eux transcrivent des psautiers et quelques autres livres. Je fais sonner les cloches à toute heure. Je célèbre l’office divin en présence de CPS enfant.s, et nous chantons de iné- Oinire; car je ne possède pas d’office noté. Si j’avais pu avoir l’assistance de deux ou trois religieux, peut-être l’empereur se serait-il fait bajitiser. Il y a déjà douze ans què je n’ai reçu aucune nouvelle ni de la cour de Rome ni de hotre ordre, et que’ j’i;;nore l’état des affaires en Oci ideut. Je supplie le général de notre ordre de m'envoyer un antiphonaire, une légende des saints, un graduel et un psautier noté pour modèle; car je n’ai qu'un bréviaire portatif avec de courtes leçons et un petit missel. Si j’en avais uii exemplaire complet, les enfants pourraient le copier. Je fais bâtir une secunde église.

« J'ai appris la langue et l’écriture

Digiiizea oy VjUügk

tartares, et j’ai déjà traduit dans cet idiome tout le Nouveau-Testament et le Psautier, que j’ai fait transcrire en fort beaux caractères. Enfin J’écris, je lis et je prêche la parole de Dieu. > Dans sa secomle lettre, écrite vers la Gn de l'année I30à, et dont nn ne possède qu'une partie , Jean de Monte- Corvino annonce aux frères mineurs missionnaires en Perse qu’il fait bâtir une seconde église à un jet de pierre de la porte du palais de l'empereur; que le terrainavaitété acheté par un man haiid nommé Petrus de I.ucalansn,qui l’avait accompagné depuis la Mlle de Tauris, et lui en avait fait présent pour l'amour de Dieu. Il y avait de cette église à la première, bâtie dans l'intérieur de la ville, une distance de deux milles et demi. « Quand nous chantons, écrit-il, l'empereur peut nous entrndre de ses appartements. J’ai mes entrées au palais et une place fixe à la cour en qu.dité de. légat au pape. L’empereur m’honore plus que tous les autres prélats, quels qu'ils soient. »

Ces deux lettres furent écrites sous le règne de Temour.

Sur la demande de frère Jean de llonte-fxirvino, le pape Clément V lit partir sept franciscains pour la Chine, en t3ü7. Jean fut nommé en même temps archevêque de Khaiihalik et primat d'Orient. Les sept franciscains furent tous créés évêques. Trois d’entre eux arrivèrent l'anuee suivante à leur destination , apportant a l'empereur Temour des lettres par lesquelles le souverain pontife l’engageait à embrasser la foi de J. C., et lui recomtnandait .tean de Monte-Corvino. Ces trois évêques sacrèrent Jean archevêque de Khanbalik. En 1312 le pape lui envoya trois autres franciscains, qui devaient être ses sufiragants. Après la mort de l’archevêque Jean de Monte- Corvino, le pape Jean XXII nomma pour lui succerler, en 1333, un franciscain du nom de Nicolas, qui pai lit pour la Chine avec viiigt-six religieux de sou ordre. EiiGn le pape Urhain V nomma en 1370 a l'archeveché de Khanbalik le franciscain Guillaume de Pral, d ctfur eu théologie à Paris, lequel partit avec douze frères du même ordre, muni de lettres de recommandation do pape

pour l’empereur de la Chine et les souverains tartares des pays qu’ils devaient traverser.

illSTOlBE UE TIHOUH OU TAMEELAR.

Quand les princes Gengiskanides curciil été clia.ssès de la Chine, le sceptre des iiatiiins tartares passa des Mogols aux Turcs , et la Tr.insoxane, dépeuplée et .dévastée par Gengiskan, devint a son tour le siéue d’un nouvel empire.

Cette révolution fut accomplie par Tintour ou Tamerl.an, un des souverains les pins heureux et les plus sanguinaires dont les Annules de l’Asie nous aient con.servé le souvenir.

Tiiiiour naipiit à Sclieherisebze. le 25 de schahan de l’année 736 de l’hégire ( !i avril 1336 ). f.es historiens assurent que de même que Gengiskan, dont il descendait par les femmes, Timour naquit avec les mains fermées et pleines de caillots de sang. Son père était l’émir Téracaï, petit chef dépendant de Caizan, vingt et unième kliaudu Djagataî.

I.e Jeune Timoiir fut élevé avec les Gis des chefs de sa trdni , et l’on prétend que, bien qu’il fdt inférieur pour le rang à plusieurs d'entre eux, il exerçait sur ces enfants une influence e.xtrémement grande.

La nature l’avait doté d'une constitution robuste, et l'éducation mâle qu’il reçut contribua encore a augmenter ses forces.

On rapporte qu’un soirTimour et ses jeunes camarades, retirés dans une chambre, se livraient à des jeux d’enfants.

I.e futur conquérant, prenant la parole, leur dit : « .Mon aïeul avait le don de connaître l’avenir. II vit une fois en songe mi de ses descendants destiné à conquérir des royaumes et a réduire des euples en esclavage. Ce prince sera le éros de son siècle, et les rois du monde lui obéiront. Ce héros c’est moi. Oui, le temps approclie, et il est déjà venu. Jurez-moi donc que vous ne m’abandonnerez jamais. » Le ton et la voix du jeune prince, joints à l’obscurilé dé la nuit, qui donnait quelque chose de solennel à ses jiaroles, agirent puissamment sur ces Jeunes imaginations. Ils lui jurèrent tons une lidélité inviolable, qu'ils lui gardèrent toujours par la suite.

L’UiMVERS.

I)ps que ses forces le lui permirent, il SC livra avec ardeur à tous les exerr.ices guerriers. Tantôt il apprenait à se servir du sabre ou de la lance; tantôt, monté sur un cheval plein de feu, il allait chasser les bêles féroces. Mais ce ne fut guère qu’à l'âge de vingt-cinq ans qu'il trouva l'occasion de faire connaître ses talents militaires. Depuis longtemps la Transnxane était dans la plus cqmpléte anarchie. Cazan, khan du DJagataï, s'ctait rendu odieux par ses actes tyranniques et avait été assassiné. Trois autres khans, non moins cruels que lui, avaient eu le même sort, et plusieurs petits princes se disputaient le gouvernement de l’État.

Un roi du pays de Caschgar ou Djitteh, nommé Toglouc-Timour, descendant de Gengiskan, venait de prendre le titre de khan du Djagataï; et comme en cette qualité il devenait souverain de la Transoxane, il résolut de subjuguer cette contrée. 'Tous les petits princes qui jusque-là s'étaient disputé le souverain pouvoir, n’osant pas se mesurer avec un compétiteur aussi redoutable. Quittèrent le pays. Timour, croyant l’occasion favorable pour sortir de l'état d’abaissement et d'obscurité où il se trouvait, se rendit auprès de Toglouc-Timour, qui, charmé de ses manières, lui lit un accueil favorable , et le nomma gouverneur de la Transoxane avec le commandement d'un corps de 10,000 hommes. Un prince apndé l'émir Hoséin, petit-iils d’un diei qui avait comnundédàns cette contrée, voulait succéder au pouvoir de son aïeul. Les prétentions d^Hoséin renouvelèrent la guerre civile. Toglouc-Timour, informé des troubles qui désolaient le pays, y retourna bientôt avec une armée, tl'oséin Alt vaincu et le pays soumis. Tnglouc- Tiroour mit sur le trône Elias-Khodjah, son fils, et nomma Timour premier ministre et généralissime du nouveau souverain. Klias-Khodjah se fit bientôt détester par scs exactions; et Timour abandonna ce nouveau maître, pour se rendre auprès de l'émir Hoséin, dont il avait épousé la sœur. Kli.is-Kliodjah fut contraint de fuir de la Transoxane et de repasser dans le DJitteh, où il occupa le trône, devenu vacant par la mort de Toglouc-Timour. Celte guerre fournil à

Timour plusieurs occasions de faire preuve de courage et d'intelligence. Hoséin, que le danger commun avait r.npproclie de son beau-frère, s’éloigna île lui des l’instant où il crut n'avoir plus rien à craindre d'Klias-Kliodjah. Il

fioussa même la haine jusqu’à vouloir e faire assassiner. Timour échappa à toutes les embûches que lui dressait son parent. Hoséin, se voyant découvert demanda son pardon, et l'obtint. Mais de nouvelles trahisons engagèrent Timour a recourir aux armes, iloscin, assiégé dans la ville de Balkb, se rendit à condition qu’il aurait la vie sauve. Il fut cependant massacré par deux émirs qui disaient avoir a se plaindre de lui (an 771 de l'Iiegire, i;t7üde J. O.). Timour ne fut pas etranger à ce meurtre. Une fuis débarrassé d'un si dangereux compétiteur, il vit arriver autour de sa personne tous les chefs et les gouverneurs de province, qui venaient le complimenter et se ranger sous son obéissance. Ce fut alors qu'au milieu d'une cour nombreuse il ceignit lui-même le ceinturon royal, monta sur le trône et posa la couronne d'or sur sa tète. Les grands qui l’entouraient se prosternèrent, puis, s'étant relevés, ils jetèrent de l’or et des pierreries sur le nouveau souverain, et le proclamèrent le IJéros du siecle.

On doit remarquer que jamais Timour ne voulut accepter le titre d’empereur. U jugea inutile de renverser l’usage reçu, par lequel cette qualité était toujours donnée à un descendant direct de Gengiskan,qu’ilaffectaitde regarder comme le véritable souveraiu, n’élanl lui-méine que son lieutenant.

Dès qu'il eut été couronné, le nouveau monarque lit convoquer à Samarcande , capitale de ses Ktats , une diete générale, où tous les chefs et tous les grands furent sommés de se rendre. Un seul prince osa désoliéir à des ordres si formels ; mais bientôt il fut obligé de se soumettre. Pendant les six premières années de son règne, Timonrse prépara à la guerre, et entreprit quelques expéditions heureuses contre les Djettes et le Kbarizme. Il coi.clut la paix, avec le chef de ce dernier État , qui lui donna sa nièce en mariage. Déjà à cette époque Timour avait plusieurs enfants

d’une première, femme. L’aîné de ses fils, appelé njihanguir, était resté à Samarcande. A son retour dans cette capitale, Tiniour fut reçu par les docteurs de la loi et les principaux seifineurs, revêtus d'habits noirs et bleus, la tête souillée de poussière, et dans une attitude de profonde tristesse. I.es pens du peuple s’écriaient : • Hélas!

Djihanguir, ce guerrier si vaillant, n’a paru sur la terre que com?ne une rose que le vent emporte. » Les soldats, également vêtus de noir et de bleu, s’assirent pour marquer l'excès de leur tristesse. Tiinour ne douta plus de son malheur; et les historiens assurent qu’il selaissa allerà un découragementqui paraît difficile à comprendre avec son caractère féroce et insensible. Un soulèvement qui survint dans le Djitteli le tirade son apathie. Il se mit en marche avec une armée, et défit les rebelles.

A son retour de cette expédition, d rencontra Toctamiscli, descendant de Gengiskan, qui venait imploret son secours

airendre possession du trône de la e-Tartarie, auquel sa naissance lui donnait des droits et dont un autre chef, appelé Orous, également de la race de Gengiskan , s’était emparé. Timour consentit ,i soutenir la cause de Toctaniiscli , et il parvint à le remettre en possession de la couronne de ses ancêtres.

Iji Perse était alors livrée h l’anarchie. Plusieurs princes s’y disputaient la souveraineté, "riinour résolut de mettre à profit les divisions intestines <|ui désolaient cette contrée [lour s’en rendre maître. Il triompha partout, et le cours de ses victoires ne fut interrompu que pard’autres expéditions qu’il entreprit pour étouffer des révoltes dans ses propres États. Tout le Khorassan passa sous son obéissance. Timour perdit coup sur coup sa fille, sa sœur et une de ses femmes. Ces pertes lui furent extrêmement douloureuses, et dans les remiers moments il était à peine capable e donner ses soins aux affaires de fEmpire. Il parvint cependant à vaincre son affliction, et envoya une armée dans le Djitteli ( année' de l’hégire 78ôMvl83), où les mécontents se trouvaient en grand nombre, et il partit lui-même à la tête d’une année de

100.000 hommes pour le Mazendéran et le Sistan. Cette expédition fut une des plus cruelles qu’entreprit le conquérant tartare. Des rebelles s’étaient retirés dans une forteresse. Timour se rendit maître de la place , et y fit

2.000 prisonniers , qu’il entassa' vivants les uns sur les autres, et que l'on recouvrit avec des briques et du mortier. Plusieurs édifices en forme de tours furent élevés avec ces affreux matériaux. La ville capitale du Sistan fut prise et saccagée, et tous les habitants mis à mort sans distinction d'dge ni de sexe. Timour pénétra aussi dans les montagnes du Candalinr, et battit des troupes de brigands qui s’)i étaient retirées. Il retourna ensuite a Samarcande.

Trois mois après son arrivée dans cette capitale, il la quitta pour repasser dans le Mazendéran, où l’ancien souverain Ali faisait des tentatives pour remonter sur le trône. Ce prince fut complètement battu et son parti ruiné.

L’armée de Timour pénétra ensuite dans l’lrak-Adjémi.Cette campagne ne fut marquée par aucune grande victoire.

L’année suivante Timour soumit l’Aderbidjan. Les habitants deTauris, capitale de cette province, se rachetèrent du pillage moyennant une très-grosse somme.

Timour passa ensuite en Géorgie. Le souverain de ce royaume fut fait prisonnier. Il était chrétien, " et Timour, dit Scherefeddin , lui donna tant de lumières sur la religion de Mahomet, que, par une grâce toute spéciale, la vérité pénétra dans l’esprit plein de ténèbres de cet infidèle, qui abandonna l’erreur et se fit musulman. » Timour célébra sa victoire par une grande cha.sse.

Toctamisch , quoique redevable du trône a Timour, se révolta contre ce prince. Il fut vaincu , et le conquérant tartare n'ayant plus rien à craindre de lui rentra en Perse. Un chef moillufféride, qui régnait sur la Perse méridionale, avait Jeté dans les fers un ambassadeur de Timour. Celui-ci ne négligea pas une occasion aussi favorable de déclarer la guerre à son ennemi , et il s’avança jusqu’à Ispahan. Le gouverneur n’aÿant aucun moyeu de résister à

SJIO

L’UNIVERS

l'armée envahissante rendit la ville. Un forgeron , se mettant à la tête de la populace, massacra près de trois mille Tartares et les commissaires établis

fiour recevoir la contribution dont les labitants avaient été frappés. Timour, qui s’était éloigné, retourna sous les murs d’Ispahan, livra un assaut général, et s’Mant rendu maître de la ville, fit faire main basse sur tous les habitants. Chaque soldat tartarp avait ordre de fournir un certain nombre de têtes. On en réunit, suivant quelques auteurs, jusqu’à 70,000 avec lesquelles on éleva des tours dans plusieurs quartiers. Ce massacre eut lieu on mois de zulcadé de raimée 789 de I hegire (novembre 1387 ). Schiraz ouvrit ses portes peu de Jours après au conquérant tartare, qui retourna alors a Samarcande apres une absence de trois années. Vers cette époque le Kharizme était en pleine révolution. Timour voulant prévenirde nouveaux troubles, rasa la capitale de cette province, dont il transfera les habitants à Samarcande. Il la fit cependant rebâtir au bout de trois ans.

Le khan du Ojagatai étant mort, Timour, fidèle à sa politique, conféra cette dignité au (ils du khan, sans toutefois lui laisser plus d’autorité qu'il n’en avait accordé à soii^père.

L’an de l’hégire 790 ( 1388) Toctamisch se souleva de nouveau. Son armée fut vaincue et mise en déroute.

Tant de révoltes successives engagèrent Timour à poursuivre ce souverain dans son propre pays. Il se mit donc en marene; et comme il craignait l'esprit remuant du prince qui gouvernait le Djitteh, il envoya dans le pays plusieurs corps de troupes qui massacrèrent les habitants et traînèrent les femmes et les enfants en esclavage. Le roi de eette contrée fut obligé de prendre la fuite et de renoncer à sa couronne pour conserver la vie.

Le rendez-vous général des troupes qui devaient .agir contre Toctann.scli était à Yebiouze. De là l’armée passa à Samarcande, d’nù elle se mit en marche pour IcKaptschak. L’approehe des troupes de Timour glaça d'eifroi le • coeur de Toclamiseh. uè perfide monarque essaya de Qecbir la colere de

son rival ; mais, voyant que tout était inutile, il ne songea plus qu'à la refraite, et s'enfonça dans les déserts. Il tâcha par des marches et des contremarches continuelles de fatiguer les troupes ennemies, et lorsqu’il pensa que les soldats de Timour étaient suflisamment épuisés par la fatigue et le manque de vivres il présenta la bataille. Quand les deux armées furent en présence, Timour descendit de cheval pour réciter une prière selon sa coutume.

Un de.scendant du prophète appelé liéréké, et que Timour affeetionnait parce qu’il lui avait prédit autrefois son avènement à la couronne, découvrit sa tête, leva les mains au ciel, et demanda à Dieu la victoire pour son protégé.

Prenant ensuite une poignée de poussière, il la jeta du côté des ennemis en disant : • Que votre face soit noircie par l'affront de la défaite ; » et, se tournant vers Timour : « Marche, dit-il, et tu seras victorieux. »

L’action fut longue et sanglante , et la victoire resta longtemps douteuse; mais le porte-étendard de Toctaniisrh était vendu, et ce misérable, renversant sa bannière, donna le signal de la fuite et fut cause de la perte de la bataille. Le souveriiiii fugitif s'alla cacher dans les monlagnes de la Géorgie.

Après cet te conquête, l’armée, épuisée, avait besoin de repos. Jamais Timour n'avait entrepris une expédition aussi pénible. Il ronduisit ses troupes sur les bords du Volga, dans une va-te et agréable prairie, où vingt-six jours passés d.ms les plaisirs de la table et du harem leur lirent oublier ces grandes fitigiies. Les oflieiers prenaient part aux liauqiiets deTimniir. Dejeunes filles, dont la longue chevelure, partagée en tresses, descendait jusqu’à terre, leur offraient des vins exquis dans des coupes d'or. D’habiles musieiens fusaient entendre des marches guerrières ou des aitsd’une grande douceur, et des chœurs de jeunes lille.s exécutaient des danses lascives.

Timour. sachant combien sa présence était nécessaire au sein de ses États, laissa la conduite de l’armée aux généraux les plus habiles, et regagna Samarcande en toute hâte. A son arrixée dans la capitale, il apprit que plusieurs

firovinces de la Perse ^ et entre autres e Mazendéran, étaient déchirées par des dissensions. Aussitôt il confia le gouTernement du Kliorasau a un de ses fils, celui du Zabulistan à iip autre; et à la tête d’une armée de 80,000 liommes il se dirigea vers le Unzendéran, qu’il lit bientôt rentrer sous son obéissance. Il s'avaiiqa ensuite vers Scluraz, dont le gouverneur, SchalvMansour, excitait le peuple a la sédition. Ce chef, plein de courage, sortit de la ville pour présenter la bataille au conquérant tartare. Pendant l’action, Scbabrokb, second fils de Tiineur, et qui ■■'•avait qup ilix-srpt ans, attaqua Scliab-Mansour, et lui ayant rou|ié la tête, il la jeta aux pieds de I empereur en disant ; « (’uisfcs-tu fouler aitx pieds toutes les tètes de tes ennemis, comme celle de l’orgueilleux Schab-Mansour! »

Timour, maître de la Perse pour la seconde fois, nomma son quatrième fils, Omar-Scbeikli, gouverpepc de ca royaume. Un de ses autres fils, üliran- Scbali , fut nommé au gouvernement de l'Aderbidjan eu récompense de ses services.

Timour marcha ensuite vers Bagdad.

A la nouvelle de l’approche des ’^rtares , le sultan Ahined-Djelaîr prit la fuite. La ville tomba bientôt au pouvoir de Timour (mois de schawal de l’anuée 795 de riiegire (octobre 1393).

Vers cette époque , des présents qu’il envoyait à sa famille furent enlevés par un chef ami d’Azeddin , prince qui régnait dans la Mésopotamie. Azeddiu reçut dans son palais le brigand avec les objets précieux qu'il avait volés. Timour , voulant tirer vengeance de celte injure , se mit aussitôt en marche. La capitale d’Azeddin fut prise et saccagée. L’armée tartare entra ensuite en Arménie. Puis elle repassa en Géorgie. Cette expédition fut signalée par des cruautés atroces. Le froid étant devenu 1res- vif, et les troupes, ne pouvant pas tenir la campagne, firent de grandes réjouissances dans leurs cantonnements.

Au mois de djomada P'' de l’année 797 de riiégirc (mars 1395), Timour se disposa à rentrer en campagne. Toctamisch s’était relevé de ses défaites , et Timour, qui n’avait pas oublié les souffrances et les fatigues de ses troupes

dans l'expédition qu’il avait dirigée contre ce prince, usa de tous ses moyens

fiour éviter la guerre. Une lettre tout à a fois ferme et adroite avait disposé Toctamiscli à conserver la paix. (Quelques-uns des courtisans qui l’environnaient, et qui avaient un intérêt particulier à la guerre, surent l’amener à leur opiniou. Timour, ii’uyant plus aucun espuir d’accomiiiodejnent , lit le 23 de djomada II de l’annee de l’Iirgire 797 (22 avril 1395) une revue générale de sou armée, qui se composait de 4UO,UOO combattants. Ces trou|ies, rangées en bataille sur une seule ligue, oceupaient un espace d’eaviroii cinq lieues. Tuus les ufliciers à genoux , la bride de leurs chevaux pas.sée dans le bras , lut prêtèrent serment de fidelité. Les soldats, ayant puussc un grand cri , défilèrent devant leur souverain. Les deux armées se reiieontrereiit non loin du Volga. La bataille fut sanglante. Toetaiiiisch, vaincu, perdit In couronne. Timour le remplaça aussitôt par un autre empereur. L’année victorieuse poursuivit les fuyards dans la Sibérie jusqu’aux bords de la mer Glaciale. L«^ troupes revinrent avec uo butin immense vers Timour, qui n'avait pas quitte les rives du Volga. conquérant pemétra ensuite en Russie; puis il rebroussa clieiiiin tout à coup sans que l’on ait jamais rien su des motifs de cette conduite. Plusieurs chefs se délacbèrent de son armée , et firent des incursions dans la Russie et la Po ogne. Après avoir dévaste ces deux contrées ils s’eu retournèrent charges de butin, emmenant à leur suite un uombre cousiderable d’esclaves.

Timour attaqua de nouveau la Géorgie. Line notable partie des bubitanis, qui étaient chrétiens, furent sacrifies au zele fanatique du chef tartare et de ses soldats. L’armee passa le reste de l'hiver ( annee de l’iiégire 798; 1396 de J. C. ) dans le pays qu’elle venait de dévaster. Timour se dirigea ensuite vers sa capitale. Il passa les Portes-Caspienncs , et .s’arrêta quelques jours sur les bords du Cyrus, où il donna des fêtes aux soldats. Sur sa route , il prit des informations touebaiit la conduite des gouieriieiirs cl l’elal des peuples. Plusieurs opprimés qui allèrent se plain-

L'UNIVERS

dre à lui obtinrent justice , et des con- gnant qu’ils ne lui fussent à charge ou ' cussionnaires furent punis de mort. Il même qu’ils ne vinssent à opérer une s’écarta un peu de la route pour passer dangereusediversion, ordonna qu'on les à Scheherisebze, lieu de sa naissance, égorgeâttous. Une heure après il n’esis- II rendit visite aux tombeaux de quel- tait plus un seul de ces infortunés, ques saints personnages, à celui de son Le gouverneur de Delhi, appelé Mah- Mre, et de son fils Mirza Djihanguir. moud., sortit de la ville avec toutes Il distribua des aumônes et paya des ses troupes, et présenta la bataille à lecteurs pour réciter le Coran. Enfin , Tiroour. Les soldats tartares, effrayés au mois de schaban de l’année 799 de à la vue des éléphants, furent un instant l’hégire (mai 1397), il fit son entrée $o- sur le point de prendre la fuite; mais lennelle à Samarcande. Des fêtes eurent ayant repris courage, on en vint aux lieu à cette occasion, et les vainqueurs se mains. Les Indiens furent culbutés, et partagèrent le butin qu’ils avaient en- Mahmoud s’enfuit dans la ville. L’eslevéen Asie et en Europe. Timour, pro- pagiiol Ruv Gonzales de Clavijo, amfitant de la tranquillité dont jouissait nassadeurde Henri III, roi de Castille, alors l’empire , fit proclamer son rapporte que Timour fut vaincu dans fils Schahrokh souverain du Khorasan , un premier combat , et que le lendedu Sedjestan et du Mazendéran. Il lui main il retourna à lacharge, après avoir remit le sceptre en présence de tous placé devant son armée des chameaux les grands assemblés, et l’embrassa ten- chargés de paille bien sèche à laquelle drement sur le front et sur les yeux, on mit tout à coup le feu. La vue des Le reste de l'année fut consacré à des flammes effraya les éléphants, qui s'enfêtes. Timour songea alors à metire à foirent et jetèrent le désordre (ûirmi les exécution le projet conçu depuis long- Indiens.

temps d’envahir l'Inde. Le prétexte La ville de Delhi fut prise au mois de qu’il mit en avant pour colorer les des- rébi II de l'an 80U de l’hégire ( janvier seins de son ambition fut la propaga- 1399). Timourla livra au pillage pendant tion de l’islamisme et la destruction troisjours. Puis il se miten route pour Sade l’Idolâtrie. Les généraux et les of- marcande. Le séjour qu’il fit dans cette Uciers firent leurs préparatifs pour en- capitale ne fut pas de longue durée. Il en trer en campagne. repartit bientôt pour se rendre dans l’A-

Pir-Mohammed,petit-&lsdeTimouret derbidjan, où plusieurs soulèvements gouverneur pour ce prince du Candabar semblaient rendre sa présence néceset des provinces limitrophes de l’Indous- saire. Ahmed-Diélaïr, sultan de Bagdad, tan, reçut l’ordre de faire une irruption avait profité de l’éloignement de Timour dans ce' dernier pays. Bientôt Timour pour essayer d’étendre ses Etats. Dès se mit lui-même en marche ( redjeb de qu'il fut instruit de l’approche de l’cinl’an 800 de l’hé^re) (mars 1398). Dans ^reur tartare, il seretira, abandonnant son voyage le conquérant tartaredétrui- même sa capitale, sitdenombreusestroupesdebrigandsqui Vers cette époque, Timour fit une infestaient l’Inde. Les 'Tartares portèrent nouvelle expédition contre lesGéorgiens, la dévastation depuis l’Indus jusqu’au qui en leur qualité de chrétiens lui Gange. Les villes les plus florissantes étaient odieux. Le plus grand crime que furent réduites en cendres, les hom- les soldats tartares leur reprochaient mes massacrés , les femmes et les en- c’étaitdeboireduvin. Un grand nombre fants emmenés en esclavage. On assure de ces infortunes furent mis à mort, que le nombre des cadavres laissés sans Les Tartares arrachèrent toutes les visépulture fut si considérable qu'il en gnesdu pays, enlevèrent l’écorce de tous résulta une peste dont les soldats de Tes arbres fruitiers et rasèrent les lem- Timourfurerit eux-mêmes les premières plesoùcesinfidèles, disaient-ils, offraient xrictimes. au Dieu très-haut des adorations qui

Les Tartares se dirigèrent vers Delhi, lui étaient odieuses. Jamais (leut-être A peine arrivé sous les murs decette ville, le fanatisme religieux ne fut (loussé plus Timour, qui traînait à la suite de son loin que dans cette guerre. Les soldats armée 100,000 esclaves indiens, crai- tartares se faisaient descendre avec des

cordes jusqu'au fond des abtmes du Caucase, où ils siipposaientque les chrétiens s’étalent cachés. Tous ceux que l'on découvrait étaient impito^ahlement massacrés s'ils ne couseutaient pas à se faire musulmans.

Après avoir soumis et dévasté la Géorgie , Timour tourna ses armes contre Bajazet. Ce prince avait fait une irruption dans l’Aderhidjan, gouverné par un chef dépendant de Timour. Le monarque tartare, instruit des actes d'hostilité du souverain ottoman, entra dans l'Anatolie avec une armée de 800.000 hommes. Bientôt il se rendit maître de Sébaste, capitale de la province ( moharrem de l'an 803 de l'hecire ; 1400 de J. C. ). Les musulmans obtinrent de conserver la vie moyennant une ranqon; mais quatre mille hommes de cavalerie arménienne, qui avaient bravement défendu la ville, furent jetés dans des puits, que l’on combla ensuite de terre. La ville fut livrée au pillage, malgré la parole que Timour avait donnée de ne faire aucun mal aux habitants.

U n prince, appelé Barcouc, qui régnait en Ëgvpte eten Syrie, avait mis en prison un otucier tartare, ambassadeur de Timour. Barcouc était mort, et avait eu pour succes-seur son Gis Faradje. Celuici, loin de donner satisfaction au conquérant tartare, lit arréterdes ambassadeurs qu'il lui envoyait. Les troupes de Timour entrèrent en Syrie, et livrèrent sous les murs d’Aleu une bataille sanglante aux généraux oc Faradje. Ceux-ci furent Mttus, la ville fut prise, et la citadelle obligée de se rendre à discrétion. Les Tartares y trouvèrent d’immenses richesses, appartenant aux habitants d’Alep.

Pendant le séjour qu’il Gt dans la ville, Ti luour étabi 1 1 des controverses entre les docteurs arabes et syriens et les théologiens qui suivaient son année.

Il trouvait un vif plaisir à embarrasser par des subtilités scolastiques les docteurs qu’intimidait la vue d’un homme aussi téroce; et comme ces pauvres gens le suppliaient de ne pas les faire périr : «Je vous jure, leur répondit Timour, que je ne fais mourir personne de propos délibéré , c’est vous-mêmes qui vous perdez ; mais ne craignez rien de ma

23* Lioraison. (Tabt.vbie.)

art ni pour votre existence ni pour vos iens. > Malgré des paroles si rassurantes, il Qt couper, avant de quitter Alep, un nombre de têtes sufGsant pour élever une tour. Après cet horrible exploit il se dirigea vers Damas.

Arrivé devant la place , il livra bataille au sultan Faradje. Celui-ci fut battu, et proGta de la nuit pour se sauver. I.,es habitants de la ville ouvrirent leurs portes au vainqueur, et obtinrent de se racheter moyennant une grosse rançon. Quand ils l'eurent remise à Timour, celui-ci conçut des doutes sur leur orthodoxie. « Ces gens, dit-il, aux ofGciers qui l’entouraient , ont soutenu les califes Ommiades, persécuteurs d’Ali et de la famille de Mahomet. Commeut peut-on suivre la religion d’un prophète et se montrer l’ennemi de sa famille? crime de ces gens me parait d’autant plus certain que leur défaite n’est à mes yeux qu'un chôtiment du ciel. » I>e pillage de la ville fut la conséquence de cet abominable subterfuge.

D'autres auteurs assignent pour cause an sac de Damas une lettre insolente écrite à Timour par Faradje. L’envoyé porteur du message put s’estimer heureux de ne pas laisser sa tête pour

firix de l’insolence de son maître ; mais es habitants de Damas portèrent la peine de l’imprudence de leur souverain. Les gens riches furent appliqués à la question jusqu'à ce qu'ils eussent fait connaître l'endroit où ils avaient caché leurs trésors. Le pillage commença ensuite. Le feu ayant pris dans un quartier, toute la ville se trouva embrasée en peu temps.

Après cette guerre Timour retourna en Géorgie; puis il se présenta devant Bagdad, pour réduire cette ville, où s’étalent retirés des rebelles, et que plusieurs de ses Gis tenaient inutilement assiégée. Il Gt attaquer la place vers le milieu de la journée, aumoraent où l’excès de la chaleur em|>êchait les assiégés de rester sur les murailles. Les habitants, pressés par les soldats de Timour d'un côte et arrêtés par le Tigre do l’autre, et n'ayant ainsi aucun espoir de fuir, se précipitèrent presque tous dans le fleuve. On réunit cependant un nombre de têtes sufUsant pour élever cent vingt

L’UNIVERS

tours ; l«8 doctenrt rmisulraans fnrmt eommença même i« si^ de ectte plses. seuil épargnés. Les maisons des parti- Mais Bajâsetétantrsnu asseoir son camp entiers furrnt détruites; les Taitares ne près de celui deTimour, ce dernier jugea respectèrent cjue les mosquées, les col- convenable de battre en retraite pendant lé::es et les hupitaiix. quelque temps. Enfln le 19 de zulcada de

Tiinnur, ubiigé de quitter Bagdad par l'an 804 de l’hégire ( vendredi 18 juin l'odeur infecte qu'exhalaient les coda- 1402)Tm)ourrésnlutde livrerla bataille, vres, remonta le Tigre et alla prier sur Ce prince était alors âgé de soixante-six le tombeau de l'iman Abou-Ilanita , ans. Ia) commandement des deux aiclief de l'une des quatre sectes ortiio- ies et du corps de bataille de l’armée tardoxes musulmanes. Il se mit ensuite en tare fut conlié à trois de ses Ois; pour marche pour la Géorgie. lui, il se mit à la tête d’une réserve coin-

Ce|>endant Rajazet s'étalt rendu posée de quarante régiments d’élite, et maître de la ville d'ArzendJan, et il se soutint son corps de bataille avec des di.sposait à pousser plus loin ses cun- éléphants qui portaient des tours d’où

?uétes; mais, instniit des préparatifs on lançait du feu grégeois. Vers les dix urmiilables que faisait Timour pour le heures du matin on sonna la charge des repousser, il demanda la paix. Timour, deux côtés; les Tartares s'élancèrent qui avait sans doute quelques raisons de avec impétuosité contre 1rs Ottomans, ne pas commencer immédiatement les qui reçurent le choc comme des troupes hosiilltés. la lui accorda. Bientôt les aguerries. Les soldats de Timour recircoiistances changèrent, et le monar- doublèrent d’efforts. Les deux ailes des que tarlare prolita d’une occasion qui Ottomans commencèrent à- plier, et la s’offrit à lui pour engager la lutte avec mort du renégat Pésirlas fut le signal de son rival. Bajazet donna asile et prit leur défaite. Rajazet, voyant les deux alla di'fcnse d’uii petit chef turconiao, ap- les de son armée mises en déroule, sere-

fielé Cara-i ousouf, qui pillait habituel- tira sur une éminence avec le corps de enient les caravanes de la Mecque. Ti- bataille. Timour l’attaqua avec ses quumour réclama en vain ce brigand, dont rante régiments de reserve. Bajazet et il voulait, disait-il, tirer une vengeance ses soldats combattirent avec le plus exemplaire. N’ayant pas obtenu satis- grand courage jusqu’à la nuit. L’empefaction sur ce point, il se prépara à la reur ottoman profita de l’obscurité pour guerre. Mais les troupes tartares don- prendre la fuite. Il avait perdu 20U,U0O liaient des si^es manifestes de mécon- Dommesdan8cettejouruee.ïimour,victentemeiiLOlBciers et soldats, tenus de- torieni, retourna dans son camp, où il puis tant d’années loin de leur pays et rendit à Dieu de solennelles actions de de leurs familles, ne voulaient plus coin- grâces et reçut les félicitations des chefs battre. Les-ofEders parlèrent de mau- de son armée. Accablé de fatigue, il alvais présages. Timour appela alors .son lait se coucher, lorsiju’on amena dans astrologue, dont les prMictions furent sa tente Bajazet pieds et mains liés. Titrés-favoraldes. « Il paraîtra , dit cet mour, voyant ce grand homme dans une homme, une comète dans le bélier, et de position aussi affreuse, ne put retenir l’orient viendra une armée qui fera la ses larmes. Il lui fit détacher les mains, Conquête de l’Anatolie. » Cette prédic- et lui adressa la parole en ces termes : tion calina quelques esprits timides, et • Quoique les évènements de ce monde la volonté de Timour inspira la terreur n’arrivent que d’après la volonté de à ceux qui ne furent pas pleinement Dieu, et que personne ne puisse les diconvaincus. riger suivant son caprice, cependant on

I.C inon.irqiie tartare quitta sesquar- peut dire avec toute vérité que vous tiers d’hiver, et passa ses troupes en re- êtes la cause unique de votre malheur, vue devant (les ambassadeurs de Bajazet. Vous êtes blessé par les épines de l’ar- Les Ottoinan.s ne virent pas sans quel- bre que vous avez planté. C'est vous qui que terreur 800,000 guerriers, tous ac- avez ourdi cette toile. Vous avez voulu coutiimés à braver le.s dangers et à sup- mettre le pied au delà de vos limites, et porter la fatigue et les privations. L'ar- vous m'avez force de venir vers vous mée tartare se porta vers Ancyre, et pour vous punir de vos insultes. Je ne

= il(

TARTARIE. IfiC

pouvais in'jr rendre, parce que je sa* vais que vos troupes étaient constam* ment en guerre avec les infldèlea. J’ai pris toutes les voies de la douceur, et mon intention était, si vous aviez écouté mes conseils, de vous donner des secours d'argent et de troupes pour continuer la guerre sainte et exterminer les ennemis de l'islamisine. Pour éprouver votre amitié , je vous ni prié de me remettre la forteresse de Rémac, de renvoyer la famille et lesgeiis du prince Taliarten, de chasser de votre pays Rara-Yousouf le Turcoinan, et d'envoyer à ma cour un homme de conOance pour affermir la paix entre nous. Voua m’avez refusé avec hauteur, et vous avez persisté dans votre opiniâtreté, en sorte que les choses eu sont venues nu point où elles se trouvent aujoiird’liui. Personne n'ignore la manière dont vous aviez l'intention de traiter moi et mes soldats si Dieu vous fût accordé la victoire. Malgré vos dispositions, je ne maltraiterai ni vous ni les vôtres; car je veux reconnaître la faveur que Dieu m'a accordée. Bajazet avoua ses torts, et pria Timour d'ordonnt-r des recherches pour savoir ce qu’etaient devenus ses (ils Mousaet Mustapha. On ne retrouva que Mousa, qui fut envoyé auprès de son père.

Cette conduite est fort éloignée de ce que rapportent quelques auteurs, que Timour lit enlever à Bajazet ses chaînes pour lui en faire mettre d’autres tellement lourdes qu’il pouvait à peine les traîner. La fable de la cage de fer dans laquelle Bajazet fut enfermé ne trouve plus aujourd’hui aucune créance, et l'on a reconnu aussi que jamais Timour ne fit de l’empereur ottoman un marchepied pour monter à che.val .

On prétend que Timour, après avoir examiné attentivement Bajazet, se prit à rire. L’empereur ottoman, indigne de cette conduite peu conveaalile. lui dit avec fierté : « Timour, n’insulte pas à mon malheur! Dieu est le disiributeur des empires; il peut t’enlever demain celui qu’il t’a donnéaujourd’hui. • Timour, prenant aussitôt un air c,ilme et sérieux, lui dit : « Tes paroles sont vraies. A Dieu ne plaise que je veuille insulter à ton malheur; mais en te regardant j’ai pensé que Dieu doit faire bien peu de cas des empires de ce monde, puis-

qu’il les donne à un borgne comme toi et à un boiteux comme moi. *

Timour, profitant habilement de sa victoire, envoya des corps de troupes dans les différents cantons de l’Anatolie. Tout le pays fut pillé. Les Tartares trouvèrent a Brnu.sse les trésora ei lea femmes de Bajazet, et s'en emparèrent.

Ce fut vers lette époque que Timour congédia deux ambassadeurs qui lui avaient été envoyés par Henri III, roi de Castille.

Malgré les égards dont il était entouré, B.ajazet tomba bientôt dans un si profond chagrin, qu’il mourut frappé d'une att.aque d'anoplexie, le 14 du mois de Bchanan de l’année 80.î de l’hégire (jeudi 8 mars 140* ). Peu de jours après , Timnur perdit un de ses petits-fils, Mirza- Mohamined-Sultan. Ce jeune prince n'était âgé que de dix-neuf ans, et déjà il avait donné des preuves de sa bravoure. Timour le regretta extrêmement. On brisa, suivant l’usage, le tambour d'airain du jeune prince. Nul dans l'année n’osait monter un cheval blanc ni même gris, et chacun donna des signes de deuil. Timour surmonta cependant sa douleur.

Une circonstance politique cliangea ses idées. Il apprit que les (leuples de la Géorgie ne pratiquaient pas avec exactitude les préceptes de la religion musulmane qu'ils avaient embrassée. Ce prétendu crime était plus que sufllsant pour attirer la vengeance du monarijoe tartare. U s’occupa d'abord de faire rebâtir la ville de Bagdad, devenue un monceau de ruines, et envoya dans la Mésopotamie des troupes contre Rara- \ Yousouf, qui avait engagé Bajazet à lui faire la guerre; puisil sedirigea lui-même vers la Géorgie. Cette nouvelle expédition ne fut pas moins cruelle que les précédentes. Le roi de Géorgie offrit de payer le tribut comme infidèle; mais il eut de la peine à faire agréer ces conditions. L’année passa l’hiver à Rarabag, sous de petites huttes de paille. Timour reçut dans ce camp les compliments de condoléance de tous les princes et chefs voisins à l’occasion de la mort de son petit-fils. Au mois de ramazan de l'aunée 806 (mars 1404), on célébra l’anniversairede la monde iMirza-Mohainmed- Sultaii. Les cerémoiiie.s achevées, les troupes se disposèrent à rentrer en cam- > 33.

IZSO Dy 'wOOgle

sss

L’UKIVERS.

pagne. Timour ^assa l'Araxe, et, à la première station, il lit réunir les grands , pour donner en leur présence à Mirzaüinar l’investiture de la Perse et du Khorasan. Le Jeune prince, après avoir reçu les lettres patentes, scelléesdu sceau impérial, partit avec une suite convenable pour se rendre à sa destination.

Timour, deson côté, se miteii route pour , Samareaude , dont il avait été absent pendant sept années. Il commença par visiter les mosquées, les hôpitaux et les colleges bâtis pendant son absence, et institua des audiences publiques où il rendait lui-méinela justice. Deux magistrats reconnus coupables de concussion furent pendus. Il reçut vers la même époque de nouveaux ambassadeurs du roi de Castille, qui lui apportèrent entre autres présents des tapisseries à personnages d^un travail admirable.

Des artisans qui avaient été épargnés à la prise de Damas reçurent l’ordre de bâtir on palais à Samareaude. Ils exécutèrent cet ediQce avec beaucoup d’intelligence. Quelques artistes venus de Perse ornèrent l’extérieur du palais avec des porcelaines de Cachan. De pareils soins n’étaient pas capables d'occuper Timour tout entier. Il s’occupa de mettre à exécution un projet qu’il méditait déjà depuis longtemps , la conquête de la Chine; mais il devait user de quelques précautions envers les chefs et les ofuciers de son amiée,*qui avaient déjà témoigné quelque mécontentement.

Quand il se crut assuré des dispositions de ses ofQciers, il les convoqua pour un conseil privé , et leur parla en ces termes : > Braves compagnons, vous savez de combieu de grâces le ciel nous a comblés, et nos conquêtes prouvent asses sa bonté pour nous. .Mais, hélas! nous devons en faire l’aveu, plus d’une fois nous nous sommes oubliés , et le sang des fldéles a coulé sans une cause juste. Ce sont là des crimes qui demandent une expiation proportionnée à leur énormité. Nos troupes ont pris part à nos fautes , elles aoivent aus^i prendre part à notre pénitence. La Cliiue, peuplée d’idolâtres, ouvre une large carrière à notre zèle religieux.

Allons renverser les temples des idoles, et .sur leurs débris élevons des mosquées. Marchons contre ces Intidèles ; purilions-

nous dans leur sang ; car , ainsi que l’a dit Dieu lui-même , la guerre sainte efface tous les péchés. >

L’enthousiasme du vieux Timour était tel, que tous les officiers furent entrai, nés par ses paroles. Ils répondirent par des cris de joie et des bénédictions. Les préparatifs d’entrée en campagne se Ureut avec la plus grande célérité. Tous les ambassadeurs eurent leur audience de congé. L’ardeur, des officiers ne permit pas d’attendre le retour du printemps pour entrer en campagne.

Les astrologues avant indiqué un moment favorable, 'fimour, monté sur un cheval superbement harnaché, au milieu d’une cour nombreuse et brillante , et suivi de deux cent mille combattants , sortit de Samarcande. Le temps était toutefois peu favorable. La neige couvrait la terre. Un grand nombre de soldats et de chevaux mouraient de froid.

L’armée continua sa marclie. Les troupes passèrent le Jaxartès sur la glace, et arrivèrent à Utrar, ville située sur l’autre bord du fleuve. Timour ne devait pas aller plus loin. Les astrologues découvrirent dans le ciel plusieurs signes de funi'ste présage. Quelques seigneurs de la cour curent des songes épouvantables , et le feu prit dans la chambre de l’empereur. Enfin, au moment où il se disposait à renvoyer à Samarcande les princesses qui l’avaient accompagné jusqu’à Otrar, une lièvre violente le saisit, et il crut entendre les célestes bouris qui l’engageaient à faire pénitence pour être en état de paraître devant Dieu. Malgré tous les efforts de son médecin, le mal devenait toujours plus dangereux. L’historien Scherefeddin assure qu’il conserva jusqu’à la fin toutes ses facultés. Il s’informait des dispositions de l’armée. Toutefois, lorsqu’il reconnut que la maladie était plus forte que tous les remèdes, il sut se résoudre courageusement à la mort. Il Gt venir les princesses et les principaux émirs, et déclara en leur presence ses dernières volontés : « Je connais avec certitude , dit-il, que mon âme veut abandonner mon corps, et que maintenant mon asde est près du trône de Dieu, qui donne la vie et qui l’ôte comme il lui plaît. Je vous prie de ne point faire entendre de cris ni de geinissemcuts inutiles lorsque

je mourrai. A-t-on jam.'iis repoussé la mort par des cris? Au lieu de déchirer TO.S vêtements et de crmrirça etiàcnmme des insensés , priez Dieu qu’il me fasse miséricorde, dites JUah acbar! (Dieu est très-"rand) et récitez le premier chapitre du Coran. Vous prorurerez par là (le la joie à mon âme. Comme Dieu m’a fait la grâce de donner à la terre des lois si é(juitables, (lu’aujourd’hui dans toutes les contrées <ie la Perse et de la Tartarie nul n'ose entreprendre sur lesdroilsdeson prochain, j’espere qu'il me pardonnera mes péchés, qui sont cependant en grand nombre. J'ai cette consolation que pendant mon régné je n'ai pas permis que le fort aceablât le faible. Maintenant je veux et prétends que mon fils Pir-Mohammed-Djihan- ^irsoit mon héritier universel et mon successeur légitime à l'emjpire. Je vous ordonne à tous de lui obéir et de vous sacriGer pour lui s'il le faut, aGn <iue l'ordre du monde ne soit pas troublé et que mes longs travaux ne soient pas perdus. Si vous m'obéissez, et si vous restez unis, nul n’osera s'opposer à mes desseins ni apporter le moindre obstacle à l’exécutionde mes dernières volontés.»

Apres avoir dit ces paroles, il Gt jurer aux émirs, aux généraux et aux grands dignitaires qu’ils veilleraient à la ndéle exécution de ce testament. Quelques-unes des personnes présentes voulaient que l’on écrivit à des princes qui étaient alors absents, aGn qu'ils pussent entendre de la bouche même de l'empereur l’expression de ses derniers ordres. Timour répondit que c'était prendre une peine inutile; que ceux qui étaient absents ne pourraient janiais arriver assez tôt, et qu'il fallait remettre à les voir au jour du jugement. » Vousmêmes, ajouta-t-il, vous n’aurez plus d'audience de moi que ce jour-là. Il ne me reste qu'un seul désir, celui de revoir mon Gis Schahrokh. Je voudrais le voir encore une fois; mais c’est impossible, Dieu ne l'a pas voulu. Les princes et les princesses qui l'entouraient se mirent alors à verser des larmes. Timour leur adressa encore quelques paroles pour les engager à se conformer aux lois de la justice dans le gouvernement des peuples. Le mal se compliqua alors d'un violent hoquet.

Plusieurs imans, placés en dehors de sa chambre, lisaient le Coran à haute voix. Timour demanda que l'on fit entrer un de ces docteurs , auquel il recommanda de lire au chevet de son lit la parole divine, et de répéter souvent la profession de foi touchant l’unité de Dieu. Il répéta lui-même à plusieurs reprises cette profession de foi, et mourut en la prononçant dans la nuit du 17 de schabanSOT (18 février 1405). Il était âge de soixante et onze ans , et en avait régné trente-six.

Son corps, embaumé avec soin, enveloppé d’un suaire et renferme dans un cercueil d'ébène, fut transporté à Samarcande et inhumé auprès de l’iman Béréké, comme il l’avait recommandé souvent. L’historien arabe Ebn-Arabscha nous a transmis le portrait suivant de Timour. « Ce conquérant, dit-il, était d’une haute stature. Il avait la tête forte, le front élevé. Il était aussi remarquable par sa force physique que par son courage. Il avait été admiramement doté par la nature. Sa peau était blanche et son teint vif en couleur. Il avait les membres forts, les épaules larges, les doigts gros, les jambes longues, le corps bien proportionné, la barbe longue, la main sèche. Il boitait de la jambe droite. Son regard n'était pas très-vif. Il*avait la voix forte. Dans la vieillesse, son esprit était aussi ferme , Mn corps aussi robuste, et son âme aussi intrépide que par le passé, comme le roc le plus dur. Il n’aimait ni le mensonge ni les plaisanteries. Mais il recherchait la vérité lors même qu’elle lui était d^ sagréable. Il ne s'affligeait pas de l’adversité, et la prospérité n’excitait chez lui aucune exaltation.

« Il portait pour devise sur son cachet deux mots persans : Rasti Aohs/I c’està-dire le salut est dans la vérité. Il était wirêniement réservé dans sa conversation, et ne parlait jamais de meurtres, de pillage, ni de violation de harem. Il aimait les braves soldats. »

Mous terminerons ce que nous avons à dire de Timour par un extrait des lois et règlements qu’il étabht dans son empire.

i zeo Dy VjOOgle

L’UmVERS.

RigUmenU pour t ndminiitrotion des royûumti.

Dan» un royaume que je venaia de conquérir j’Iioiiorai» le» homme» digne» de real>ect» je icmnignais de lavéuéralion auxdescendaulsdu Propl)èle« aui docteura de la loi, aux savants et aux vieillard»; je leur assignai» destraitements; je regardais U» grands comme mes frères , les orpUeiios et les pauvres comme mes enfants.

L*arméi‘ du pays était incorporée dans U mienne, et je parvenais i gagner le cœur du peuple. Néanmoins je tenais toujours mes sujeb entre la crainte et respcrance. Je traitais les bom avec l>onté, de quel(|ue |iays <]u*iis fussent: mais les méchants et les |>erlides étaient bannis de mes États.

Je retenais les hommes lArhes et vils dans le dev'oir sans leur pcrmetire de traiMgresser les Uiis. Je prodiguais les hoiiueiirs et les dignités aux grands et aux nobles. Les |iortea de la justice étaient ouverte» dans tous les pa>s, et j’avais soin de fermer toutes les voie» de U rapine et du brigandage.

Le goiivei-neur d’une province conquise était continué dans sa charge. Kurhainé par uves bienfaits , j’étais sdr de sa fidélité et de son dévouement. Mais le rebelle ue lardait

fras à être pris daus ses propres pièges, et je ui substituais un gouverneur équitable , intelligenl et actif.

Je faisais punir selon la loi de Oengiskan les biigrmd< et le» voleurs de grand chemin; le» séditieux et le» traîtres étaient bannis, et je ne smifTrai» pas de baladins daiu les pro> vinees.

J'établis dans les villes et dans les quartier» un graod-prévôt, chargé de veiller à la sûreté du peuple et des soldat». Il était respousabla de tou» les vol» coonoU dans sou arrondisse* meut

Des garde» étaieol placés sur les roule». Les vo>ag(‘urs et les marchands avaient le droit de biire escorter leurs ridiesses et leurs efTels par ces hommes, qui répondaient de tout ce qui se trouvait égaré ou perdu.

Il était expressément acfendti aux magU* Irais de punir les citoyens sur des accusations et de« rapports de gens suspects ou mal intentionnés. Blais , après une preuve fondée sur quatre dé|>usilions , on infiigeaii au coupable une amende proportionnée au délit.

Aucun soldat n'avait U* droit de s’établir dans la maison d’un particulier, on de prendre les trou|>eaux et les meubles d’un citoyen.

Je fis des fondations pour subvenir a la subsistance des meodiauts , afin de détruire la mendicité.

Ri^emenU pourtntrtttnirde* ^rrtspondtsk* cet et pour connaître Cétal des royaumet p des provinces , du peuple et de t armée.

Je roulas que sur chaque frontière, dans chaque province, dans chaque ville et è l’armée, il y eût un secrétaire des nouvelles. Son occupation était d'informer la cour des actions et de la conduite des gouverneurs, du peeple et des soldats, de la situation de mes armées, et des armées de mes voisins; il envoyait un état exact de riinportatioo et de l'exportation des marchandises et des effets de l'entrée et delà sortie des étrangers, et des caravane» de tous les pays. Ce seci claire, par ses convs|>ondancet aans les royaumes , savait toutes le» démarches des primes, connaissait les savants et les hommes instruit» ui, des contrées les plus lointaines, étaient ispovés à «cuir auprès de moi. J'exigeais dans ses rap|)orts la plus scrupuleuse véracité. S’il osait y manquer, et qu’il ne rendit f»as un compte exact de» faits, on lui cou|>ait le» duigu; s’il omettait dans son journal queli|iica actions louable» d'un soldat, ou la présentait sous un jour moins favorable, il perdait la main; enfiu si rinuuiiié ou la méchanceté U portait à écrire des menaotiges , il était puui da luort. Je reconiiuandai» expressément qu’on me préseutit jour pur jour, semaine par semaine et mou par mois le» dépêches qui contenaient ces nouvelles.

J’entretenais un corju de mille homme»

montés sur des cliameaiix, un autre de milia cavaliers armés à la légère, avec mille fantassins bien lestes, afin d’obtenir lur leur moyendes renseignements exact» sur l’état des provincea et des frontières, et sur les intentions des princes voisin». A leur retour, cas soldat» me faisaient le détail de ce qu’ils avaient appris, cl je pouvais me préoaulionner, contre tou» le» évèitemenU.

Lorsque Je rompis le projet de conquérhr rinJoustan, il» rne fireut savoir que dans chaijue province de ce royaume les gouverneurs et le» chefs avaient usurpé l'auioritc sur leur» prince» et s’éiaieiit reudus indépeudants. Je vis par les iuslruction» qu'iU nie transmirent ^u'oD pouvait facilement s’emparer de la contrée ; mais l'aimée ii’eii jugea pas ainsi.

J'étais encore occupé de mon expédition dans riude quand on vint m'apprendre que Bajazel avait fait une invasion oans plusieur» de mes provinces ; que les Géorgiens, sortant de leur pays avaient jeté des secours dan» de» châteaux aisiégéa par mes soldats.

Je pensai que le» déK>rdres de la Perse augmenteraient si je séjournais pluslonglempB daiu rinda. Je mu donc ordre aux aBiaire»

de celle dernière contrée , et Je traversai la Transoxiaiie, où je restai (|U(-tques jours. Ensuite, dirigeant ma course vers rAiialolie el la Géorgie, je üuii par m'emparer de tout cet Empire.

de coedmte eneers le* naturel* et te* colon* de oropince, Étahliuement*

pour l* entretien de* tombcaus de* ami* de Dieu et de* chef* de la religion. Donation* et fondation* pieu***.

J'ordonnai que les guerriers d'an tojenmt nouvellement soumit seraient rr^is a mon service dès qu'ils reconnaîtraient mon auto* rité, qu'on épargnerait ans naturels de celte contK’f les malheurs aiiiquels les vaincus sont ordinairement es|K>sés; que leurs possessions el leurs richesses échajiperaient à la rapine et au pillage, el que tout le butin qu'on aurait fait sur eux leur serait restitué.

J’exigeai qu'on eût les plus grands égards pour tes descendants du nrupliète, les théo> togiens , les vieillards , les docteurs , les grands et les nobles; qu'un rassurât les pères de famille, les chefs de hordes et les cnltisuteurs.

Je rendis des ordonnances |K)ur que les séides, les doctears, les vieillards, les savants, les der^iche$ et tous les cénobites qui venaient fixer leur demeure dans l'étendue de mes domaines, eussent des pensions et des appoinicriients, pour que les pauvres et les hommes sans ressources trouvassent une subsistance suffisante, enfin pour que les professeurs el les ciiefs des collées eussent des appuintements assurés.

Je consacrai des sommes pour l'entretieQ des tombeaux, pour les châsses des saints et des cln fs de la religion.

Je faisais rassembler tous les mendiants d'un pas s nouvcHeiiient conquis; je voulais qu'on leur donnât tous les jours »ne ration de nourriture, et qu’on les distinguât par une marque particulière, afin qu’ils ne pussent plus mendier. Si un de ces hommes était surpris à faire son ancien métier , on le vendait , el il étrtit emmené dans les contiées lointaines, ou bien on le bannissait, afin de détniire la mendicité dans mes Étals.

/(èglement* pour la perception de* impât* et des contrihutions. Ordre et dUposition de t empire; culture et population; tùreti et police de* province*.

Que dans 1a perception des impôts sur le peuple ou se nrde bien de vexer les cou- Iribuables ou de faire d<;serter la nrovinoe; car la ruine du peuple lait la ruine du trésor; U ruine do trésor cause la dispesiûm de l'ar-

mée, qui entraîne à son tour la décadence de l'autorité.

Lorsque je m'étais rendu maître d'une pro* vince et qu'elle faisait partie de mon empire, j'ordonnais qu'on s'informât du montant des revenus. Si le peuple voulait s’en tenir à l'ancienne KiministratioD, on le conformait à sa désirs ; autrement, on réglait la perception des im|)èls d'après les ordonnances.

Les revenus étaient déterminés sur le produit des terres et les taxes filées en conséquence. Par exemple , si un agrkiilteur avait line tefre fertilisée |>ar le moyen des canaux , des fontaines ou des torrents, pourvu toutefois que ces eaux coulassent sans intemiplioo, le revenu de cette terre était divisé eo trois parts: il en gardait deux, et l'autre lien appartenait au collecteur.

Si le sujet aimait mieux payer eo argent, la pari du collecteur était estimee suivaut le prix courant, el les soldats avaient uue paye proportionnée au prix des denrées.

Si le cultivateur du sol refusait de pajer en nature , 1a charge de blé et celle d'orge étaient estimées en aigeiit.

Quant aux autres produits des terres, on en prenait le tiers ou le quart

Les im(>ôts sur les herbes, les fruits et autres prodiirrious de la campagne, sur les pâturages et autres terres en valeur restaient sur l'ancien pied ; si les naturels se plaignaicnl, on y procMait autrement.

Il était expreasément défendu d’mitçer les impôts avant que le peuple eût fait sa récolté; et il payait â trois époques différentes.

Si rbabitani payait de bon gré, on se passait de cullcctenrs; mais s'il en fallait un , il n’employait que les paroles et l'autorité pour percevoir les déniera royaux ; jamais il n'avait recours au bâton, â la corde, au fouet ni aux chaitics ; et il ne sévissait point contre la personne au débiteur.

Un agriculteur qui défrichait des landes, qui creu.-ail un canal , qui faisait des plantati(»Qs, ou rcmeiiait de nuiivcau en valeur un champ abanduiiiié, ne |>ayait rien la pm> miére année; la deuxième, il donnait ce ont lui plaisait ; ta troisicme, il était placé sur les rôles des contribuables sekm les ordonnances.

Si le grand propriétaire ou l'homme puissant vexait le pauvre, ou lui faisait du tort, les biens de l'oppresseur répondaient de tout, et l’on rétslilissait le pauvre dans sa première situation. Quant aux terres dévastées el sans propriétaires , Je recommaudais qu'on pensât •érieusemeot a les remettre en valeur. Si le propriétaire le trouvait dans la misère, on hii iburntssail les iustnimenu nécessaires pour les cultiver.

Je voulus qu'on nettoyât les canaux ei^OT'

L’raiVERS.

géa , que les ponts renversés fussent rétablis et qu’ouen construisit sur les rivières et sur les torrents. Je fis bilir des caravansérails sur les routes, à U distance d’une journée de chemin les mu des autres. Des gardiens vrillaient à la sdretc des voyageurs^ et répondaient de tous les vols.

Dans chaque ville je ûs l»âtir une mosquée, une école publique, un monastère, un hospice pour les pauvres, un bdpiul avec un médecin pour les malades.

Je voulus que l'on construisit aussi un hôtel de ville, une chambre de justice; j'établis encore des gardes j>oiir les terres ensemencées et pour la sârele des citoyens.

Je mis trois ministres dans chaque province.

Le premier était pour le peuple ; il tenait un compte exact et fidele des sulisides pavés, énonçant la somme et spéciQaut de quel Jroit et à quel titre U ravait exigée.

Le deuxieme ministre était pour les soldats. Il tenait un état de la somme à eux payée et de celle qui leur restait due.

Le troisième veillait sur les propriétés dn absents et des voyageurs, sur les récoltes abandonnées. Il prenait possession, avec le consentementdu juge et du chef de la religion, du patrimoine des fous, des héritiers inconnus et des coiipables flétris par la loi. Les biens des morts passaient aux héritiers légitimes. S’il ne s'eu trouvait point , ils étaient consacrés à des fondations pieuses , ou bien envoyés à la Mecque. ,

Organhatlon de tarmée.

Dans une escouade de dix hommes d'élite on choisissait celui qui réunissait le plus de sag<»se et de valeur, et avec le consentement des neuf autres on le faisait chef avec le titre d’oimbaschi ou chef de dix.

Sur dix ounbascbis on en choisissait un ui devenait le chef des autres avqc le titre ’youibaschi , c'est-à-dire chef de cent.

Dix youzbasrhis étaient commandés par un niinkbasclii ou chef de mille.

Parmi les soldats ceux qui se distingiinient par des traits de courage étaient nommés oiinbavchit d'abord , puis)ouzbascbis et enfin tninkbaschis.

Je ne veux pas, disait Timour, que l'on accorde de récompense à des actions de bravoure engendrées par Je désir d'échapper aux armes de rennemi. Une pareille conduite n'est pas plus noble que celle du taureau qui repousse une attaque avec ses cornes... Je défendis qu’on privât les vieux soldats de la récom|H.‘ase qui leur était due. Ceux qui avaient vieilli dans le métier des armes ne perdaient ui leur grade ni leur paye. Les

services qu*iU avaient rendus n'éUieot point mis en oubli. Car un guerrier qui sacrifie la longue existence dont il |>oumut jouir pour des biens périuables mérité d'élre récompensé , et il a le droit d’exiger des richesses et des distinctions. Lui refuser la récompense due à scs services, c’est commettre un acte extrêmement injuste. Je voulus que tout officier, ministre ou soldat, qui, perses travaux, avait contribué à rétablissement de ma grandeur, obtint toujours la récompense qu'il avait droit d’attendre.

Je défendis qu'on mit à mort les prisonniers. Je leur laissais le choix d'eutrer à mon service ou de s'en aller librement.

Je veux qu'en temps de guerre les simples soldats prennent une tente pour dix-huit hommes, que chacun ait deux chevaux, soit muni d'un arc, d'un carquois, d'un sabre, d'une scie, d'une alêne, d’un sac, d'une aiguille à emballer, d'une hache, de dix aiguilles et d’un havresac de cuir.

Les soldats d'élite auront une tente pour cinq. Chacun d'eux portera un casque , une cuirasse, une épée et sera suivi de deux chevaux, nombre prescrit par les ordonnances.

Chaque ouobasebi aura sa tente. Il sera armé d'une cptte de mailles, d'un sabre , d'un arc et d'un carquois. Cinq chevaux marcheront derrière lui.

L'ioüzbaschi aura dix chevaux avec sa tente et ses armes, qui sont : le sabre, l’arc, le carquois, la massue, la ooUe de mailles et la cuirasse.

Chaque minkbascbi joindra à sa tente un parasol , et aura soin de se munir de 1a plus grande quantité d'armes qu'il |H>urrB , tant en cottes de mailles, casques, cuirasses, lances, épées , carquois et fléchés.

L'équipage du premier émir sera composé d'une lente, de deux parasols, d’uue autre tente brodée et de la quantité d'armes nécessaire pour en fournir aux autres. Tous les émirs jusqu'au généralissime seront tenus d'avoir un équipage proportionné à leurs grades respectifs. I.e premier émir aura cent dix chevaux , le deuxieme cent vingt , le troisième cent trente, et ainsi desuitejtisqu’ati généralissiiue, qui ne pourra pas eu avoir moins de trois cents.

Le fantassin sera armé d'un sabre, d'un arc et de la quantité de flèches qu'il jugera convenable. Mais au moment d’une action il devra en avoir le nombre prescrit pur les ordonnances.

'.Hlgk

Bègfcffients pour la guerre et les combats , pour t attaque et la retraite , pour t ordre de bataille et la défaite des armées.

Si l'année ennemie ne va |>a$ à ia,ooo ca>alier«t od donnera la conduite de la guerre lu générali&sime, avec xa,ooo ca>aliers tires des Iribiis et des hordet. Il aura en outre des minU>achi», des youtbachis et des ounba* chu qui raccompagneront.

Arrivé près de l'eDnemi, à la distance d’une journée, il m'enverra des nouNelles.

Je veui que ces 19,000 casaliers foraient neuf corps de celle manière :

Le corps de bataille une division.

L’aile droite trois divisions.

L'aile gauche trois divisions.

L’avant-garde deux divisions.

Dans le choix de son champ de bataille, le général doit rechercher quatre choses: i^DcTeau;

9<* Un terrain capable de contenir son aroiée;

3^ Une situation avantageuse d’où il puisse dominer l’ennemi. Surtout qu’il se garde bien d'avoir le soleil en face , pour que ses soldais O 'en soient pas éblouis;

4** Un champ de bataille vaste et uni.

La veille du combal , le général aura soin de tracer se« ligues; l'armée, une fols rangée ta bataille, doit aller en avant, sansdétour- Dcr ses chevaux d’aucun côté , et sans obliquer à droite ni 4 gauche. Aussitôt que les guerriers auront découvert rennemi , qu’ils (ioussent le cri de bataille Dieu est grand.

Si l'inspecteur s’aperçoit que le général manque à son devoir , il peut nommer un autre chef.

Le général, de concert avec l'inspecteur, ira reconnaître le nombre des ennemis; il conj paiera leurs armes aveecelles de ses soldats, afin de découvrir ce qui lui manque et d’y suppléer. Attentif à tous leurs mouvements, il observera s’ils s’avancent lentement et dans uue belle disposition , ou s'ils courent en désordre.

Qu’il connaisse bien les manœuvres de ses adversaires, soit qu’ils cbargeut eu masse ou par pelotons. Le grand art est de bien observer le moment où l’ennemi se prépare à assaillir ou à battre en retraite, s’il veut tenter une nouvelle attaque, ou s'il s’en tient à la première. Dans ce dernier cas, les soldats doivent soutenir le choc avec ptieuce ; car la bravoure n’est pas autre chose que U patience dans un moment périlleux.

Tant que l’eniieini u'engagci’a pas l’action, n'allex pas au-devant de lui. Dés qu’il se portera en avant, que le général s’applique a

diriger les manœuvres de ses OAïf divisions.

Quel est le devoir d'un général? De guider les évolutions de ses troupes, de ne nas s’effrayer au moment de l'action. Êgalenient ferme du pied et de la main, chaque division est pour lui urie arme particulière , telle qu'im trait, une hache, une massue, un poignard, une épée ou une dague ; il se sert de cliacuue dans le besoin.

Le chef doit se regarder, ainsi que ses neuf divisions, comme un athlète qui comliat avec tomes les parties de son corps, du pied , de la main, de la tète, de la poitrine et des autres membres.

Il y a lieu d'espérer que l’ennemi , accablé par neuf chocs successifs , finira par succomner.

Le chef commencera par envoyer en avant la grande avant-garde, qui sera soutenue par l’avant-garde de l'aile droite, et ensuite par celle de l'aile gauche , aûn de faire trois charges. Au moment où res corps s’ébranleront, on fera marcher la première division de l'aile droite , après elle, vieodra la seconde de l’aile gauche. Si la victoire est encore incertaine, on commandera la seconde division de l’aile droite; avec la première de la gauche ; ensuite on m’instruira de l’état des choses.

On attendra mon étendard; et, plaçant toute sa confiance dans le Très Haut, le général s'avancera lui-mème dans la mélée , et me regardera comme présent à l'aclion : il est sûr qu'avec le secours du Tout-Puissant , la neuvième attaque mettra en fuite les ennemis et lui obtiendra la victoire.

Il est de la dernière importance que le chef n’agisse point avec emportement, qu’il dirige toutes les évolutions de ses troupes; quand il est forcé de marcher en personne , qu’il le fasse sans trop s’exposer; car la mort du général cause un abattement funeste parmi ses soldats et ranime l’audace des ennemis.

C'est doue à lui de conduire ses opérations avec adresse et prudence , sans se laisser aller k la précipitation; caria témérité est fille du diable. Qu'il prenne bien garde encore de l'engager dans un pas d’où il ne puisse se tirer.

Ordre de bataille pour mes années victorieuses.

Si l’armée ennemie excède 19,000 cavabers, sans aller jusqu’à 40,000, le commandement sera donné à un de mes. fils, secondé par deux officiers généraux et |>ar de simples officiers suivis des corps de cent, de mille et des hordes, de manière que l’année ne compte pas moins de 40,000 cavaliers.

Mes troupes invincibles doivent sons cesse mé regarder comme présent à l’action, de peur

Page 1