I. Les BerdourAnU
Les tribus qui habitent la partie nord-estdel' Afghanistan, comprise entre la chaîne de l’Hindou-Koiich, l’indus , la chaîne des montagnes de Sel de celle de Soliman, sont désignées aujourd’hui sous le nom générique de
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Berdourânis , qui leur fut donné dans le siècle dernier par Ahmed Shéh.
Sous ce nom sont compris les Yousoufzis , les Olhinan-Khaïl , les Turcolânis , les Rhylieris, er enfin les habitants de la plaine de Pechaver, conquise depuis 1830 par le roi de Lahore.
Les Berdourénissontdivisésen petites sociétés très-nombreuses. Comme c'est une population aj^rii ole, elle est aussi condensée sur un espace relativement moins considérable que les tribus en partie ou exclusivement nomades. En même temps, l’accroissement notable de son chiffre la force à empiéter presque perpétuellement sur le territoire de ses voisins; et ce qui est vrai des Berdourânis , eu général , est encore vrai de leurs sociétés les unes par rapport aux autre.s. Aussi les Berdourânis sont-ils braves , mais querelleurs; actifs, industrieux et fins, mais égoïstes, processifs et peu honnêtes. lissont plus iritolérantsque les autres Afghans, et plus soumis à l'influence de leurs mollahs; ils sont aussi plus vicieux, plus débauchés, et, en somme, c'est parmi eux qu’on trouve les pires des Afghans.
La coutume de se réunir en associations est générale chez les Berdourânis, excepté chez les Yousoufzis.
Les individus prennent l'engagement de s'aider mutuellement, soit dans certaines entreprises déterminées , soit dans tous les cas qui peuvent se présenter. Ces alliances s'appellent goutuUs , et cotnprennent un nombre de personnes indéfini. Les liens qui unissent deux membres du même
?[oundi sont regardés comme plus orts que ceux du sang. Ils se doivent mutuellement le sacrifice de tout ce qu'ils possèdent , et même celui de leur vie. La guerre entre deux tribus ne dissout pas le goundi qui peut unir leurs chefs. Ceux-ci peuvent même se battre en se rencontrant sur le champ de bataille; mais à la paix, le goundi reprend sa force.
il existe aussi des goundis entre les tribus.
I-es Yousoufzis, la plus considérable des tribus berdourânies, n’occupe le
sol sur lequel elle est établie que depuis trois cents ans. Ses traditions nous apprennent qu'elle vient de l'ouest, et probablement desfrontières du grand Désert salé ; mais son histoire est fort obscure. Ce qui est certain cependant, c'est que, soit qu’ils eussent été reçus par rliospitalite des premiers occupants, soit qu'ils les aient vaincus par les armes , les Yousoufzis tiennent aujourd'hui leurs descendants dans un état de vasselage. Ces vassaux s'appellent fakirs.
Une fois maîtres du sol, les Yousoufzis le partagèrent entre les nombreux khaUs ou branches de leur grande tribu. Les terres de chaque kliaïl lui appartiennent en propre et à perpétuité , rJrcoiistance à la suite de laquelle ils ont tendu, et sont arrivés de tait à former chacun une société indépendante. Mais, en partageant les terres entre les subdivisions dont se composait le khail, les Yousoufzis ont établi une loi assez singulière, et qui s'observe encore. Les terres allouées à chaque subdivision ne lui appartiennent que pendant un certain nombre d'annees, à l’expiration desquelles on tire au sort les parts qui ont été faites dans le principe, et chaque subdivision s'établit sur les terres que la fortune lui désigne. Cette singulière coutume est fondée sur une idée de justice; elle a pour but de faire participer également tout le monde aux avantages comme aux défauts naturels du sol; et, chose plus singulière encore, elle s'observe .assez fidèlement et sans causer de troubles , et même il ne parait pas qu'elle nuise eu rien à la culture.
Cette coutume s’appelle ouaXche, et est générale chez toutes les branches des Yousoufzis; quelques tribus voisines l'observent également. Toutefois, la période d'occupation des terres est très-variable. Dans certains cantons, l’échange se fait tous les ans; dans d’autres, tous les vingt ans; le plus généralement, tous les trois ou cinq ans'.
' Il parait que la même coutume exi.vtalt Jadla eu Corse ; Votney préteud même qu'on
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IT
Les Yousoufzis sont peut-être les plus turbulents et les plus guerriers de tous les Afghans. Il est impossible d’énumérer toutes les petites républiques divisées entre elles par des guerres avec leurs voisines, ou désolées a l'intérieur par des querelles intestines, entre lesquelles ils se partagent. Les Yousoufzis prétendent que toute leur population réunie s'élève au chiffre de neuf cent mille âmes ; mais M. Ëlphiiistone ne croit pas que, même en y comprenant les fakirs, ils atteignent celui de sept cent mille.
Les fakirs sont beaucoup plus nombreus que les Yuusoufzis. Ce sont les descendants des anciens habitants , des Hindous, des Cacheiniriens et même des Afghans, qui ont émigré à la suite de circonstances qui les ont réduits au rang de fakirs. I..a plupart des fakirs sont employés aux travaux de Fagriculture. Ils ne peuvent pas posséder de terres , ne sont considérés en rien comme membres de la société, et n'ont pas le droit d'assister aux djirgas. Le fakir doit obéissance à la personne dont il cultive la terre. Il paye une taxe à son maître, ou Khaounia, et lui doit un travail en nature, comme
J'adis les vilains d’Europe devaient a corvée à leur seigneur. Le maître peut battre et même tuer son fakir, sans que personne ait le droit d'y rien voir. Mais aussi le fakir est sdr en tout temps de l'active protection de son maître, qui ne permettra à personne de maltraiter son vassal. Le fakir peut exercer tous les métiers, et même prendre des terres à loyer à titre de oaigar, ou métayer, son maître ne
fiouvant exiger de lui rien de plus que a taxe établie et la corvée. Kn général , les fakirs sont trèsdoucement traités.
C'est un déshonneur pour les maîtres de les opprimer; et, de plus, ils outtou-
Py IrDUvait encore K In fin du siècle dernier. Tacite { Cermanla XXVI) assure qu'elle était établie chez les anciens Germains, et César nous dit aussi : « Neque quisquis aut agri • mudum cerlura aut lines propriiu habet, a sed magistralus ac principes in annos siiim gulos gentibus cognationibnsque homi- M num. qui una colerunt. quantum iis et « quu loco visum est attribuant agri, atqua « anno post alio transira cujunt. • Afcusmstsk.
jours la ressource d’aller demander protection à un autre Yousoufzi, qui ne la leur refusera jamais.
Outre les travaux de l’agriculture, les fakirs sontencore maçons, tisserands, teinturiers, etc., tnétiers qu’aucun Afghan ne voudrait exercer. Il y a des fakirs forgerons, charpentiers, barbiers et tambours , qui ne sont pas attachés à des individus , mais à un village pour lequel ils travaillent, et dont ils reçoiventdes terres en retour.
Les maisons des Yousoufzis sont généralement à toits plats en terrasse, et composées de deux pièces avec un porche ouvert. La seconde chambre est réservée aux femmes : les hommes se tiennent dans la première, y reçoivent leurs visites, etc. Dans la belle saison , c'est sous le porche. Ils couchent sur des lits très-bas, composés d'un châssis de bois ; quelques couvertures , des vases de bois ou de terre, et quelques caisses pour les habits, composent tout leur mobilier.
Ils mangent deux fois par jour; à déjeuner du pain et du lait, à diner du pain , des racines, ou des légumes, et quelquefois, mais rarement, de la viande. Dans les grands jours de l'été, ils mangent encore à midi.
L’habit des hommes se composa d’une tunique de coton serrée à la taille, et tombant en larges plis jusqu’au-dessous du genou ; elle est de couleur bleu foncé, ou teinte en gris avec l'écorce du gren,adier. Ils portent encore un large turban blanc, des pantalons de coton , des sandales ; et, pour compléter leur costume, un fj)ungi (grand mouchoir de soie et coton mêlés) qui pend sur l’épaule et vient s’attacher autour de la taille. Ils s'en servent tantôt comme de manteau et tantôt comme de ceinture. Ils ont toujours des habits plus soignés pour le vendredi (jour férié des musulmans) et les jours de fête. Ces habits sont ordinairement de soie.
Les femmes portent une robe fermée sur la poitrine et très-large par le bas , beaucoup d'ornements d'or et d’argent. Aucun des deux sexes ne ports la longue chemise, si commune a
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chez les autres Afghans. Les femmes des Yousou&is se dérobent avec beaucoup de soin aux regards des étrangers; Jamais elles né sortent sans se eournr de leur Bourka, manteau qui les enveloppe compléta ment depuis la tête jusqu’aux pieds.
Elles ne travaillent pas hors de chez elles; et cellesdes pauvres gens, qui sont obligéesd’aller chercher de l'eau ellesmêmes pour les besoins de leur famille, ne le font jamais que la nuit.
Il y a des rues dans les villages ; et quoiqu’elles ne soient pas régulières, elles sont cependant toujours trèspropres, et le plus souvent ombragées de indriers et d’arbres fruitiers. Chaque maison a son petit jardin, avec quelques treilles de raisin.
Comme tous les métiers sont exercés par les fakirs, il n’y a que les plus pauvres des Yousoufzis qui travaillent. Quelques-uns prennent part aux travaux agricoles; mais c'est plutôt pour donner l’exemple à leurs gens que pour travailler sérieusement euxmêmes. Le plus ordinairement ils se réunissent au Houdjra, sorte de maison commune, où, surtout pendantl’hiver, ils passent la plus grande partie de leur temps à causer et fumer autour du feu. Là ils trouvent des .KaliAn (pipes) destinées au public; car généralement ils ne fument pas chez eux. Quelquefois ils y font venir des femmes ou des enfants , pour les amuser par leurs danses et leurs chants. I^s seuls exercices auxquels les hommes se livrent sont ceux du sabre, de l'grc et du fusil.
Les Yousoufzis vivant au milieu d’un peuple conquis, comme les Spartiates au milieu des Ilotes, ont tout l'orgueil et l'arrogance d’un peuple de vainqueurs : engagés dans des querelles et des guerres perpétuelles, ils sont irritables et ombrageux à l’excès. Ce sont généralement des gens vigoureux, au beau teint, aux yeux vifs et gris, à la barbe et à la tournure militaire. Ils sont braves et hospitaliers, mais moins que les tribus de l'ouest. Ils sont cependant généreux pour les leurs. Si l’un d’eux
est trop pauvre peur avoir des domestiques , on le voit souvent s’exiler lui-même , partir pour la Mecque, ou
K 1rs du service raiiiuire dans . Mais s’il a su se faire aimer et respeeter, ou ne connaît pas plutôt sa détresse, qu’uus souscriptioa est ouverte pour venir à son secours, et le metire à m&ne de rester au milieu des siens dans une position convenable.
Les Yousoufzis du luut pays sont remarquablement sobres, et exempts des vices qui dégradent ceux des plaines. Ceux-ci se livrent avec la plus dégoûtante publicité aux habitudes les plus révoltantes, au jeu, à l'ivresse de l’opium, du eiianvre fermenté , etc.
Et, cependant, ces mêmes tribus sont remarquables pour leur aveugle soumission à la tyrannie de leurs niollalts. Dans les montagnes, il en est tout autrement, les moeurs y sont cent fois meilleures ; et cependant le respect pour les prêtres y est beaucoup moindre.
On raconte rhistoirede quelques montagnards qui, ayant trouvé un mollah occupé à copier le Koran, lui coupèrent la tête, dans un mouvement d’indignation : a Vous préteudez , disaient-ils , que ces livres viennent de Dieu, et voilà que nous vous prenons à les fabriquer vous-même. «Les gens de leur village les blâmèrent de leur précipitation, et ils en furent quittes, lorsqu’on leur eut expliqué leur erreur, pour reconoaltre qu’ils avaient agi légèrement.
Nous mentionnerons en passant les tribus des 'furcolânis, d’Othman- Khaïl, des Momend , etc. , qui appartiennent aussi aux Berdouranis, mais dont les mœurs ressemblent trop à celles des Yousoufzis pour que uous nous y arrêtions. Nous parlerons cependant des Khyberis, à qui leur position géographique a toujours donné de l’importance, et sur lesquels des événements récents ont appelé l’attention.
Les Rhyberis habitent les télés des nombreux rameaux qui se détachent du Séfîd-koli. Ils prennent leur nom de la passe ou vallée de Kliyber, située sur la rive droite de la rivière de Ca«
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botil , et qui est la seule route encore pratiquée entre Pecliaver et Djellnlabad,ou autrement dit entre l’Inde septentrionale et l’Af^aiiistan. C’est là oe qui en fait, en ce moment, un point si important pour les armées anglaises.
Le pays des Khyberis est trts-accidenté. Ka partie haute se compose de montagnes à peu près impraticanles, et la partie basse de riches mais étroites vallées.
Le climatvariedcpuis le froid le pins rigoureux Jusqu'à une chaleur excessive. Kn général, il est froid; mais les vallées où l’air ne circule pas deviennent, pendant l’été, des foyers de chaleur iatolérahle.
Les Khyberis se partagent en trois tribus indépendantes ; les Afridis, les Chainouarts et les Ouroukzis, représentant une population totale d'environ cent vingt mille âmes. Ces tribus sont à peu près indomptables dans leurs repair&s; et,d’unautre côté, l’importance de la passe de Khyber a jusqu'ici forcé tous les conquérants, depuis Alexandre jusqu’à Nadir .Shah et les Anglais, à entrer en composition avec elles. Elles ont toujours reçu des subsides considérables des princes de l'Afghanistan, à condition qu’elles répondraient de la sécurité de la route; mais telles sont leurs habitudes de rapine, que les voyageurs i.solés n’ont jamais pu passer en sûreté dans leurs montagnes, et qu’en temps de désordre dans le pays, il devient toujours impossible ne traverser leur territoire. La dangereuse passe de Khyber a environ vingt-cinq milles de long, tantôt côtoyant le flanc de montagnes à pic sur des sentiers à peine assez larges pour un chameau chargé , et tantôt traversant des gorges qui n’ont pas toujours quinze pieds de large. Quelquefois encore la route suit le lit de torrents qu’une pluie soudaine peut gonfler en noyant les voyageurs.
En tout temps il faut craindre, dans ce redoutable défilé, et au milieu de cette nature encore tourmentée par les tremblements de terre, les chutes soudaines de rochers, les éboiilements des montagnes. En temps calme, les
Khylieris ont, sur divers points de cette route, des stations où ils lèvent un droit de péage sur les voyageurs; mais, en temps de trouble, ils se mettent tous en campagne.
Los Khyberis sont petits, mais musculeux : ils ont des ligures maigres, de grands nez, les pommettes desjoues saillantes, le teint très brun. Ils portent des turbans et des tuniques d’un bleu foncé, serrées sur le corps et descendant Jusqu’au milieu de la Jambe; pour chaussure, ils ont des sandales de paille tressée, ou de feuilles du palmier nain. Ils sont armés de longs fusils à grande portée, et qu’ils appuient sur une fourchette pour s'en servir ; leurs sabres et leurs lances sont courts.
Les maisons des vallées sont à toits en forme de terrasse ; mais , dans les montagnes qu’ils habitent en été, ils ont des huttes en nattes. Lorsque fhiver chasse les pasteurs dans les basses terres, ils se logent pour la plus grande partie dans des cavernes creusées au pied des montagnes.
Ce sont d'excellents tireurs et de bons soldats de montagne. Mais leur grande affaire, c’est le pillage; et d,ins les armées, où ils ont figuré comme auxiliaires, on les a toujours vus prêts à piller en toute occasion les bagages des leurs. En sommé, ce sont les plus voleurs et les plus dangereux de tous les Afghans.
S 2. Tribus de Damào.
Damâii, dans son sens le plus étendu, désigne tout le pays compris entre les montagnes Salées , les monts Soliman, l’Indus et le Sind supérieur; mais on peut le diviser en trois régions bien distinctes : 1" la plaine de rin Jus, habitée, en grande partie par les Beloiitchis, et appelée Mackeiwad ; 2“ le pays des Marvâts; 3° celui qui s'étena au pied des montagnes, ou Damânproprementdit.
Le Mackelwûd s’étend le long de rindus sur un espace de cent vingt milles environ ;salargeur moyenne est de vingt-cinq ou trente milles. Cest une plaine basse, sans gazon, parsemée de buissons d’environ un pied de haut, de bouquets de tamarin, et
d'une espèce d'arbre appelée qui s'élève à une hauteur de quinze ou vingt pieds. Le sol sous riiilluencedu soleil se change promptement en une poussière blanchâtre. Il semble être composé du limon du fleuve qui inonde en été une grande partie du pays, en même tem,'is que les torrents des montagnes, gonfles par la fonte des neiges , descendent dans la plaine et couvrent tout le plat pays. Rarement cette eau est profonde; on dirait le fond d'un étang; et quand elle se retire, les canaux qu'elle s'est creusés elle-même devieuuent de profonds ravins.
Les rives du fleuve sont couvertes de joncs très-épais, de tamarins où les sangliers , les cerfs, et toute espèoe de ibier, sont très-abondants. Autour es villages, comme en itgypte, on trouve souvent des bois de dattiers, qui sont les seuls grands arbres de la plaine. La où elle est cultivée, elle est très riche; mais dans la plus grande partie elle e-<t en friche, faute de bras pour la mettre en valeur. On y élève de grands troupeaux de chameaux de la même espèce que ceux de l'Indoustan.
La population se compose de DJAts et de Beloutchis , noirs de teint , petits et maigres.
Le pays des Marvêts présente des plaines arides et sablonneuses, séparées entre elles par des chaînes de collines. Sa fertilité dépend exclusivement des pluies.
La moitié, peut-être, des MarvâU sont fixés dans des villages livrés aux travaux de l'agriculture; le reste erre dans les plaines avec des troupeaux de chameaux , logeant sous des huttes de branches d'arores avec des toits en paille. Ce sont des hommes grands et forts.
Cette partie du Damân a peut-être une superQcie de trente-cinq milles carrés , et n'est que peu peuplée.
Le Uainân proprement dit , au sud des Marvéts, s'étend au pied des monts Soliman, sur une longueur égale à celle du Mackelwâd; sa largeur varie depuis huitou dix milles Jusqu'à trente était delà. Il est habité par les JDou-
let-Khails, les Gandihpours , les Miân- Khails , les Baubours et les Stourianis , toutes tribus, à l'exception des Gandilipours , que l'on désigne sous le nom général de Luhinis. Les Esau-K.hails, les MarvAts et les Kheïssores sont uelquefois compris aussi sous cette énomination.
Ce pays ressemble beaucoup au Mackel wAd ; mais il est bien mieux cultivé , surtout dans les terres des Doulet-Khails.
Les produits naturels de ces trois régions sont semblables à ceux de rindc. On y élève beaucoup de dromadaires, surtout dans le,Damdn proprement dit. La robe de ces animaux est d'une couleur plus foncée que celle des chameaux ordinaires ; leurs jambes sont plus courtes et plus fortes. Les pâturages du Damân sont excellents et très-abondants. Aussi beaucoup de tribus 'le pasteurs viennent-elles y passer l'hiver, saison pendant laquelle le climat est tres-agréable. Les chaleurs de l'été sont excessives.
Des différences assez marquées distinguent les tribus du Damân de leurs voisins les Berdourânis. Les hommes sont généralement plus osseux, plus vigoureux, et portent de longs cheveux et de longues barbes. Ils mangent plus de viande, et vivent plus du produit de leurs troupeaux; ils laissent leurs femmes paraître en public sans la plus légère contrainte. Beaucoup de
f'ens dans ces tribus sont adonnes à a vie pastorale; et presque tous ceuxlà sont marchands, ou du moins se chargent de transports pour le compte des négociants. Ils sont généralement simples , honnêtes , moins querelleurs que leurs voisins, moins intolérants, moins adonnés à tous les vices qui dégradent la nature humaine.
Longtemps en proie à l'anarchie, ces tribus ont imaginé, pour y remédier, la création d'une magistrature temporaire investie de pouvoirs sufUsants pour maintenir la paix, mais en même temps empêchée, p.ir le court espace de temps assigné à ses fo nctions. de porter ombrage à la liberté des tribus. Cette magistrature est le
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trait le plus important qui distinf^e surtout les tribus de Damândes autres peuplades de l’Afghanistan ; car il n’y a que très-peu d’autres tribus qui sur ce point aient suivi leur exemple
Ces magistrats sont , dans quelques tribus, élus par les jMaleks, et dans d’autres par les chefs des familles. Ils sont choisis pour leurs qualités personnelles , pour l’étendue de leurs relations , pour leur importance individuelle; et ils sont armés de pouvoirs sufUsants, pour maintenir l’ordre, en iniligeant des amendes et même des châtiments corporels. Ils sont pris, dans de certaines proportions, du sein de chaque khaïl ; et comme ils étaient d’abnru quarante, ilsen ont reçu le nom de Chf'fomnàtls , car chttouasht veut dire quarante dans le dialecte des Afghans. Ils sont sous les ordres d’un chef ou émir des Chelouaslitis. Toute la tribu obéit toujours aux ordres de ce chef, auquel elle promet obéissance par serment lejour de l’élection. C’est une fonction importante et même lucrative, car le produit des amendes frappées par lesChelouashtis separt.ige entre eux. Les pouvoirs de l'émir des Chelouashtis sont ordinairement annuels; mais queluuefois on en choisit un pour une marche, pour une guerre; et ses pouvoirs expirent avec l’occasion qui les lui a fait confier.
Toutes ces tribus ont des Ryots ou paysans attachés a la glebe, descendant d’une population vaincue, ou d’esclaves achetés, ou encore d’émigrés chassés de leur pays par des circonstances particulières. Ce sont des OjAls ou cultivateurs de race indoue, des Beloutchis et des Indous. Ils ne peuvent posséder de terres, et vivent avec les personnes dont ils habitent les propriétés, à peu près dans les mêmes rapports que les fakirs avec les Yousoutzis. Dans le Damdn cependant les Ryots ne peuvent pas à leur gré changer de maître sans le consentement de celui à qui ils appartiennent. Toutefois ce consentement n’est pas difQcile à obtenir. D’ailleurs ils peuvent toujours changer de tribu ; on n’oserait pas les réclamer, et la tribu à laquelle ils
auraient demandé protection ne pourrait les abanduniier sans déshonneur.
Outre les tribus que nous avons nommées et qui sont fixées dans le Damdii, tout ce pays est plein pendant l'hiver de campements des Soliman-Khails,des K.arolis, des Nassirs et d'autres tribus errantes, qui viennent y chercher un abri contre la rigueur du climat de leurs montagnes. Ceux qui ont des chameaux vont dans le Mackelwéd, et ceux qui ont des moutons dans le Damdn.