IMPÔTS
Les gouverneurs des villes sont chargés du recouvrement de l'impôt appelé khradje; toutes les autres taxes, droits de douanes, etc., sont perçus par des fonctionnaires dont nous aurons occasion de parler plus tard. Le khauat de Boukhara n’ayant que peu d’étendue, les mesures qui existent suffisent pour empêcher les gouverneurs de commettre des exactions ou des injustices criantes. Ils redoutent par-dessus tout d'étre destitués; car racoès auprès du khan
Digilizedb,
TARïARIE.
eût ouvert à tout )e monde, et il existe une foule de prétendants qui convoitent leur place.
Voila tout ne que nous croyons devoir dire pour le moment sur l’administration du kbanat en général. Les détails secondaires arriveront à mesure que nous nous occuperons des différentes cla.sses d’habitants, parmi lesquelles on choisit les fonctionnaires de l’ordre militaire et civil.
ABISIOCHATIE. — GHANOS DIGMTAI-
BES. — fonctiohnaihes de l'ob-
DRE BELIGIEUX, MILITAIRE BT CI- VIL. — MOINES BOUKHABBS.
Les deux classes les plus considérées dans l’État sont les séides et les khodjas, races les plus illustres du khanat. L«s kliodjas se subdivisent en deux classes ; les membres de la première possèdent tous les documents qui constatent leur ascendance dans les plus grands détails ; tandis que ceux de la seconde catégorie ont perdu leurs titres, et ne peuvent invoquer en faveur de leurs prétentions que la notoriété publiaue.
Il y a encore deux autres classes : celle des ruhdar, et plus correctement uruhdar, et la seconde celle des sckakirdpîsche. Les Usbecks appartiennent à la première catégorie, dont le nom indique une race noble qui a eu pour chefs autrefois des hommes devenus célèbres par le zèle qu’ils ont montré dans le service des knans de Boukhara. La seconde classe comprend les Tapies, les émigrés persans , lés esclaves affranchis, et en général toutes les personnes de basse extraction. Le clergé musulman forme In troisième classe. Les mollahs, membres de ce corps, peuvent arriver aux classes supérieures, pourvu toutefois qu'ils aient reçu une éoucation qui les rende dignes de cet honneur. Toutes ces classes, à l’exception des deux premières , peuvent se réduire à deux grandes divisions, les militaires et la classe civile ; le clergé n’appartient ni à l'une ni à l'autre. Ces diverses classes ont un rang hiérarchique respectif qui est conféré à chacun des membres par des cérémonies particulières et des lettres patentes. La remise de ces lettres a heu
contre le payement d’une petite somme qui forme le casuel des fonctionnaires qui les délivrent.
Il existe encore d’autres distinctions : ce sont des butons blancs, rouges, de diverses couleurs et dorés, des poignards d’or ou d’argent , des sabres et des haches des mêmes métaux , des colliers de pierres précieuses, des cottes de mailles, un casque, accompagné pour l’ordinaire d’une cotte de mailles; un étendard, une queue de cheval; enfin, de petites trompettes qui s’attachent à l’arçon gauche de la selle. Toutes ces distinctions honoriflques, à l’exception toutefois des lettres patentes, sont réservées à l’armée et aux fonctionnaires attachés à la personne du khan. Le dernier grade delà hiérarchie militaire, celui qui répond à ce que hous appelons un simple soldat, est désigné par le nom d'alamane (l).
On choisit parmi ceux-ci les gardes du corps du souverain. Après les alanianes viennent les dehbaschi, ou commandants de dix hommes; les pendja-bfuchi, ou commandants de cinquante hommes ; ensuite différents grades, conférés par les lettres patentes du premier ordre, puis ceux que confèrent les lettres patentes du second ordre. Le chef des écuries de l'émir est le dignitaire le plus important de cette seconde catégorie.
Les fonctionnaires placés sous ses ordres, au nombre de deux, ont le privilège de le suivre à cheval jusque dans la cour du palais.
Nous croyons inutile d’entrer dans de plus longs détails sur les noms et les attributions de ces différents fonctionnaires. Noùsajouteronsseulement, parce qu’une pareille coutume n’est pas dans nos moeurs, qu’il existe dans la Boukharie une classe d’employés inve.stis du privilège d’annoncer aux personnes désignées par le khan pour remplir des emplois publics, la nouvelle de leur nomination , et de placer dans leur turban les lettres patentes qui constatent la faveur qu’ils ont reçue du souverain.
L'annonc de cette nonne nouvelle est toujours, on le pense bien, récompensée par un présent.
Le titre le plus élevé de tout le khanat est celui vAtalih, que l’émir actuel
(I) Voyez Khiinikoft , page 237.
L’UNIVERS
lie Boukhara a coofëré , par une grâce unique et spéciale au gouverneur de ScheluTisehze à l’époque où celuiK’i lui donna sa lllie aînée en mariage, et sa fille cadette à son fils.
L'emploi qui procure le plus de crédit et d'influence est celui de kouschhegui, littéralement ffrand faucoHHier, dont les fonctions repondent a celles de viair. Le kousch-bégui est la personne la plus importante du bhanat après l'éinir. Ou le consulte dans toutes les affaires graves. C’est lui qui tient les sceaux, qui penjoit les droits sur les marchandises à l’entrée et à la sortie. Il nomme tous les ofUciers et fonctionnaires chargés de cette perception. A Boukhara , le kousch-hégui place dans chaque caravanserai deux douaniers qui surveillent la rentrée des droitk ; dans les autres villes, il entretient un officier, dont les fonctions con.sistent à lui faire savoir l’arrivée des caravanes et le depot des marchandises dans les caravansérais soumis à sa surveillance.
Cet officier est encore tenu d'empêcher que les marchanilises ne soient vendues avant d'avoir passé par la douane. A Boukhara le kouscli-bégui va lui-méme ins|)ecter la nature et la qualité des marchandises qui entrent et qui sortent de la ville. Quand il est absent ou ne f«ut pas, pour tout autre motif, remplir ces fonctions, il se fait remplacer par son lieutenant. Peu de jours après oette inspection, l'officier de la douane attache au caravanserai fait connaître au marchand le montant des droits qu'on réclame de lui, et reçoit l'argent contre une quittance revêtue du sceau du kousch-hégui.
Lors de l’arrivée de la grande caravane de Russie , le kousch-bégui , accoiii[»agné de quarante ou cinquante employés subalternes, se rend ii la douane de la frontière, à Karagata, pour examiner les marchandises. fonctionnaire établit encore dans chaque bazar des otUciers qui perçoivent les droits sur les denrées et les marchandises du pays.
On paye un quarantième pour ces denrées, qui ne sont pas soum'ises au droit de caravane. Les sommes reçues de tous 1rs marchands en général, soi t étrangers, soit nationaux, sont déposées entre les mains du Irésorierdu kousch-bégui, qui
rend compte chaque iour à son chef des sommes qu’il a toucnées. Indéjiendnmment des fonctions que nous venons d'indiquer, le kousch-liégui en a plusieurs autres, dont la plus im|>ortante consiste à surveiller les habitants qui n’appartiennent pasà lacroyanceiniisiilmane. Il lève sur eux une taxe, niovennant laquelle on leur accorde le droit de séjourner dans la ville de Boukhara.
Cette capitation varie de 75 centimes Jusqu'à trois francs ou de 1 Jusqu’à 4 tangas (i) pour cliaque homme. !.« jour où il doit recevoir cette sorte d'iin(KÎt , le kousch-bégui se transporte de sa personne, et accompagné d une suite nombreuse, dans le quartierjuif de Boukhara. Là il examine lui-même les registres où sont inscrits les Juifs soumis a la taxe, et il se fait payer les sommes dues.
Cette visite a lieu deux fuis par an. l.e kousch-bégui ne rend aucun compte de l’argent qu'il perçoit de cette maniera, à moins cependant d'un ordre positif et spécial du souverain.
Ce fonctionnaire est encore chargé delà garde du palais, et y habite cofistamment. Si le khan sort , le kouschbégui demeure à la porte du palais Jusqu’à son retour. Si par hasard il se trouve dans l'impossibilité de remplir ce devoir, ou que l’emir se soit «absenté de Boukhara pour plusieurs jours , il se fait remplacer |iar le toptsohi-basclii , ou qrand maître de Farltl/erie.
Cnaque soir, après la prière canonique, appelée namair, on ferme toutes les portes de la ville , et l’on en apporte les clefk au kousch-hégui , ijui les garde Jusqu’au lendemain malin.
Outre les titres et les dignités dont nous avons déjà parlé plus haut , il en existe plusieurs autres uniquement réservés aux khodjas qui assistent le khan dans l’.-idministratioii delà Justice. Quelques-uns d’entre eux Jouissent delà prérogative d’entrer à cheval dans la cour du palais, et font |)artie du conseil du khan. Un îles fonctionnaires de cet ordre a le privilège fort envié en Boukharie , à ce qu'il parait, de recevoir du souverain un baiser, et de se présenter devant lui saus nouer sa ceinture.
i'l)Ic/(i«ÿo,ou tonna, pièce (l’argent qui vaut environ 7< ccnlinu-s de nutro monualc.
TARTARIF,.
I .e schéikh-oul-islain, chef des ulémas, représente le corps du clergé dans les conseils du prince. Il est placé à la gauche , et les chefs militaires à la droite du khan.
Après le schéikh-oul-islam , le fonctionnaire le plus important dans Tordre spirituel est le nakib, qui, en l’absence de l'émir, est cliargé de jufter toutes les contestations qui s'élèvent entre les militaires.
Ensuite vipnt le oazi-asker, eadi ou jiijte de l’armée (1), troisième iouctionnalre dans Tordre spirituel et militaire. Ce dernier prend connaissance des diflic-ultcs qui s'élèvent entre les pens de pnerre ; mais il n’n pas le droit de s'immiscer dans les causes criiniuelles, ni dans les affairesoù il s’agit d’une valeur aii-des.siis de 500 tillas (3). Il rend compte a Tëinir de tous ses actes, et fournit des explications sur les pétitions qu’on lui adresse. Il existe un autre inapist rat ou cadi qui prend connaissance des affaires litigieuses quis’élèvent entre les personnes étrangères au métier des armes Ce cadi a le droit de mettre en prison défendeur ou plaignant, sans en avoir obtenu l'autorisation de Téniir.
Mais, comme le cazi-asker, il ne doit s'occuper ni des causes criminelles ni des aftaires où il s'agit d’une valeur, qui dépasse .500 tillas. Il n'est jamais admis à Taudience du prince, auquel il envoie des rapports écrits. Il a sous ses ordres plusieurs commis, dont les fonctions consistent à rédiger les pétitions, qui leur sont payées par les plaignants à raison d'un demi-tanga chacune. L’émiren- Iretient à ses frais six secrétaires chargés d’écrire gratis les pétitions qui doivent lui être présentées.
II existe encore un fonctionnaire de l'ordre religieux, appelé réis, ou rais (.5);
(0 Cadi ou «u< not un meme mol arniie, prononcé &euh‘infnt d*aiH; m&niére un p«>u dir> lerpnte. 11 uVst pas b^fsoio de passer en A»ie pour trouMT celle \ariante de langage Les KsiMgnois de plusieurs provinces et (ous les Portug.vis prononceront cadi en faiiianl sonner le d d'une manière si douce qu'un oruira entendre ctfzi. L’expression askrr est arabe, et \eul dire orm^e ; h-tchher a le môme sens en persan. On dit indiflêremment en turc cazt-atker. oa pour désigner le juqc <ic i'ar-
«Cf. — D.
Vo>ez ci*devanl page 17, uuie
(3) Ce moi ne veut dm* en anil>e notre cliose
c’pst une sorte de chef de la police. U est chargé de punir tous les attentats aux mœurs. Il veille a entretenir la propreté dans la ville, et à protéger les personnes et les propriétés. Il fait le tour de Boukhara (leux fois par jour, le matin et le soir. Dans ses courses, il lui est permis d'arrêter les musulmans et de les contraindre à réciter les prières que tout idèle seelaleur du prophète est tenu de savoir, si par malheur l’homme interrogé reste court, le réis a le droit de lui administrer des coups de bâton jusqu’à concurrence de trente-neuf. Ce tonctionnaire a deux assistants , qui le remplacent en cas de maladie.
La nuit, un de ses délégués, qui porte le titre de mirischeb ou chef de nuit, veille avec des agents sousïes ordres à ce que la tranquillité publique ne soit pas troublée. Ces gens porleiit des crécelles pour donner Talariiie en cas de besoin. Ils veillent surtout à ee qu’après la dernière prière du soir on n’en tende plus aucun bruit dans les rues. Le miritekeb est encore chargé de Tinspeetion des prisons. Les fonctions du réh et celles desgens employés sous scs ordres sont, comme on voit , de la plus haute importance. Ces gens s’acquittent fort bien , à ce qu’il parait, , de Iq pqrtiq de leur emploi qui concterne la police de sûreté-, il s’en faut qu’ils mettent le même zèle à poursuivre les attentats d’un autre genre. Les Bonkharcs .sont les plus réguliers de tous les musulnians quant aux pratiijues extérieures de l’islamisme. Mais chez eux, comme dans presque toute l’Asie, TFuropéen est révolte par le spectacle de la dépravation la plus complète, la plus généraleel la plus éhontée.
Les muftis ont le droit d’apposer leur sceau sur les requêtes. Ils certifient par là l’exactitude du texte de la loi dont ou invoque Tapplicaiion. Pour les mili taires, le mufli-asker, ou mufti de l'annec, a
que chef; il peut donc s’appliquer à (les (niiclionnain*^ supérieurs de toute espere. Lu Btuikharie. Il üe>igne, comme on soit , un hoiome qui réunit les» allritmtiona de chef de la police et (le cciiM'ur religieux. EnEapagne, nrnuz est le titre par lequel on désigne les c-opitiiiiieft ci les patrons des navires et des hartpies niO' resque*. Eu portugaw, arrois, nu mieux «rrats déiàigne le natrou d'unii Itarque , d’uoa chaloupe ou d'un bateau queloofiqus- L. D.
L’UNIVERS
seul le droit d'apposer son sceau sur les rcquêtesqu'ils présentent auxjuçes. C’est parmi les muftis qu’on choisit W chefs des écoles. Ils reçoivent alors le titre de muderris, qui veut dire lerUurs ou docteurs, et par lequel on désigne un mollah qui a fait preuve de ses connaissances en matière de droit, et a reçu de l'émir l'autorisation nécessaire pour donner des leçons dans les écoles de la ville. Il y a aussi les mollahs nommés par lettres patentes du khan pour lire les prières dans les mosquées. Ces mollahs doivent veiller à entretenir les bonnes moeurs parmi leurs ouailles, et les engager à s’acquitter avec soin des pratiques extérieures de la religion musulmane. Ce dernier devoir leur est expressément recommandé dans les lettres patentes qu’on leur délivre. Les mollahs chargés ainsi de la direction des mosquées doivent savoir par cœur tout le texte du Coran.
Les muezzins, que l'on appelle aussi soujis à Boukhara , sont chargés d'appeler cinq fois par jour les Qdèles à la prière, comme dans les autres pays musulmans. Ces gens ont le privilège, lors-
3u’un mariage a lieu, de porter au pere e la mariée la clef de la corbeille de noce. Ils reçoivent en échange un présent.
On trouve en Boukharie des hommes pieux qui s'enpgent moyennant rétribution a lire dans une mosquée tout le Coran pour le repos de l'flme d’un fidèle trépassé.
Il existe i Boukh.ira des espèces de moines musulmans légalement institués, et auxquels la loi décerne le titre lyaetia, c’est-à-dire sa<^(/.s. Ces religieux font vécu de nejamais enfreindre, à moins d’une nécessité absolue , les moindres prescriptions du Coran. Lejeune moine ui entredans l’ordre se met sous la conuite d’un ancien, qui plus lard , s’il y a lieu, lui délivre un certificat témoignant de son exactitude à remplir les préceptes de l’ordre. Le même certificat sert à établir la filiation et la succession de ces moines en remontant jusqu’à Mahomet, du moins * ee que prétendent les Boukliares. Le* eeriificats dont nous parlons soot appelés lettres de permis.
xion. En effet, elles confèrent à celui qui Mpossèdele droitd'instruire des novices et de les admettre dans l’ordre. I^e noviciat est précédé de plusieurs céré-
monies à l’accomplissement desquelles on tient strictement la main Lorsqu'un homme se présente au khanaka, ou monastère, et déclare au supérieur l'intention où il est d'entrer dans l’ordre, on le soumet aussitôt à un examenqui roulesur le droit musulman. S’il répond d'une manière convenable et que son instruction soit bien constatée, lesupérieur recommande au postulant de s'adresser à Dieu pour savoir s'il doit se faire scheik ou renoncer à ce projet. Dieu, à ce que prétendent ces religieux, fait connaître sa volonté par des songes.
Le postulant pour les provoquer fait pendant trois jours soi^eusement ses ablutions avant de se coucher et lit
filusieurs prières. La natte ou le tapis sur equel il se prosterne doit n’avoir jamais été souillé par rien d'impur. Quiconque remplit scrupuleusement ces conditions est sdr, à ce qu'ils croient, d’obtenir la connaissance de la volonté de Dieu. Quelquefois cependant la réponse est allégorique et demande une interprétation. .Si lenéophyte, sans rien rêverde particulier à SJ vocation, croit apercevoir une plaine verdoyante, des fleurs ou d’autres objets qui flattent l’oeil , c'est une preuve que le ciel approuve ses intentions. Si, au contraire, il voit en songe un loup , un scorpion , un serpent , ou tout autre animal féroce ou venimeux , le ciel, rien de plus évident, s'oppose à son admission.
Ce n'est jamais le postulant qui interprète les visions qu'il a eues; mais au bout de trois jours il se présente devant le supérieur appelé Hroxi Ancien, et lui raconte ce qu'il a vu. Si le supérieur donne une interprétation favorable, le novice est introduit dans le monastère, où il prononce des paroles dont le sens équivaut à celles-ci : • Je renonce à tous « mes jiéchés passés, et m’engage à n'en " plus commettre a l’avenir. Je jure d'ob * server tous les préceptes de la loi , a « moins d’en être empêché par une eir- " constance de force majeure. » Le Pir ou supérieur, après avoir reçu cette déclaration, fait asseoir le postulant devant lui , sur une natte ou un tapis tout neuf, et a soin qu’il se place de manière queles genoux se touchent-, il lui ordonne ensuite de fermer les yeux du corps, afin que ceux de l'intelligence se coneentrentavec d’autantpiusde force sur Dieu.
Si le néophyte est véritablement digne d’obtenir la gréce à laquelle il prétend, il tombe au bout d'un temps pjus ou moins considérable dans une espèce de délire, son cœur bat à l'unisson avec celui du supérieur, et tous deux continuent A répéter souvent le mot Allah, en cardant la même position pendant des heures entières.
l.es efforts qu’exige une semblable épreuve sont tels, que souvent les néophytes restent comme anéantixet ne peuvent plus se relever lorsqu’ils en ont reçu la permission. Quelquefois , afln de mieux éprouver ses novices, le supérieur leur onlonne de ne pas respirer. Aussitôt ils retiennent leur haleine, et quelquefois si longtemps que le sang monte à la tête, et leur sort par la bouche, par le nez et par les oreilles. Ils perdent alors complètement connaissance. Réduits à cet état, les Boukhares disent qu'ils prononcent avec le cœur le mot Allah, que les autres hommes ne sauraient prononcer qu’avec les lèvres.
Quelquefois, à la suite de ces différentes épreuves , les récipiendaires deviennent fous. Les aviias s’en consolent par la pensée que c'est là une punition de Dieu qui frappe les hommes assez téméraires pour oser prétendre se consacrer à lui, sans avoir une connaissance suffisante de sa loi et une vertu capable d’en faire l'application constante dans toutes les circonstances de la vie. Quand le novice a surmonté heureusement toutes ces épreuves , le supérieur lui prescrit d'abord de continuer toujours à faire régulièrement ses ablutions ; 2** de s'abstenir autant que possible de solliciter l’aide et le secours d’une autre personne; 3” de s’exercer, toutes les fois qu’il se trouve seul, à prononcer avec son cœur le nom d’Allah et à méditer sur ce mot; 4° enQn de se présenter toujours devant le chef spirituel qui doit lui servir de guide, avant le lever du soleil et entre les deux prières de l'après-midi et celle du soir.
Dans leurs réunions , aviias et novices se forment en cercle , ferment les yeux , répètent au fond de leur cœur, et aussi vite que faire se peut, le mot Allah : le supérieur, tout en se livrant à la même méditation avec autant d’ardeur que les moines et les novices , doit ce-
pendant posséder la grâce spéciale de sonder tous les cœurs de ceux dont il est le père spirituel. Les bons sentent instinctivement lorsque l'œil intérieur du Pir s’arrête sur leurs cœurs. Leur dévotion devient plus ardente, leur piété s’anime, et ils éprouvent un sentiment indélinissable de bonheur. Les esprits tièdes , les cœurs froids restent insensibles à cette union intérieure des âmes ; alors le supérieur se montre à eux en songe. Si leur âme persiste toujours dans la même tiédeur , le Pir les réprimande secrètement. C'est dans leurs assemblées silencieuses , où tout se passe d'âme à âme, que le néophyte reçoit ses instructions , ou , pour parler plus exactement , ses inspirations. Il passe par cinq degrés differents avant d’atteindre la plus haute perfection à laquelle doit aspirer un véritable religieux.
Voici en quoi consistent ces differents degrés ; le récipiendaire doit être capable de prononcer le mot Allah extrêmement vite, en embrassant simultanément avec son regard différentes parties de son corps. Cet exercice demande une certaine habitude. A mçsure que le néophyte devient capable de remplir ce devoir religieux, son guide spirituel lui enseigne différentes pratiques qui absorbent toute la journée. Quelque exactitude, quelque zèle qu’il mette dans l’accomplissement de ses devoirs , il n’est cependant pas encore en état d'obtenirladignitéde vaH(,t). Une tâche plus difficile lui reste à accomplir; il faut, pour prouver son union intime avec la divinité, rendre la santé à un malade ou faire un autre miracle semblable. Ce n’est qu’après une épreuve de ce genre ue les néophytes obtiennent le diplôme e vali.
Ces moines, dont la vie se consume en pratiques d'une dévotion stérile et même abrutissante, sont tous extrêmement ignorants ; ce qui n’empêche pas les Boukhares d’avoir pour eux le plus grand respect. L’émir régnant, malgré le peu de déférence qu'il témoigne pour les conseils d’autrui , va souvent consulter leur supérieur.
Il existe encore à Boukhara une au-
(1)0 mol «t le singulier (T<ivtia,qae nons avons dé|a rencontré plus haut, et veut (lire un saint. — L. 1).
L’UNIVERS
tre classe de rd^ieux mendiants qui portent le nom de Kalenders. I,e gouvernement leur fournit des maisons dans le voisinage de toutes les villes du khanat. Les kalenders demandent l'aumône. A Boukhara ils ont deux jours par semaine, les jeudis et les dimanches, pendant lesquels il leur est permis de mendier. Os jours-là ils remplissent les rues, arrêtent les nas.sants, et demandent l'aumône avec aes cris sauvages. Ils chantent îles hymnes dans les rues, font voir des représentations sculptées en bois des saintes villes de la Mecque et de Mcdme, et montrent des tableaux où sont ligurés les supplices des damnes en enfer.
I,es detii points principaux de la règle des kalenders coo'^i.stent à ob.server .strictement le ci-libat et à ne jamais porter sur eux plus d'argent qu'il n'en faut pour suhveiiir a leur subsistance journalière. Malgré leur sainteté apparente , ces gens ne se font aucun scrupule d'avoir recours h la violence pour extorquer des dons et des aumônes. I.'émir choisit les plus sages et les plus capaldes d’entre les kalenders pour les mettre à la tête des differentes maisons de cet ordre, et les cliarger de la surveillance de leurs frères. Os kalenders portent la tête couverte d'un bonnet particulier et qui se termine en pointe. T.ciirs vêtements sont toujours sales et en lamlteanx. Plusieurs d’entre eux , et notamment les chefs de l’ordre, se jettent snr les épaules une peau de léopard afln de se donner un air plus imposant.
ADMt.tlSTBAtlOn DK LA JUSTICE.
Ou a vu plus haut que les fonctionnaires de l’ordre spirituel sont chargés en même temps de l’administration de la justice. Cet usage n’est point particulier au khanat de Botikhara ; mais il e.uste dans tous les paj’S où la religion mahmnétane est en vigueur, et il ne saurait en être autrement , car toutes les lois musulm.anes sont fondées sur le Coran, sur les commmentaires de ce livre , et sur les traditions attribuées .à
Mahomet.
A Boukhara , le plaignant doit avant tout SC présenter devant le juge auquel
il ressortit : c’est le caxi-asker , le cadi civil ou l’émir lui-même, suivant la dasse à laquelle appartient le plaignant ou l’importance, la nature et la gravité de l'affaire. Il fait connaître verbalement le sujet de sa plainte. Ce préliminaire indispensable accompli, il doit exposer son affaire en employant pour cela les expressions légales. La seconde exposition peut se faire verbalement’ou par écrit. On ne permet l’exposition verbale qu’aux personnes qui connaissent parfaitement les dispositions et les expressions mêmes de la loi et ne sauraient par conséquent manquer de se conformer aux usages prescrits. Il est fort rare qu’on ait recours à ce moyeu. Une plainte écrite doit réunir trois conditions pour être valable ;
I" L’exposition de l’affaire;
2"La citation des textes du Coran ou des traditions qui ont rapport au point dont il s’agit, et autorisent la demande enju.slice;
3° Le sceau d’nn ou de plusieurs muftis pour rendre témoignage à l’exactitude des textes allégués.
Ces premières formalités remplies , le juge fait appeler les défendeurs, et si par hasard ils ne sont pas présents , on délivre au plaignant un ordre conçu à peu près en ces termes : « ,1’ordonhe à un tel (suit le nom du défendeur) d’offrir une réparation immédiate à un tel (suit le nom du plaignant), ou d’avoir à comparaître devant moi h l’effet de présenter sa défense. S’il y manque, on me l’amènera de foree , et on exigera de lui obéissance à la justice. » Si , en raison de cet ordre, le défendeur se pré,sei te devant le juge, celui-ci examine l’affaire, et recommande au défendeur de tâcher de s’arranger à l’amiable avec le plaignant. Si le défendeur se refuse .à toute e.spèce d’accommodement, le cadi lui ordonne d’apporter ses preuves, qui sont de deux sortes : les témoins et les dépositions sous serment. On accorde au défendeur un jour pour amener les témoins établis dans la ville, et trois seulement s’ils habitent un autre lieu. Dans le. cas où les témoins se trouveraient à une distance trop considérable, on leur accorde le temps nécessaire pour se jirésenter. Le nombre des témoins exigés par la loi se réduit à deux ; mais on ne
. Googlt
tartarir.
les cohsMère pss d’afebi-d comme témoins. Le caoi commence par les interroger pour savoir .s’ils connaissent les prières ae la religion musulmane. Ce n’est (ju'après s’éire assuré de ce point qu’on peut recevoir leur déposition^
Lorsqu’il s’agit d’une atïaireassez iml'ortaiite pour qu’elle soit évoquée au tribunal du kban lui-méme, les peS sonnes désignées comme témoins sont soumises à un c.vamen bien autrement sévère. Le kban fait choix d'un homme de eonfiance qui va prendre des renseignements sur CCS gens, recueille des in- Torniations dans le quartier ou ta ville qu’ils habitent , fait assembler les notables ctrim.Tii delà mosquée, et les invite, au nom de la foi musulmane, à ne pas cnclicr la vérité, mais i déclarer avec toute (rancliise, si les témoins sont des hommes probes et honnêtes, s'ils fréquentent les mosquées, s’ils se conforment aux prescriptions du Coran, et s’ils ne fument nas le katioun ou pipe à eau. Si les déclarations sont défavorables sur un seul des points que nous venons d’énumérer, letcmoignagen’c St pas reçu; si, au contraire, il se trouve i|ue la conduite de ce.s gens est unanimement approuvée, l'enioyé du kbaii eboisit les deux membres les (dus respectables de rassemblée et les oblige à jurer que les déclarations qu’ils ont faites sont sincères et véritables. Ces formalités remplies, les dépositions des témoins sont admises sous serment. Cette dernière form.alilé n’existe en Boukharie que depuis le règne d’ut» khan auquel des Arabes réussirent à enlever un cheval en produisant de faux témoins non assermentés. .■Vurès la prestation du serment, ils rendent compte de ce qu'ils ont vu ou entendu. Si l'affaire dont il s’agit ne peut être prouvée par des témoins, le uefendeur a le droit de valider sa déclaration par le serment.
Le défendeur n’a que deux moyens de combattre tes déclarations du plaignant : !• en affirmant qu'il peut produire en sa faveur un texte de loi d’une plus grande autorité que celui qu’a cité le plaignant ; 2' en affirmant sous serment ou en prouvant |iar d’autres témoins que ceux de son adversaire ont été gagnés. Dans le premier cas , le défendeur a trois jours, et dans le second, pas plus d’une heure
pourapporterlapreuvedecequ’il avance.
Ce terme une fois expiré, lecadi exige le payement des dommages et intérfts. Si le 'défendeur ne peut s’acquitter ou refuse de le faire, il est mis en prison durant trois jours aux frais de l’émir.
Passé ce terme, il ne saurait y rester u’mix frais du plaignant entre les mains uquel on le remet.
Les tribunaux derommerec sont remplacés en Boukharie par un akxakal , c’est-à-dire barbe blanche. Ce iiiagislrat tâche de concilier les parties S’il n’y réussit pas, l’affaire est portée au koiischbégui, qui se fait assister de l’aksakal et juge en dernier ressort.
Ou voit, d’ajirè.s ce court exposé, que pour l’administraiion de la justice civile , il existe des formes cldc.s précautions sutlisantes pour garantir l’équité (lesarrét.s dans les cas ordinaires. Il n’en est pas de même des causes criminelles, pour lesquelles les lois sont évidemment insuffisantes : 1“ par le iiomlire trop restreint des témoins; 2“ par finsulTisance des preuves légales que l’on exige, et plus quetoiiteela, par la précipitation inconsidérée que l’on met à exécuter les jugements.
ÉTAT nES SCIÏSCtS.— AStftOLOClE.— DÉMOXOLOGlE. — PHATlQtÉS St- PEKSTlTIEtSES. — ÊlSEOBS DEBOfl- NE AVEXTURE.
Depuis des siècles Boukhara pas^e pour être le centre de la science et de l’érudition musulmane. Cette opinion tient à la réputation toujours vivante des Ulugbeg, des Avicenne et de quelques autres grands bommes qui ont illustré la Boukharie aune époque déjà ancienne.
Si l’on considère le nombre des écoles et des maîtres qui existent a Rnukliara , on ne pourra pas nier que cette capitale occupe le premier rang parmi les villes savantes de l’Asie centrale. Mais il ne faut pas trop s’en laisser imposer par la multitude des maîtres et des écoliers. A BoÛkliara, comme dans tout l’Orient, les arts et les sciences sont pour ainsi dire inconnus. Les faits les plus naturels lie s’expliquent dans ce pays que par l’intervention des astres et des démons, et ce n’est pas parmi le peuple ignorant seul qu’on trouveces croyancessupersii-
L’UNIVERS
lieuses. I.«s hommes qui liassent pour les plus savants ne sont pas moins crédules que les autres.
Suivant la démonologie des Boukhares. Il existe six ordres d’esprits différentes : 1" les seheitanes ; 2° les djinnes ; 3° les albesti ; 4° les adjineh ; 3° les dive.s; 6* les péris.
Les schéitanes (satans) sont de véritables démons.
Les djinnes sont res génies dont nous avons si bien appris â connaître la puissance et l'intervention dans les .\!Uket une i\uiU.
J.ps albesti n’apparaissent jamais nue sous la forme de femmes à longue chevelure. Ces êtres surnaturels se montrent de préférence dans les jardins remplis de (leurs, et accablent nuit et jour de leurs caresses les mortels qui leur ont inspiré de l'attachement.
Les adjineh n'habitent guère que les
fialais et les hôtels des gens riches. C'est à qu'ils tiennent leurs assemblées nocturnes et célèbrent leurs orgies au son du tambourin et d'autres instruments de musique. Ils ont soin, en général, de ne choisir pour leurs réunions que les hôtels inhabités. Les voisins seuls sont incommodés par le bruit qu'ils font.
Lesdivesapparliennent tousau sexe masculin. Ils habitent les cavernes , les précipices, les ravins profonds, ou le sommet des montagnes neigeuses. Ils s’élancent de ces repaires pour combattre les péris, avec lesquels ils sont toujours en guerre, et aussi pour chercher l'occasion de nuire aux hommes placés sous la protection de ces bons génies. Souvent ils deviennent épris des charmesdes péris; mais àpeiue ont-ils réussi â satisfaire leur passion, qu'ils dévorent sans pitié celle qui en a été l'objet.
T.es péris sont des génies femelles et remarquablement beaux ; ils défendent les hommes contre les attaques des mauvais génies.
Indépendamment de ces croyances superstitieuses, les Boukhnres en ont admis d’autres tout à fait étrangères h l’islamisme, et que l’on reconnaît facilement pour venir des anciens sectateurs de Zoroastre. Ainsi, ils ont une fête que l’on célébré nu printemps en mettant le feu à (les amas de bois. Hommes et femmes sautent par-dessus la llamroe. Puis, ils
brisent des vases et des pets de faïence. Ils s’imaginent que cette cérémonie les absout de tous les péchés qu'ils ont pu commettre auparavant, et 1rs délivre des maladies auxquelles iis auraient été exposés sans cela. L’émir régnant a sévèrement ordonné de cesser la célébration de cette fête, qui est tout à fait en opposition avec les préceptes de la religion musulmane.
Lefeujoued’ailleursuntrès-grandrôle dans les superstitions boukhares. Les vieilles femmes qui se mêlent de guérir les maladies allument souvent un feu dont le malade fait le tour jusqu’à trois fois , puis il saute trois fois par-dessus la flamme; enfin ces femmes lui jettent de l’eau trois fois au visage. Si le malade est trop faible pourobéiràces ordonnances, on prend un autre moyen pour l’emploi du feu. On attache à un béton un vieux linge trempe dans de l’huile, on met le feu à ce linge, et l’on place le bâton dans un coin de fa chambre ; on fait asseoir le patient en face et près du linge qui brûle, puis on lui donne plusieurs coups sur le dos. I.k1 violence et le nombre de ces coups varient suivant l’étatdu malade. Pendant qu’on le frappe ainsi , le médecin murmure à voix basse : KouUaga-kit, tsekoullerga-kit,ce qui veut dire, en langue turque ou larlare : f'at'enau tac, vat'en. au désert. Cette conjuration , si l’on en croit les Boukhares , ne manque jamais son effet, et chasse infailliblement la maladie.
La croyance au mauvais œil est générale dans toute la Boukharie : c’est pour les préserver de cette maligne influence du regard, que les enfants portent des rangées de perles de diverses couleurs cousues sur leurs vêtements.
On trouve dans la Boukharie un grand nombre de diseurs de bonne aventure. Ce sont des Bohémiens qui exercent cette profession. Ils consultent, pour connaître la destinée, l’eau, l’air, un os brille, ou bien ils examinent la main.
Ces espèces de sorcierssont désignés par la dénomination persane de fal-bini, c’est-à-dire gens qui voient ou qui connaissent la destinée.
Les astrologues jouissent d’une considération plus grande que les simples diseurs de bonne aventure. Quoique les Boukhares ne se fassent aucun scrupule
Di. xibyGooolc
TARTARIK.
d’avoir recours à la science de ces devins , ils les considèrent tous pourtant comme des hommes qui entretiennent des relations suivies avec le diable. L’art de tirer les horoscopes est en grand honneur à Boukhara.
La croyance où sont les Boukhares, u’on peut lire dans les astres, est un es obstacles les plus grands qu’un Européen ait à surmonter dans rAsie centrale quand il veut faire des observations astronomiques. Les habitants du pays s’imaginent tous sans exception que les FrenÿuU ou Francs , en regardant les étoiles , peuvent arriver à connaître la situation des mines d'or cachées dans les entrailles de la terre, et qu'il leur est facile de jeter en même temps un sort sur qui bon leur semble.
Malgré ta vivacité de ces croyances, le nombre des astrologues est peu considérable à Boukhara, et le gouvernement du pays n'en entretient qu'un seul. Cet homme e.st chargé de calculer , en consultant les étoiles, le moment favorable pour le départ du khan; il doit lui faire connaître a l’auince les écliuses de soleil et de lune. Ces dernières fonctions lui ont été interdites parce qu’il se trompait toujours dans ses annonces.
BCOLBS BT COLLEGES.
Il existe à Boukhara , ainsi que dans les autres villes, et même dans les villages du khanat, un grand nombre d’écoles : dans la capitale, on en trouve une presque dans chaque rue. Ces établissements ont été fondés par des contributions volontaires dequelques musulmans zélés, ou bien aux frais des habitants d’une même rue , qui se munissent préalablement d’une autorisation de l’emir.
Une fois créées, les écoles deviennent la propriété de la personne qui instruit les enfants. Quelquefois les fondateurs donnent de simples appointements à un instituteur; quelquelois aussi ils prennent d’autres arrangements. Dans tous les cas , le mollah instituteur stipule avec les parents de l’enfant qui lui est confié le payement d’une somme d’un à trois tillas par an. En dehors de ee prix , les écoliers sont encore tenus, lorsqu’on les admet à l’école, d’offrir à rinstitutcur une khilal ou robe, une chemise , une
3' Livraison. (Tabtaiue.1
paire de bottes, une paire de pantoufles, des fruits secs, une livre de thé, et neuf pains. Tous les Jeudis, les écoliers sont tenus d’apporter chacun un pain. Les parents font encore cadeau au maître d’une khilat, dès que l'enfant commence à lire le Coran. Les gens riches sont dans l’usage d’envoyer au maître une khilat pour la lecture de chaque chapitre de ce livre réputé divin.
Le cours d’études que l’on suit dans ces établissements se borne à huit volumes. Si l’école est située dans une localité où les Usbecks excèdent le nombre des Tadjics , on ajoute à ces huit ouvrages qui sont en persancinq autres volumes en turc. L’alphabet et te Coran forment dans tous les cas la base de l'instruction qu'on donne aux écoliers. On leur apprend aussi à écrire. Le cours complet d’études dure environ sept ans.
Dans tous les ouvrages qu’ils étaient , il n’en existe guère qu^un seul qu’ils puissent comprendre facilement , parce qu'ils entendent l'idiome dans lequel il est écrit et que le sujet n’e.st pas au-dessus de leur portée. On dirait que les maîtres d’école de Boukhara se sont proposé de résoudre ce problème, de retenir longtemps les écoliers sans leur rien apprendre. Les enfants et les Jeunes gens studieux n’obtiennent aucun encouragement; et si quelques-uns, parmi eux, montrent un peu plus d'application que les autres, il faut attribuer exclusivement ce fait à la crainte du châtiment. Le mollah, muni d’une autorisation des parents , peut infliger à ses écoliers la punition que bon lui semble, pourvu, toutefois, qu’il ne les tue ni ne les estropie : car, dans ce dernier cas, il serait punissable lui-même. L’étude commence à la pointe du jour et continue iusqu’è cinq heures de l’anrès-midi.
Pendant tout ce temps les enfants sont obligés de rester assis, à l'exception de l'intervalle assez court qu’on leur accorde pour aller chez eux chercher un peu de pain. Ils ne Jouissent pas même du Jour de congé que l’on accorde aux étudiants dans les médressés ou collèges , et le vendredi est le seul Jour où ils puissent échapper à la tyrannie du maître. Un pareil système d''éducatioii, cela est éviiKnt, ne peut amener aucun l>on résultat. I..e8 sept années qu’exige
)y Vjoogie
L’UNIVERS
le cours complet d’études se passent, et l'écolier ne sait rien, parce que la méthode ou plutôt la routine est détestable et tout à fait bien combinée pour arrêter les progrès de l'enfant doué de la plus heureuse intelligence. Les écoliers lisent à haute voix et tous à la fois le livre qu’ils reçoivent du maître. Pour peu qu’on ait eu occasion de traverser les rues de Boukhara , on connaît bien vite l’emplacetiient qu'occupent les écoles. La voix des enfants se tait entendre jusqu'à une distance très-considérable.
En sortant de ces écoles , les jeunes gens qui veulent .suivre les hautes études entrent dans les médressés ou collèges.
Cesétablissementssont placés sous la direction d’un ou tout au plus de deux maîtres qui ont acquis le droit d’enseigner publiquement. Le.s médresses ne peuvent recevoir qu’un certain nombre d’élèves fixé d’avance et en rapport avec l’étendue du bâtiment. Chaque étudiant ui entre achète de celui qui sort le roit d’habiter le collège. Le prix varie, suivant les avantages que l'élève trouve dans l’établissement, de 3 à 3ô tillas. Indépendamment des chambres occupées par les élèves, il y a dans chaque medressé un certain nombre de logements assez grands et bien ornés. On paye quelquefois jusqu’à 70 tillas le droit de les habiter. L’acquéreur peut rester jusqu'à la lin de ses jours dans le logement dont il a acquis la jouissance , pourvu toutefois qu il ne se marie pas; car il est expressément défendu aux femmes d’habiter dans les collèges. C'est dans leur chambre que les étudiants se. préparent au cours qu'ils doivent suivre.
On les voit souvent s’entretenir avec un de leurs camarades du sujet que le maître traitera dans la prochaine leçon, ou bien encore ils étudient unoBvrage relatif à la conférence du idUf, jwis ils vont trouver le maître. Celui-ci fait lire quelques phrases à un des étudiants, et après avoir exposé son opinion sur ce texte, il écoute les remarques et les ob- .servations de Ses élèves qui discutent entre eük. Lorsque le disciple émet des opinions qui ne sont pas en harmonie aree celles du maître, ceîui-ci l’interltnt)|it et lui fait connaître son erreur. iQueiquefois des personne.s qui vont visiter ces établissements par un motif
de simple curiosité prennent part aux discussions. Après avoir entendu tout le monde, le maître tire ses conclusions et lève la séance. Les leçons ont lieu tous les jours, excepté les jeudis et les vendredis, depuis le lever jusqu’au coucher du soleil. Il y a une vingtaine d’années , sous le règne de l'émir précédent, indépendamment de ces deux jours fériés, les leçons étaient encore interrompues pendant le ramadan et les trois mois de vacances d’été.
L’enseignement des midressis offrirait assurément quelques avantages si l’on y joignait la lecture de quelques bons livres. Mais ces disputes et ces argumentations continuelles, tout en aiguisant l’intelligence de l’élève , l’empéchcnl d'acquérir une véritable instruction. C'est pour cela que quinze et même vingt années d'études ne suffisent nas pour suivre le cours complet. D’ailleurs les maîtres n’enseignent que fort rarement le peu qu’ils savent eux-mémes; et dès qu’ils s’aperçoivent qu’un élève comprend ce qu’ils* lui disent et menace de devenir ausstsavant qu’eux, ils passent à un autre sujet. Mais le vice le plus grand de ces sortes d’institutions est, suivant M. Khanikoff, l’ab.sence complète de tout principe d’encouragement et d’émulation. D’ailleurs, les habitudes babillardes des écoliers studieux servent beaucoup aux fainéants pour les aider k cacher leur paresse. L'instruction roule presque exclusivement surl’étude grammaticale de la langue arabe, ainsi que sur la jurisprudence et la théologie, qui, nous l’avons déjà remarqué plus haut, ne forment chez les peuples musulmans qu’une seule et même science.
OÉOGRAPHIK , TOPOGBAPHIG ET DES- CRIPTION PARTICULIERE DES VIL- LES,
Le khanatde Boukhara renferme dixneuf villes de quelque importance, ce sont :
1“ Boukhara;
2“ Kermineh;
3“ /.iyai-ed-din;
4" Kâtta.Kourgan;
5'* Samarcande;
(>’ Pendjakande;
7* Rhatirtscha;
8“ Nourata;
9 Pendjcsohambeli ;
lO” Tschclek;
11” Ycngiii-Kourgan;
12" Djizall;
13" Ouratoii|jali;
14" Tsclieliarscbambeli ;
15" Païkaiidc;
16" Karakoiil;
17" Tscliardjoui ou Tscliehardjoui ;
18* Karsclii;
l‘J" Kliouzar.
Boukhara. I..a ville de Boukhara est située, suivant M. KhanikofT, par 39" 46' de latitude nord , et 82' 83" de longitude est du méridien de l'ile de Fer. Cette capitale a un peu plus de huit milles anglais de circuit. Fille est ceinte d'une muraille de terre haute d’environ quatre toises, avec la même épaisseur à sa base, mais rentrée vers le haut, où elle n'a plus guère que quatre pieds de largeur. Cette muraille est percée de onze portes, et flanquée de tours rondes de distance en distance. Elle forme des angles saillants et rentrants qui offrent l’aspeet de nos bastions. Cette disposition ii'est pas due à l’art de l’ingénieur; mais elle est l’effet du hasard , des accidents du terrain et des constructions intérieures. Boukhara est tout entourée d’arbres et de jardins qui en dérobent la vue. Ce n’est qu’à une petite distance qu’on découvre les dômes et les minarets des mo.squées, le sommet de quelques grands édifices, et en particulier du palais du khan, qui domine majestueu.sement la ville. On voit près des murailles un lac entouré de jolies maisons de campagne a toits plats. L'illusion cesse tout à coup dès qu'on met le pied dans la ville; et, à l’exception du palais, des bains, des musquées et des collèges, l’œil ne s’arrête que sur de vilaines maisons de terre grisâtre et à un seul étage, jetées sans alignement les unes à côté des autres. Ces maisons, dont la façade donne sur la cour, n’offrent à l’extérieur ue l'aspect d’un mur couleur de terre, ont l’uniformité est interrompue par une seule porte, percée au milieu. En général les maisons sont assez petites et n’ont qu’un étage ; on emploie dans leur construction une espèce de terre grasse, mélée avec de la paille bâchée,
pour lui donner plus de consistance.
Les murs sont d’ailleurs soutenus par des poteaux de bois de peuplier de quatre a cinq nouces d’épaisséur ; les plafonds sont faits avec des planches et des poutres de bois dur, peintes de différentes couleurs, et recouvertes en dehors d’une couche de terre qui forme un toit plat. Ces toits avancent en saillie du côté de la cour et sont soutenus par des colonnes; ils servent d’abri contre les rayons du soleil.
A l’époque des pluies du printemps, l'eau filtre à travers la terre et les planches, et pénètre dans l’intérieur des apartements, qui deviennent extrêmement umides. On peut dire,engénéral, que les maisons de Boukhara sont bâties et installées de manière à offrir une habitation agréable et fratche pendant les chaleurs, mais en même temps aussi à exposer les habitants pendant toute la mauvaise saison aux inconvénients et aux dangers d’une humidité et d’un froid continuels;car, malgré une température qui atteint fréquemment 8" Rénnmur au-dessous de glace , on ne trouve dans les appartements ni poêles niebeminées, mais seulement des brasiers qu’on place sous une table recouverte d’un grand tapis ouaté qui pend par terre. Les personnes qui veulent se chauffer tirent à elles le tapis , étendent les jambes et même une partie du corps sous la table, où le brasier entretient toujours une température extrêmement douce.
On ne voit de vitres qu’à un très-petit nombre de maisons : il est étonnant que les Boukhares n'en aient pas encore garni toutes leurs fenêtres, qui ne ferment qu’avec des volets de bois et (juelquefois avec un simple treillis à jour.
Pour y voir clair, ils sont obligés d’ouvrir, par tous lestemps, les volets ou les treillis, nécessité fort gênante dans un climat si rigoureux. Du reste, ni portes ni volets ne ferment bien : l’air froid et humide entre et pénètre partout. C’est à ces causes qu’il faut attribuer les rhumatismes si fréquents dans la ville, surtout parmi les gens pauvres.
La décoration intérieure des maisons n'a rien de remarquable, même dans les hôtels des gens riches ; les parois intérieures de ces habitations sont quelquefois en stuc, et ornées do peintures assez
jolies et de ciselures ; les planchers sont de brique chez les riches et de terre glaise chez les pauvres. M. Khanikolf (1) pense (jue le nombre des maisons ne dépasse pas deux mille cinq cents. Suivant Si. de Meveiidorff, la ville en conlicnt à peu prés'huit mille (2).I.adifférenceest énorme, comme on voit, et nous ne pouvons rien décider surl'exactitudede l'une ou de l'autre de ces estimations. Toutefois , comme les maisons sont presque toutes petites et que la population atteint, au (lire de plusieurs voyageurs, le chiffre de 70,000 âmes, il est probable que l’estimation de M. Khanikoff est au-dessous de la réalité.
Les trois quarts des habitants de la ville sont des Tadjics, presque tous artisans et cominerijants; le reste de la population se compose d’Usbecks, de Juifs, de Tarlarcs, d'Afgans, de Calinoucs, d'Indous, de marchands des pays voisins, d’esclaves persans et russes , et d’un petit nombre de Nègreset de Siyahpouschs.
• Des circonstances particulières, dit Burnes, me flrent faire la connaissance d’une famille usbreke très-considérée à Boukhara : j’allai lui rendre visite un tendredi. Cette famille s’était établie en Boukharie depuis cent cinquante ans environ. ITn de ses membres était allé deux fois en ambassade à Constantinople. Maintenant cette famille fait le commerce de la Russie , et a perdu considérablement à l’incendie ue Moscou.
Je crois qu'on ne se serait pas imaginé (|uc cette c.atastrophe aurait causé des calamités au centre du Turquestan. Je fus re<;u par ces Usbecks tout à fait à la mode de leur paj’s , et forcé d’avaler une quantité énorme de tasses de thé , au milieu d’un jour très-chaud.
I,esrsbecks ont une singulière manière d’en user avec les personnes qu’ils réunissent chez eux; c’est le maître de la maison qui fait les fonctions de domestique ; il présente lui-même chaque plat h ses hdtes,et ne touche, à rien avant que tout le monde ail «ni. CesUsbecks sont des hommes remplis de bienveillance ; et si une dévotion exagérée et exclusive est leur défaut dominant, la
II) Voyez puai 117.
(a; r.ise ni.
faute en est à leur éducation : je ne les ai Jamais vus pousser l’intolérance jusqu^à l’impolitesse ; mais un peut découvrir dans chaque acte de leur vie et dans leur conversation le sentiment religieux qui les anime. Nous en vînmes à parler un jour de la découverte faite depuis peu par les Russes de quelques veines ii’or en Boukharie. L’un des interlocuteurs s’^ria que les voies de Dieu étaient impénétrables, puisqu’il avait radié ces trésors aux vrais croyants, et les avait révélés , très-près de la surface de la terre, auxcallrs ou inlidèles. Je souris ; mais ces mots ne furent pas prunoncés avec une intention offensante; car c’est ainsi que les Boukhares nomment entre eux les Kuro|M-ens. •
Les Juifs occupent environ huit cents maisons; ils prétendent être venus à .Samarcande et à Boukhara il y a environ sept cents ans, après avoir quitté Bagdad. Boukhara est de toutes les villes de l'Asie centrale celle qui contient le plus grand nombre de Juifs; ils ont trois rues qui leur sont réservées et ne peuvent pas habiter d’autres quartiers de la ville. Ils sont presque tous dans l’aisance et exercent les métiers de fabricants, de teinturiers, de marchands de soie écrue et de soieries.
Quoique mieux traités dans cette capitale que dans presque toutes les autres villes de l’Asie, ilssontcepeiidant méprisés. On ne leur permet pas de bâtir une nouvelle synagogue, mais ils ont le droit de réparer l’ancienne.
Les Juifs de Boukhara, comme nous l’apprend M. le baron de Meyendorff, ont la tête fort belle, le visage un peu allongé, le teint très-blanc, les yeux grands, vifs, et pleins d’expression,
• I.e rabbin de Boukhara, qui était natif d’Alger, et qui savait encore un peu d’espagnol, me raconta, dit le même auteur, qirà son arrivée il avait trouvé ses coreligionnaires plongés dans la plus profonde ignorance ; un très-petit nombre savait lire; ils ne possédaient que deux exemplaires de la sainte Ecriture, et leur manuscrit ne contenait que les trois premiers livres du l’entateuque. Ce J uif algérien, vieillard plein d’esprit, qui pleurait presque de joie de revoir des Européens , n’a rien n^ligé pour répandre l’instruction parmi les hommes de sa
religion : il a fondé une école, et a fait venir des livres de Russie, de Bagdad, et de Constantinople. Actuellement tous les Juifs de BouKhara savent lire et écrire ; ils étudient le Talmud.
« Parmi lesTartares qu’on voit à Boukhara, un grand nombre sont nés sujets russes et ont quitté l’empire pour des crimes ou pour cause de désertion. •
Le nombre des Afgans est assez considérable dans cette capitale.
Les femmes de Boukhara tressent leurs cheveux et les laissent pendre eu longues nattes sur leurs épaules. L'habillement de ces femmes diffère peu de celui des hommes; elles portent comme ceux-ci des pelisses ; mais les manches, au lieu de servir à y passer les bras, sont retroussées par derrière et attachées ensemble. Même dans leurs maisons, elles ont pour chaussure d’énormes bottes de velours, extrêmement ornées. Ces femmes, qui vivent enfermées, paraissent toujours sur le point de se mettre en voyage. Elles sont coiffées de grands turbans blancs, un voile couvre leur visage. T.e soinde faire ressortirdavantage leur beauté, occupation , dit Burnes, à laquelle les femmes consacrent une si grande partie de leur temps dans des contrées plus heureuses, est totalement inconnu ici. En effet, pour qui se pareraient-elles? Nul ne tes voit, nul ne doit jeter les yeux sur les appartements qu’elles occupent, et un homme peut tuer son voisin d’un coup de fusil s'il l’aperçoit à un balcon à (Tautres heures que celles qui sont fixées par l’usage.
« Dans les rues, dit M. le baron de Meyendorff, les femmes portent une longue mantille , dont les manches se joignent par derrière, et un voile noir qui cache complètement leur visage; elles voient mal à travers ce voile ; mais la plupart en relevaient furtivement un coin lorsqu’elles rencontraient un de nous : le$ femmes tadjicques éprouvaient aussi du plaisir à nous laisser apercevoir leurs beaux yeux. Il devint à la mode parmi les dames de Boukhara d’aUer regarder, les Francs. L’extrémité du toit (t) de notre demeure était pour elles un lieu de réunion , et la limite que
;I) Il ne faut pas ooblier ce que nous avons d|l, page as, sur la forme des toits des maisons.
la décence imposait à leur curiosité. Là, moins vues des Boukhares, quelques jolies femmes s’offraient à nos regards , et nous admirâmes souvent des veux noirs pleins de feu , des dents superbes , et un très-beau teint. La sévérité boukhare nait bientôt fin à cette mode trop mondaine; la police prit des mesures pour empêcher les femmes de monter sur notre toit, et nous perdîmes ainsi le plaisir d’un spectacle qui égayait nos repas. >
Comment ces femmes si jolies , ajoute le même au teur, ont-elles pu se défigurer au moyen d’un anneau qu’elles passent entre les narines et du fard qu’elles emploient , tandis que la nature les a douées de tant de charmes? Elles se teignent les ongles en rouge avec le suc d’une plante appelée hennéh. Les sourcils sont teints en noir etjointsparune barre de la même couleur, faite avec une espèce de collyre. Enfin , ces femmes peignent leurs cils et le bord de leurs paupières avec du surméh ou plombagine qu’on apporte de Caboul. Le khan qui était sur le trône lors du séjour de M. de Meyendorff avait dans son harem deux cents femmes qu’il ne faisait pas garder par (les eunuques. Ces gens sont comptés pour rien en Boukharie. I..e prince dont nous parlons n’en avait que deux, qu’il éloigna même de son harem par bienséance ou par jalousie.
Il existe dans la ville trois cents soixante mosquées, tant grandes que petites, dont huit sont bâties de pierres. La plus grande, située en face du palais, occupe un des côtés de la place appelée Réguistan(l), et dontnoiisaurons occasion de parler un peu plus bas. Cette mosquée, jongue d’environ trois cents pieds, a un dôme qui s’élève à près de cent pieds de hauteur. La façade est ornée de tuiles de différentes couleurs, disposées do manière à représenter des objets, tels que des fleurs, par exemple. On y lit plusieurs inscriptions tirées du Coran.
Près de cette mosquée on voit le fameux minaret de Mirgarab. Ce minaret , bâti de briques, est liaut d’environ trente toises. A la base, il a environ douze toises de circonférence et rentre à mesure qu’il s’élève. Ces propor-
(1) RéQHiëlan ou Rigue»lan veut dire en pcc> saii enaroit subhnneur, U D.
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lions lui donnent un air de légèreté qui plaît à l'œil. .Suivant .M. Burnes, un précipite les crindnels du haut de cette tour. Le muezzin ou crieur de la grande mosquée est la seule personne ui ait le droit d’y monter; et cela levenredi seulement, pour appeler les fldèlésa la prière. On craindrait que de cette hauteur il ne fut possible de découvrir les femmes de la ville dans leurs appartements.
Presque tous les minarets, les dômes des mosquées, et en général les édilices élevés, sont garnis à une certaine époque de l'année par des cigognes qui y établissent leurs nids. Il est expressément défendu d’inquiéter ces oiseaux.
COLLEGES. Lesmcdrrssés ou collèges de Boukhara n’offrent en général rien de remarquahle pour l’architecture. Ces édilices consistent en un bâtiment carré, autour duquel sont pratiquées , à l'intérieur, un grand nombre de petites cellules. Le milieu forme une cour, quelquefois plantée d'arbres. Les bâtiments ont deux étages ; le premier est réservé pour les classes ; c’est là que les maîtres donnent leurs leçons ; le second est destiné au logement des écoliers.
Cabavansebàis. Les caravansérais ressemblent tout à fait aux inédressés pour la construction , avec cette différence que le rez-de-chaussée , au heu d’étre destiné à des salles d'étude, forme des magasins où l’on vend toutes sortes de marchandises.
On compte a Boukhara trente-huit caravansérais, dont vingt-quatre sont bâtis de pierre, les autres de bois. Plusieurs de ces hôtelleries appartiennent à des particuliers; d’autres sont la propriété du khan, qui les loue pour son compte.
Bien de plus désagréable pour un étrangerque d’avoir son logement dans unca-
ravansérai. Tous les oisifs de la ville s’y donnent rendez-vous; ils courent de chambre en chambre, s’informent des nouvelles, et excèdent quelquefois de leurs questions le malheureux étranger, qui ne peut se soustraire à leurs importunités , car l’usage ne permet pas de refuser sa porte à qui que ce soit.
Bains. Il y a dix-huit bains à Boukhara. Os établissements sont partagés en quatre pièces ; la première est une vaste
antichambre dont le plancher est couvert de tapis : deux ou trois petits miroirs de iiibrique russe en ornent les murs; c’est laque les baigneurs se dépouillent de leurs vêtements de dessus; puis ils entrent dans la seconde pièce, où la tenqiérature est plus élevée ; là , ils ôtent tous leurs autres vêtements , s’enveloppent dans une robe de bain, et passent dans la troisième salle, où l'on entretient une chaleur très-forte en chauffant sous le plancher, qui est presue brillant : le baigneur s’assied cepenant par terre, et attend que son corps soit en transpiration ; lorsqu’il a sué suffisamment, il entre dans la quatrième salle, où il reste couché par terre , étendu sur la poitrine , tandis qu’un homme lui fait craqiiertoutes les articulations. Celte opération terminée, on frotte le patient avec un gant de crin, et enliu on I arrose d’eau froide. Les musulmans se font raser et épiler; puis ils repassent dans la première pièce, où ils prennentdu thé. Pendant le jour, les bains sont éclairés par des verres de couleur, encadrés dans le plafond et qui donnent passage a la lumière. La nuit une seule lampe éclaire chaque pièce.
On ne fait usage des bains à Boukhara que pendant les six mois d’hiver , et les gens pauvres n’en prennent jamais.
Le prix de ces bains n'est cependant pas très-élevé et n’excèije jamais un tanga.
Bazabs. U existe à Boukara plusieurs rues couvertes ou passagesgarnisdeboutiques. Souvent tout un côté sera occupé par des marchands de pantoufles de feinme, de l’autre se trouveront des boutiques dedrogueset d’aromates. Ailleurs ce sont des pierreries et des bijoux communs, qui servent d’ornements aux femmes kirguizes. Plus loin, on verra de vastes magasins remplis de fruits secs de différentes espèces.
Canaux et Resebvoirs. On compte à Boukhara soixante-huit réservoirs, qui ont environ 12U pieds de circonférence chacun. On y descend par une douzaine de marches de pierres de taijie. L’eau de ces réservoirs est mauvaise : elle provient d'un grand canal, ombragé de mûriers, qui traverse toute la ville et communique avec les réservoirs, au moyen de différents embranchements.
Le grand canal est alimenté par le Ko-
hik , gui coule à deux lieues et demie de Boukmira. Cette ville est , comme ou voit, assez mal pourvue d’eau ; et il arrive quelquefois , dans l'été , qu’on en manque totalement. lorsque la neige ii’a pas fondu dans les hauteurs de Samarcande, le canal, dérivédu Koliik,se trouve entièrement à sec. L’eau de Boukhara passe d’ailleurs, comme nous l'avons déjà remarqué , pour occasionner le rischta.
ASPKCT GÉNBBAI. UE BOUKHARA.
Malgré le nombre et l’aetivitéde ses habitants et quelques beaux ediUees, Boukhara présente un aspect assez triste, n Tout ce qu’on rencontre dans cette ville, si peuplée, ditM. le baron de. Meyendorff , semble annoncer la méliance. La physionomiede ses habitants n’est presque jamais animée par un sentiment de gaieté. Jamais de fêtes brillantes ; jamais de chants ni de musique. Rien n'ii.dique qu’on s’y divertisse quelquefois; rien ne montre' qu'elle soit habitée par des hommes jouissant d’une existence agréable. Aussi, au mouvement de curiosité et d’intérêt que nous éprouyilmes d’abord à voir des édilices d'architecture orientale , succéda bientôt une impression de tristesse et de mélancolie. »
Rues. Le même auteur nous apprend que les plus belles rues de Boukhara n’ont guère qu’une toise de largeur et que les plus étroites ne peuvent donner passage qu’aux piétons, l'our comble de désagrément, des chameaux chargés obstruent souvent ces rues déjà encombrées de gens à pied, à cheval, d’Anes et d'autres bêles de somme.Pourse faire faire place et pouvoir avancer, les cavaliers crient sans cesse : Poscfl ! posch ! I.es rues, n’étant plus pavées comme autrefois, sont toujours pleinesde poussièreou de bouc, suivant la saison, et les pieds des chevaux et des chameaux y forment des trous profonds qui rendent le sol inégal et causent une grande fatigue aux pictons. Quelques rues cependant sont encore à demi pavées et jonchées de pierres ui ne font plus aujourd’hui que gêner avantage la circulation.
Place nu BÉouisTAN.Un des lieux les plus fréquentes de la ville est la grande place appelée Réijiii.ilmi. Cette placeest formée parle palais du khan, parla grande mosquée, par des collèges, etenQn par
une fontaine jaillissante entourée de grands arbres. « C’est là, ditM. Burnes, que les oisifs et les colporteurs de nouvelles se rassemblent autour des marchandises de l’Asie et de l’Europe exposée.s en vente. Un étranger n’a qu'a s’asseoir sur unbancdu Réguistan pour connaître la population de Boukhara. Il peut y causer avec des naturels de la Perse, de la Turquie, de la Russie, du Turquestan, de la Chine, de. l’Iode et de l’Afganistan. Il y rencontre des Turcomans, desCalmoucs et des Rirguizes des déserts voisins, ainsi que des habitants de pays plus favorisés du ciel. Il peut observer le contraste que présentent les maniérés polies des sujets du grand roi et les usages grossiers des Turcs nomades. Il peut voir des Usbecks de toutes les contrées du Mawaralnahr (la Transoxane) et observer, d’après leur physionomie, les changements que le temps et les lieux produisent dans la race humaine. L’ilsbeck de Boukharie, dont le sang est mêlé avec celui des Persans , ne peut être reconnu qu’avec peine pour un Turc. Les Usbecks du khokande, contrée voisine, ont moins changé, et les naturels de la Khivie (l’ancien Ivharizme] conservent eneore la rudesse des traits (larticulière à leur race. On peut distinguer ceux-ci à leur kalpak, bonnet de peau de mouton noir, haut d’un pied. Une barbe rouge, des yeux gris et une peau blanche attireront quelquefois les regards d’un étranger. Son attention se sera alors lixée sur un pauvre Russe, qui a perdu sa liberté et sa patrie, et qui traîne ici dans l’e.sclavage une vie misérable; de temps en temps on aperçoit un Chinois dans le même état déplorable. Sa longue queue a été coupée; et sa tête est recouverte d'un turban, p:irce que, comme le Russe, il est contraint d’adopter les signes extérieurs de l'islamisme. Ensuite parait un brahmaniste, revêtu d’un costume qui ne lui est pas moins étranger. Uu petit bonnet de forme carrée, et un cordonaulieu de ceinture, ledistinguent du musulman, et empêchent que celuici ne profane les salutations d’usage, en les adressant à un idolâtre. Le naturel de rindoustan est encore reconnaiMable à son afr de réserve et à la manière dont il évite de se mêler à la foule.
L’UNIVERS
• Os Indiens recherchaieni cependant notre société, parce <ju’ils regaroent toujours les Anglaiscomme leurs supérieurs naturels dans l’Inde et ailleurs. Ils semblaient jouir à Boukhara d’un degré de tolérance suffisant pour les niettre en état de vivre heureux. Toutefois, l’énumération des formalités , des exigences et des prohibitions auxquelles ils sont soumis, pourrait les faire regarder comme une race persécutée. Ils ne peuvent ni bâtir des temples, ni posséder des idoles, ni faire des processions. On leur défend de se montrer à cheval dans l’intérieur de la ville, et ils doivent porter un costume particulier, comme nous venons de le dire. On exige d’eux un droit de capitation qui varie de 8 à 10 roupies ( I ) par an, comme tous les autres non-musulmans. Il leur est express^ ment défendu d’insulter ou de maltraiter un croyant. Lor^ue le khan vient à passer dans le quartier qu’ils habitent, ils sont tenus de sortir de leurs demeures, de se ranger en haie et de faire entendre des voeux pour la santé et le bonheur de ce monarque. Lorsqu’ils vont à cheval, hors des murs de la ville, ils sont obligés de mettre pied à terre s’ils rencontrent le khan ou le cadi. Il leur est défendu d’acheter des femmes esclaves, parce que l’union avec un mécréant souillerait une femme fidèle.
Aucun d’eux ne transporte sa famille au delà de l’Oxus. Moyennant ces sacrifices. les Induus vivent tranquilles à Bouknara. Dans toutes les contestations et les procès, onleurrend lajustice avec la même équité qu’aux musulmans.
Burnes n’entendit parler d’aucun exemple de conversion forcée à l’islamisme.
Mais, depuis quelques années, trois ou (luatre brahmanistes avaient adopté la doctrine du Coran. Ces gens, comme nous l’apprend le voyageur anglais, parlent avec plaisir de leurs privilèges, et se félicitent de la promptitude avec laquelle ils peuvent réaliser de gros bénélices , quoique ce soit aux dépens de leurs préjugés. On compte à peu près trois cents Indous à Boukhara. Us vivent dans un caravansérai qui leur appartient. Presque tous sont natifs de Sebikarpour dans le Sindi. Les Us-
(0 La roupie vaut s Fr. so de notre monnaie.
becks, et l’on peut dire tous les musulmans, sont tres-inféripurs aux Indous pour le génie commercia I.
« Le Juif a aussi , comme le brahmaniste, un costume particulier, et il porte un bonnet conique; mais rien ne le fait mieux distinguer que les traits si connus et si caractéristiques du peuple hébreu. En Boukharie, leur race est fort belle, et, dans mes courses, j’ai vu plus d'une femme juive qui me rappelait celles que les peintres se sont plu à représenter. Des boucles de cheveux qui pendent sur leurs joues relèvent encore leur beauté naturelle. Un Arménien perdu dans la foule représente , avec son costume particulier, sa nation errante, peu nombreuse à Boukhara.
« Inoépcndamment des hommes dont je viens de parler, l’étranger remarque dans les bazars des gens de belle taille, blancs et bien vêtus ; ce sont des musulmans du Turquestan. Un grand turban blanc et une pelisse de couleur foncée, tel est leur costume ordinaire.
« Mais le Réguistan conduit au palais , et l’on voit encore sur cette place des Usbecksqui, devant paraître en présence de leur souverain, se parent de robes de soie bariolées de différentes couleurs , toutes si éclatantes que la vivacité en serait insupportable à d’autres yeux qu'à ceux d’un ïartare. Quelques grands personnages sont babillés de brocart.
« On peutaisément distinguer la différence du rang parmi les chefs ; en effet , les uns entrent a cheval dans la citadelle, tandis que lesautresmettentpiedà terre à la porto. Presque toutes les personnes qui vont rendre visite au souvertrin sont accompagnées d’un esclave.
« En général les habitants de Boukhara ne se montrent en public qu’à cheval et toujours bottés ; ils portent des talons si hauts et si étroits que j’avais beaucoup de peine non-seulement à marcher, mais même à me tenir debout avec de pareilles chaussures ; les talons ont dix-huit lignes de hauteur et l’extrémité inférieure ne dépasse par six lignes de diamètre. Tel est le costume national des Usbecks; quelques personnes dedistinction mettent par-dessus les bottes des soûl iers qu’elles ôtent en entrant dans les maisons.
«Quant aux femmes, que je ne dois pas
oublier, elles ne sortent généralement »|ii'a cheval , et s'y placent comme les hommes; un petit nombre seulement va à (lied, toutes sont cachées par un voile de crin noir; sAresde n’étre point vues à travers cette enveloppe , elles regardent fixenient les personnes qu'elles rencontrent ; mais nul ne doit leur parler, et si quelque beauté du harem du khan vient à passer , vous êtes averti de vous tourner d’un autre côté; la désobéissance à oette injonction est punie par un coup sur la tête, tant on respecte les belles de Boukhara la Sainte. Maintenant mon lecteur pourra probablement se former une idée de l’aspect des habitants de Boukhara. Du matin au soir la foule bourdonne, et on est étourdi par le bruit que font les gens qui vont et qui viennent.
• Au milieu de la place du Réguistan , les fruits sont exposes en vente, à l’abri d'une natte carrée, soutenue par une perche. On est étonné de voir les marchands de fruits occupés sans cesse à vendre des raisins, des melons, des abricots, des pommes , des pêches, des poires et des prunes à une suite non interrompue d’acheteurs. Sur tous les points de ce bazar, il y a des gens qui font du thé; ils se servent, au lieu de théières , de grands vases dont on entretient la chaleur au moyen d’un tube de métal. La passion des Boukhares pour le thé est , je crois , sans égale ; car ils en boivent à toute heure, en tout lieu, et d’une demidouzaine de manières, avec ou sans sucre , avec ou sans lait , avec de la graisse, avec du sel , etc. , etc.
« Après les marchands de cette boisson chaude , on voit les débitants de raha~ tidjane ou délices de la vie ; c’est une gelée ou sirop de raisin , mêlée avec de la glace concassée. Cette abondance de glace est une des choses les plus ajn-éables qu’il y ait à Boukhara ; on peut s’en procurer Jusqu’au moment où les froids la rendent inutile. En hiver, on Tentasse dans des glacières; elle se vend à un prix qui est à la portée des plus pauvres gens. Personne, dans cette capitale, ne songe à boire de Teau, à moins qu’elle ne soit à la glace; et on peut voir un mendiant en acheter au moment où il crie misère et implore la charité des passants. Quand le thermomètre est a plus de vingt-cinq
degrés, la vue d’énormes masses de glace, coforjées et réunies en tas comme des boules de neige , offre un spectacle agréable à Tœil.
« On n’en finirait pas si Ton voulait énumérer toutes les sortes de marchands qui se trouvent dans le R^uist.an ; je me bornerai à dire qu’il n’y a presque point d’objet qu’on ne puisse acheter sur uette place. On y trouve de la joaillerie , de la coutellerie d’Europe de qualité commune , du thé de la Chine , du sucre de Tlnde , des épiceries de Manille. Les personnes qui cherchent des ouvrages turcs ou persans, peuvent aller aux boutiques de livres où les savants et ceux qui veulent le paraître examinent avec attention des ouvrages qui ont déjà passé par bien des mains differentes.
• Les exécutions capitales se font ordinairement sur le Réguistan. On y pend les malfaiteurs , et Ton y expose les têtes des ennemis tués dans les combats. Pendant le séjour de M. le baron de Meyendorff, six esclaves persans, convaincus de vol , et deux Tadjics furent attachés à la potence. Des têtes de Khiviens et d’Usbecks y furent placées sur des poteaux ou rangées à terre auprès du gibet. Les habitants de Boukhara , accoutumés à ce spectacle, conti nuent à vaquer à leurs affaires, sans en paraître affectés.
« I.e soir, en s’éloignant du Réguistan , pour gagner les quartiers plus retirés , on traverse des bazars voûtés , déserts à cette heure-là ; on passe devant des mosquées surmontées de jolies coupoles et décorées de tous les ornements qu’admettent les musulmans. Après les heures du bazar, ditM. Burnes, ces temples sont remplis par la foule qui vient assistera la prière du soir. A la porte des collèges , placés généralement en facedes mosquées, on peut voir les étudiants qui se délassent apres les travaux du jour ; ils ne sont ni aussi gais ni aussi jeunes que les élèves d’une université d’Europe ; beaucoup d’entre eux sont des hommes d’un certain âge , graves et compassés , plus hypocrites peut-être, mais certainement non moins vicieux que les jeunes gens des autres pays. Au crépuscule tout ce mouvement cesse; le tambour du khan bat la retraite, d’autres tambours lui répondent dans tous les quartiers de la ville, et à une heure marquée il n’est per-
Dy VjOOglc
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mis à personne de sortir de eliez soi sans lanterne.
X D’après ces dispositions, la police de Boukhara est e.vcellente; et, dans cliaue rue , de grands ballots restent, penant la nuit, devant les boutiques, en toute sûreté. Le silence le plus profond règne dans la ville jusqu’au lendemain matin que le bruit recommence dans le Béguistan ; la journée s’ouvre par des libations de thé; et des centaines de petits garçons et d’ûnes chargés de lait arrivent près de la foule affairée. Le lait se vend dans des jattes , où on voit surnager la crème; un jeune homme en apporte au marché vingt à trente dans un plateau qu’il porte sur l'épaule. Quelle que soit la quantité de lait qu’on apporte ainsi, tout est bientôt consommé par le nombre prodigieu.v de buveursde théque renferme Boukhara. «
A'ous avons dit que le palais du khan oci'upaitun des côtés du Bégiiistan. Cet édilice le plus remarquable de Boukhara est désigné, dans le pays, sous le nom d’./rc, mol persan qui veut dire citadelle. Il est bâti sur une colline rehaussée par des terres rapportées. Cette colline, appelée Noumischkend , a trente-cinq à quarante toises de hauteur. Sa surface extérieure forme un cône tronque et présente quelques restes de murs bâtis de briques séchées au soleil, et élevés pour donner à la colline un aspect plus régulier; la montée est très-roide,sans être perpendiculaire : la base de la colline peut avoir quatre à cinq cents pas de diamètre. Le rehaussement artiiieiel du monticule date , à ce que l’on prétend, de l’époque des Samanidesqui régnèrent à Boukhara, et remonte, par conséquent, au moins à la seconde nu>itié du quatrième siecle de Bbégire ( la seconde moitié du dixièfue siècle). La porte du palais est de construction récente, et, à ce qu’il paraît, de l’année 1742. Quant au palais lui-même, il fut bâti, on le suppose du moins, il y a plus de dix siècles. Il est entouré d un mur qui s’élève de dix toises au-dessus de la colline. On ne peut y arriver que par une seule entrée, dont la maçonnerie est de briques. De chaque côté de iaportes’élèveune tourd’environnuinze toises de hauteur ; à cette entrée aboutit une longue galerie dont les voûtes pa-
raissent fort anciennes ; en suivant ce passage on arrive au sommet de la colline, sur laquelle se trouvent des maisons de terre, habitées par le khan et par sa cour. VArc renferme encore une mosquée , une maison dans laquelle le kouseh-bégui travaille et donne ses audiences; enfin, des logements pour les gardes et les esclaves , des écuries , etc. Le harem est placé dans un jardin et caché par des arbres. Après la prière du soir, les gardes du palais sont doublées , et la grande porte se ferme, ainsi que les portes de la ville.
Phisons. Nous ne pouvons nous occuper du palais du khan sans parler de Wdb-Khaneh [glacière) où l’on conserve de la glace jiour l’usage du souverain et qui sert également de lieu de détention pour les prisonniers d’État.
A droite, en entrant dans cette glacière, se trouve un corridor qui conduit à une autre prison bien plus affreuse que la première : on l’appelle kana-Khaneh, c'est-à-dire maison des poux de mouton, nom qui lui a été donné, pareequ'on y entretient des essaims de ces insectes pour tourmenter les malheureux prisonniers. A défaut deceux-ci,ünjelie aux poux quelques livres de viande crue pour leur nourriture. Cette horrible prison est sans doute l’origine de la prétendue Fosse aux Scorpions, dont M. Khanikoff entendit beaucoup iMfler à Orenbourg.
Burnes rapporte que le coupable condamné au Kana-Knaneh y est enfermé pieds et mains liés et expo.sé à la piqûre des insectes. L’homme le plus robuste succombe, dit-on, invariablementle troilième Jour, dans des douleurs atroces.
LeZiudane, ou prison située à l'est, compose de deux parties : le Zindanila ou prison supérieure, et le Zindatii-poin ou prison injérieure. La première se compose de plusieurs cours avec des cellules pour les prisonniers; la seconde est une fosse de plus de trois brasses de profondeur et dans laquelle on descend les criminels au moyen de cordes. C’est de celle manière aussi qu’on lenrfait parvenir lachetive nourriture qu’ils reçoivent. L’humidité affreuse de ce cachot n’est pas moins intolérable en été qu’en hiver.
On amène deux fois par mois les prisonniers dans la place du Réguistan, en
il(
présence du khan, qui les juge et décide s’ils seront exécutés ou si on les rendra :i la liberté. On rase la tête à ceux dont le prince n’a pas eu le temps de s'occuper, et ilssontrecouduitsà leur ancienne cellule. Ceci n'a lieu que pour les prisonniers de la première catégorie , ceux qui habitent la prison haute. Ces malheureux sont pour l’ordinaire nu-pieds, et c’est un spectacle déchirant de les voir ainsi debout , dans la neige, lorsque le thermomètre de Réaumur marque quinze degrés au-dessous de zéro (1), attendant pendant de longues heures que le souverain arrive et décide de leur sort. Si encore de pareilles tortures n’atteignaientquedescoupables! Mais on les exerce contre des prévenus et souvent ainsi contre des innocents.
OBSEBVATIO.N DES PRATIQUES DELA RELIGION HUSULMAKB. La ville de Boukhara est une de celles où l’on se cxuironne avec le plus d’exactitude à l’observation de la discipline musulmane. Le vendredi, lesboutiques ne peuvent s’ouvrir qu’après la prière, qui a lieu à une heure du soir; et l'on voit les habitants, vêtus de leurs plus beaux habits, se rendre en foule à la mosquée. On peut dire que dans la Boukliarie et aaiis tout le Turquestan , la religion est mêlée à tous les actes de la vie, inéine les plus indifférents. Un Boukhare arrive-t-il chez un de ses amis pour lui rendre visite, il commence par réciter le premier verset du Koran, qu'il résume pour l'ordinaire dans leseul mot .-/llah. Lorsqu'un homme est sur le point d'entreprendre un voyage, tous les amis du partant viennent le trouver et récitent pour lui ee même verset. Si quelqu'un prête serment, toute l’assistance recite encore ce verset. Il en est de même lorsqu'on se rencontre dans la rue. Les Usbecks et les Turcoiiians ne s’approchent Jamais de qui ne ce soit saiis s’écrier : Mlak Açur! Dieu est très-grand! Si l'on jugeait d’après ces apparences, on croirait que tous les BouKnares et notamment les Usbecks sont les hommes les plus pieux de la terre ; il n'en est rien cependant; et l’on s'aperçoit bientôt que Uurreligion se borne souvent aux prati-
(t) Voyez Ehanikofr, p«i|e lOS.
ques extérieures. En effet, les Boukhnres ne reculent pas, même devant le crime, lorsqu’il s’agit de satisfaire leurs haines ou leurs intérêts, et souvent ils ont recours au poison pour se debarrasser de leurs ennemis. Un habitant de Boukhara offrit des ligues à M. Burnes, le voyageur anglais en prit une aussitôt et la mangea, pour témoigner que ce cadeau lui était agréable. .Mais le Boukhare étonné l’avertit de se tenir plus sur ses gardes à l’avenir : « Lorsqu’on t’offre (pieltpie chose, lui dit-il, engage d’abord celui qui te fait le présent à mander lui-même de ee i|u’il t'apporte; et, ^il se rend à ton invitation, tu peux alors suivre son exemple en toutesôreté.»
La crainte et le danger du poison rendent l’existenue des khans de la Boukliarie beaucoup moins désirable qu'on ne pourrait le supposer. L’eau que boivent ces princes est apportée de la rivière dans des outres scellées du sceau de deux ofliciers qui les escortent et les gardent a vue. Arrivées au palais, les outres sont ouvertes par le kouschbégui qui en prend un peu d’eau qu’il fait boire k ses gens, puis il en boit luimême. L’outre dont l'eau a été essayée de cette manière est scellée de nouveau et envoyée au khan. Tous les mets que l’on sert devant le souverain sont soumis aux mêmes épreuves. Le kouschbégui et les ofliciers attaches à sa personne en mangent d'abord ; puis on attend une heure pour juger de l'effet de ces aliments. L'expérience faite, les plats sont mis dans une caisse ferniee a clef et envoyée au khau. Un pratique les mêmes expériences sur les coiditures, sur les fruits, en un mot, sur tout ce qui se mange; et, si nous en croyons Burnes, ces précautions sont loin d'être superflues.
Les infractions publiques aux préceptes de l'islamisme sont punies avec la dernière sévérité. Pendant que M.
Burnes était à Boukhara, quatre musulmant furent surpris dormant à l'heure de la prière; et un jeune homme fut dénoncé comme ayant fumé en public , sans tenir compte de la sévérité des règlements de police qui interdisent le tabac comme suDstance enivrante et par conséquent défendue par le Coran. Ces gens furent attachés les uns aux autres. Le
L’UNIVERS
fumeur ouvrait la marclie tennm à la main .son houka ou pipe à eau. Un officier (le police suivait les coupables, et tout en marchant les frap^it avec une courroieépaisse, en criant a haute voix ; <1 O vous qui suivez l'islamisme, soyez témoins de la punition de ceux qui violent la loi. » Il est difficile, remarque Burties, de voir entasser à la fois autant de contradictions et d’absurdités dans la pratique et la théorie de rislamisme. On cultive le tabac dans plusieurs parties de la Roukharie, on peut en acheter partout publiquement. Nul ne vous empêche de vous procurer des pipes et des appareils de toute espèce pour en aspirer la fumée. Mais, si on aperçoit un honimefumanten public, on le traîne immédiatement devant le cadi , qui lui fait appliquer la bastonnade ou le punit comme nous venons de le voir plus haut. Quelquefois aussi on place le coupable sur un dne, et ou le promène par la ville, le visage tout barbouillé de noir.
Les gens qui sont surpris chassant le vendredi, sont conduits dans les rues de Boukhara, montés sur un chameau, avec un oiseau mort attaché au cou.
Un homme que l'on verrait dans la ville pendant la prière et que l'on pourrait convaincre par témoins de négliger habituellement ses devoirs religieux, serait d’abord condamné à l’amende, puis, en cas de récidive, à la prison. Et cependant, dit Burnes, on rencontre le soir, dans les rues de Boukhara, nombre de misérables qui commettent impunément des abominations, non moins contraires aux préceptes du Coran qu’aux lois de la nature.
Malgré ce que nous venons de dire , il existe des Boukhares qui, s’ils n’entendent pas bien l’esprit de leur religion, tiennent à en observer la lettre. Quelques années avant le voyage de Burnes , un homme qui s'était rendu coupable d’une infraction au code religieux alla trouver le khan et demanda à être jugé d’après la loi. Etonné de voir un coupable qui se dénonçait lui-même, le souverain le renvoya comme un insensé. Cet homme retourna encore au palais le lendemain, et on le chas.sa de nouveau; enfin, il y alla une troisième fois, fit la confession publique de tous ses péch^, et reprocha au khan la tiédeur qu’il montrait en
refusant de faire punir un coupable. Il ajouta qu’il demandait à êlrc puni, afin de satisfaire la Justice divine dans ce monde-ci plutdtquedans l’autre. I.es ulémas ou théologiens furent assemblés et condamnèrent cct homme à mort, suivant le texte formel de la loi. Le coupable, qui était un mollah, connaissait parfaitement d’avance le sort qui lui était réservé. On- dérida qu’il serait lapidé. Aussitôt cet homme tourna le visage du côté de la Mecque, et ayant caché sa tête sous sa roue fit la profession de foi musulmane : « Il n’y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète. » Le khan, qui assistait à cette execution. Jeta la première pierre au coupable, après avoir recommandé à ses officiers de le laisser échapper, s'il faisait la moindre tentative pour prendre la fuite. Mais cet homme attendit la mort avec courage et résignation, sans proférer la moindre plainte. Le khan versa quel-
?|ues larmes sur le sort de ce pauvre anatique. Il ordonna que son corps fût lavé; il assista lui-même à la cérémonie et récita les prières funèbres sur sa tombe.
Un événement du même genre arriva l'année où Burnes était à Boukhara. Un fils avait maudit sa mère. Il alla s’acinicuser lui-même et demanda à être puni.
La mère l’excusa et sollicita son pardon. Mais tout fut inutile, le fils persista et voulut absolument que justice fdt faite. Les ulémas le condamnèrent à mort, et on l’exécuta dans une rue de la ville.
Le même voyageur nous apprend qu’un marchand, ayant apportéde la Chine quelques (leintures, le chef de la police lui en paya la valeur et les détruisit aussitôt, parce que la loi musulmane défend de représenter aucune créature vivante.
On conçoit, d'après ccqui précède, que la vente des liqueurs enivrantes doit être sévèrement defendtie à Boukhara. M. de Meyendorff rapporte que , pendant le séjour qu’il fit dans cette ville, un Juif, qui avait vendu de l’eau-de-vie à un Cosaque de la suite de l’ambassadeur russe M. de Négri, fut mis en prison par l’ordredu rels ou directeur de la polic.e , qui se fit donner cent cinquante tillas par la famille de l’Israélite , bien que celui-ci eût déjà été puni de cinquante coups de bâton. Cette peine était à elle seule fort rigoureuse;
car les bâtons qui servent à ces sortes d’exteutions sont très-gros, et l'on frappe sur le dos et sur l’estomac. Soixante et quinze coups équivalent à la peine de mort.
Édifices des envibons de bou- KHABA. Parmi les édifices remarquables, qui se trouvent dans le voisinage de la ville de Boukara, on peut citer Ta Mesdjidi-Namaziya ou Namazi-gah, grande mosquée, devant laquelle s’étend une immense esplanade plantée d’arbres. On récite les prières dans ce temple, pendant le Ramadan et la fête du Kourban. L’eslanade devient alors le rendez-vous des abitaiiLs de Boukhara, qui s’y livrent à plusieurs divertissements.
Dans ces occasions, tout l’espace entre la ville et la mosquée est couvert de boutiques, où desconliseurs et des marchands de fruits secs exposent leurs denrées aux yeux de la foule qui va et vient . I,es gens qui se rendent a la fête sont, les uns à pied, les autres à cheval, ââneou en charrette. Derrière les lignes de tentes et de boutiques qui se prolongent le long de la route, des lutteurs font montre deleur vigueur et de leur adresse. Plus loin on voit des courses à pied et des chameaux que les Boukhares font combattre en les excitant. Ces animaux se précipitent l’un contre l’autre, et se heurtent les épaules avec force jusqu’à ce que l’un des deux ait été terrassé et tombe par terre. Alors on les sépare.
On voit encore , dans les environs de Boukhara, le tombeau où repose un saint musu I man, très-vénérédans le pays. Ce saint, appelé Bogou-Eddin , mourut en 1303. Le monument a la forme d’un carré. Une pierre noire est placée sur une de ses faces. Les pèlerins se croient tous obligés de frotter leur front contre cette pierre, qui, aujourd’hui, se trouve creusée dans plusieurs de ses parties.
Le mausolée est situé dans le coin d’une cour carrée, formée par deux mosquées et par des murs qui séparent le tombeau ae Bogou-Eddin de ceux de ses descendants.
Une foule immense de malades et particulièrement de paralytiques , ainsi u’un nombre considérable de meniants, encombrent toujours le mausolée du saint. O'S mendiants se rendent tel-
lement importuns , que l'étranger consentirait parfois à se dépouiller de tout ce qu’il porte sur lui pour se voir délivré de leurs obsessions. Mais un pareil sacrifice serait inutile. A peine sortis de l’enceinte sacrée , les visiteurs sont poursuivis par des troupes de petits gari^-ons, non moins rapaces et non moins effrontés que les mendiants eux-mémes.
A peu de distance du tombeau s’élève un college bien entretenu et duquel dépend un grand jardin très-fréquenté par les gens du pays vers le mois de mai , à la saison des roses. Autour du tombeau sont groupées quelques constructions, habitées par des descendants de Bogou-Eddin. Nul autre qu’eux n’a le droit de fixer sa demeure dans le voisinage du monument.
Pendant son séjour à Boukhara, Burnes eut le désir d'aller visiter ce lieu de pèlerinage, qui n’en est éloigne que de quelques milles. Il obtint sans diniculté la permission de s’y rendre et se mit en route , ses domestiques musulmans à cheval et lui à pied; car, en sa qualité d’infldèle , il lui était interdit de monter dans la ville sainte le plus modeste bidet. Arrivé en dehors des portes de Boukhara, le voyageur anglais reprit sa place naturelle. < Nous iie tardâmes pas, dit-il, a arriver au mausolée de Bogou-Eddin-Nakschbend. Deux visites à ce tombeau équivalent , dit-on , au pèlerinage de la Mecque. On y tient, toutes les semaines, une foire, à laquelle les Boukhares se rendent en galopant sur des ânes. Le souverain actuel, avant de parvenir au trône, lit au saint le voeu solennel que , s’il lui accordait son secours, il visiterait son tombeau, toutes les semaines, et s’y rendrait à pied une fois tous les ans. Je crois que le monarque tient sa parole ; car nous rencontrâmes ses bagages partant pour le lieu où il devait prier et se reposer pendant la nuit. Le monument est très-richementdoté, et les descendants de Bogou-Eddin en sont les gardiens.
Nous entrâmes dans l’enceinte sacrée, sans autres formalités que de laisser nos pantoufles à la porte. On nous conduisit aussi en présence du saint homme ni prend soin del’édifice. linousdonna U tné à la cannelle et voulait tuer un mouton pour nous régaler. Mais il se
L’UMVERS.
plaignait de tant de maladies réelles ou imaginaires pour lesquelles il voulait absolument obtenir des remèdes, qu apres une visite de deux heures nous fumes toutjoyeuxdesortirdeson domaine.
SA.M1BCANDE. La ville de Samarcande quoique bien déchue de son ancienne s^endeur, est loin de l’état de décadence que lui attribuent par ouïdire quelques voyageurs. Les murailles qui l’entourent' sont en bon état, et rencelnte de la ville est encore au-
tourd’hui plus grande que celle de Bouihara. Autrefois cependant Samarcande couvrait un espace de terrain plus considérable comme l’attestent les ruines qui jonchent le sol dans les environs.
Trois cours d’eau, qui descendent des hauteurs d'Agalik-tau, situées au nord
de Samarcande, traversent la ville. Indépendamment de ces rivières et d’un nombre considérable de canaux, Samarcande estpourvued un assez grande quantité de réservoirs. On trouve , dans la ville, deux caravanserais et trois bains publics. I-es monuments les plus remarquables de Samarcande datent d’époque ancienne. La génération actuelle n’élève aucune construction remarquable et parait même s’efforcer de ilétruire les monuments que lui ont légués ses pères.
La citadelle e.sl plus grande que celle de Boukhara et deKarscbi, qui passent cependant pour très-importantes aux yeux des habitants. On trouve, dans le palais, la fameuse pierre bleue sur laquelle chaque khan, à l’époque de son avènement, est tenu de s’asswir. Les Boukbares considèrent cette cérémonie comme une prise, de possession. Aussi, remarque M. Burnes,tant qu’un khan de la Boukharie n’a pas rangé Samarcande sous sonautoriw, ü P®* gardé comme soüvéràlfi l«Çdime. La possession de celte tille devient le premier butdont le monalque s u^upe lorsque son prWécesseur est décédé.
Le tombeau de nmour ou famerlan est placé dans un édifice élevé, de forme octogone et surmonté d’un dôme trèsliaut. L’Intérieur est partagé en deux salles et pavé de marbre. Sur les murs sont tracées, eu lettres d'or, des sentences extraites du Coran, Ces inscriplions sont assez bien conservées.
Au milieu de la seconde salle s’élève le tombeau , qui est d’un marbre vert foncé presque noir et très-poli. Au-dessous des deux salles dont nous parlons, se trouve un caveau extrêmement bas , et dans lequel on ne peut pénétrer qu’en se traînant. On y a déposé les cercueils de plusieurs membres de la famille de Timour. On remarque, dans la ville, les ruines de trois colleges dont la fondation remonte au conquérant tartare.
L’intérieur des mosquées dépendantes de ces collèges conserve, même aujourd'hui, quelques traces de splendeur.
L’or et le lapis-lazuli brillent encore sur leurs murs, dans plusieurs endroits.
On remarque aussi à Samarcande le collège de la Hanum, élevé par la reine , épouse de Timour. Cette princesse, fille de l’empereur de la Chine, amena de son pays des artistes qui ornèrent cet édifice de tuiles vernissées du plus beau travail. Le collège a trois mosquées , avec des dômes élevés. On voit dans l’une de ces mosquées une sorte de chaire faite de niarbre et placée auprès d’une fenêtre. C’était là , si nous en erovonsla tradition . nue la princesse avait coutume de se placer pour lire le Coran ouvert devant elle. Les Boukliares prétendent qiic celle chaire possède la vertu de guérir les maladies de l’épine dorsale, lorsque le malade peut réussir à s’introduire dessous.
En dehors des murs de Samarcande il n’y a aucun autre monument remarquable que le palais de Timour, appelé HazretlrSchah-Zendeh. Les ruines des murs, qui étaient de tulle de mosaïque, sont encore fort belles. L’édifice conserve toujours, malgré l’etat de dégradation où il se trouve, un aspect imposant. Les Musulmans des contrées environnantes ont un grand respect pour ce palais, et s’y rendent même en pèlerinage.
Le commerce de détail est assez considérable à Samarcande; les jours de marché surtout, les mordis et les dimanches, il v a, dans cerUaines parties de la ville une foule si considérable, que les gens à cheval peuvent à peine se fraver un pas.sage. On voit alors un grand nombre d’Usbeks, d’Arabeset de Boliémiens des différentes provinces du khanat.
La population de Samarcande n’excède pas , suivant M. Khauikoff, 35 à 30, 000 âmes.
Kabschi. La villede Karsehi est placée, d’après le cairui de Burnes,.80us le 39° de latitude nord. Elle a environ un mille de lon^. Les maisons y sont à toit plat, as'èz misérables et écartées les un s des autres. Le bazar de la ville est beau ; Karsehi est divisé en trois parties distinctes par une triple enceinte de murailles. La première enceinte sépare la citadelle de la ville; la seconde est jetée entre l'ancienne et la nouvelle ville , et la troisième sépare la nouvelle ville des villages environnants. Les habitants se fnurnis.sent d'eau dans di's canaux dérivés de la rivière de .Schéhérisebzc et qui alimentent plusieurs ré servo/r.s. L’abondance de i’eau permet d’entretenir dans la ville un grand nombre de jardins, oh l'on trouve des arbres fruitiers et des peupliers magnifiques. I/oasis, au milieu de laquelle est située la ville, a environ vingt-deux milles de largeur. Au delà on ne voit qu’un terrain sablonneux et stérile , peuplé de tortues, de lézards et de fourmis.
La citadelle, entourée d’un fossé plein d’eau , est plus vaste que celle de Boukh.ira et pourrait opposer une sérieuse résistance à des assaillants tartarcs.
On remarque dans la ville , le palais du gouvernement, trois collèges, dont un offre c<‘tte circonstance singulière qu’une laitière en jeta les fondations, et en fit bâtir une partie à ses frais. Il fut achevé, après la mort de celte femme, par un souverain de la Boiikharie.
On ne trouve à Karsehi qu'un seul bain ubiic et deux ou trois mosquées. Le azar est assez considérable.
On compte dans la ville trois caravansérais, dont deux sont destinés aux voyageurs; le troisième appartient aux juifs, qui l’habitent exclusivement.
On remarque, aux environs un beau pont de pierre, jeté sur la rivière de Schéhérisebze, et une grande mosquée.
Les Tiircomans se rendent à Karsehi dans l’automne et pendant l’hiver, et y portent en vente une quantité considérable de tapis et de housses de cheval. Les habitants de la ville s’occupent de la culture du tabac du commerce de
peaux de fouine , de renard et d'agneau : ils font également le commerce de fruits secs , de coton écru , de coton filé et de soie.
Tschardjodi. I.gi dernière ville du Khanat dont il nous reste à parler est Tscliardjoui. Toutes les anciennes cartes la placent mal à propos sur la rive septentrionale de l’Oxus. Tscliardjoui est situé dans un lieu agréable, sur la limite des terrains fertiles et du désert. Cette ville est dominée par un joli fort , bâti sur un monticule. A l’époque où M. Burues y passa, la population n’excédait pas 4 à .5,000 âmes, dont une partie, [lendant les chaleurs, va caiiqiersur lesbords de l’Oxus. M. Burnes y arriva un jour de marché, et il vit exposés eu vente des couteaux, des selles, des brides, de la toile et des couvertures de chevaux, le tout fabriqué dans le pays. Il ne remarqua pas d'autres marchandises européenne.s que de la verroterie et des toiles peintes. Il fut étonné de l’énorme quantité de lanternes et de pots de.cuivre de différentes dimensions qui étaient exposés en vente. Presque tous les marchands se tenaient à cheval , de même que les acheteurs : tel est l’usage dans leTurquestaii. Le nombre des personnes réunies dans le bazar pouvait aller à trois mille; et, quoique les transactions fussent extrêmement actives , il n’y avait ni bruit ni confiisinn. M.
Burnes ne remarqua pas ii ne seule femme dans la foule. T,es rues étant très-étroites à Tscliardjoui , le marché se tient en dehors de la ville. Il dure depuis onze heures du matin jusqu’à quatre heures du soir. On peut s’y procurer des grains, des fruits, de la viande et des denrées de toute espèce.
Tscliardjoui était une place importante il y a peu d’années , et la population s’élevait alors b 20,000 âmes. M.iis les invasions et les déprédations successives des Khiviens avaient réduit les habitants à environ deux mille, lorsque M. Wolffy passa. Encore ceux-ci viventils dans dés transes continuelles. 11$ sont à la vérité protégés par une forteresse; mais les Llsbecks ignorent le service de l’artillerie; et le khan n’a pas assez de confiance dans ses artilleurs persans, qui sont des esclaves, pour leurconfler le soiu de défendre la ville.
’ oc: s, 'woogle
L’UNIVERS
Pays entre boukhaha et l’oxus.
Iæ partie du Khanat qui s’étend entre la capitale et l’Oxus mérite d'être connue. A quatre ou cinq milles de Boukhara, on entredansuncantonqui présente tout à la fois les extrêmes de la fertilité et de la stérilité. A droite , la terre est arrosée par des canaux dérivés du Rohik.
Burnes passa sur le bord de cette rivière, dans un endroit où elle avait environ cent trente pieds de largeur et n’était pas guéable; les eaux se trouvaient retenues par des barrages et des digues destinées à les faire couler dans les cliamps voisins : plus loin son lit était à sec. La bande de terrain fertile, sur les liords du Kohik, ne s’étend pas à plus d'un mille de chaque côté. l.e voyageur anglais remarqua sur sa route un nombre très-considérable de villages et de hameaux, tous entourés d'un mur de briques séchées au soleil. C'était au mois de juillet, et l’on voyait des champs couverts de melons énormes.
Ces fruits sont chargés sur des chameaux et transportés à Boukhara.
• Nous vivions à Mirabad, dit Burnes, parmi les Turcomans qui occupent le pavs entre l'Oxus et Boukhara. Ils ne diffèrent de la famille à laquelle ils ap-
fiartiennent que parce qu’ils ont des ha- >itations iixes et sont des sujets paisibles du souverain de la Boukharie; une quarantaine de leurs robots ou hameaux se trouvaient en vue de celui où nous demeurions. Nous passâmes près d'un mois dans ce canton et dans la société des 'Turcomans sans être ni insultés ni injuriés. Nous ne reçûmes d’eux que des souhaits pour notre bonheur; et, comme nous n'étions sous la protection de personne, leur conduite à notre égara en est d'autant plus estimable.
• La tribu turcomane au milieu de lauelle nous nous trouvions était celle es Ersaris. Nous vîmes, chez eux, pour la première fois dans un pays musulman, des femmes non voilces. Cest, au surplus, une coutume générale parmi les Turcomans. Dans aucun autre pays je n'avais rencontré des femmes aux formes plus robustes et plus prononcées, quoiqu'elles soient les compatriotes de la délicate Boxane, qui sut charmer Alexandre. Krnazzar, le conducteur turcuman de notre petite caravane, pour
dissiper son ennui, devint amoureux d’une de ces beautés, et s'adressa à moi
Pour obtenir un charme qui lui assurât affection de la jeune Ulle, ne doutant pas que je ne pusse lui en donner un. Je me moquai de Tamour et de la simplicité du vieillard. Ces femmes portent des turbans énormes , pas tout à fait aussi amples cependant que ceux de leurs voisines du sud de l'Oxus.
« Les F.rsaris conservent la plupart des usages des autres Turcomans ; mais le voisinage de Boukhara a contribué à les civiliser sur quelques |K>ints. Nous avions dans notre caravane une demi-douzaine de Turcomans de la rive méridionale de l’Oxus. Si ces enfants du désert pratiquent chez eux l’hospitalité, ils n'oublient pas qu’elle leur est due lorsqu'ils se trouvent loin de leurs foyers; et les Krsaris avaient réellement raison de se plaindre de notre séjour à Mirabad. Chaque matin, un membre de la caravane portait son sabre chez un des habitants du lieu ; ce qui, parmi ces peuples, veut dire que le maître du logis doit tuer un mouton et (|ue ses hôtes l'aideront h le manger. Il est impossible de refuser ou d'éluder ce tribut. I..e r^al a lieu le soir. Nous n’étions pas invités à ces réunions, uniquement composées «le Turcomans; mais on nous envoyait presque toujours des galettes que l’on avait fait cuire pour la fête. Nous eûmes de fréquentes occasions de remarquer les bons procédés de ces Turcomans envers nous. Ils savaient que nous «'lions européens et chrétiens; et toutefois ils nous traitaient avec respect et bienveillance. •
A une distance d’environ dix-sept milles de l’Oxus , la campagne est couverte de monticules de sable complètement dénués de végétation. Ces monticules, qui n'ont pas plus de 15 à 20 pieds de haut , sont l'n forme de fer a cheval. Au delà des monticules et sur la rive droite de l'Oxus, on trouve des campagnes fertiles.