ACTE V, SCÈNE IV
Et de vous voir couché * dans mon procès-verbal.
DORINE, à part.
Ce monsieur Loyal porte un air bien déloyal '.
MONSIEUR LOYAL
Pour tous les gens de bien j'ai de grandes tendresses,
Et ne me suis voulu, monsieur, charger ^ des pièces
Que pour vous obliger et vous faire plaisir ;
Que pour ôter par là le moyen d'en choisir
Qui, n'ayant pas pour vous le zèle qui me pousse,
Auraient pu procéder d'une façon moins douce.
ORGON
Et que peut-on de pis que d'ordonner aux gens De sortir de chez eux?
MONSIEUR LOYAL
On vous donne du temps ; Et jusques à demain je ferai surséance * A l'exécution, monsieur, de l'ordonnance; Je viendrai seulement passer ici la nuit, Avec dix de mes gens, sans scandale et sans bruit. Pour la forme, il faudra, s'il vous plaît, qu'on m'apporte, Avant que » se coucher, les clefs de votre porte. J'aurai soin de ne pas troubler votre repos, Et de ne rien souffrir qui ne soit à propos. Mais demain, du matin ^, il vous faut être habile '' A vider de céans jusqu'au moindre ustensile;
1 . Couché, inscrit. « N'étant pas couché sur l'élat de sa maison, je n'eus rien. » (J.-J. HoDSSEAu, Conf., IL)
i. Déloyal, C'est ainsi que dans les Plaideurs Chicancau dit à i'Intimé déguisé en sergent, et qui se présente à lui sous le nom de Le Bon : Le Bon? jamais exploit ne fut signé Le Bon. Z. Je ne me suis voulu charger.. Quand le Ycrbe d'où di'pend un infinitif réfléchi est placé entre le pronom et cet infinitif, la règle était de lui donner, par une sorte d'attraction, l'auxiliaire [être pour avoir) que prennent, en ■vertu de ce qu'il y a de passif dans leur sens, les verbes réfiéi^his. (Ed. Hachette.) TSchons de nou<< résoudre el de nous conlenlcr Du seul fruit amoureux qui m'en est pu rester.
{Ec. des fem., V, vu.)
4. Faire surséance. Terme de justice pour surseoir, donner un délai.
5. Avant que. L'ellipse de de se rencontre souvent dans Molière :
Ne mi' demandez rien avant qne regarder Ce qu'à mes sentiments vous devez demander.
{Don Garde, III, ii.)
6. Du matin. Toinette dit de même dans le Malade imaginaire : « Demain, >tu grand matin, je l'enverrai quérir. »
7. Babiie, dispos, exjiéditif. Habilis a parfois ce sens en latîn.
Mes gens vous aideront, et je le» ;ii pris forts
Pour vous faire service à tout mettre dehors.
(In n'en peut pas user mieux que je fais, je pense;
Et, comme je vous traite avec grande indulgence-,
Je vous conjure aussi, monsieur, d'en user bien,
Kt qu'au du de ma charge * on ne me trouble en lien ^
0 R G 0 N , à part .
Du meilleur de mon cœur, je donnerais sur l'heure Les cent plus beaux louis de ce qui me demeure, Et pouvoir, à plaisir, sur ce mufle* asséner Le plus grand coup de poing qui se puisse donner.
CLÉANTE, bas, à Orgon.
Laissez ; ne gâtons rien.
A cette audace étrange * J'ai peine à me tenir, et la main me démange.
DORINE
Avec un si bon dos, ma foi, monsieur Loyal, Quelques coups de bâton ne vous siéraient pas maL
MONSIEUR LOYAL
On pourrait bien punir ces paroles infâmes, Ma mie; et l'on décrète aussi contre les femmes.
CLÉANTE, à M. Loyal.
Finissons tout cela, monsieur; c'en est assez. Donnez tôt ce papier, de grâce, et nous laissez.
1. Dû de ma charge. Cléandrc dans la Suiledu Menteur, dit au pr(i\ôt (I, iv) :
Vous avez Tait le dû île mon office.
2. Enrien. Les acteurs sont Irop disposés à charger ce lôlc de M. Lojal. Ils le jouenl parfois comme celui de l'Inlimé daii> la scène où, dé^'ulsé en sergent, il verbalise contre Ctiicaneau. Us devraient se rappeler, pourdonner au rôie son vérital)le caraclère, ce pussage de la lettre sur l' Imi.osleur : «i Cet homme fait l'acte du monde le plus «anglant avec toutos les façons qu'un homme de bien pourrait avilir en faisant l'acle le plus obligeant, n C'est nous dire que de Brie, le créateur du lôle, ne le poussait pas à la c^iricature, et cette tradition eût dû se maintenir.