Le curé de,... Cf. la Notice
3 0 L'IMPOSTKUR.
un démenti à tous ces augustes témoignages. Votre Majesté a beau dire ; et Monsieur le légat, et Messieurs les prélats, ont beau donner leur jugement, ma comédie, sans l'avoir vue*, est diabolique, et diabolique mon cerveau; je suis un démon vôlu de chair et habillé en homme, un libertin, un impie digne d'un supplice exemplaire. Ce n'est pas assez que le feu expie en public mon offense, j'en serais quitte à trop bon marché; le zèle charitable de ce galant homme ^ de bien n'a garde de demeurer là; il ne veut point que j'aie de miséricorde auprès de Dieu; il veut absolument que je sois damné; c'est une affaire résolue.
Ce livre, Sire, a été présenté à Votre Majesté, et sans doute elle juge bien Elle-même combien il m'est fâcheux de me voir exposé tous les jours aux insultes de ces messieurs. Quel tort me feront dans le monde de telles calomnies, s'il faut qu'elles soient tolérées 1 et quel intérêt j'ai enfin à me purger de son imposture, et à faire voir au public que ma comédie n'est rien moins que ce qu'on veut qu'elle soit ! Je ne dirai point, Sire, ce que j'avais à demander pour ma réputation, et pour justifier à tout le monde l'innocence de mon ouvrage; les rois éclairés comme vous n'ont pas besoin qu'on leur marque ce qu'on souhaite, ils voient comme Dieu^ ce qu'il nous faut, et savent mieux que nous ce qu'ils nous doivent accorder : il me suffit de mettre mes intérêts entre les mains de Votre Majesté, et j'attends d'Elle avec respect tout ce qu'il lui plaira d'ordonner là-dessus.
1. Sayis l'avoir vue. Pour sans qu'il Vait vue. D'après la règle, avec l'infini Sanx doit se rapporter au sujet ou au régime de la proposition ; mais, si l'équivoque est impossible, cela n'est pus absolument nécessaire. Cf. Boileau, Ep. IX •
Se» ?er3 jelcs d'abord, sans tourner le feuillet. Iraient daus l'aiiticbauibre amuser Pacolet.
2. Galant homme. De bonne compagnie, qui a de l'esprit et de la politesse. Ironique ici.
3. Comme Dieu. Un critique moderne (M. Veuillol) s'indigne très fort de cette llatterie énorme. On en trouverait de plus grossières dans le livre du curé de Saint- Barthélémy. Ce n'est pas ce qui peut excuser Molière, mais plutôt les habitudes de la sociéti; au milieu de huiuclle il vivait et ou. sauf de très rares exceptions l'on parlait au roi sur ce ton d'adulation sans mesure.