ACTE II, SCENE II
Est responsable au ciel des fautes qu'elle fait. Songez à quels périls votre dessein vous livre.
Je vous dis qu'il me faut apprendre d'elle à vivre!
DORINE
Vous n'en feriez que mieux de suivre mes leçons.
Ne nous amusons point, ma fille, à ces chansons : Je sais ce qu'il vous faut, et je suis votre père. J'avais donné pour vous ma parole à Valère; Mais, outre qu'à jouer on dit qu'il est enclin, Je le soupçonne encor d'être un peu libertin; Je ne remarque point qu'il hante les églises '.
DORINE
Voulez-vous qu'il y coure à vos heures précises. Comme ceux qui n'y vont que pour être aperçus?
ORGON
Je ne demande point votre avis là-dessus. Enfin avec le ciel l'autre est le mieux du monde ^, Et c'est une richesse à nulle autre seconde. Cet hymen de tous biens comblera vos désirs. Il sera tout confit' en douceurs et plaisirs. Ensemble vous vivrez, dans vos ardeurs fidèles, Comme deux vrais enfants, comme deux tourterelles : A nul fâcheux débat jamais vous n'en viendrez, Et vous ferez de lui tout ce que vous voudrez *.
1. Hanter les églises. M. Aimé Blartin fait remarquer justement qii'Orgon, comme madame Pornelle, n'a pas été impunément à l'école du Tartuffe. Comme son maître, il procède par insinuations : on dit, je soupçonne, etc. Les gens de l'espèce d'Orgon n'eussent pas inventé les procès de tendances, mais ils condamneront, s'ils sont juges, ceux que les Tartuffes auront impliqués dans les procès de ce genre. Cf. RÉGNIER, Sat., XII :
Et ee poète crollé
Jamais on ne lui voit aux mains de patenostres.
2. Le mieux du monde. Les cagots et les bigots ont toujours apporte dans leurs rapports avec le ciel, et dans leur manière d'en parler, une familiarité ((u'oii peut trouver trop peu respectueuse.