ACTE JI, SCENE II
ORGON
Te tairas-tu, serpent, dont les traits effrontés...?
Ah! vous êtes dévot, et vous vous emportez* ?
ORGON
Oui, ma bile s'échauffe à toutes ces fadaises ; Et, tout résolument, je veux que tu te taises.
DORINE
Soit. Mais, ne disant mot, je n'en pense pas moins.
ORGON
Pense si tu le veux; mais applique tes soins
{A sa fille.) A ne m'en point parler, ou... Suffit... Comme sage, J'ai pesé mûrement toutes choses.
DORINE
J'enrage {Elle se tait lorsqu'il tourne la tête). De ne pouvoir parler.
» ORGON
Sans être damoiseau, Tartuffe est fait de sorte...
DORINE, à part.
Oui, c'est un beau museau *.
ORGON
Que, quand tu n'aurais môme aucune sympathie Pour tous les autres dons...
DORINE, à part.
La voilà bien lotie !
(Orgon se tourne du côté de Dorine, et, les bras croisés, l'écoute
et la regarde en face.) Si j'étais en sa place, un homme assurément Ne m'épouserait pas de force impunément;
1. Vous uoiis emportez. 11 faut rapprocliei- de celte scène la scène v de l'acte I du Malade imaginaire. Elles sont exactement conduites de la même façon. Toinelte, comme Dorine, feint <l'al)Ord de ne pas croire au dessein de son maiiie, puis elle le combat par des rais.ms telles, qu'elle l'amène à se mettre en colère. Le moment est alors venu de lâcher un argument ad hominem : « Doucement, vous ne songez pas que vous êtes malade. »
Ah ! vous êles liévol, cl vous vous eniporlei. s'écrie Dorine. Molière avait ses procédés comiques. Pourquoi non? puisqu'ils étaient variés et qu'il les employait à propos. Racine avait bien ses procédés tragiques. (Cf. Paul Jinet, Psychologie de Racine.)