ACTE II, SCENE IV
Je gardasse pour vous les ardeurs de mu flamme? Et vous visse, à mes yeux, passer en d'autres bras, Sans mettre ailleurs un cœur dont vous ne voulez pas?
MARIANE
Au contraire, pour moi, c'est ce que je souhaite ; Et je voudrais déjà que la chose fût faite.
VALÈRE
Vous le voudriez?
MARIANE
Oui.
VALÈRE
C'est assez m'insulter, Madame, et de ce pas je vais vous contenter.
{Il fait un pas pour s'en aller et revient toujours.
MARIANE
Fort bien.
Souvenez-vous, au moins, que c'est vous-même Qui contraignez mon cœur à cet elfort extrêine.
MARIANE
Oui.
VALÈRE
Et que le dessein que mon âme conçoit N'est rien qu'à votre exemple.
MARIANE
A mon exemple, soit.
VALÈRE
Suffît : vous allez être à point nommé servie.
MARIANE
Tant mieux.
VALÈRE
Vous me voyez, c'est pour toute la vie.
MARIANE
A la bonne heure.
VALÈRE. Il s'en ya, et lorsqu'il est vers la porto, il se rrlourne.
Euh?
MARIANE
Quoi?
VALÈRE
Ne m'appelez-vous pas?
Moi! vous rêvez.
7 G L IMPOSTIX'R.
VALKH E.
Eh bien, je poursuis donc mes pas.
Adieu madame.
[Il s'en va lentement.)
Adieu, monsieur '.
Pour moi, je pense Que vous perdez l'esprit par celle exlravagance ; El je vous ai laissé tout du long quereller *, Pour voir où lout cela pourrait enfin aller. Holà, seigneur Valère.
. [Elle arrête Valère par le bras, et lui fait mine de grande résistance.)
VALf:HE.
Hé! que veux tu, Dorine?
DORINE
Venez ici.
VALÈRE
Non, non, le dépit me domine.
Ne me détourne point de ce qu'elle a voulu.
DOUINE.
Arrêtez.
Non; vois-tu, c'est un point résolu.
DORINE
Ah!
1. Adieu, monsieur. Molière a traité avec une sorte de préililection ces scènes de bouderie et de r(?coiuMii,-ition entre amants (Cf. Bourg, gentiih., lU, x el Dép. am.. IV, iiiV Elles sont commi' le développement dramatique de la chai mante otie d'Horace : Doifc groins eram. I.a lettre sur l,i comédie de V Imposteur fait très linenicni ressortir le mérite particulier de cette s-cène du Tartuffe : « ce dépit a cela d'orif;inal par dessus ceux qui ont paru jusqu'à présent sur le théâlre qu'il croit et finit devant les spectateurs dans une même scène, et lout cc'a aussi vraisemblablement que faisaient tous ceux qu'on avait vus au|)aravant, où ces colères amoureuses naissaient de quelque tromperie faite par un tiers ou par le hasard el la plupart ilu temps derrière le théâtre, au lieu qu'elles naissent divinement, à la vue des spectateurs, de la délicatesse et de la force de la passion même. »
2. Laiisé. Nous écririons aujourd'hui laisses, le participe passé construit avec l'auxiliaire fluoir el suivi immédiatement d'un infinitif prenant l'accord, quand il a pour légime direct le pronom qui précède et non l'infinitif qui suit.
Voici, d'après Bouiiours, quel était l'usage du dix-septième siècle : • On donne des nombres et des genres aux participes, alin de soulcnir le discours. On dit pour cela : la lettre que j'ai reçue, etc. Cila est si vrai que, lorsqu'on ajoute qnelq;ie chose après, b' participe redevient indéclinable étant suffisamment soulinu par ce qui suit. » Celte règle consiate un usauc très général en efTet, mais uou absolument constant.