CHAPITRE XIX
LE SEIGNEUR TARZAN
Tollog avait eu un mauvais sourire en voyant s’enfuir Ateja avant que celle-ci eût pu prévenir le Seigneur de la Jungle du complot tramé contre lui, et le frère du cheik s’était intérieurement félicité de s’être trouvé à point sur le chemin de la jeune fille pour l’obliger à renoncer à son projet.
Mais, à ce moment, une main s’était refermée sur sa gorge, étranglant sa voix, tandis qu’il faisait de vaines tentatives pour crier.
La main mystérieuse traîna le frère du cheik, plus mort que vif, sous la tente de Zeyd. Là, une voix murmura à l’oreille de Tollog :
« Si tu dis un mot, tu es un homme mort ! »
Et, sur cet avertissement, la main desserra son étreinte autour de la gorge endolorie du Bédouin, qui n’eut garde de filer un son, car il avait reconnu la voix, et savait qu’elle ne menaçait jamais en vain. Il n’opposa donc nulle résistance en se sentant lié par des cordes, aux poignets et aux chevilles, tandis qu’un bâillon était solidement fixé sur sa bouche.
Il entendit alors de nouveau la voix qui lui chuchota :
« Je t’ai couché à ma place, Tollog ! Le sort que tu me réservais sera le tien, quel qu’il soit ! »
Une terreur indicible glaça le sang de Tollog qui s’évanouit. Allah miséricordieux lui épargna ainsi d’entendre approcher
l’assassin qui allait le poignarder, en croyant frapper le Seigneur de la Jungle...
Pendant ce temps, déjà, Tarzan s’éloignait dans la forêt, vers le Sud-Est, pour reprendre ses recherches au sujet de Blake. Sachant maintenant que l’Européen captif des Bédouins n’était autre que Stimbol, et que celui-ci ignorait complètement le sort de son ex-compagnon, il avait hâte de revenir à l’endroit où Blake avait disparu, selon les dires de ses gens, afin d’essayer de retrouver sa piste et de découvrir ce qu’il était advenu de lui.
La rapidité avec laquelle le géant se mouvait parmi les arbres était prodigieuse, son odorat l’aidait considérablement à deviner tous les secrets de la jungle, et pourtant trois jours s’écoulèrent avant qu’il découvrît l’endroit où Ara, le tonnerre, avait foudroyé l’infortuné compagnon noir de l’Américain.
Là, il découvrit les traces à demi effacées de Blake qui s’éloignaient vers le Nord. Tarzan secoua la tête, car il savait que, dans cette direction et jusqu’aux premiers villages Gallas, s’étendaient de vastes forêts inexplorées. Même si Blake avait pu triompher de l’attaque des bêtes féroces et des tortures de la faim, il n’avait sans doute émergé de cette redoutable forêt que pour tomber sous la sagaie d’un guerrier Galla...
Pendant deux jours, pourtant, Tarzan poursuivit ses recherches, suivant une trace qui n’était plus visible que pour lui. Dans l’après-midi du second jour, il parvint à une haute croix de pierre érigée au milieu d’une sorte de chaussée antique. Avec précaution, sentant qu’il s’avançait maintenant dans un pays inconnu, Tarzan inspecta de loin les environs, avant de s’aventurer plus loin. C’est grâce à cette prudence qu’il ne tomba pas, comme l’avait fait Blake, aux mains des deux hommes d’armes qui gardaient en permanence les avant-postes de la Cité de Nimmr. En effet, longtemps avant de les voir, le son de leurs voix parvint à ses oreilles exercées.
En rampant, silencieux comme une ombre, Tarzan se rapprocha des deux hommes qui se distrayaient de leur garde en bavardant ensemble. Avec stupeur, il s’aperçut qu’ils s’exprimaient en un anglais gothique, médiéval, et étaient vêtus de costumes moyenâgeux. Sa première surprise passée, il comprit qu’il était sur la bonne piste, et que là était sans doute le secret de la disparition de Blake.
Prenant brusquement son parti, le seigneur de la jungle bondit, tel un tigre, sur le plus proche des deux hommes, qu’il jeta à terre, l’immobilisant sous sa poigne puissante. L’autre guerrier, épouvanté par cette apparition soudaine, déguerpit à toutes jambes, sans demander son reste, et disparut dans la direction du tunnel qui menait à la Cité de Nimmr.
« Ne bouge pas ! dit Tarzan à son prisonnier. Je ne te veux point de mal, si tu me dis la vérité.
- Miséricorde ! balbutia l’homme. Que veux-tu savoir, étranger ?
- Un homme blanc est passé par ce chemin, il y a quelques semaines. Où est-il ?
- Veux-tu parler de sire James ? demanda le soldat.
- Sire James ? répéta Tarzan. D’abord déconcerté, il se rappela aussitôt que James était le prénom de Blake. Oui, dit-il, celui que je cherche se nomme James, James Blake.
- Sans doute est-ce le même, étranger.
- Où est-il ?
- Il défend en ce moment l’honneur des Chevaliers de Nimmr dans le grand tournoi qui se déroule dans la plaine, et si tu cherches noise à notre bon sire James, étranger, tu trouveras bien des chevaliers et des hommes d’armes pour t’en empêcher ?
- Je suis son ami.
- Par la très Sainte Vierge, si tu es l’ami de sire James, pourquoi m’as-tu renversé ainsi, étranger ? fit le soldat avec reproche.
- Je ne savais pas comment je serais accueilli...
- Un ami de sire James ne peut être que bien accueilli à Nimmr », fit courtoisement le soldat.
Tarzan sourit et aida l’homme à se relever, mais il lui ôta son épée et lui dit :
« Marche devant moi et conduis-moi à ton maître. Mais rappelle-toi que la moindre traîtrise te coûtera la vie !
- Ne m’oblige point à laisser la route sans sentinelles, demanda le soldat. Je dois constamment veiller, pour le cas où les Sarrasins surgiraient. Attends mon compagnon. Il va revenir avec des renforts et je leur demanderai de te conduire à Nimmr.
- Soit ! » dit Tarzan.
Il n’eut pas longtemps à attendre. Bientôt, il entendit un galop précipité et eut la surprise de voir apparaître, précédant une dizaine d’hommes d’armes, un homme à la peau blanche, tout couvert d’une armure de fer, armé d’un boucher et d’une épée qu’il dirigea sur Tarzan dès qu’il le vit.
« Dis-leur d’arrêter ! ordonna Tarzan à la sentinelle. Disleur que je veux leur parler avant qu’ils ne s’approchent davantage.
- Arrêtez ! cria la sentinelle. Cet étranger est un ami de sire James ! » Le chevalier tira sur les rênes de son cheval et dévisagea Tarzan des pieds à la tête.
« Es-tu bien un ami de sire James ? lui dit-il enfin.
- Je suis à sa recherche depuis bien des jours déjà, répondit Tarzan.
- Sans doute quelque mésaventure t’est-elle advenue dans laquelle tu as perdu ta vêture ! » remarqua le chevalier, étonné sans doute du costume plus que sommaire de Tarzan.
Le seigneur de la jungle sourit :
« C’est la tenue que je préfère pour aller dans la jungle, dit-
- Es-tu gentilhomme et viens-tu du même pays que sire James ?
- Je suis Anglais, répondit Tarzan.
- Anglais ! En ce cas, sois le bienvenu à Nimmr. Je suis sire Bertram, un bon ami de sire James.
- Et moi, je suis Tarzan, fit le seigneur de la jungle en se présentant à son tour.
- Es-tu gentilhomme ? » répéta sire Bertram.
Tarzan était fort surpris par cette question, mais sentant que le chevalier lui donnait une grande importance, il estima que la vérité ne pouvait lui nuire.
« Je suis vicomte, dit-il avec simplicité.
- Quoi, pair du royaume ! s’exclama sire Bertram. Notre prince Gobred, Dieu l’ait en sa sainte garde, sera honoré de vous accueillir, seigneur Tarzan. Accompagnez-moi, et je tâcherai de trouver dans ma garde-robe quelque vêtement qui puisse convenir à votre rang ! »
À l’entrée du tunnel, Bertram pria Tarzan de prendre du repos dans une petite fortification où se trouvait l’habitation du chevalier qui commandait les sentinelles, puis il envoya son écuyer au château pour chercher des vêtements et un cheval
pour son hôte. Bertram convia alors Tarzan à souper et, pendant le repas, lui conta toutes les aventures de Blake depuis son arrivée à Nimmr, faisant comprendre en même temps à Tarzan ce qu’était le singulier pays dans lequel il se trouvait maintenant.
L’écuyer fut promptement de retour avec un équipement complet. Fort heureusement, sire Bertram était un robuste chevalier, d’une taille fort au-dessus de la moyenne, si bien que Tarzan put revêtir les pièces de son ajustement sans s’y trouver trop à l’étroit. Il fut donc transformé, en un clin d’œil, en croisé et, aux côtés de sire Bertram, s’achemina, au trot de sa monture, vers le château de Nimmr.
À la poterne, le chevalier se porta garant de son hôte et l’emmena ensuite vers la plaine, dans l’intention de le présenter au prince Gobred et de lui permettre d’assister à la dernière rencontre du tournoi si toutefois celui-ci n’avait pas encore pris fin.
C’est ainsi que Tarzan, le seigneur de la jungle, le torse moulé dans une cotte de mailles, armé d’une lance et d’une épée, s’avançait dans la plaine au moment où Bohun mettait son plan à exécution et enlevait la princesse Guinalda.
Longtemps avant d’avoir atteint la lice, Bertram se rendit compte qu’un événement imprévu venait de se produire. Il aperçut de loin le nuage de poussière que soulevaient au passage les ravisseurs de la princesse et comprit que ces hommes qui galopaient étaient poursuivis, en voyant un nouveau nuage s’élever derrière eux.
Inquiet, le chevalier éperonna sa monture, imité par Tarzan, et tous deux arrivèrent promptement sur le lieu du tournoi où ils trouvèrent toute l’assistance plongée dans la confusion et la consternation.
« Qu’est-il arrivé ? demanda anxieusement Bertram à un écuyer qui courait d’un air égaré.
- Le roi Bohun a enlevé la princesse Guinalda, Dieu nous protège ! » fit l’homme.
Sire Bertram devint tout pâle. Puis il se tourna vers l’étranger :
« Je vole au secours de la princesse. M’accompagnez-vous, seigneur Tarzan ? »
Pour toute réponse, Tarzan éperonna sa monture, et les deux coursiers se mirent à galoper, rapides comme le vent, à travers la plaine, tandis que, bien loin devant eux, Blake se rapprochait de plus en plus du groupe des Chevaliers du Sépulcre.
Le nuage de poussière que soulevaient ces derniers était si épais qu’ils étaient invisibles pour leur poursuivant, si bien que Blake ne se rendait pas exactement compte du point auquel il se rapprochait d’eux.
L’Américain n’avait plus ni lance ni bouclier, mais il avait son épée au côté, et son revolver sous sa cuirasse. Il ne s’était jamais séparé de cette arme depuis son arrivée à Nimmr, pressentant qu’un jour il pourrait avoir à s’en servir. Aux questions qui lui avaient été posées sur ce singulier objet, il avait répondu évasivement qu’il s’agissait d’un talisman de grande valeur.
Blake continuait à presser sa monture qui, infatigable, regagnait peu à peu du terrain sur les fugitifs. En jetant un coup d’œil sur lui, l’Américain constata qu’il était entièrement couvert d’une poussière épaisse. Son haubert, sa cuirasse, les caparaçons de son cheval, tout était devenu gris.
Enfin, il arriva auprès d’un des derniers cavaliers : le Partant était entièrement gris de poussière, lui aussi ! En un éclair, Blake comprit la chance que lui offrait ce camouflage involontaire qui le rendait tout pareil d’apparence à ceux qu’il poursui-
vait. Il allait pouvoir chevaucher parmi eux sans qu’ils soupçonnassent la venue d’un intrus ! Il remit donc au fourreau son épée qu’il avait dégainée et continua à avancer parmi les cavaliers, cherchant des yeux celui qui portait la captive en croupe.
Malheureusement, plus il approchait de la tête de la colonne, plus grand devenait le danger qu’il fût découvert, car la poussière y était moins dense. Son visage barbouillé de sueur et de sable était méconnaissable, ses armoiries étaient indéchiffrables sous la couche grise qui les recouvrait et pourtant, déjà, les cavaliers le dévisageaient avec une nuance de surprise. L’un même le héla :
« Est-ce vous, Percival ? dit-il.
- Non ! » répliqua Blake en piquant des deux.
Maintenant, juste devant lui, il apercevait un groupe compact de cavaliers, et il vit même flotter le bout d’une robe brodée. Alors, Blake dégaina de nouveau, et, passant entre deux cavaliers qui suivaient immédiatement le ravisseur de Guinalda, il trancha d’un coup net, à droite et à gauche, les sangles des chevaux.
Les deux cavaliers roulèrent à terre. Déjà, le coursier de Blake était à la hauteur de celui qui emportait Guinalda.
L’Américain projeta son poing sur le menton du cavalier, qui vida les étriers, évanoui, et saisit Guinalda, qu’il coucha en travers de sa selle.
Il exigea alors de son fidèle coursier un nouvel effort et, de toute sa vitesse, décrivit un large cercle autour de la masse des Chevaliers du Sépulcre, afin de revenir en arrière et de rejoindre Gobred et les siens qui, d’après les calculs de Blake, ne devaient pas se trouver fort éloignés.
Il savait qu’une fois qu’il aurait rejoint les Venants, Guinalda serait en sûreté, au milieu de ces chevaliers qui tous étaient prêts à lui sacrifier leur vie.
Mais il avait compté sans le sang-froid des Chevaliers du Sépulcre qui, la première surprise passée, se ruèrent à ses trousses. Blake se rendit bientôt compte qu’il était temps de se servir enfin de son revolver. Il tira et le cheval d’un des poursuivants s’écroula. La monture de Blake, au bruit de la détonation, fit un écart et faillit désarçonner l’Américain et la jeune fille.
Lorsque Blake eut repris en main son cheval emporté, qui filait comme une flèche, le nuage de poussière qui indiquait la position des Chevaliers du Sépulcre ne se voyait plus qu’à peine, au loin, et une forêt profonde s’étendait devant Blake, offrant un asile inviolable sous ses verts ombrages.
Sire James mit alors pied à terre et aida Guinalda à descendre. Puis il épongea de son mieux son cheval couvert de sueur et le dessella, afin que le vaillant coursier pût se reposer de la course qu’il venait de fournir.
Ayant pris tous ces soins, Blake se retourna vers la princesse. Elle était adossée à un arbre et le dévisageait.
« Vous êtes brave, sire chevalier, dit-elle gravement. Mais, ajouta-t-elle aussitôt avec arrogance, vous n’en êtes pas moins un rustre ! »
Blake sourit vaguement. Il était exténué et n’avait pas la moindre envie de discuter.
« Je m’excuse de vous demander ce service, dit-il, mais Galahad, mon cheval, est encore baigné de sueur, et il faudrait le faire marcher jusqu’à ce qu’il soit tout à fait rafraîchi, sinon il attraperait du mal. Voulez-vous vous en charger ? Je suis si las que j’en suis incapable. »
La princesse sursauta et regarda Blake avec stupeur :
« Quoi ? balbutia-t-elle. Voudriez-vous que moi, la princesse Guinalda, je remplisse l’office d’un palefrenier ?
- Princesse, je ne puis le faire moi-même, dit Blake d’une voix épuisée. Pourtant, ce cheval doit être ménagé et nous aurons besoin de lui. Je vous supplie de le faire.
- Ah ! çà, serait-ce un ordre ?
- Oh ! Taisez-vous ! s’exclama Blake, excédé. Je vous répète que je suis maintenant responsable de votre sécurité et que tout peut dépendre du cheval. Faites ce que je vous dis, un point c’est tout ! Allez promener ce cheval ! »
Des larmes de rage perlèrent aux yeux de la princesse Guinalda, mais, terrorisée par ce ton bref que nul n’avait jamais osé employer envers elle, elle obéit et s’approcha du cheval. Elle dénoua les rênes enroulées autour d’une branche d’arbre et se mit à promener Galahad de long en large, tandis que Blake, assis au pied d’un chêne, reprenait des forces et épiait l’horizon, attentif au moindre mouvement suspect.
Mais nul ne poursuivait plus les deux fugitifs, car les chevaliers de Nimmr avaient rejoint ceux du Sépulcre et les deux forces ennemies étaient engagées en une lutte acharnée, dont les péripéties les rapprochaient de plus en plus de la Cité du Sépulcre, au nord de la Vallée.
Guinalda promena le cheval pendant une demi-heure. Elle restait silencieuse, et Blake également. Enfin, il tourna ses regards vers la jeune fille et se releva.
« Je crois que cela peut suffire maintenant, dit-il. Merci. Je vais le bouchonner un peu et il sera ensuite en pleine forme. »
Sans un mot, Guinalda lâcha les rênes. Blake frotta longuement Galahad avec des feuilles sèches, de la tête aux pieds, lui jeta sur le dos son caparaçon, afin qu’il ne se refroidit pas, et, satisfait, vint s’asseoir à côté de la jeune fille.
Silencieusement, il admirait son délicat profil, son nez fin, sa courte lèvre supérieure, son menton hautain.
« Elle est bien belle, pensait Blake, mais elle est égoïste, impérieuse et cruelle. »
Un brusque mouvement de Guinalda interrompit sa méditation. D’un air inquiet, la jeune fille essayait de percer du regard le mur verdoyant de végétation qui les entourait.
« Qu’y a-t-il ? demanda Blake.
- Partons ! dit-elle. Quelque chose a remué dans le bois.
- Le crépuscule approche, dit Blake, et dès qu’il fera nuit nous pourrons reprendre la route de Nimmr en toute, sécurité, tandis que, maintenant, nous pourrions être aperçus par quelques chevaliers de Bohun envoyés à notre recherche.
- Quoi ! s’écria Guinalda en pâlissant. Vous voudriez rester ici jusqu’à la nuit ?
- Pourquoi pas ? demanda l’Américain. Il fait frais ici, que craignez-vous ?
- Savez-vous comment se nomme cette forêt ?
- Non.
- C’est la forêt des Léopards ! murmura Guinalda, les yeux élargis par l’effroi.
- Ah ! vraiment ? dit Blake, intéressé, mais du ton de la conversation la plus ordinaire.
- C’est ici que vivent en grand nombre les terribles léopards de Nimmr, dit la jeune fille. Dès que la nuit est tombée, une troupe nombreuse ne trouverait son salut qu’en entourant son camp de hauts feux protecteurs ! Encore n’est-il pas rare qu’une des sentinelles soit emportée et dévorée par ces terribles bêtes !... »
Soudain, l’effroi de Guinalda sembla s’apaiser un peu :
« Ah ! dit-elle, j’oubliais cette arme étrange qui fait tant de bruit, avec laquelle vous avez abattu un des chevaux de nos poursuivants. Sans doute, grâce à cette arme, pouvez-vous tuer tous les léopards de la terre ? »
Blake sourit sans répondre, afin de ne pas lui rendre toutes ses alarmes en la détrompant.
« En tout cas, dit-il, nous pourrions en effet partir tout de suite, car la route est longue et, somme toute, la nuit est déjà presque tombée. »
Il s’approcha de son cheval, qui paissait tranquillement, mais à peine avait-il fait quelques pas que Galahad leva sa tête fine, pointa ses oreilles et poussa un hennissement de terreur. Puis, le poil hérissé, la noble bête rua, tira sur le faible nœud qui la retenait et s’enfuit au grand galop à travers la plaine !
Blake tira son revolver et épia les fourrés. Mais il n’aperçut rien et son odorat ne l’avertit pas de la redoutable présence qu’avait devinée le flair subtil du Galahad.
Des yeux épiaient Blake et Guinalda à travers le feuillage. Mais ce n’étaient point les yeux d’un léopard...