‹ Tchèques et MagyarsChapitre 13 sur 40 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

I/AÏTATHEME.

Les entreprises du roi George ont échoué, l'empire ne se relèvera pas sous sa forte main, le parlement des souverains n'opposera pas son vélo à l'absolutisme de Rome. Jusqu'ici, pour sauver ce trône que la libre élection lui a donné, il a dû chercher son point d'appui hors de la Bohême, dans l'empire, dans l'Europe, à l'aide dos grandes institutions qu'il rêvait, à l'aide des réformes audacieuses accomplies déjà dans sa pensée et qui, en protégeant son royaume, eussent transformé le vieux monde; aujourd'hui le voilà réduil à ses seules fore, s aux sympathies toutes personnelles qu'il s'est faites chez les princes ses voisins. On le verra bien encore, aux heures tragiques de s;i vie, concevoir des plans hardis, gigantesques, ci se lourner vers l'Orient, puisque l'Occidenl ne peul lui prêter assistance; mais ce seronl des expédients héroïques plutôl que (\i'> créations durables. C'est par la Bohême désormais qu'il doil défendre la Bohême. Or, si la Bohômeesl forte, l'inconnu esl redoutable. Contre lani d'ennemis qui peuvent l'assaillir à rappel

lo(! LE ROI GEORGE DE PODIERRAD.

du souverain pontife, les ressources du royaume suffiront-elles? Peut-être, si rien ne les divise. Dans l'obscurité qui l'entoure il entrevoit de nouveaux périls, il pressent de nouveaux ennnèmis qui s'approchent, et déjà sur son propre sol la guerre civile a commencé.

George de Podiebrad était bien un souverain du quinzième siècle; il voulait chez lui une royauté forte et débarrassée des liens du système féodal ; seulement il n'avait pas eu besoin de ruser comme Louis XI, de faire el défaire mille trames clans les lênèbres comme l'empereur Frédéric III. Porté au trône par une révolution, investi de la dictature au nom de la patrie en danger, il avait eu ses pleins pouvoirs dés le premier jour. Chaque atteinte portée par lui à l'ancien régime aristocratique était un coup frappé sur l'anarchie qu'il avait mission de vaincre. rue fois son œuvre accomplie, le roi George fut le premier des souverains modernes. Plus de privilèges féodaux entravant la libre action de l'état, plus de morcellement de territoire; d'un bout du royaume à l'autre, une même administration, une même loi faisait régner cet ordre, cette sécurité, celte vie régulière et puissante qui avaient excité, nous bavons vu, l'admiration de Martin Meyr, et qui firent la force de la Bohème au milieu des troubles de l'empire. Les parlements convoqués dans les circonstances graves étaient des assemblées nationales qui pouvaient diriger le roi, l'éclairer, l'avertir, mais non affaiblir son pouvoir et servir l'ambition de la noblesse. Les seigneurs n'j dominaient plus : même avant l'élection de Podiebrad, la révolution hussite, brisant les portes (\r> anciens conseils, y avait poussé les représentants des villes et du peuple. \a*> grands du pays,

LANATHÈME. lo7

qui se considéraienl naguère comme les ministres-nés de la couronne, avaient désormais besoin d'autres titres pour prétendre à la direction des atïaires. Le roi George choisissait ses conseillers selon ses vues; il n'avait pas craint d'appeler h lui des étrangers, des Allemands, et de braver les préjugés nationaux dans l'intérêt de l'État. En un mot, il régnait, il gouvernait, sans autre contrôle que celui de l'opinion.

Système bien incomplet sans doute, mais qu'il ne faut pas juger d'après les droits que nous ont acquis tant de progrès, tant de luttes et de victoires, tant de révolutions légitimes, système nécessaire dans une période de transition et non-seulement nécessaire, mais glorieux, tant que le chef chargé de cette dictature reste en communauté de sentiments et d'idées avec le peuple qui abdique entre ses mains. Tel était le prestige du roi George; jamais dictateur n'avait mieux senti battre au fond de son cœur le cœur de sa patrie.

On ne s'étonnera pas cependant qu'il eût encore plus d'un adversaire à redouter. La noblesse, réduite à l'impuissance, n'avait pas abjuré ses rancunes, et la guerre déclarée au roi parle pape venait réveiller ses espérances. Quelle occasion propice aux rebelles! quel moyeu de cacher des baines politiques sous le drapeau île la foi, et de transformer de petits tyrans dépossédés eu martyrs de la religion catholique? Quelques mois après l'élection du nouveau pape, un sujet révolté «lu roi de Bohême, un seigneur de Moravie uommé Hinek de Lichtenburg, arrive à Rome, obtient une audience du souverain pontife, se donne pour une \ ictimede sa < ai. elle supplie d'évoquer l'affaire à sou tribunal. C'était

simplement un seigneur qui, protestant dés le premier jour contre l'élection <ln roi Georj e, s'étai! mis à guerroyer aux <'ii\ irons, de ses domaines, c'est-à-dire à piller les partisans du roi. Il possédait plusieurs châteaux forts, dont l'un entre autres, nommé Zornstein, était défendu par sa position autan! que par ses murailles, vi-ai nid de vautours dans les rochers. Assez riche d'aill< ins pour payer quelques-uns «le ces mercenaires, moitié soldats, moitié bandits, dont les guerres civiles avaient infesté la contrée, il taisait la guerre à distance en lâchant ses pillards dans la [daine. Le roi investi! forts pour mettre lin à ce brigandage, confisqua provisoirement une pailie de ses domaines et le cita comme rebelle devant les états de Moravie.

L'affaire intéressait si peu la religion que les évéques aussi bien que les communes se déclarèrent contre lui. I, s états l'ayant condamné comme perturbateur de la paix publique, on vit les catholiques aussi bien que les hussites se réunir en corps d'armée et faire régulière ment le siège de Zornstein pour en finir une bonne fois avec l'ennemi. Cette petite guei re éclatait en Moravie au moment même où Pie II venait d'expirer à Àncône. Efynek de Lichtenburg avait plusieurs fois invoqué son assistance contre le roi de Bohême; mais Pie II, loyal et juste, quoique passionné, avait bien vu que la religion n'était pas eu cause, et, refusant de se mêler d'une telle affaire, avait recommandé au rebelle de reconnaître l'autorité du roi. Il faut se rappeler que Pie il, à l'époque

où il tenait ce langage, n'avait pas encore perdu l'espoir

de ramener le roi hussitc à l'obédience de Home. La rupture de la Bohême et du saint-siège, la citation du

roi George devant le tribunal do pape, créaient une situation toute différente; Hynek pensa que le moment était bien choisi pour renouveler sa requête, surtout s'il la renouvelait en personne, comme représentant de la noblesse catholique. C'est alors que, s'échappant de Zornstein, il passa en Autriche et de là en Italie où un nouveau pape venait de remplacer Pie II.

Quel était ce nouveau pape? Un Vénitien nommé Pietro Barbo, cardinal de Saint-Marc II était neveu d'Eugène IV, et s'il reprit bientôt la politique altière el dominatrice de son onde, il ne rachetait pas comme lui la durcie de sa conduite par des qualités éminentes. Ne lui demandez ni le goût des arts et des lettres qui honora le règne de Nicolas V, ni la douceur de Cali.vle III, ni l'intelligence brillante de Pie II. Il était faible et violent, capricieux et entêté, frivole et implacable. Son premier acte fut de violer sa parole vis-à-vis du conclave. Tous les cardinaux, avant de procéder a l'élection, s'étaient mis d'accord sur certains articles que le pontife élu devait transformer en décrets; le point le plus important était la convocation immédiate d'un concile œcuménique. Dans quelle vue cette convocation d'un nouveau concile de la part de cardinaux si hostiles presque t<»n> aux doctrines de Constance el de Bàle? Il serait difficile de !•' dire avec précision, niais enfin c'était chose décidée par un engagement solennel. A peine élu. et. résultat extraordinaire, presque à l'unanimité des suflra il décima qu'il ne roulait pas de concile. Il était beau et très-vain de sa beauté. Le soin de sa personne paraissait une de ses préoccupations les plus vives. Il aimait ■ tarder le \ isage, .1 se c roi rir de pien is -

on sait qu'il dépensa des sommes énormes pour faire de sa tiare le plus splendide <l<vs retins; diamants, perles, rubis, émeraudes, gemmes merveilleuses, éblouissantes, avaient (''té achetés pour lui dans (ous les pays de la terre, et quand il officiait dans les grandes cérémonies, on voyait qu'il étail heureux de montrer à la foule émerveillée le plus beau des pontifes. Au momenl de son exaltation, il avail voulu prendre le nom de Formose; ce ne fut pas sans peine que les graves cardinaux l'empéchèrenl d'afficher ainsi sa vanité, et que le fastueux Formose consenti 1 à se nommer Paul II. L'évoque de Bénévent, d'après un vieil usage qui rappelai! une triple souveraineté attachée jadis à ce siège, portait une triple couronne sur sa mitre ; Paul II en fut jaloux et confisqua la mitre pour lui. Il voulait d'ailleurs que les cardinaux fussenl richement costumés et scrupuleusement fidèles à l'étiquette. Les princes de l'Église à cette époque axant coutume d'aller par les rues de la ville à cheval ou sur des mules, il leur donna de magnifiques housses de pourpre pour l'ornement de leurs montures. Ce fut lui enfin, el ce souvenir protégea longtemps sa mémoire auprès du peuple de Rome, ce fut lui qui déploya dans la grande rue du Corso les somptueuses folies du carnaval. Il est possible que le roi de Bohême ail reçu assez promp terne ni i\r> informations sur tout cela, car il se regarda comme en sûreté du côté de Home; à la déclaration de guerre de Pie II, il crut que le hasard du scrutin faisait succéder une trêve. Il oublia même, faute assez grave, d'envoyer une ambassade à Rome pour féliciter le nouveau pape suivant l'usage du temps. Son illusion ue lut pas de longue durée. Paul II, en satisfaisant

ses vanités, n'entendait point passer pour un monarque imbécile. Le goût des futilités brillantes, chez ce bizarre esprit, s'alliait à la froide cruauté d'un patricien de Venise. La première fois qu'on lui parla des affaires de Bohême, il remit la cause aux mains des vieux cardinaux qui avaient été les collaborateurs de Pie II, et ces cardinaux lui ayant dit qu'il y avait là une hérésie opiniâtre, qu'il fallait l'extirper à tout prix, que l'honneur du saintsiége y était engagé, il se jeta dans l'arène avec violence. Il n'y a rien de tel que ces indifférents quand le fanatisme les prend à faux et à froid. Craignant de ne pas faire assez, ils ne connaissent plus ni règle ni mesure.

L'évoque de Breslau, bien peu suspect de tiédeur assurément, car il était le fils de ce baron Ulrich de Rosenberg qui avait été si longtemps l'adversaire de George de Podiebrad, et l'ardeur religieuse était irritée chez lui par la passion politique, l'évêque JostdeRosenberg avait fait dire à Rome que les mesures projetées par Pie II étaient plus nuisibles qu'utiles à la cause catholique, que le roi George n'était pas du tout un sectaire comme on se le représentait, qu'il n'avait nul goût de prosélytisme, nulle ardeur de persécution, mais que si on le poussait à bout par des violences, il pourrait en arriver malheur aux catholiques de Bohême. Il conseillait donc de suspendre la citation du roi, sinon de la supprimer ton! à fait. C'était aussi l'avis du pape, mais les cardinaux chargés de la question ne lui permirent pas de sYndormir. En répondant à l'évoque de Breslau, ils avaient écrit ces paroles qui devaient aiguillonner Paul 11 : « Celui qui règne on Bohême aurait tort do s'imaginer qu'avec Pie II, de sainte mémoire, toute la puissance du

e apostolique est descendue an tombeau.» On avail donc pu le croire un instant, on L'avait cru en Bohême el peut-être en d'autres contrées de l'Europe. Qui sait? Les cardinaux eux-mêmes avaient-ils en cette pensée injurieuse? De telles paroles son! faites pour déchaîner les plus mauvaises passions dans nne Faible e4 mauvaise nature. Pourquoi l'homme qui se dit roi de Bohême n'a-t-il pas envoyé d'ambassadeur à Paul II tn disaient encore les cardinaux, car ils savaienl ions les moyens d'irriter la vanité du pape. Ils ajoutaient : « La force du saint-siége n i s'est pas amoindrie avec l'évêque Paul, au contraire elle s'est accrue. Les habitants de Breslau ont tort de redouter la lutte; Paul I! saura les défendre plus énergiquement que son prédécesseur. Il j a des ressources auxquelles Pie II ne songeait pas. Est-il donc si difficile de diviser en deux parties L'armée qui se rassemble contre- les Tuns, et d'en envoyer la moitié au secours des Gdèlesde Silésie?» C'était tout un programme tracé au souverain pontife; après avoir excité sa fureur, on lui mettait le glaive à la main. Remarquez aussi ces formules : « celui qui règne en Bohême, celui qui se dit roi dt' Bohême. » Le cardinal Oarvajal, le cardinal Bessarion, le cardinal Guillaume d'Oslie, — car ce sont eux qui allumaient ainsi L'aveugle fureur du pontife, — avaient déjà prononcé, comme on voit, la déposition du roi Geor

Ce à ce moment-là que le baron Hynek de Lichten-

burg arrive à Rome et invoque la justice du pape contre

rge de Podiebrad, oppresseur des catholiques. Le

pape se déclare juge suprême entre le roi et Le baron;

ird, a va ni toute procédure, il ordonne au roi

L'AXATEÈME. 103

de lever le siège de Zornstein et d'indemniser le baron pour les pertes qu'il a subies : sans cela toute négociation est rompue entre Podiebrad et le saint-siége. Telle était l'impartiale justice qu'on promettait au roi de Bohême. L'évoque Rodolphe de Lavant venait d'être nommé 1 auprès de l'empereur et chargé de surveiller à Vienne affaires de Bohême. Le 21 janvier 1465, avant de partir pour Rome, il écrit aux catholiques de Moravie et leur enjoint, au nom du saint-père, de rappeler immédiatement leurs troupes employées au siège de Zornstein. Le loyal Protas, évêque d'Olmûtz, qui avait condamné Hynek comme ennemi do bien publie, ne reçoit pas seulement une sommation du même genre, maïs ane réprimande hautaine et menaçante. « Chargé de défendre les catholiques, il s'est uni à leurs persécuteurs-. Le pape, dans sa juste colère, voulait informer contre lui et châtier sa trahison; les instances du légat Rodolphe ont pu seules obtenir un sursis. Qu'il se hâte donc de rentrer dans le devoir, s'il veut détourner le bras du pontife déjà levé sur sa tête. »

A ces injonctions du pane et de son légat, les prélats catholiques du royaume de Bohême répondirent simplement par le récit des faits: le baron Hynek n'étail pas un catholique persécuté, mais un rebelle, un chef de bandes, qui avait ravagé la Moravie, et que la magistrature nationale avait justement condamné. Le roi de Bohème écrivait la même chose à Paul II dans ane lettre respectueuse ri digne où il s'excase •!•' ne pas avoir encore envoyé ses ambassadeurs ao Vatican. Le pape ne répondit pas au roi : il s'adressa aux prélats et barons du Mime, i Je regrette, disait-il, qu'on /«''lé catholique

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comme le baron Hynek ail manqué à ses devoirs envers concitoyens; mais l'homme qui le poursuit à main armée n'a sur lui aucun droil de justice, étant sorti <l<i l'Église. Cessez donc d'assiéger le château du baron, hâtez-vous de lui restituer ses domaines; sa cause sera jugée devant le siège apostolique, et nous le condamnerons à réparer tous les dommages particuliers dont il scia reconnu coupable. Quant au crime qu'on lui fait d'avoir refuse obéissance au persécuteur de la foi, le baron Hynek est innocent.» Le roi répondit en roi. Le château de Zornstein, après un siège de dix mois, ayant été obligé de se rendre (9 juin 1465), Podiebrad le fit raser jusqu'au sol.

C'était le commencement de la guerre. Podiebrad l'avait évitée avec la prudence du politique et la longanimité du chrétien. Pouvait-il hésiter davantage? Déjà plus d'un baron, excité par les appels de Rome, se préparait à suivre l'exemple d'Hynek. Il était urgent de faire étinceler l'épée de justice et de terrifier la rébellion. Paul II sentit le coup qui le frappak. A la première nouvelle de la prise et du sac de Zornstein (2 août), il lance la grande menace préparée déjà sous Pie II, la citation de George de Podiebrad, se disant roi de Bohème, devant le saintsiége apostolique. Lepape ne se contentait pas de le citer 'ii tribunal comme hérétique, relaps, blasphémateur, spoliateur des biens de l'Église, afin qu'il eût à se justifier de ces nrcitsadons et de bien d'autres encore; il le tenait pour jugé sans nulle forme de procès, et le condamnait par avance. Un décret pontifical, publié quatre jours après la citation, dégageait de tout devoir envers le roi de Bohême ceux qui tenaient à lui par quelque lien que

ce fût, parents, alliés, sujets, et frappait d'anathème quiconque lui porterait secours.

Ce fut une heure sombre pour le roi, quand il entendit retentir cette clameur impie. Alliés, sujets, tous ces hommes si chèrement conquis à force de labeur et d'héroïsme, le pape leur faisait un devoir de la révolte! Ces amitiés scellées du sang le plus pur, celte autorité recueillie avec tant d'efforts dans le naufrage public et qui avait sauvé la patrie, elles étaient maudites au nom de Dieu par la voix qui trouble les consciences! Le roi George crut sentir la cognée dans les racines de l'arbre. Il lui sembla qu'un tremblement de terre secouait son édifice. Certes, il comptait sur son peuple comme il comptait sur ses vaillants Mis pressés autour de lui; mais ne voyait-il pas dans un avenir prochain se foi-mer une ligue féodale? Fallait-il, après vingt ans de luttes et de victoires, retomber dans l'abîme où le royaume avait failli périr? On ne refait pas deux fois la même œuvre. Serait-il aussi heureux, ayant à combattre tout ensemble l'anarchie et le saint-siége? Toul près de lui, dans les hauts rangs de l'État, il devinait déjà des âmes ébranlées. A.ux ressentiments des ennemis vaincus allaient si joindre les perfidies des serviteurs jaloux. I. es faux amis, qui s'étaient inclinés devant le succès, mais qui enviaient secrètement la fortune du parvenu, s'empresseraient de saisir le prétexte fourni par la cour de Home à leur félonie toute prête. Celui qui le premier, obéissant au cri de la nation, l'avait proclamé roi à l'hôtel de ville de Prague, le baron Zdének de Sternberg, sérail heureux de voir se rouvrir la lice et «le tenter à son tour les aventures souveraines.

Ces pressentiments do roi ne tardèrent pas à se réaliser. Pendant toute L'année 1465, le péri] va croissant de jour en joui-. La ligue des barons s'organise, et Zdének est à leur tête avec les Rosenberg. Que faire? Essayer encore de calmer la-fureur du pape, avant que la guerre civile ne rende Loute négociation impossible; tenter un compromis sans abandonner les principes de la révolution. Si Podiebrad n'était qu'un soldat, il courrait aux armes avec ses fils; il est roi, il a charge d'âmes, nue immense responsabilité pèse sur lui, sou devoir est de uégocier avant de combattre. 11 offrira donc à Paul 11 la restitution des biens de l'Église confisqués depuis un demi-siècle dans la guerre dc> hussites; il lui demandera pour la ville de Prague un archevêque catholique, pourvu que cet archevêque, Bohémien ou Morave do naissance, s'engage a considérer les calixtins comme une paiiic de son troupeau, à respecter leur culte, à ordonner les prêtres de l'une et île L'autre communion, à se conduire en pasteur chrétien, et non en chef de secte. Mais par quel intermédiaire adresser ces offres au souverain pontife? L'empereur a été sauvé d'une ruine certaine par George de Podiebrad, le roi de Hongrie Mathias Corvin esl le gendre du roi de Bohême. Ils ont tous les deux des titres à se faire écouter du pape, le premier par L'autorité dont il est revêtu, le second comme défenseur de l.i chrétienté contre les ottomans. Malheureusement la mort vient de frapper le duc Albert d'Autriche, frère de L'empereur, celui dont La turbulence séditieuse inquiétait sans cesse Frédéric 111 et l'obligeait à réclamer les secours du Bohémien. L 'égoïste Frédéric, n'ayant plus besoin de son généreux voisin, se croit d en-

lui. Quant à Mathias Corvin. il vient irdresa

femme, la fille de Podiebrad. Lui aussi, le voilà

liens qui rattachaient au roi de Bohême; il peut enfin lever le masque et suivie sans scrupule sa farouche ambition. Au moment où les conseillers du roi George dent au généreux Vitèz, archevêque de Gran et primat de Hongrie, pour obtenir sa médiation auprès de Paul IL Mathias Corvin écrivait au pape qu'il était prêt à ouvrir la croisade contre L'hérétique.

Ainsi chaque jour amène un danger nouveau. La ligue des iis étend ses ramifications au dedans et au

dehors. Vainement le roi redouble d'activité pour i - 1er la guerre, vainement le ; Martin Meyr,

ihéme par son maître le duc de Bavi< écrit, au nom de George de Podiebrad, un faits qui doivent toucher l'âme du pontife; les démarches plus humbles, les tentatives les plus conciliantes du vaillant monarque ne servent qu'à fournir à Paul II des occasions de violences.

; ne croirait pas que ces brutalités fussenl possibles, lies n'étaient attestées par des écrivains de tous b4s partis. L'envoyé bohémien Jaroslaw, chargé de porter à Rome la lettre du roi de Bohême, se trouve sur le | 5du pape au moment où il Aient d'officier, et, lui sentant sa missive : 1 Très saint père, lui dit-il humblement, a 1 qu'adresse à Votre Sainteté \ otre fidèle et loyal fils, le roi de Bohême, mon gracieux seigneui Paul II prend la lettre, la jette à ten fureui ie : Comment, brute que lu 1 lu en ma prèl'pcli p du oom de roi un hérétique condamné par l'Église? Va-t'en au gibel qui t'attend, loi el ton lu

168 LE ROI GEORGE DE PODIEBItAD.

tique. » La lettre fui ramassée pourtant e1 remise au cardinal Carvajal. Jaroslav attendait la réponse depuis plusieurs semaines. Gomme il assistait à la messe de Noël à Sainte-Marie-Majeure, l'empereur, qui se trouvait alors à Rome, le reconnul dans la foule e1 lui cumin a un héraut d'armes pour le châtier publiquement. L'officier impérial, armé du bâton d'argent, l'en frappa deux fois sur la nuque et l'obligea de sortir de L'église. Un chroniqueur silésien, témoin du fait et qui le raconte, dit que son cœur bondissait de joie en voyant la honte du Bohémien. Il est inutile d'ajouter que ce fui la dernière missive de Podiebrad à Paul II. En ce même mois de décembre 1465, le pape avait renouvelé avec plus de développements et de force sa bulle du 6 août : « Au nom du I)icu tout-puissant et de ses apôtres Pierre et Paul, toute la noblesse, barons et gentilshommes, toutes les communes, villes, châteaux, villages, en un mot tous les habitants du royaume de Bohême ainsi que des margraviats de Moravie et de Silésie, sont déliés et affranchis de tous serments et hommages prêtés au nommé George, jusqu'au jour où un roi chrétien sera placé sur le trône. Si quelqu'un ose rendre à l'hérétique, à l'impie, à l'ennemi de Dieu, les devoirs qui ne sont dus qu'aux rois chrétiens, qu'il soit anathème ! »

C'est alors qu'une pensée extraordinaire, une pensée où l'enthousiasme se mêle au désespoir, traversa un instant l'imagination du roi George. Il savait bien qu'il était chrétien de cœur et d'âme; puisque le saint-siége, sur un point de détail, et sur un point consacré par les représentants de toute l'Kglise, s'obstinait à le chasser de ta grande communauté chrétienne, qu'il serait beau

d'obliger la chrétienté à juger de sa foi par ses services! Le pape Pie II, malgré son héroïsme, n'a pu entraîner l'Europe à la croisade; s'il- partait, lui, avec ses vieilles bandes chrétiennes, s'il levait an homme sur dix dans sa Bohème guerrière, s'il lançait sur l'Ottoman cette formidable masse, s'il détournait contre les barbares de l'Asie cette guerre qu'on l'oblige à soutenir contre ses frères d'Europe, s'il allait conquérir dans Constantinople une couronne plus éclatante que celle des Ottocar, la couronne d'Orient, la vraie couronne du saint-empire, car c'est dans Byzance régénérée que siégerait à l'avenir le défenseur des chrétiens... Quels lèves pour une âme chevaleresque! Mais quoi! renoncera la Bohême, à «vite pairie tant aimée, à ce trône où l'ont appelé les acclamations du peuple aux heures les plus belles de sa vie? Non, l'Europe récompenserait son libérateur en assurant la couronne de Bohème à l'un de ses enfants; un autre de ses fils serait archevêque de Prague ; le pape, heureux de l'expulsion des Turcs, se prêt. Tait aux concessions mutuelles qui éteindraient à jamais les vieilles haines.

Tel était le rêve grandiose de roi I ! ■■. Ce fut plus qu'un rêve. Il est certain que ces conditions inattendues furent soumises à Paul II par L'entremise du duc de Bavière. Dans L'absence de documents directs, c'est par la réponse du pape que L'histoire a retrouvé cet épisode. Pie II, avec son imagination si vive, aurail senit, à La lecture -le ce projet, une sorte d 'enfouissement; il aurait été ravi, touché, il eût ccAv peut-être. Paul 11. on le pense bien, if \ verra qu'une ruse diabolique, les c mlinaux soûrironl avec dédain : i Demander une récom-

pense, quand nous lui ordonnons la soumission el Le repentir! Demander La direction de la croisade, le commandement de la chrétienté, la couronne de L'empire d'Orient ! Autant vaudrait confier au diable l'explication de L'Évangile, autant vaudrait mettre le poignard aux mains du meurtrier. Il > aura, grâce à Dieu, d'autres moyens de vaincre le Turc que «le placer L'Antéchrist à la tête «les armées du Ghrist. » Quant à la nomination du fils de George comme archevêque de Prague, Le sacré collège n'a pas de peine à démontrer que Le prétendu roi de Bohême ignore tous les règlements canoniqn Ajoutez quelques avertissements ironiques au duc de Bavière sur sa simplicité d'esprit, vous aurez en substance la pédantesque et injurieuse réponse des théologiens de Rome.

En vérité, cette réponse «''tait facile à prévoir. Qu'on ne se hâte pas cependant de signaler un acte insensé dans le projet du roi de Bohême; qu'on ne dise pas que la chose est Impossible, qu'une telle idée n'est pas venue de lui, qu'un politique, si prudent aurait craint de paraître avouer sa détresse en invoquant ces chimériques m -.Il faut se reporter au quinzième siècle, le grand siècle des aventures, le siècle ^\^> royautés qui fondent. Dans l'enfantement confus du monde moderne, tous les pouvoirs se déplacent. De là, par tout pa\ ambitions déchaînées el comme une chasse ardente aux couronnes. C'est L'époque du grand Sforza, de Charles le Téméraire, (\v> York el des Lanças tre. En Autriche, m le duc Albert a voulu détrôner son frère, L'empereur Frédéric 111, — en France, le duc de Berri, à peine 'le vingl ans, aura bientôt h prétention de détrôner son

frère, le roi Louis XI. Cet empire d'Orient auquel a songé George de Podiebrad, Charles le Téméraire n'ira-t-il pas le chercher à son tour, quand les Suisses lui barreront le passage? Et Charles VIII, trente ans plus tard, ne croit-il pas déjà le toucher do la main, lorsque l'Italie soulevée derrière lui l'oblige à repasser les Alpes? Au milieu de ces compétitions furieuses, dans la mêlée des entreprises et l'essor désordonné des rêves, on s'explique mieux, ce semble, le noble songe du roi de Bohême.

Au reste, folie ou non, la physionomie morale de George de Podiebrad s'y éclaire d'une lueur nouvelle. Ce ne sont pas ici, comme sur d'autres scènes du quinzième siècle, les jeux de la violence et de la ruse. Quoi de plus beau que celte candeur héroïque chez un souverain menacé d'une guerre impie, et qui, ne voulant ni trahir la foi de son peuple, ni tirer l'épée contre les catholiques, essaye de tout concilier par une combinaison grandiose dont profitera la chrétienté tout entière?

Un chef comme le roi George ne s'abandonne pas longtemps à ses rêves. C'est l'heure de veiller etd'agir. Le roi est à son poste. La ligue (\c^ seigneurs, quoique bien organisée dès la lin de 1 165, est tenue en échec par une main de fer. Podiebrad a réfuté leurs griefs devant l'assemblée «les états, il les réduit à ronger leurs freins derrière les murailles de leurs burgs. Entourés, gardés .m vue, chacun dans son domaine, les seize barons n'oseni

I7â LE ROI OEOROE DE PODLEBRAD.

rien entreprendre. Ce n'est pas toul : en maintenant l'ordre à l'intérieur, il faul conjurer l'orage qui peut se former au dehors. Au momenl ou l'empereur vient de léclarer pour le paix1, ce serait une imprudence de compter sur les anciennes sympathies des princes allemands. Ces sympathies, il faul les entretenir, les conquérirsans cesse; il faut prouver que la cause du roi de Bohême est la cause de ions les souverains; il faut opposer le droit national au droit théocratique. Or en ce moment-là même, au commencement de 1466, un nou- ?eau lutteur entre en scène et vient se placer auprès du roi.

C'est un vieillard, un intrépide vieillard, théologien et légiste, savant et orateur. Nous l'avons déjà signalé; il se nomme Grégoire de Heimhourg. Né avec le siècle, il a joué un rôle dans toutes les grandes discussions qui ont tenu la chrétienté en suspens. Il était au concile de Bâle, et le brillant Sylvius, le futur pape, dans son ardeur d'opposition contre les abus de la cour romaine, n'avait pas alors de plus fidèle compagnon d'armes. .l'.iicas-Syhius, séduit par les dignités de l'Église, entraîné aussi sans doute par la raison politique et par le génie de la race italienne, abandonne les principes du concile pour revenir à la théocratie. Grégoire de Heimbourg reste fidèle aux généreuses inspirations de sa jeunesse. Quand le concile est dissous, Grégoire le représente encore en Allemagne. Les propositions hardies qui furent pour l'église germanique ce qu'avait été pour l'église gallicane la pragmatique sanction du concile de Bourges, c'est Grégoire de Heimhourg qui les fait votera Mayence le 26 mars 1438. La pragmatique de Boni •

les propositions de 3Iayence, les compactais d'Iglau, naissent du même mouvement général à quelques mois de distance. Depuis ce jour, chaque fois que la politique romaine essaye de reprendre à l'Allemagne ses libertés religieuses, l'invincible lutteur est sur la brèche pour la défense du droit nouveau. Nous n'avons plus l'idée de ces grandes existences dévouées à un principe, de ces combats de doctrines et de parole où le soldat d'une idée ne craint pas de rester seul contre tout un monde. 11 y a des heures où la cause de Grégoire semble vaincue; Grégoire est toujours debout. A Rome, à Vienne, à Nuremberg, à Francfort, partout où s'engage la guerre de la théocratie contre les églises nationales, on voit arriver l'intrépide orateur1. C'est le tribun de la religion émancipée, le prophète du christianisme viril. Diplomate maladroit, il perd toutes les causes où il faut procéder avec art; apôtre aux lèvres de feu, il gagne toutes les batailles

1. Est-il nécessaire de rappeler ici au lecteur attentif que ce mot églises nationales signifie simplement la diversité dans L'unité? c'était là l'idée du quinzième siècle; pour les évoques de France soutenant la Pragmatique de Bourges, pour les évêques allemands soutenant les propositions de Mayence, comme pour les hussitea de Bohême réclamant l'exécution des compactais d'Iglau, il n'était pas question d'autre chose. Assurer la vie religieuse de chaque nation chrétienne au sein de la communauté générale et de l'unité suprême, tel était au quimième

siècle l'office des église-; nationales. Kn un 1110!, deux >\.-lrines étaient

en présence dans le catholicisme de cette époque : la Fédération d'un côté, L'absolutisme de L'autre. Le Byslèmc rédéralifa succombé, et nous voyons aujourd'hui en quelles Impasses L'abfolulisme a enfermé le monde chrétien. ->- Dans L'étal acinel de la chrétienté, le mot église nationale représente uni1 ehose toute différente, une chose lunette et

justement coud a ni né',-, je ?eUX dire L'aSSeï \ i sse 11 icnl de L'ÊgliSfl à l'I.lal, la réunion des deux pouvoirs au\ mains d'un maître, que ce maille

boII un souverain ou un peuple, un parlement ou un César,

où jn'iii se déployer librement l'enthousiasme de sa foi. Il enseigne aux souverains d'Allemagne leurs droits et leurs devoirs, leurs droits vis-à-vis du saint-siége, leurs devoirs envers l'église de la patrie. Un jour, il réprimande l'empereur Frédéric III. el avec quelle souveraine éloquence! Si l'archevêque de Mayence esl persécuté i r son attachement aux principes du concile, il

accourt auprès de lui afin de l'aider à soutenir l'orage. Si le dur Sigismond d'Autriche est excommunié poui avoir empêché le cardinal Nicolas de Guse de troubler ses États, Grégoire de Heimbourg rédige un appel an futur concile, le signe de son nom et va l'afficher luimôme aux portes des églises de Florence1. Par ses écrits comme par ses discours, il entretien! d'un boni de l'Allemagne à l'autre l'horreur de la théocratie, comme s'il prévoyait le mal que la théocratie va faire au christiauisme éternel. Grégoire de Heimbourg, en 1466, c'est véritablement le génie de l'Allemagne avant les déchirements funestes, son génie encore catholique, mais anliromain, cinquante années avant Luther.

On voit ce que signifiait l'arrivée d'un tel homme à la cour du roi George : l'esprit germanique, si longtemps hostile au paysde'Jean Huss, venait généreusement à son secours. Le premier acte de Grégoire de Heimbourg est un manifeste adressé à tous les princes de la chrétienté pour la justification du roi de Bohême. Amis et ennemi-, au quinzième siècle, > virent un modèle d'éloquence el

1. On peul consulter sur la lie et les œuvres de Grégoire de Heimbourg la savante cl complète élude publiée récemmenl par M. Clément Bnx khaus : Gregor von Veimburg. Ein Beitrag :nr deulschen (;<■>< hU hic de» XVJahrhunderts, l vol. Leipzig, 1861.

L'AXAT H EME. 175

de raison. Le grand publiciste, faisant parier son maître, exposait ainsi \es faits et les droits : •< Depuis le commencement de notre règne, l'agriculture et le commei .

si longtemps étouffés, ont repris leur essor. Les forteresses d'où sortait la dévastation sont renversé bandes qui désolaient le pays, devenues une armé: gulière, sont employées aujourd'hui aie défendre. L s tribunaux sont rouverts. l'Etat a recouvré sa puiss pour garantir l'ordre et la paix. Cependant, au sein de la paix la plus florissante, des germes funestes peuveri

ssèr : il y a dans notre royaume des Catîlinas qui. sous le voile d'un zèle ardent pour l'unité de l sous le

masque de leur dévouement au saint-siège, cachent

irvers. Le pape, prêtant une oreille trop facile à la calomnie, nous a intenté un procès indigne : il nous refuse notre titre royal et nous appelle de notre nom de famille, nous qui avons été - au pied des au' nous qui avons été reconnu roi par l'empereur, par les princes et même par les pi du pontifequi

occupe aujourd'hui le siège de Rome. Il est manifeste que le saint-père, en se servant de ces formes captieus s, a voulu nous tendre un double piège. Obéir à une citation où nous sommes traité en -impie particulier, c'eûl été une abdication volontaire, et comment nous justifier d'être retombé dans Pbéi os avouer Implicitement

que nous avions mérité une première fuis d'être appelé hérétique? Mais la plus révoltante des injusti atre

nous protestons, la voici : le ivant l'ex-

piration du terme qu'il a ii\é lui-même, i &écute nu jugement qui n'existe pas et délie i de l'ob e qu'ils nous doivent ! »

C'est ainsi que le roi, dès les premiers mots, reprenait sa couronne el déchirait la citation du pape. Il continue royalement, avec autant de noblesse que de force. Il prouve que le saint-siége a violé lui-même le droit qu'il s'arroge, qu'il a usurpé sur son propre tribunal, et

que, par ce seul fait, il a détruit à jamais sa juridiction sur la Bohême. Puisque le pape exécute la condamnation avant quole procès soii commencé, quelle justice peuvent espérer la Bohême el son roi? Quand Les juges sont liés d'avance, il n'a plus de tribunal. D'ailleurs la juridiction de Rome fût-elle possible, est-ce donc à Rome, au milieu de ses ennemis, au milieu d'accusateurs prévenus et opiniâtres, qu'il conviendrait au roi de produire sa défense? Où seraient les témoins pour démentir ou confirmer ses paroles? Et comment la vérité se ferait-elle jour à travers les ténèbres amassées parlant de calomnies? Il a proposé une grande réunion des souverains du monde et des princes de l'Église dans une contrée voisine de la sienne, une réunion où la Robéme pourrait pailer, où la vérité serait visible à tous, où les choses crieraient d'elles-mêmes. C'était la lumière qu'il appelait, le pape n'en a point voulu. Celle lumière dont on ne vcmi p,is, cette vérité qu'on repousse à Rome, la voici. Le royal accusé reprend alors en quelques mots l'histoire de sa vie et de >nn gouvernement. Il expose el maintient le droit public de la Bohême, fondé à jamais sur les décoqs du concile de Bâle. Il ose dire enfin que la manière dont il a pacifié celte Bohême indisciplinable, après trente ans de révolutions et de guerres civiles, pourrait Bervir d'exemple aux autres royaumes de l'Europe, El d \,int qui se rend-il un si fier témoignage? Devant les

princes ses voisins, devant les rois, les ducs, les margraves, qui l'ont vu naître et grandir, qui Font initié à leurs propres affaires, qui l'ont pris pour arbitre, qui ont échangé leurs enfants avec les siens, devant (](>> hommes qui l'ont vu àl'œuvre sur les champs de bataille, dans les conseils, au foyer domestique, et qui, s'il trahissait la vérité, se lèveraient pour le confondre.

Ils se lèvent, ces princes de l'empire, et tous, excepté l'empereur, qui lui doit le plus, tous viennent solennellement confirmer ses paroles. Le manifeste de Grégoire de Heimbourg, celte œuvre supérieure au génie de l'époque, comme dit l'historien du droit impérial1, était un appel irrésistible à la conscience publique. Les princes, sans s'inquiéter de l'anathème du pape, répondirent à ce cri de l'âme avec une loyauté hardie. « Il a rétabli l'ordre en Bohême, disait le duc Louis de Bavière, et nous aidé nous-même à paciiier nos États, à augmenter nos revenus, à diminuer le nombre de nos troupes. » Le prince-électeur, archevêque de Cologne, et son frère le comte palatin, ce Frédéric le Victorieux, qui avait battu la moitié de l'Allemagne, s'empresseni aussi de gloriticr les services du roi George dans une adresse qu'ils signent tous les deux et qu'ils envoient à Home. « Prenez garde, écrivaient à Paul II les (\ur> Albert et Guillaume de Saxe, prenez garde de réveiller la férocité bohémienne, si heureusement domptée par la ferme sagesse ci La haute humanité du roi. » Le margrave

I . Scriplum grave el quantum genius txcuti patiebatur, fftto $upro mbcuU ingenium elegans, Mullcr, Rcich.8tags-thcatrumt t. Il, p. 850-

l.K nul GEORGI DE POD1EBRAD.

de Brandebourg ne donne pas seulement au pape un a\ is respectueux, il lui adresse une plainte qui esl une protestation. Il a consulté des légistes, hommes de vaste science el de raison profonde, il a conféré longuement avec eux sui ce sujet, el lousonl déclaré que la condamnation du roi «le Bohême étail une violence inouïe, stu~ \ htm facinus. Louis XI, dans sa lettre à Paul II, n'es! pas moins explicite : il appelle la procédure du saintsiége un acic de rébellion, el lui conteste absolument lu droit île traiter ainsi un souverain.

Il faut entendre surtoui lus catholiques do Bohême, ceux que dus ambitions personnelles n'ont pas entraînés dans la ligue, et qui représentent l'intérêt général dans lus assemblées de la patrie. Par un bref envoyé aux quatre principales villes do la Moravie : Olmûtz, Brunn, Znaïm, [glau, lo pape leur avait ordonné de se détacher du roi ; lu loyal évêque d'Olmûtz, Protaz de Boscovic, répondit, avec mu' liberté toute chrétienne, que eu sérail une mauvaise action, une action inique et funeste. Il vanta la mansuétude de George, son esprit de tolérance, sa fidélité à sus engagements; il montra combien il serait dangereux pour l'Église et pour lu bien commun que lus catholiques de Bohême trahissent leurs serments envers leur souverain; et comme la ville de Pilsena déjà levé l'étendard de la révolte, il supplie Paul 11. au nom dr> autres villes, de les autorisera s'unir au roi George pour étouffer l'insurrection.

Pc conseil de princes de Moravie tint noblement le même langage. Les ducs de Silésie ajoutèrent que le seul auteur du mal était le légal Pantin de Valle, ave< violences d'énergumène. Dans les affaires dr religion,

disaient-ils, le roi a toujours été si doux, si tolérant, que le plus zélé catholique n'a rien à redouter d'un tel maître; ils suppliaient donc le pape de supprimer le procès, de le suspendre au moins jusqu'à meilleure information, et déclaraient enfin que leur parti était pris • quelle que fût la décision de Rome, ils ne se sépareraient pas du roi. Les ducs Henri de Glogau, Conrad d'Oels, Nicolas d'Oppeln, Premislaw de Tost, Frédéric de Liegnitz, avaient signé cette déclaration.

Quelle impression produisirent sur l'esprit de Paul II tant et de si imposants témoignages? Il n'y vit qu'une seule chose, c'est que le liras séculier dont il avait besoin pour l'exécution de sa sentence ne se trouverait pas chez les princes de l'empire. Il fallait chercher fortune ailleurs. Le roi de Hongrie avait offert son épée au pape dés le commencement de la lutte, c'est-à-dire à une époque où le saint-siège ne voulait pas encore en venir aux dernières extrémités; on renoua les négociations, mais déjà Grégoire de Heimbourg était sur le terrain et combattait avec vigueur l'influence des légats. Pendant toute l'année 1466, le grand diplomateesl en correspondance avec l'archevêque de Gran, primat de Hongrie. Il espérait que ce prélat, esprit sage, àme généreuse, pourrait dominer le fanatisme de son maître, et il s'efforçait de lui prouver que la Hongrie et la Bohème devaient faire cause commune, ayant dans l'avenir un intérêt semblable. On \«>it par une de ses lettres avec quelle ardeur il désirail cette alliance, puisque cette ardeur même avait éveillé des scrupules dans la conscience de l'archevêque. Neserait-ce pas une conspiration Contre l'empire?se demandait le prélat. Ce nV>l pas une

conspiration, répond Grégoire, c'esl l'exercice d'un droit naturel.

Grégoire de Heimbourg avait raison : le roi de Bohême ci son ministre, en poursuivant L'union des Tchèques el des Magyars, obéissaient à une inspiration de génie. Les deux peuples, étrangers de race el de langue au milieu du monde germanique, n'étaient-ils pas nécessaires l'un à l'autre? La ruine de la Bohême, provoquée parla fureur du pape, ne devait-elle pas profiter surtout à la maison d'Autriche? Une fois les Bohémiens abattus, les Hongrois n'auraient-ils pas leur tour? Grégoire, sans s'exprimer avec celte précision, a eu pourtant le mérite de pressentir ces choses avec une sagacité supérieure, el l'histoire, on le sait trop, a consacré ses vues.

L'archevêque paraissait accueillir avec faveur les idées de Grégoire de Heimbourg; il est douteux cependant qu'il les eûl l'ail triompher, el sans les événements qui appelèrent Mathias Gorvin du côté de l'Orient, on peut croire que le pape eût trouvé son soldat dès l'année I ïor>. Une nouvelle invasion des Turcs obligea le roi de Hongrie à porter ses forces sur le Danube. D'ailleurs une autre guerre, et toute différente, l'empêchait de répondre aux appels de Paul 11 ; c'est le moment où le fils d'Iluoyade, réveillanl les plus mauvais instincts de la race d'Attila, exécute contre les soldats chrétiens de la Roumanie les attentats horribles qu'il commettra bientôt contre la Bohême.

Il n\ avait plus «pic deux princes à qui le saint-siége pût s'adresser, le roi de Pologne el l'empereur; mais <■< miment vaincre les irrésolutions de l'empereur? Comment entraîner dans une telle lutte le doux et pacifique sou-

verain de la Pologne? L'empereur ne se déclarait jamais, il préparait dans l'ombre le fil de ses intrigues, agissait en faisant agir ses alliés, s'appliquait à ne point se compromettre, et n'avait qu'une visée dans toutes les questions : l'agrandissement de l'Autriche. Le roi de Pologne était dégoûté de la guerre, bien qu'il la fit alors trèsbravement contre lesordres teutoniques; il y avait épuisé ses ressources malgré de nombreuses victoires, et n'était pas homme à courir de folles aventures. La chasse, le repos, une cour brillante et somptueuse, voilà ce qu'il fallait au roi Casimir, et non cette couronne de Bohême que lui offrait Paul II. il aimait d'ailleurs le roi de Bohème et trouvait sa cause juste. Le légat, Rodolphe de Lavant, essaya en vain des menaces et des promesses ; il eut beau imposer la paix aux ordres teutoniques pour rendre à la Pologne sa liberté d'action. Casimir profila de cette paix et refusa de s'engager à rien. Craignant même que le traité conclu en son nom par le légat ne donnât lieu à de fausses rumeurs, il envoya des ambassadeurs en Bohème pour tout révérer au roi George et surer de sa loyale amitié.

Ainsi, ni la Hongrie, ni l'Autriche, ni la Pologne n'étaient en mesure de soutenir la cause de Rome, « t les ■princes de l'empire donnaient à Podiebrad l'appui de leur témoignage unanime. Il fallait pointant que la sentence pontificale lût exécutée. « Notre situation devenait ridicule, écrit le cardinal de Pavie, Jacques Piccolomini, dans le récit qu'il a tracé des délibérations du sainte. Quoi! prononcer la déchéance d'un roi quiconli- Duerail à régner! attaquer à coups de paroles un ennemi qui répondrai! par les armes! Indécis, troublés, nous

hésitions, quand le cardinal Carvajal, homme (fane hante 3e el inflexible adversaire de l'hérétique, raffermit subitement 1rs courages. Voyanl le sacré collège ébranlé, il s'écria : « Pourquoi mesurer tout h h mesure <l<'s choses humaines? Ne laisserons -nous aucune pari & Dieu en desaffaii ires? Puisque ni l'empereur,

ni le Hongrois, ni le Polonais ne nous viennenl on

le, le ciel même, croyez-moi, combattra pour nous el renversera l'impie. Faisons notre devoir, Dieu fera le sien. »

D'après le témoin que nous venons de citer, l'impression de ces paroles fut très-vive au sein du sacré collé On craignit sans doute de la laisser s'affaiblir. C'est le 21 décembre que le vieux cardinal imposai! à Dieu le devoir de servir la politique romaine: deux jours après, la condamnation définitive du roi de Bohême était prononcée par le pape en consistoire extraordinaire.

Environ quatre mille personnes étaient réunies dans Penceinte. Toutes les formes solennelles furent minutieusement observées. Après le discours de l'avocat du consistoire, après le rapport du procureur de la foi, le pipe envoya un archevêque et trois évoques sur les balcons du Vatican, avec ordre d'appeler à hante voix

irge de Podiebrad ou son représentant, et de l'amener dans la salle. Les prélats rentrèrent bientôt, annonçant quepersonne n'avait répondu à rappel. Mors le pnpe prit la parole; malgré tous les témoignages contraires produits par les princes de(empire, par les évéques et les Gdèîesde Bohême, il accusa le roi d'avoir opprimé

catholiques de ses États, et chargea !" cardinal vîce- • hancelier de proclamer le jugement. Nous sa^ ons

L'ANATHÈMB. 183

d'avance ce que ce jugement va contenir, nous savons aussi dans quels termes il sera conçu. George de Podiebrad, qui se dit roi de Bohême, y est appelé fils des ténèbres, hérétique relaps, protecteur d'hérétiques, parjure, brigand, spoliateur de rÉgli&e, et déclaré digne de Loules les peines que la loi pontificale inflige àdc pareils crimes. Tous ses titres de roi, de margrave, de prince, toutes ses dignités, tous ses pouvoirs, tous ses droits lui sont enlevés à jamais. Ses descendants sont déclarés incapables de revêtir aucune dignité, de recueillir aucun héritage; ses sujets sont déliés de tous leurs serments envers lui. Telle était la sentence, formulée déjà au mois d'août, prononcée illégalement dans la précipitation de la colère, e( renouvelée dans toutes les formes le 23 décembre 1466.

Trois mois après, aux fêtes de Pâques, l'anathème sera confirmé d'une manière plus solennelle encore. C'est le jeudi saint, le grand jour de la bénédiction urbiet orbi; le pape est porté sur son trône au balcon delà vieille basilique de Saint- Pierre ; cardinaux et prélats lui font un éclatant cortège; sur la place, dans les nus, une foule immense, accourue de toutes parts, vienl recueillir les paroles d'amour que le vicaire du Christ doi! envoyer à la ville, et de la ville à l'univers. Or, avant de bénir el Rome et le monde entier, Paul 11, les mains levées au ciel, commence par jeter (\r^ clameurs de malédiction : « Anaibème sur George de Podiebrad, anathème sur ses amis, scs partisans, ses alliés, anaibème sur quiconque lui prêtera obéissance! <■ Et chaque année, pendant les luttes que nous avons encore à décrire', ce même cri retentira du haut de la basilique; chaque

année, avant la bénédiction universelle, le nom des Bohémiens maudits sera signalé à l'exécration de la chrétienté; chaque année enfin on verra s'allonger la liste; car les amis du roi ne seront pas tous désignés en masse, quelques-uns seront apostrophés directement : un jour, ce sera son conseiller Grégoire de Heimbourg, une autre fois ce seront les princes ses dis. La reine ellemême, la pieuse reine Jeanne, aura sa place dans ces litanies de la haine.

Le siècle de George <l<4 Podiebrad n'est pas le siècle des Innocent III el des Boniface VIII. Après la période ih\s schismes, après l'opposition des conciles, dans un temps qui avait vu se déployer avec vigueur l'esprit des églises nationales, les condamnations du saint-sii n'avaient plus le pouvoir de bouleverser l'Europe. Ne croyons pas cependant que ce fussent des armes impuissantes. Si les politiques souriaient avec dédain, plus d'un cœur simple était troublé. Des prédicateurs fanatiques commentaient les huiles papales dans maintes contrées allemandes, et prêchaient la croisade contre le Bohémien. A Leipzig, à Erfurth, les étudiants délibérèrent en tumulte sur la conduite qu'ils devaient tenir; ilsvoyaient déjà en imagination recommencer les guerres de Ziska, el tout en blâmant les témérités de Paul II, ils se demandaient s'il ne (allait pas frapper la Bohème avant l'explosion de sa colère. Malgré les sympathies des princes pour le roi George, des corps francs s'organisèrent sur plusieurs points de l'Allemagne. C'est alors que Grégoire de Heimbourg conseilla au roi de suspendre l'effet du jugement par une mesure hardie, mesure bien conforme (Tailleurs a l'esprit du quinzième siècle et à l'inspiration

secrète du pays de Jean Huss : l'appel au futur concile œcuménique.

Le 14 avril 1467, le roi George -rassembla subitement dans son palais tous les chefs catholiques qui se trouvaient alors à Prague. Assis sur son trône? il lut un manifeste où était dévoilées les iniquités et les violences du pape. C'était t œuvre de Grégoire de Heimhourg. Paul II n'ayant pas obéi à la justice, mais à la haine, le roi en appelait au saint-siége lui-même; carec n'était pas contre l'institution et le droit d'un pontificat suprême que prolestait le roi George, c'était contre la personne de celui qui occupait alors le trône de Saint-Pierre, personne mortelle, faillible, passionnée; et si ce premier appel ne suffisait pas, il en appelait en second lieu au futur concile général, à ce concile qui aurait dû être réuni depuis longtemps, et qui n'était retardé ou supprimé que par l'indifférence ou l'usurpation de Paul II. Enfin, si celle seconde protestation devait aussi demeurer sans effet : v J'en appelle, disait-il, aux successeurs de Paul II, j'en appelle à tous les corps de la chrétienté, j'en appelle à quiconque aime le droit et la justice ! »

Ce n'était pus nue vaine tentative que cet appel du roi, puisqu'il suspendait la condamnation prononcée à Rome et qu'il rassurait maintes consciences indécises. Il est vrai qu'une protestation si ferme allait exaspérer les fanatiques. A dater de ce moment, la fureur de Paul 11 ne

I Sl' LE KOI 0E0R6E DE PODLEBRAD,

connail plus de bornes : huiles, décrets, sentences, renouvelés de mois en mois, tombent sur la Léte du roi de Bohême avee nue sorte de régularité monotone el sinistre. La ligue des seigneurs devient une ligue catholique, el ce n'est plus contre le destructeur des privilèges de la noblesse, c'esl contre l'hérétique frappé d'anathème que les barons, poussés par les légats du pape, se décident enfin à commencer la guerre. Pendant toute l'année 1467, «ce pays, naguère encore si florissant, ce royaume enrichi par la paix, el qui faisait envie aux contrées allemandes, n'es! plus que le théâtre (Tune immense bataille.

Point de journée décisive, poinl de stratégie savante; on se bat partout et sans cesse. Les ligueurs étant dispersés dans huiles les parties de la Bohême, le roi esl obligé de disséminer aussi ses troupes. Les principaux faits d'armes sont d<>> prises de châteaux. In des grands événements de la campagne, ce fui l'avantage obtenu par les soldais du roi, qui emportèrent d'assaul dans la même journée six châteaux forts du baron de Sternberg. Le roi avait réussi pourtant à concentrer deux petites .-innées sous le commandement de sè*s deux Gis, les princes Victorin el Henri, qui se portaienl rapidement partout où le danger les appelait. Le prince Victorin fut plusieurs fois vainqueur en Silésie. Le 16 juin, à Frankenstein, il lii quatre mille prisonniers à l'ennemi, el les dirigea sur Prague. Des armes, dc> drapeaux, maints trophées, quatre cents pièces d'artillerie prises en différents combats défilèrenl aux yeux de la foule. Au milieu de> nouvelles contradictoires qui arrivaient chaque jour de tous les points du royaume, il un-

L A.NATHLME.

Lait de rassurer les esprits. Ces prisonniers montrés

au peuple de Prague, le roi les renvoya dans leurs foyers, comme autant de témoin? qui devaient attester à la foi? et lu magnanimité du fils a. Wei et la force

confiante du rm dépossédé.

Pendant que la guerre civile mettait le pays en feu, une armée de prédicateurs populaires, lancée par Les i . - lit de soulever l'Ail

itre la Bohême. La confusion était ?i grande d contrées germaniques que, malgré les sympathies du roi George, un vit s'organiser une es] de croisade, croisière, impie, où se déchaînaient les plus mauvaises passions. ■ Ces croisés, dit un contemporain, | kaient une croix en drap rouge cousue par-ci

Ils n'avaient d'autre solde que le pill Dans leur fureur contre la sainte coupe, ds tuaient indistinctement tous les Bohémiens qui se trouvaient sur leur s enfants eux-n n'échappaient pas

à la rage de ces forcenés : innocentes créatures! soldats de la croix leur coupaient la tète, et se les - (aient en jouant les uns les antres comme a de

choux1. Ils - . -aient aussi les vieillards et les fenu en couche dans l<-> bôpitaux, puis ils exprimaient de leur- victimes et s'j lavaient les mains, perso que Million effaçait tous leurs péchés. C'était le

pape avec ses bulles qui les avait j saui u leur ordonnant d.* se baigner dans le s

B thémiens. Il- «rusaient fermement qu'il suffisait

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