Soirées de Saint-Pétersbourg , onzième entrelien
2. Jo fais allusion ici à de nobles et touchantes pages de M. Edmond Scherer a L'autorité de l'église, — dit M. Schorer, — enten lue dans
ins un peu Qotlant où on la prenait avant Luther, laissait aux manifestations de la vie religieuse une liberté dont on ne saurai! a déplorer lu perte. L'église catholique d'autrefois avait un esprit plus libéral, et, bI j'ose me servir de cette expression, une plus grande force plastique que les sociétés religieuses issues de la réforma lion h Voyei dans la Revire des Deux-Mondes du i5 mai (8C1 la belle rilude intitulée : lu Crise du protestantisme.
vieux âges sous une forme naïve el spontanée, ^absolutisme impérieux d'Eugène IV, de Pie II, de Paul II, a uni par provoquer la Réforme, el la Réforme, pour se séparer plus nettement de son ennemi, a été entraînée à retrancher maintes choses sorties du cœur môme de [humanité dans des siècles de foi el d'amour. Le catholicisme, à son tour, afip de se distinguer de la Réforme, a retranché aussi maintes choses dn ines, maintes libertés sainirs el consacrées par renseignement du Christ. On les a \ us I un et l'autre se l'aire plus petits, plus exclusifs, plus judaïques de jour en jour. Qui sait si les catastrophes île noire temps ne sont pas les moyens employés par la Providence pour dégager enfin les sources obstcuées de la vie? C'est encore une belle parole do Joseph de Maistre : «Nous sommes douloureusement cl bien justement broyés; mais si de misérables yeux lois que les miens sont dignes d'entrevoir les secrets divins, nous ne somn broyés que pour être mêlés. »
Ce mélange que Dieu prépare, c'est Punilé de l'avenir. ■ lira ipu4 ce sont là des utopies et des chimères; serait une révolution immense, à coup sûr, mais loutes les révolutions sont-elles Unies? A moins de soutenir que le christianisme est parvenu au terme de ses destinées, n'est-il pas naturel de croire que l'avenir lui réserve encore {\^> transformations? En tout cas, le vœu nue nous exprimons ici a été celui \\i'> [dus fermes esprits, des chrétiens les plus purs. A une époque où tout développement religieux semblait fermé par des barrières d'airain, Pascal avait déjà conçu celte mystique espérance, puisqu'il reproche aux papistes < d'exclure la multitude o, el aux huguenots « d'exclure l'unité. » L'unité,
la multitude, ces termes qui préoccupent Pascal indiquent chez lui tout un système qu'il n'a pas eu le temps de formuler1; c'était le système que rêvait à sa manière le roi chrétien du quinzième siècle.
Et supposez, — puisque nous ouvrons la porte des songes, — supposez ({lie la multitude et l'unité, selon le larie de Pascal, Unissent par s'accorder ensemble, comment s'organiserait ce grand catholicisme? Quel serait le gouvernement de cette universalité chrétienne? Deux formes seulement sont possibles : la monarchie absolue, comme celle qui a régné du onzième au quinzième siècle, ou la libre fédération développée d'après l'exemple des primitives églises, c'est-à-dire le système d'Eugène IV étonnant la voix dc> conciles, ou le système de Geo de Podiebrad appelant de la sentence du pape à la réunion de Téglise universelle. Quand les siècles à venir auront résolu ces périlleuses questions, ceux qui liront l'histoire de la Bohême au quinzième siècle ne seront pas seulement frappés de la grandeur du drame politique, ils admireront surtout les idées naïvement audacieuses e ., iblimes pressentiments du roi Geor
Mais assez de théories et de conjectures, assez d'appels à l'avenir. Du haut des sommets où se déploie la liberté de l'esprit, du sein i\^> \ isions qu'entretient l'espérance.
1. Voici I- texte thème de Pascal : a L'unité et la multitude : </»<> aul ires in itiiiuit. Erreur à exclure l'une des deux, comme t"iii les papistes <|"' excluent la multitude, ou 1»'- huguenots nui excluent l'unité. » Kl plus loin : « I.a multitude qui ne se réduit j>as à l'unit.' confusion; L'unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie. » Pcnsies, article wiv, 77, Si.
redescendons simplement aux réalités de l'histoire.Si les faits que nous ayons retracés onl soutenu jusqu'au bout l'intérêt du lecteur, on nous demandera sans doute ce qu'esl devenue la Bohême après lit morl de George de Podiebrad. Ces! une consolation de penser que tant de unies choses n'onl pas été accomplies en vain : les suprêmes résolutions du roi furent sanctionnées par la nation el par l'Europe; Wratislas, (ils du roi de Pologne Casimir, devint roi de Bohême, el ces compactais pour li squels on se battait depuis (dus de trente ans restèrent la loi fondamentale du royaume. Paul II eul honte de poursuivre celle guerre impie. Si la Bohème succomba plus lard, ce ne fut pas sous les coups du saint-siége. Après le prodigieux accroissement de la maison d'Autriche au seizième siècle, l'autonomie desTchèques était condamnée à disparaître; tant qu'il y eul du moins une Bohème indépendante, les Tchèques recueillirenl le bénéfi héroïques ! ibeurs de George de Podiebrad.