‹ Tchèques et MagyarsChapitre 18 sur 40 · POÉSIE HONGROISE · texte numérisé non relu

POÉSIE HONGROISE

TETOEFI S AND OR.

Un des plus icrriblcs combats do la guerre de Hongrie est celui qui fui. livré près de Segesvar, dans la Transylvanie, le 31 juillet 1849. Le dernier acte du drame venait de commencer* pour cette fois, la cause hongroise était perdue. Depuis l'invasion pusse au moisdedécembre 1848, depuis que le tsar avail habilement semé la désunion entre les chefs polonais et les officiers magyars, Dem- Idnski. jusque-là si someni vainqueur îles Autrichiens, s'épuisail en efforts inutiles. Le général Bem occupait encore la Transylvanie ei \ déployai! jusqu'au prodige Les ressources de son audace. Le simple roc il de sa vie pendant ces semaines héroïques efface le merveilleux' des légendes. Jamais on n'a lutté plus obstinément contre

l'impossible. Ces! alors qu'on le voit, sou armée anéantie, organiser à la hâte quelques régiments et reparaître sur le champ de bataille au momenl où l'ennemi le croyait en -fuite. Tandis que les Austro-Russes s'avancent toujours du nord au sud, l'intrépide capitaine, appuyé aux montagnes de la Transylvanie, a juré de garder jusqu'au bout celle forteresse naturelle, le seul-théâtre où puisse se prolonger la guerre.

Un jour, vers la fin de juillet, il apprend qu'un corps russe, arrivant par la Moldavie, menace de le prendre en flanc; il se jette brusquement sur l'ennemi, le bat, le disperse; puis rappelé tout à coup par un danger plus grand, il trouve en face de lui deux divisions de l'armée du maréchal Paskiévitch, l'une de dix-huit mille hommes arrêtés par quatre mille Hongrois à Marosvàsàrhély, l'autre de vingt mille hommes sous le commandement du général Laide rs. Il n'y avait pas de temps à perdre pour empêcher la jonction de ces deux corps. Bem se porte vers Segesvar avec trois régiments de honveds, quelques escadrons de hussards et douze pièces d'artillerie. C'était une de ces troupes improvisées qu'il faisait sortir de terre à force d'activité et d'enthousiasme. Il avait à lutter ici contre un ennemi bien supérieur en nombre, mais il avait pris une position qui, empêchant les Russes de se déployer, favorisait l'impétueux élan des Hongrois. La canonnade commença vers dix heures du malin; on se battit jusqu'à sept heures du soir. Dès le début de l'action, le général russe Séniatin, aide de camp du Isar et chef de rétat-major, tomba frappé d'un coup mortel. Pendant longtemps, une poignée de Hongrois servis par une artillerie bien dirigée tient en échec

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les vingt mille Russes de Lûders. Des deux côtés, l'acharnement était extrême. Les Hongrois défendaient leur indépendance, et, affaiblis déjà par des pertes sérieuses, ils se jetaient sur les étrangers avec la rage du désespoir. Les Russes étaient impatients de mettre Un à une guerre faite sur un. territoire hostile, où chaque paysan était un ennemi, où tout renseignement était un piège. Enfin le nombre remporta. Pressé de tous côtés par les Cosaques, le général Rem, après une lutte héroïque, fut percé de coups de lance et laissé pour mort dans un marais.

Ce fut le signal de la déroute. Quelques-uns «les officiers de son escorte cherchèrent un refuge dans les montagnes voisines; mais à peine échappés à la cavalerie moscovite, un sort terrible les attendait. On sait l'histoire t\v> compagnons de Gharlemagne, écrasés dans les gorg des Pyrénées par le duc Lope et ses Vascons. Il > a sur les montagnes qui séparent la Transylvanie de laValachie des peuplades plus sauvages encore que les Vascons du duc Lope. Du haut des Carpathes, les brigands firent rouler des quartiers de rochers sur les vaincus. Plus d'un brave qui eût mérité de tomber sur le champ de bataille périt obscurément au fond des ravins.

Parmi les officiers hongrois qui s'engagèrent dans les défilés de la Transylvanie, il y avait un jeune homme de vingt-six ans, attaché à l'état-major du général Bem. On Pavai! mi, pendant la bataille, porter des ordres de différents côtés et prendre part à la lutte avec une intrépidité chevaleresque. A l'heure de la déroute, il se jeta

dans les défilés 'l'^ Carpathes avec quelques-uns de

camarades, ci depuis ce moment nul ne fa \ u reparaître. Etait-il mort? avait-il trouvé un asile loin de sa patrie

vaincue? Pouvait-on espérer qu'en des jours plus heureui il sortirai! de sa retraite? Le généra] Bem, percé de coups et jeté dans les marais de la Transylvanie, avail été sauvé comme par miracle; ne devait-on pas compter aussi sur un miracle qui rendrait à la Hongrie as de plus dignes enfants? Toutes ces questions ont agité longtemps les esprits. Aujourd'hui môme bien des gens attendent encore l'aide de camp du généra] Bem; on ne se résigne pas à croire qu'un tel homme soil perdu pour son pays, et il > a comme une légende mystérieuse qui se forme autour de son nom. Ce n'était pas en effet un soldat ordinaire : c'était une des gloires de la terre des Mauvais, c'était un chantre aimé du peuple, le poêle national Peloefi Sandor1.

Pctoeli n'a point reparu, mais son image est toujours présente au souvenir des Hongrois. Si son corps sans sépulture a été la proie des bêles fauves, des mainsamies ont recueilli la meilleure part de lui-même. Ses chants, populaires en Hongrie, commencent à se répandre en Europe. Grâce à des traducteurs habiles, les inspirations du vaillant poëte ont franchi les rives du Danube et de la Theiss. 31. Adolphe Dn\, M. Charles Beck, .M. Maurice Hartmann, M. Franz Szarvady, M. Ferdinand Preiligrath, ont reproduit avec art soit d('> fragmenta choisis, soit des recueils assez complets de son œuvre.

Il tant .lier surtout un écrivain hongrois, 31. Kertbény, qui s'est donné la tâche d'initier l'Europe aux poétiques trésors de sa pairie. Disciple ou compagnon des hommes

i. Sdndor, Alexandre. Lea Hongrois on! eonlome de placei lu nom île baptême après lf nom de racaille.

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qui ont chaulé le réveil de l'esprit national, M. Kerlhém s'est fait le rapsode de la poésie hongroise. Tantôt établi au centre de l'Allemagne, tantôt errant de ville en ville, il va récitant les vers de ses maîtres. Son langage, disent les Allemands, n'est pas un modèle de correction, il lui échappe des. fautes à faire frémir les moins délicats; mais il y a chez lui un dévouement si candide à son œuvre, des efforts si persévérants, une confiance si généreuse, qu'il est impossible de ne pas en être louché. Bon gré mal gré, il oblige l'Allemagne à l'entendre. Qu'importent les solécismes? Il sent vivement la poésie, l'intrépide rapsode, et s'il réussi! à faire passer ce sentiment dans la langue étrangère qu'il est contraint de parler, pourquoi le chicanerait-on sur d<^ fautes de prosodie? Certes, quand M. Maurice Hartmann et M. Ferdinand Freiligralh traduisent les strophes de Petoeli, on reconnaît dc> hommes qui manient en artistes la langue de Goethe et d'Uhland; ce n'est pas une raison pour dédaigner le chanteur hongrois. Comprimée quelque temps par la difficulté qu'il éprouve, la pensée jaillit parfois de ses lèvres avec un relief inattendu. L'étrangeté même de son style ne nuit pas à l'impression que produit sur nous la littérature magyare. En lisant ces traductions à la fois incorrectes et fidèles, en voyant l'obstination de ce vaillanl interprète qui ne triomphe pas toujours des difficultés, mais (pie les difficultés n'arrêtent pas, on comprend mieux la situation de la Hongrie, les obstacles qui l'entourent, les efforts qu'elle <isi obligée de faire pour être appréciée de l'Europe, el l'invincible ardeur qui l;i soutient.

Quoi qu'on ail pu dire en Allemagne sur le style de

M. Kerlbény, ce sont ers traductions, en définitive, qui oui donné aux poêles hongrois du dix-neuvième siècle mit' sorte de droit de cité dans les lettres germaniques. Avant lui sans dpule, bien des accents de la terre des Magyars avaienl retenti à Munich pu à Dresde : avait-on une idée exacte du mouvement littéraire auquel se rapportaient ces strophes? Nullement. Grâceà M. Kertbény, Loul un groupe d'écrivains s'est levé aux yeux de l'Europe; voici Michel Vôrôsmarty, Jean Arany, Jean Garay, bien d'autres encore, tous associés à la révolu- Lion morale qui a ranimé chez cette noble race les antiques traditions du sol. Or, entre tous ces poètes que RI. Kertbénj introduit, bon gré mal gré, au sein delà littérature européenne, le plus brillant, le plus original, celui qui exprime avec le plus «le verve le caractère du peuple hongrois, c'est l'aide de camp du général Bem, le soldat disparu dans les défilés de la Transylvanie après la bataille de Se^es\ar. Le joui' où Peloeli Sândor est mort pour la cause nationale, il était célèbre seulement dans son pays; aujourdiiui son nom a pris place dans cette Weltliteratur inaugurée par Goethe, et il y représente mieux que nul autre l'inspiration des fils d'Arpad.

Y a-t-il donc une littérature hongroise? Jusqu'ici l'histoire u'en parlait guère. Les critiques de nos jours qui ont essayé de faire le tableau de la littérature universelle, les Eichhorn, les Bouterweck, ne consacrent pas nue seule page à la Hongrie. Russes, Finnois. Tartares, Ottomans, Perses, Arméniens, Chinois Hindous, habitants île l'ile de Java, puis les peuples du Nord et de l'< nient élèvent la voix tour à tour dans le congrès litté-

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raire présidé par M. Eichhorn; la Hongrie est muelte. Goethe, si attentif aux chants des Serbes et des Bohèmes, Goethe, qui a écrit des pages si fines, si nettes, dans les journaux littéraires d'Iéna, sur les poésies populaires de l'Europe orientale, n'a pas su que le Danube des Magyars avait ses poêles comme le Danube des Slaves et des Roumains. Le premier historien qui les ait signalés à l'Europe (je mets à part les philologues qui, au dix-septième et au dix-huitième siècle, soumettaient la langue hongroise à leurs doctes analyses et la comparaient avec les idiomes asiatiques), le premier qui ait signalé à l'Europe les destinées littéraires de la Hongrie, c'est Louis Wachler dans son Manuel de Vhistoire de la Littérature. Encore M. Wachler se borne-t-il à des indications rapides et bien insuffisantes. Aujourd'hui, grâce aux elïorts de M. Kërtbény, cette histoire commence à se débrouiller. Nous savons du moins quelle était la situation des lettres hongroises quand Petoeli composa ses premiers vers; nous connaissons ses maîtres, ses émules, ses disciples, et nous pouvons marquer avec précision ce qui fait l'originalité de son talent.

Les témoignages qui nous restent de la primitive poésie des Hongrois ne paraissenl pas remonter au delà du seizième siècle. Au milieu des guerres du moyen âge, quand les rois «le la dynastie d'Arpad luttaient contre les Tartares, quand un petit-neveu de saint Louis, cinq' d'une dynastie nouvelle, anéantissail enfin ces §auvaj s, quand les Hunyades refoulaient si vaillamment les Turcs et les rejetaient vers le Bosphore, n'j avait-il pas des chants populaires pour consacrer le nom des héros? Il est difficile de croire que chez un peuple si \ if, si cheva-

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leresque, si prompt q sentir el à exprimer ce qu'il sent, les défenseurs de l'Europe contre la barbarie asiatique n'aient pas été célébrés par de naïfs rapsodes. Malheureusement, s'il reste encore quelques traces de ces vieux poèmes, personne n'a songea les recueillir. Au seizième siècle seulement, après le désastre de 1526, quand Louis II esl vaincu à Mohâcs el que la Hongrie subit le joug des Turcs, on voi! paraître des poètes qui entretiennent par leurs chants l'ardeur du sentiment national. Telle esl l'inspiration de Pierre lllosvai lorsqu'il écril son poëme de Toidi, si populaire au seizième siècle, el rajeuni de nos jours par M. Jean Arany. Ce Toldi, espèce de rustre héroïque qui, traité en criminel el Forcé de vivre dans les bois, finît par délivrer son pays d'un ennemi implacable, esl bien l'image du peuple hongrois pendant l'invasion ottomane.

Les malheurs publics d'un côté, de l'autre la culture tnte de la cour el «les hautes classes, ne tardèrenl pas à étouffer ce naïf essor d'une poésie nationale. Sous Rfathias Corvin, au quinzième siècle, c'était à l'Italie de la Renaissance que la Hongrie avait demandé des éléments de civilisation; au seizième siècle, ce fui l'esprit nouveau de l'Allemagne qui remplaça l'influence italienne. La Réforme pénétra de bonne heure chez les Magyars, fonda parmi eux des imprimeries, y institua des écoles; le catholicisme résista de son mieux, et bientôt la milice de saint Ignace parut surle champ de bataille. Une pouvait devenir, au milieu de ces luttes, une littérature nationale si peu sûre de ses foi es? Si la langue des ancêtres se transmettait encore de génération eu génération, leur esprit semblait mort; au dix-sep-

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tième siècle, au dix-huitième, les classes lettrées imitent la France de Louis XIV, comme elles avaient imité ritalic de la Renaissance et L'Allemagne de Luther. Soumise d'ailleurs depuis trois cents ans à la maison de Habsbourg, la Hongrie n'était plus que l'ombre d'ellemême. Le moment n'était-il pas venu de faire disparaître l'idiome qui lui donnait encore une physionomie distincte au sein de l'Autriche? Joseph II ressaya au nom de ces chimériques progrès que son âme généreuse a presque toujours si maladroitement poursuivis; il essaya d'effacer cette langue qui ne produisait plus rien, qui n'était plus qu'une relique du passé, un obstacle au mouvement, cl ce fut précisément celle tentative de Joseph II qui. ré\ei||;i!ii les traditions éteintes, rendit au peuple hongrois toute une littérature.

Le premier représentant poétique de ce retour à l'idiome national Cul un jeune officier, Alexandre Kisfaludy, né à Sûmeg en 1772. Il appartenait à une des vieilles familles de son pays. Al taché au régiment hongrois qui faisait partie de la garde impériale, il se battit contre nous dans les premières guerres de la résolution, et fait prisonnier à Milan en I7<K3, il fut conduit en France. On lui assigna pour résidence la \ ille d\V\ ignon; ce l'ut là, sous le ciel de Vaucluse, au milieu des souvenirs de Pétrarque, que h» jeune officier de hussards sentit naître eu lui la poésie. La langue du pays est plus douce quand on cesse de l'entendre. Cet idiome que le brillant gentilhomme dédaignail peut-être dans les salons de Vienne ou à la cour de l'empereur, il en devina la

grâce magique sur la terre de l'exil. Lu 17M7, Kisfaludj retournait en Hongrie, et trois ans après il renonçait à

la carrière des armes pour se livrer tout entier à la culture <lc> lettres. Son premier poëme, les chants d'amour d'Himfy, paru! en 1801. Retiré dans un de ses domaines au bord du lac Balaton, le noble poète ue sortit de sa solitude que pour prendre pari à la campagne de icSO'.i; puis, sa dette payée, il rentra dans son manoir, toujours occupé de poëmes, de drames consacrés aux souvenirs nationaux, et s'éteignit en 1844, pleuré par la Hongrie toui entière. Alexandre Kisfaludy n'était pas un de ces génies souverains qui consacrent une littérature; son inspiration riait superficielle, sa langue mélodieuse manquait de vigueur et d'élan, mais il avait eu foi dans l'avenir de cet idiome que des talents plus hardis commençaient à manier en maîtres. L'exemple qu'il avait donné suffisait à sa gloire.

Son nom d'ailleurs avait jeté un double éclat. À côté de lui. son digne frère, Charles Kisfaludy, plus jeune de dix-huit ans, officier aussi dans les hussards hongrois et môle aux guerres de l'Allemagne contre Napoléon, avait essayé de faire pour le théâtre national ce que faisait son aîné pour la poésie épique et lyrique. Charles Kisfaludy mourut en 1830, âgé seulement de quarante ans; pendant les douze dernières années de sa vie, il avait écrit quarante pièces de théâtre, drames et comédie-, qui composent encore aujourd'hui le fond du répertoire sur la scène nationale de Pesth. C'est pour honorer «as deux hommes, et du vivant même de l'aîné, que fut fondée en 1836 la Société Kisfaludy ', espèce d'académie composée de vingt membres, qui décerne îles prix tous les ans aux meilleurs ouvrages de poésie, et qui a déjà suscité plus d'un talent illustre.

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Sous l'inspiration d'Alexandre Kisfaludy, et en même temps que son frère Charles» on avait vu se lever plusieurs poètes qui exprimèrent librement d'autres idées. Les deux Kisfaludy étaient surtout des esprits aristocratiques; pour que celte poésie nouvelle devînt une paésii nationale, il fallait que le peuple et le tiers état eussent aussi leurs représentants. Michel Gsokonai, chanteur joyeux, aurait peut-être donné un poète au peuple de son pays, s'il n'était mort à la fleur de l'âge, victime des désordres de sa vie. Indécis entre la littérature surannée du dix-huitième siècle et les traditions populaires de la Hongrie, il a exprimé à la fois les sentiments les plus divers, faible et insipide quand il vise à une fausse élégance, original et neuf quand il s'inspire de la gaieté rustique. Plusieurs de ses chants sont restés dans la mémoire du peuple des campagnes, et des œuvres plus remarquables à tous les titres ne les ont pas effacés. Daniel Berzsényi, mort en 1836, Franz Kôlcsey, mort en 1838, ont été, dans cette première génération de poêles, les représentants de la classe moyenne : Berzsényi, célèbre par quelques belles pièces lyriques, surtout par sue, Ode à la Hongrie, rappelle, dit-on, les accents patriotiques du poëte italien Filicaia, et Kôlcsey, traducteur d'Homère, a laissé des hymnes el des ballades dont l'histoire littéraire doit tenir compte. L'un imitait l'Italie, l'autre s'inspirait de l'Allemagne ; tons les deux appartenaient à la littérature académique bien plus qu'à la poésie vivante.

Enfin, parul an sérieux artiste, M. Michel Vorôsmarty, qui, profitant de ce travail d'un demi-siècle, constitua dé-, cidément la poésie hongroise sens une forme à la bus sa-

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vante et populaire. De ravis de lous Les critiques magyars, Michel Vôrôsmarl) est le premier poôte complel dont la Hongrie ail pu s'enorgueillir aux yeux de L'Europe. Ses épopées romantiques autant que ses odes et ses chanta, ses Longs récits comme ses strophes rapides attestent une inspiration originale servie par un arl plein do res~ sources. On l'a comparé pour la puissance lyrique à M. Victor Hugo, e1 dans ses grandes compositions, disent ses admirateurs, il égale le Suédois Tegner. Faites La pari d'une exagération bien naturelle chez i\c> hommes qui voient naître Leur poésie nationale ei qui sont impatients de lui faire sa place (Ml Europe, il n'en est pas moins certain que Michel Vôrôsmarty méritait bien le nom de poète. Lorsqu'il mourut à Pesth, le 19 novembre is.v>, ce fut un deuil national. Plusieurs milliers d'hommes suivirent le convoi funèbre. Tous les représentants de la science et des arts étaient réunis autour de son cercueil. L'auteur du Roi Sigismond, de Cterhaiomy de l,i Vallée merveilleuse, semblait avoir couronné la littérature naissante du son pays; aux grandes voix que notre siècle avait entendues en Angleterre, en Allemagne et en France, il fallait ajouter une voix de plus, disait-on, la voix du poëie magyar, Michel Vôrôsmarty,

Est-ce à dire que Michel Vôrôsmarty ait exprimé lidèlemenl tous Les caractères de L'esprit hongrois? Se- plus fervents admirateurs ne lui accordaient pas cet éloge. Malgré l'habileté de son art et les richesses de son Lan* gage, on lui reprochait de ne pas avoir su s'approprier la qualité principale <\r< enfants do ta Hongrie, la passion, L'élan subit, l'éclair de La joie ou de la colère ôtincelant t<»ut ,'i coup comme l'éclair du sabre dans le combat. Il

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lui manquait celte flamme légère qui allume les paroles ailées. Lui-même, sincère artiste, il avait le sentiment d'une poésie plus hongroise que la sienne. Un jour, en 1844, Vorosmarly voit entrer chez lui un jeune homme humble et lier à la fois, qui demande à lui dire des vers. En vain le sérieux maître, obsédé souvent par des visites de ce genre, cssayc-t-il d'éloigner L'importun ou d'échapper du moins aux menaces d'une lecture faite par l'auteur en personne. Bon gré, mal gré, il fallut se soumettre. Il se soumit donc comme un patient résigné; mais soudain, quelle surprise! Dès les premières strophes, son oreille se dresse, son œil brille, un sourire de joie éclaire son visage, et dès que le jeune homme, d'une voix vibrante, a fini sa lecture : « Mon ami, dit le généreux maître, vous êtes le premier poëte de la Hongrie. » Ce poète salué et couronné si noblement par son prédécesseur, c'était Petocti Sandor.

Petoeti Sandor était né dans une pauvre famille d'artisans à Félégyhaza, dans la Petite-Roumanie, le 1er janvier 82,'i. Son père exerçait la profession de boucher. Ce brave homme, bien que réduit à la misère par des circonstances funestes, s'efforça cependant de donner une bonne bonne éducation à son fils. Il était protestant, et les protestants de Hongrie forment une communauté chrètiennemen! libérale où l'instruction est assurée aux enfants du pau\ re. Le jeune Petoeti commença ses éludes au gymnase évangélique d'Aszod, puis à Sxentlortncx, et bientôt au lycée de Schemnitx. C'était, dès L'enfance, wwr nature plus \ i\e que le salpêtre. Le régime de l'école ne convenait guère à cet espril indisciplinable : un jour, l'écolier de Schemnitx, impatient de la règle el fou de

liberté, saute par-dessus les murailles du collège. Où. iia-i-il? Il a entendu parler de la ville de Pesth el de toutes les belles choses qu'on \ admire; c'est vers la capitale de la Hongrie que se dirigera le vagabond. <>n croit lire ici un chapitre de Wilhelm Weister : l'échappé du lycée de Schemnitz n'a que douze ans à peine, et déjà il esl passionné comme le héros de Goethe pour toutes les disses du théâtre. Dans ses rêves, il apercevait toujours une toile qui se levait, el derrière relie toile maints personnages brillamment costumés représentant de merveilleuses aventures. Une lois arrivé à Pesth, et sa dernière pièce de monnaie dépensée, le petit vagabond va offrir - - services au directeur du Lhéâtre. N'avait-on pas des rôlesd'enfant à lui confier? Si on ne voulait pas rengager à titre de comédien, il serait volontiers le valel du régisseur ou l'aide du machiniste; il porterait les chaises el les labiés sur la scène; il se tiendrait dans la coulisse, prêt à exécuter tous les ordres, et, tout en faisant cette besogne, il apprendrait son métier de comédien. Sa demande est accueillie, el voilà le futur poëte national au comble de ses vœux. Son bonheur ne dura pas longtemps ; averti de cette audacieuse escapade, le itère faisait des recherches qui le mirent bientôt sur la trace du fugitif. Il arrive a Pesth avec son cheval et sa charrette, va droit au théâtre, prend reniant par l'oreille, elle ramène ,ui village vertement corrigé.

La mère pleura beaucoup quand elle \ii revenir son fils; on dit cependant (ju'elle éprouvait une fierté secrète ;ni milieu de ses inquiétudes et de ses larmes. L'excellente femme, émerveillée de cette naïve ardeur chez un esprit si jeune, > voyait l'annonce (Tune carrière qui

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