‹ Tchèques et MagyarsChapitre 23 sur 40 · Jânot, Jean · texte numérisé non relu

Jânot, Jean

inoccupée des jeunes générations, et qui attestent ce que pourrait devenir un loi peuple sous une direction féconde. De 183.3 à 1836, Garay lit remarquer sa verve juvénile dans les pages du Narrateur (Régélo). En même temps il s'occupait de poésie. Sa première œuvre d'imagination, un poëme héroïque en neuf chants, intitulé Czatâr, parul en 1834. Celait une vive peinture des temps primitifs de la Hongrie; le jeune poêle, dv< son début, aimait à évoquer les grands souvenirs de sa race et à demander au passé le plus lointain iïv* encouragements pour l'avenir. L'année suivante, il écrivait un drame, le Parole de. Prophète, qui fut représenté à Bude en i8.38. D'autres drames, Arbocz, Hélène Orszâgh^ le /''/t/cr Khan, Elisabeth Bâthori, empruntés aussi à la tragique histoire du sol natal, furent écrits par lui dans celte première période et publiés dans \\c< recueils littéraires. En 1838, il abandonne quelque temps la poésie pour la presse politique et va rédiger à Presbourg le compte rendu t\c* discussions de la diète; mais sa renommée d'écrivain est déjà bien assise, e! quand il revient à Pesth l'année suivante, il ne tarde pas à être nommé membre <\i>> deux principales compagnies littéraires de ><>n pays, l'académie hongroise el la société de Kisfaludy. Il s'en fallait bien cependant que Garaj eût déjà trouvé ses meilleures inspirations; si son premier poëme el ses œuvres dramatiques révélaient une âme ardente et un talent très-souple, il v avail chez lui plus de facilité que de force; les paroles qui se gravent dans le souvenir du peuple nViaieni pas encore sorties de ses lèvres. Le recueil de ses poésies lyriques, publié en 1843, le plaça décidément parmi les maîtres. On n'\ rencontrai I assu-

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rément, ni la forme savante <l<i Vôrôsmarty, ni l'audace, l'impétuosité de ce Petoefi qui se révélait à L'instanl même .i\t'c un éclat si impréi u ; c'était une pensée simple, mais rigoureuse, une imagination sobre, mais marchant toujours droit au but qu'elle s'était proposé. Garav brillai I surtout dans la ballade historique, il excellait à réveiller la tradition évanouie, à retrouver les drames inconnus, 1rs tragédies oubliées, à les condenser en de petites scènes singulièrement expressives. Il frappait, l'excellent artiste, des médailles de bronze ei d'or qui, passant de mains en mains, allaient du gentilhomme au fermier, du fermier an pâtre de la Puezta, et popularisaient dans La nation tout entière des souvenirs de gloire ou des pensées de vengeance.

Une de ces médailles porte L'effigie d'Almos, père d'Arpad. Eu feuilletant les récits du moyen âge, Jean Garaj a rencontré plus d'une fois l'histoire de ce grand chef, par qui les Magyars furent amenés en Europe. Les trois chroniqueurs qui nous ont conservé tant de curieuses légendes sur l'histoire primitive des Hongrois, an onzième siècle le secrétaire du roi Bêla, au douzième l'é\èt|ii<' Chartuicius, et Simon Kéra au treizième, parlent longuement du \ieil Almos, qui \ i n i réclamer sur les bords de la Tbeiss L'héritage d'Attila. On sent, en lisant les strophes de Garay, qu'il a consulté ces documents vénérables et qu'il en a deviné La mystérieuse poésie. Un souffle des âges antiques passe sur le visage «In barde. Il voit revivre ses ancêtres, non pas tels qu'ils furent assurément, mais tels qu'une tradition séculaire les a transfigurés dans l'esprit chrétien et chevaleresque des Magyars. Un historien de nos jours, M. Amédée Thierry, a raconté,

avec la science la plus sûre, toutes les légendes groupées autour du nom d'Attila, toutes les transformations que la pensée populaire a fait subir à ce personnage terrible. Le roi des Huns, pour ses arrière-neveux, n'est plus le barbare qui épouvanta le monde : c'est un héros, c'est un envoyé de Dieu, le soldat de la Providence; et lorsque, mille ans plus lard, Mathias Con in appelle la chrétienté à une croisade contre les Turcs, il s'appelle fièrement le nouvel Attila. Cette tradition est fidèlement conservée dans les strophes de Gaïay ; M. Thierry aurait pu y voir la confirmation des faits dont il a si bien retrouvé l'enchaînement. Qu'ils sont nobles et grands, ces vieux Magyars du poète! Avec quel respect le souvenir d'Attila est Invoqué par eux ! Quand ils arrivent du pays des Scythes sous la conduite d'Aimos et que du haut des Carpathes ils aperçoivent ces riches plaines où régna leur grand aïeul, ces beaux fleuves, ces prairies, ces pierres précieuses, toute celte terre qui étincelle comme un diamant au soleil, on dirait le peuple tle Dieu prêt à entrer dans le pays de Chanaan.

Gara} a songé lui-même à celte comparaison : le Mohc de la Hongrie, tel e>t le titre de son poëme. 11 \ a une grandeur épique dans cette peinture. Au moment d'entrer avec son peuple dans les vallées de la Theiss, Almos sent que sa Lâche es! finie. C'esi à son Gis Arpad de terminer

L'(BU¥re avec l'aide de Dieu et de sou épée, cVsl à des

hommes jeunes ei forts de fonder le royaume i\c> Hongrois : laisse/ le vieillard retourner dans le pays où il

né. Almos ira mourir eu Orient. « Sois noble, mon

Ris, dii le \ ieu\ chef à son héritier, sois grand, sois sagel

la' peuple est comme une cire molle dans la main de

celui qui le gouverne; malheur à l'homme qui, chargé de pétrir cette matière féconde, n'en fait qu'une vaine image pour son divertissement ! o Le poète ne dil pasce qu'Arpad a l'ail de son peuple; maisquand on le voit dr>cendre du haut des Carpathes sous la bénédiction d'Almos, "H devine déjà les jours de gloire qui brilleront pour cette race de chevaliers. Pendant que les Magyars luttent dans la plaine, a le vieillard est debout sur la cime; les mains levées vers le ciel, il implore la bénédiction de Dieu pour son peuple. On voit flotler au vent sa longue chevelure blanche; ravi en extase, i! rêve à la Hongrie de l'avenir. »

Ce ne sont pas seulement de consolantes images, ce sonl aussi de tragiques aventures que Jean Gara) emprunte aux vieilles histoires de la patrie. Le dernier chroniqueur du moyen âge, maître Jean Thwroczi, qui vivait sous Math i as Cprvin, signale des chansons composées et chantées de son temps en l'honneur d'Etienne Konth, de la maison d'Hedervar '. Est-ce un de ces chants oubliés qui a inspiré le poëte du dix-neuvième siècle ? Le texte hongrois n'en dit rien, et le traducteur allemand, M. Kertbény, ne fournit aucun renseignement à

1. J'emprunte celte indication à M. Ainédée Thierry. Halhias Corvin, malgré >a prédilection pour les études Bavantes, avait aussi un goût très-vif des vieilles poésies magyares. « Il ne se mettait jamais à table, <lil M. Thierry, Bans qu'il j eûl dans la salle du repas des jongleurs armés de leur kobxa. In auteur contemporain <le Mathias Corvin, maître Jean Thwroczi, nous parle des chansons composées et chantées de son temps en l'honneur d'Etienne Konth, de la maison d'Hedervar. » Amédée Thierry, Histoire d'Attila et de- ses successeur» jusqu'à l'établissement des Hongrois en Europe, suivie des légendes ei traditions. Paris, tSôf; [Didier). Tome II. page 362.

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cet égard. Le rapprochement n'en est pas moins curieux; que Jean Garay s'inspire des vieux poëmes ou des anciennes chroniques, il est toujours fidèle à sa pensée en faisant circuler dans les mains du peuple les héroïques figures de la noblesse magyare. Écoutez léchant intitulé Konth d'Hedervar: ces grandes scènes, que les rapsodes du quinzième siècle chantaient à la table du roi Mathias Corvin, forment aujourd'hui, grâce à Jean Garay, un des chants familiers au peuple. Il s'agit de Konth et de ses compagnons, défenseurs de la Hongrie contre les Turcs, défenseurs aussi des franchises nationales, et qui, condamnés à mort par le roi Sigismond, empereur d'Allemagne, von! le braver dans sa cour avant de mourir.

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