Amédée Thierry, Histoire d'Attila, fome II, page
12 LA POÉSIE HONT.ROISE AU D1X-M il VI KM E SIÈCLE.
L'Autriche, qu'il avait illustrée el sauvée, ne lui pas plus reconnaissante envers lui qu'envers Le héros de Sziget. arraché au théâtre de sa gloire par 1rs intrigues de Mon-
teruculli. il se retira dans ses terres el mourut à la chasse. Fut-il assassinr? fut-il tué par un sanglier sauvage? Son histoire est fort mystérieuse.; ce qui n'est que trop certain,
-i l'ingratitude de l'Aaitricbe ri la persistance du malheur clir/ cette \ igoureuse race.
Le comte Nicolas était mort an Kibï; sept ans après, Le 30 avril l(i~l, son neveu, le comte Pierre, était décapité à Vienne pour avoir revendiqué 1rs droits du peuple magyar. La Mlle du comte Pierre, Hélène Zrinyi, femme de François Râkôczi, ri en secondes noces de l'audacieux Emmerick Trkrli1, connut aussi, comme 1rs héros de sa famille, 1rs [dus grandes gloires et 1rs plus grandes douleurs. Trkrli, qui se battait pour L'indépendance de son pays, étant tombé aux mains do* Autrichiens en 1685, Hélène s'enferma dans la forteresse de Munkacs avec son jeune enfant, s'\ défendit trois années, puis, trahie par un de ses serviteurs, emprisonnée à Vienne, proscrite enfin ri chassée d'Europe, elle alla mourir avec son mari dans 1rs solitudes d<' l'Asie Mineure. L'année même où tdle rendit à Dieu son âme intrépide, son Crère, Le comte Ballhazar, devenu fou dans sa prison, s'éteignait misérablement à Gratz. Ainsi périrent le dernier et la dernière de> /ainsi !
Maintenant, qu'un poète comme Jean Gara] essaye de rassembler dans un dramatique tableau toutes ces gloires ri toutes ces infortune* dune même race, comment
l . Tékéli, en hongrois Tokoti.
6 "> [HL'iidra-l-il? Que faire pour être bref et complet? S'il veut rendre l'impression que produisent ces tragiques annales, il faut que tous les traits de ce long martyre! s soient concentrés sur un seul point, il faut que l'accumulation des faits dans un récit rapide remplace et représente à l'esprit du lecteur la succession continue des désastres. Garay invente une scène originale : la dernière des Zrinyi, la comtesse Hélène, habite la forteresse de Munkàcs, qu'elle défend contre l'armée autrichienne. Assise dans sa chambre, elle feuillette un grand livre, un de ces livres d'annales domestiques comme les nobles familles hongroises en possédaient jadis, soit en prose, soit en vers. Ce sont les annales des Zrinyi. Ah! que de s lugubres! que de feuillets marqués de noir! El pendant qu'elle consulte celte douloureuse et virile histoire du passé, l'histoire non moins triste du présetil \a terminer le sombre livre. Les pages noires s'ajoutent aux pages noires. Elle-même les tracera de sa. main... .Mais sons parler le poète :
ZRINYI ILONÀ.
« A. Munkàcs, dans le château fort, es1 assise Zrinyi lion a*. Au près, au loin, toute la contrée estenveloppée dans la pourpre <lu couchant. Le fauteuil où elle repose, dévorée d'inquiétude d de douleur, encadre sa blanche robe des reflets sombres • lu velours.
Devant le ranteuil, \\\\r petite table se dresse sur un |