‹ Tchèques et MagyarsChapitre 26 sur 40 · Il HC, il · texte numérisé non relu

Il HC, il

:\\\ LA POÉSIE HONGROISE Al' DIX-NEUVIÈME SIÈCLE.

doré, ft sur la table esi ouverl un grand livre in-quarto. La noble dame venait d'en feuilleter les pages; son liras blanc comme neige repose encore sur le volume, mais bien loin, bien loin s'est envolé son esprit.

« Tout à coupelle relève >"ii beau front entouré de boucles Qottantes, et une larme a brillé dans ses yeux. Le soleil, avec toute sa splendeur, traverse souvenl des nuages sombres et ne jette que des rayons brisés dans L'immensité de l'azur céleste.

« Inquiète, les yeux humides, le regard fixe, elle médite en silence, et les pleurs qu'elle dévorail finissent par rouler comme des perles sur ses joues... C'est que le livre dont elle parcourt les feuillets contient de grandes choses : elle lisait la chronique funéraire de la famille des Zrinyi.

« Elle lisait l'histoire de son aïeul, Miklos1, qui défendit si héroïquement la forteresse de Sziget! Sziget! c'est là que notre patrie laissa périr le plus grand de ses héros, l'homme qui avait jeté vingt mille Turcs dans la tombe avant d'y descendré luimême, couvert d'une gloire immortelle.

« Si glorieux qu'ait été son trépas, il est mort victime cependant, victime de la jalousie au cœur mesquin, vii time de l'envie depuis si longtemps attachée à ses pas; c'est l'envie, c'est la jalousie haineuse de ses rivaux qui l'accabla enfin sous son pouls infernal.

« Elle lisait ensuite l'histoire de son grand-père George, héritier de toutes les vertus de Miklos, héritier aussi des envieux, desennemis, qui avaient cause sa perte Sa renommée militaire. sa parole si franche et si hardie inspiraient partout la crainte dans le camp de Walleiistein.

« C'est pour cela que Wallenstein, à Prague, lui servil un

brillant festin OÙ les mets avaient été choisis,... choisis non pas <'ii vue de la joie. Les Allemand- trinquaient en chantant,

l . tliklos, Nicolas.

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le vin du Rhin coulait à flots. Ce l'ut le dernier repas auquel assista George Zrinyi.

« Elle lisait encore la vie de sou cousin, du sec. nul Miklos, la glorieuse caprièredu grand héros, du grand poëte, qui, vainqueur au conseil par sa prudence, vainqueur dans la bataille par son épée, fut vainqueur aussi dans deux pays par la puissance du chant.

« Et cet homme que des rois et le pape lui-même tenaient en grande estime, un Montecuculli l'enveloppa dans un réseau d'intrigues! Est-ce un sanglier qui l'a tué? est-ce l'envie perfide et lâche qui a creuse sa tombe? on l'ignore;... mais son sang innocent crie encore vers le ciel.

« Elle lisait encore, — et son sang se glaçait dans ses veine.-. — elle lisait L'histoire de Pierre Zrinyi, sou père;... elle le voyait lever l'étendard de l'insurrection, et, condamné à Vienne par la haute cour, tomber sous la main du bourreau.

« Avec Pierre, elle voyait tomber sur le même échafaud son oncle maternel, le hardi Franjcpan; elle pleurait des larmes amères et maudissait le jour effroyable qui d'un seul coup avait l'ait subir à sa maison de si profondes atteintes.

« Puis elle lisait l'histoire de Râkocz\ , son premier époux, et, feuilletant le livre de son âme dans l'amertume de ses souvenirs, elle \ trouvait des rêves d'espérance, des songes de grandeur et de gloire; elle revoyait en imagination le port où tendaient sesdésirs... Ee port! ce devait être un tombeau.

« Ce cortège lugubre ne finira-t il pas? Sombre livre, qui caches tant de funèbres images, es-tu donc un cercueil? Le COrtégC n'est pas fini, la race i\v> Zrinj i n'est pas encore éteinte.

le livre aux clous pesant- réclame toute sa proie.

u Ea noble dame de Munkârs poursuivit >;i lecture, et elle \

\it à chaque ligne sa maison plus près de sa perte; elle \ ut le portrait effroyablement fidèle «le sou second mari, pareil a une mer tumultueux' que fouette le vent d'orage. « Elle vit Tékéli déjà repoussé par le bonheur. Les homm< s,

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la fortune, toul le trahissait ; la main puissante de \ ii nue l'avait enfermé dans les chaînes de la Turquie, et ici, à Montâtes, écoutez !... C'est l'artillerie de Karaffa qui attaque là forten

« Mais les murailles invincibles sont toujours deboutj Hona aussi est toujours là. pleine de force et d'espérance... Les balles des assiégeants commencent à pénétrer dans le 6»rg;en voilà une qui s'est arrêtée dans le velours du fauteuil.

« — o hi. mi ! s'écrie la châtelaine, ma race n'a-t-elfe pas i souffert ? Quand détourneras-tu ton bras vengeur? ■ Et elle demeure là, immobile, désespérée, la noble dame si belle, semblable au noble cèdre courbé parla tempête.

« — J'ai laissé le livre ouvert. Eh bien ! la plume à la main, que faut-il quej'j écrive ?"Seront-ce des jours de lumière on de ténèbres? Voyons, qu'ordonne le destin?)» Et, la plume dans sa belle main Hanche, elle attend, immobile, les ordres que te destin \a dicter.

« Tout à coup la porte s'ouvre; un messager arrive de Vienne apportant à Flona d^> nouvelles de Boldizsér, son frère : « — fc viens te parler de ti*i frère, ô noble daine! Es-tu assez forte pour m'entendre? — Parle, dit la châtelaine; je sais qo*fl est en prison, innocent et condamné.

« — 11 n'est plus en prison ! dit le messager d'une von sombre. Apres bien <\r> années, enfin la vérité s'est fâft jour : mais, hélas ! qu'importe la liberté à l'homme qui a > ieilh avant rage ? Son .nue. frappée de folie, est toujours enfermée dans le noir cachot.

« — nue Dieu me soit en aide! » s'écrie la noble dame, et elle retombe sur son siège, comme le rocher qui s'affaisse quand la terre tremble et s'entr'ouvre. — « Le dernier <\r< Zrinvi! ajoute-t-elte avec on soupir sorti du fond de son âme. 0 mon Dieu ! as-to encore en tes mains quelque autre couronne dVpines? »

« Le messager s'est retire $ derrière lui, pâle de terreur, pâle et blanc comme la muraille, arrive le gardien du burg.

« — Sauve-toi, sauve tout ce qui t'est cher. Point de retard, le péril est grand ; Absalon, ton scribe aux cheveui pour, nous a trahis.

« Pendant trois longues années, tu fes défendue en héroïne; ta dernière forteresse, Bffunkâcs, est ans main- de l'empereur. La prison t'attend, toi et ton (ils. aux bords de la Wîen... » 11 parlait encore, lorsque tout à coup Karaffa est devant eux.

« — Karaffa dans cette salle! Ah ! le ciel me châtie cruellement ! i s'écrie la châtelaine abattue; mais bientôt elle retronre Bon viril courage. « Eh bien ! soit, général, accepte le plus grand sacrifice que je puisse faire; porte mon hommage à Vienne, puisqu'il le faut.

« Moi et mon peuple, àpartirdece jour, nous tous rendrons loyalement hommage. Mon fils sera fe garant «le ma parole, je ne puis donner davantage. Il faut une nécessité bien cruelle pour qu'une mère se laisse arracher son enfant : mais au>si, en échange, vous ouvrirez à mon mari les portes de sa prison. »

« Elle dit, et elle presse son fils entre ses bras, et longuement, longuement, on versant des flots de larmes, die lui baise le front, elle lui baise le visage. « — Prends-le dit-elle; mais, siriiurio bien, général, j'ai beau me contraindre, il saigne, ce cœur materne] à qui tu arraches son enfant. »

« Et le livre aux clous d'airain va se remplir de nouvelles

infortunes. Ah ! la plume qui transcrira ces terribles images ne

nera-t-elle point? La feuille ne saigne pas, la plume ne

saigne pas, mais du cœur blessé *h' la mère le sang coule à

longs Qots.

« Pour l;i troisième fois, la porte s'ouvre... La noble dame pâlit. < .'■ -i 1 1 k< h qui parait : i o subit espoir la saisit : — « \U : les Viennois tiennent leur parole l Tu es ici, tu es libre ! i El elle se jette avec des cris de joie dans les bras de son mari.

« — Libre ' c'est comme on veut l'entendre, libre de la façon de roiseau que le premier venu, le premier coquin peut abattit1 d'un coup de feu ! répond l'cpoui d'une voii sombre et les yeui

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i .ii. s... [lona, nous sommes des condamnés en faite, des condamnés à mort

« — Ainsi, tout est perdu!** B'écrie en pleuranl la nobl< femme, cl elle reste là, anéantie, pétrifiée comme une statue, comme le monument funéraire, le monument majestut m el tragique de sa propre race. Sun nom remplit maintenant la dernière page du livre.

« Ils montèrent sur un navire; le navire s'ent'rouvrit ; I»1 gouvernait, pendant la tempête, se brisa sur un récif, les voilea et Ifs cordages furent déchirés par le vent : eui seuls furent sauvés par la foi virile qui soutenait leur àme.

« Il \ a longtemps que l'herbe pousse sur la tombe d'ilona et de son époux, il \ a longtemps que leur poussière repose en sûreté dans la terre d'Asie; mais le livre aux clous d'airain nous est resté, à nous leurs descendants : ouvrons-le, eomme il convient, avec un respect religieux. »

N'est-ce pas là une petite épopée? Quelle peinture de lout un peuple dans ce cadre si étroit el si simple! Une chambre, un»4 femme, un livre, il n'en faut pasdavanl au poète pour dérouler à nos yeux des siècles d'héroïsme. La sombre histoire commencée deux cents ans plus lût vient se Lerminer ici sous les voûtes de cette salle, auprès de ce livre mouillé de larmes généreuses. Et ce n'est pas seulement dans ce In re d'annales que les héros d'au- Irefois nous apparaissent, je les vois tous vivants dans la dernière des Zrinyi. Qu'elle est belle, la fière Ilona, quand elle écrit elle-même le récit de ses désastres sur le livre funeste! Comme elle lu-ave la fortune! Gomme (die redresse son frontl C'est pourtant une femme, une âme gracieuse el douce; elle pleure, elle a des moments d'épouvante, son coeur maternel est déchiré. <ni recon-

naît la petite fille du vieux comte, qui, frappé à mort, combattait encore h genoux. Oui, tous les Zrinyi sont là, tous l'entourent et lui font cortège lorsqu'elle prend la route de l'exil, laissant le livre de ses douleurs aux mains du poëte fidèle.

Ce poëte, qui avait commencé de recueillir pieusement les légendes hongroises, n'a pas eu le loisir de terminer sa tâche. Que de pages il eût détachées encore des tragiques annales de son peuple! Les Râkôczi, les Yéséleini, les Bàthori, auraient pris place dans son tableau à côté du héros de Sziget; il eût expliqué les pages inconnues de riiistoire, el de grandes figures resteraient gravées à jamais dans L'imagination de la foule. Les derniers écrits de Garaj attestent manifestement l'intention de suivre celle voie; en 1847, il avait publié une légende, Sophie Bosnyak, qui obtint le prix de poésie, et un cycle de ballades historiques intitulé les Arpad. L'année suivante, il donna une narration poétique sur un nouvel épisode des annales (\v> Zrinyi, la famme de Christophe Franjepan; enfin, prenant un essor plus hardi, il avait essayé d'écrire tout un poëmesur un des souverains les plus vénérés de la Hongrie du moyen âge : ce poëme, Saint Ladis/as, la plus vaste composition de Jean Garay, parut à l.i l. m en 1850; trois ans [tins tard, une seconde édition était publiée à Pesth.

L i vocation véritable de Garay, ions les critiques hongrois sont unanimes sur ce point, étail surtoul la ballade historique, ou plutôt ci1 que nous n'avons pas crainl d'appeler la petite épopée, c'esl à-dire le récit plein et rapide qui concentre aux yeux de la foule les traits les plus importants du passé. Ces tentatives diverses lui avaienl

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révélé à Lui-même la direction qu'il devait suivre; il ail ail marcher désormais à sou bul avec une volonté plus ferme, une connaissance plus approfondie de Tari; il voulait être, disait-il, te rapsode de l'histoire natiouale. Une destinée cruelle ue lui a pas permis de réaliser toute sa pensée. Gara^ étail pauvre, et il travaillait pour nourrii- ses enfants. Représentez-vous ce qu'il eût pu faire, s'il n'eût pas été perpétuellement troublé dans ses rêves d'artiste par les plis dures nécessités de la Nie! L'auteur de Konth tTHedermar et de Zrinyi Ilona, à peine âgé de quarante et un ans, est mort leS novembre 18 victime de la misère. Il ne laissait pas même de quoi payer sa sépulture, et il fallut faire une collecte pour lui donner une tombe.

Comment la société hongroise a-t-elle pu laisser disparaître ainsi l'artiste scrupuleux et modeste qui lui consacrait son talent? Devrons-nous répéter les accusations que M. K<T[l>én\ ne craint pas de lancer contre la noblesse de son pays? « Il y a chez nous, dit-il, deui aristocraties : l'aristocratie d'argent, composée de marchands allemands, grecs et juifs, par conséquent fort indifférente à notre littérature nationale, et l'aristocratie de naissance, la noblesse de race, qui n'a aucune idée de la dignité de l'écrivain, bien que plus d'un poète aimé, plus d'un conteur célèbre, soit sorti de ses rangs dans cette dernière période. Pour cette noblesse hautaine, l'écrivain est quelque chose comme le coiffeur, te cuisinier ou le maître de danse; c'est un des serviteurs du luxe public. Nos dandies évitent toute relation sociale les hommes qni pensent; leur bonheur suprême est de vivre dans la société des palefreniers, des jockeys, des

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danseuses d'opéra, ou bien encore de misérables piqueassiettes qui se soumettent très-humblement aux plus triviales facéties pour faire accepter leur présence... C'est une chose caractéristique, ajoute l'écrivain, qu'on trouve encore un de ces pauvres diables dans presque toutes les grandes maisons hongroises, espèce de fous de cour, logés, nourris, habillés par le châtelain, à la condition de faire rire les hôtes et de subir à toute heure les mystifications de chacun. »

Cette invective du critique hongrois ne me parai! point équitable : dans tous les pays du monde, il y a de ces dandies et de ces hobereaux. M. Kerlbény oublie d'ailleurs que l'aristocratie magyare a gardé à travers ces goûts frivoles de [dus nobles instincts. Sans remonter jusqu'à Nicolas Zrinyi, ne sufiit-il pas de rappeler la part que tanl de magnats ont prise et prennent encore à la résurrection de la littérature nationale? C'est un gentilhomme hongrois, Alexandre de Kisfaludy, qui le premier a remis en honneur la langue et ta poésie dc> ancêtres. Toutes les sociétés, toutes les académies qui entretiennent l'ardeur i\r> intelligences, celles qui oui couronné Vôrôsmarty, qui ont encouragé Petoèfi, qui ont admis Jean (iaray dans leur sein, par qui ont-elles été instituées? par qui sont-elles soutenues? Par les plus

mds ROHM de la noblesse hongroise. Dans le pays des Kisfaludy, des Téléki, des Széchenyi, on ne peul reprocher aux classes supérieures d'être hostiles ou indifférentes aux travaux de la pensée. Ceux à qui s'adressent les reproches de >1. Kertbénj sont i\^> Hongrois-Allemands, i\c> Magyars-Autrichiens, et Ton peul juger par cet exemple de l'influence que la cour de Vienne exerçaii

ja lis sur les magnats, quand ils oubliaient les traditions de leur pays.

Non, la misère el la morl de Jean Garay ne saliraient rire imputées sans injustice à la société hongroise. Dès que ce malheur fui connu, une vive émotion saisit lous lescœurs d'élite : des souscriptions furent ouvertes; d'un bout du pays à l'autre, même dans les plus petites villes et ce fait prouve assez combien le nom de .Iran Gara) était vraimenl populaire), on organisa des Concerts, <lcs représentations théâtrales, (\i>* quêtes à domicile pour procurer îles secours à la femme ei au\ enfants du poêle. On ramassa ainsi une somme qui dépassa 30,000 francs. La somme n'esl rien, c'esl l'élan dr^ âmes qu'il faut considérer; le denier du pauvre et l'offrande du riche s'étaienl fraternellement unis. La Hongrie entière (je ne parle pas (\r> marchands grecs el juifs) acquittai! sa dette de reconnaissance envers l'auteur <\i'> petites épopées nationales.

Acquittons aussi la dette de la critique, et rendons à Jean Garaj le rang qui lui appartient. Plusieurs écrivains hongrois, essayant d'assigner des places aux poêles modernes de leur pays, ont fait tort, ce nous semble, au consciencieux artiste que nous venons d'apprécier. Trois maîtres, à leur avis, dominent tous les autres chanteurs : ce sont Vorôsmarty, Petoefi et M. Jean \ran\ ; Jean Garay appartiendrait aux groupes (\c> poêles de second ordre, avec M. lasznvai, M. Tompa, M. Sasz, M. Bérecs, et toute unv vidée de rimeiirs dont je dirai un mot en finissant. Or ce sont d(^ raisons de style, moins que cela, des considérations de pure grammaire,

• |iii ont décidé celle distribution des places. M. Aranv,

comme Vôrôsmarty et Petoefi, écrit dans un hongrois très-pur, sans mélange de formes et d'expressions étrangères, tandis que Jean Garay, esprit cultivé, artiste chercheur, fait souvent des emprunts aux poésies do> autres peuples de l'Europe. Rien de plus juste que les scrupules et I( pences de la critique en tout ce qui concerne

l'idiome natal; s'il y a, comme on l'affirme, deux groupes d'écrivainsen Hongrie, les écrivains cosmopolites 'on leur a donné ce nom), qui abusent des importations étran- - crivains nationaux, religieusement fidèles à L'esprit e1 aux règles tir leur langue, ce sont ces derniers sans nid doute qu'on doit encourager. 11 faut prendre garde pointant de méconnaître la valeur de L'inspiration poétique. Si Jean Garay offre un style mélangé, ne peut-on signaler ce défaut sans oublier l'élévation de sa pens la force et L'originalité de ses peintures? Pour nous qui sommes naturellement plus frappé de l'idée que des tours de force du style, à coup sur, nous placerons Jean Gara\ au-dessous de Vôrôsmarty et de Petoefi : il n'a pas la fécondité, la science magistrale du premier, il n'a pas du second La verve impétueuse el la passion brûlante; mais nous estimons qu'on doit le mettre fort au-dessus de M. Jean Arany.

M. Jean Axanj est né mi 1817 à Nagy-Szalonta, dans "mii.i! de Bihar. Fils d'un paysan calviniste, il reçut une éducation complète, car ses parents avaient remarqué ses dispositions pour l'étude, et leur ambition était d'en faire un pasteur, après avoir commencé ses cla* dans -a ville natale, il entra au collège de Debreczin et se plaça au premier rang parmi ses condisciples. Il s'ennuya bientôt delà vie monotone du colU e besoin

i LA POÉSIE BONGROTBE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE.

d'action et d'aventures qui tourmente la jeunesse lion-

»ise l'entraîna, comme Petoefi, à d'étranges êquipi Il rêvail une libre vie, toute consacrée à la poésie el aux arts; ane troupe de comédiens étant venue donner des représentations à Debreczin, ce fui un événement dans la ville, et le jeune Aranj crul toucher le but de ses rêves. Il avait dix-neuf ans, son parti fut bientôl pris; le voilà enrôlé dans la troupe, il s'apprête à paraître sur la scène. Malheureusemenl cette société de comédiens, l'une des meilleures qu'il 3 eût on Hongrie, no tarda point désorganiser, et le jeune Arany, s'obstinanl dans ses désirs, fut réduit à prendre un emploi chez ces bandes nomades qui transportent leurs tréteaux do village on villaj

On comprend qu'une telle existence fit succéder à illusions le plus cruel désenchantement. Dire les privations, li'- dégoûts qu'il eut à endurer serait chose lm] sible. Un jour que dans un lieu sauvage il errait soûl et désolé au milieu des rochers et des bruyères, il crut entendre ane \<»i\ intérieure qui lui annonçait la mort do sa mère et lui ordonnait de retourner au village. Il part, traverse la Hongrie, et arrive à Szalonta exténué de faim et de fatigue. Sa mère vivail encore, mais elle mourut [mmi de temps après. Le jeune vagabond, avec son inia- •in;ili<>n inquiète, \il dans ce malheur une punition de la Providence; c'était le châtiment que Dieu lui infligeai pour avoirquitté l«i toit paternel et couru de folles aventures. Il jura dès lors de renoncer pour toujours aux rêveries décevantes. Son père était âgé, infirme, presque aveugle; il résolut de se vouer à lui sans réserve. Adieu les espérances de gloire! adieu l'art, la poésie, le

théâtre, tout ce qui avait enivré sa jeunesse! Adieu même la pratique silencieuse des lettres! Il redoutait comme une amorce perfide les douces jouissances de l'esprit, il craignait d'être encore entraîne loin du cercle où s'enfermait sa volonté. Pendant trois ans, il enseigna la grammaire latine dans l'école protestante de Nagy-Szalonta. Nommé en 1840 second secrétaire du comitat, il se maria peu de temps après, et, occupé (oui le jour des devoirs de sa charge, attaché à son foyer par les liens les plus doux, il se croyait pour toujours à l'abri des tentations qui l'avaient égaré autrefois. La maladie, — c'est ainsi qu'il appelait ses ambitions poétiques, — la maladie était vaincue et radicalement extirpée.

Tl se trompait : chez celui qui est né poète, la maladie es! incurable. La tentation si consciencieusement éloignée réparai bientôt sous les traits d'un ami de collège. M. Stéphan Szélagyi, qui travaillait alors à un grand ouvrage philologique pour l'Académie hongroise. En écoulant les confidences enthousiastes de M. Szélagyi, comment le jeune poète n'aurait-il pas senti se réveiller l'enthousiasme de ses premiers désirs? C'est en 1842 queM. Jean Àran^ avait donné l'hospitalité à son savanl condisciple; cinq ans après, la Société ffisfaludy décernai! un prix extraordinaire à la plus importante de ses compositions poétiques.

Ce poème, intitulé Toldi, est k remaniement très-habile, très-ingénieux d'un vieux récit populaire versifié au seizième siècle par un certain Pierre lllosvai. Le, su je! ne manquai! pas d'à-propos à la date où il tut composé; je ne sais s'il méritai! bien d'être repris par un pué te

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de ims jours. Le Toldi du seizième siècle esl une personnification du peuplé hongrois; c'esl le Jacques Bon- 110111111»' des bords «lu Danube. Vigoureux, énorme, intrépide, d'une simplicité extrême, d'une patience angélique, ce bon géanl esl Longtemps victime de L'injustice avant de faire connaître ce qu'il vaul el d'établir son droit par la puissance de son lu-as. Le frère aîné de Toldi. quis'esl poussé par L'intrigue à la cour de L'empereur, méprise fort le (ils de sa mère, demeuré simple paysan; il le malmène, L'accable de dédains, lui extorque sa fortune, et L'oblige à fuir du logis paternel. Toldi vit longtemps caché dans les bois. A la fin, cependant, c'est lui qui sauve la Hongrie d'un ennemi féroce el redouté, M. Arany a jeté sur celte légende lout L'éclat de sa poésie. Tantôt familière et naïve comme les vieux poèmes, tantôt mâle el hardie, sa langue a mille ressources; est-il bien sûr seulement d'avoir compris le sens exact du récil qu'il s'est proposé de rajeunir? Ces deux frères du seizième siècle, c'est la noblesse et le peuple, la noble—'' magyare et le peuple des campagnes. Pierre 111 osvai voulait dire aux hommes de son temps: « Fiers magnats, fils d'Arpad, maîtres (\^> droits iniques et des privilé barbares, ce peuple que vous dépouillez, que vous foulez aux pieds, c'est lui qui en mainte occasion a sauvé la patrie. » Je comprends ces symboles dans le récil du vieil auteur; publié aujourd'hui, le poëme de TWrfin'â plus de sens. A\ant les guerres de 1848, dans la mémorable diète de 1847, la noblesse magyare a détruil les Lois du moyen âge; elle a renoncé elle-même à ses privilèges, elle a l'ail volontairemenl ce que la noblesse russe m' fait aujourd'hui que contrainte el forcée : elle a voté

l'affranchissement de la terre et de l'homme qui la cultive: elle a réuni dans le droit commun tous les enfants de la même patrie pour les préparer à réclamer tous en-

ble et à exercer pacifiquement un droit plus élevé encore, le droit de l'indépendance nationale. Voilà pourquoi le sujet de ce poëme me semble mal choisi, et pourquoi Jean Garay, si attentif à la signification qu'il attache - s uvres, est supérieur, selon nous, à M. Jean Arany. Il ne faut pas ménager les avertissements à la littérature d'un peuple qui a de si sérieux devoirs à remplir. Un des pi - - Qds dangers auxquels est exposée la - rivalités des races qui peuplent -on territoire. A côté des Songrois, il y a des Sa: s, des Slaves, des Roumains, établis sur le même sol et longtemps soumis, quoique résistant toujours, à la dominalion des successeurs d'Arpad. Si l'Autriche, en J8i8. n'avait pas profité de ces divisions séculain s, I i Hongrie eût-elle succombé dans la lutte? Ces divisions sont effa- >j les Magyars ont reconnu tous les droits; Slai s,

>ns, Valaques, se sentent aujourd'hui les fils d'une

ie commune, et ils réclament d'une même voix les droits de la terre où ils sont nés. Ayez soin cependant que ces antiques haine- n'éclatent pas de nouveau, veil-

-iii- vos paroles, écartez les souvenirs funestes: voilà ce <|m' je dirais aux Hongrois, et c'est pré isément ce que leur répétait hier un homme qui les connaît et qui les aime, l'historien i\c< Roumains, M. Edgar Quinet. Dans les idéal ries de Merlin {Enchanteur^ à la

fin des visions, au moment où tous les peuple- de la lerrc s'élancenl à une ?ie nouvelle, le poète les salue et leur donne <\r> conseils : Est-ce toi, s*écrie-t-il, est-ce

toi (|ni devances les antres, 0 Hongrie, donl les chevaux effarés respirent encore la mort? Prends pitié de cera qne tu as foulés trop longtemps, et vois comme ils sonl prêts encore à te haïr. Ne les fais pas repentir d'avoir pleuré sur toi. » Que la Hongrie se soui ienne de ces paroles, que les poètes effacent de leurs souvenirs et de leurs écrits tout ce qui pourrai! rallumer les vieilles colères. Au\ derniers chants du poëme de Toldi^ l'ennemi fér< qui jette répouvante chez les Hongrois et que le géanl rustique pourfend de sa grande épée, cet ennemi est un Slave, un Tchèque, un Bohème, c'est-à-dire le représentant d'une de ces races que la Hongrie opprimait autrefois, et qui sont appelées aujourd'hui à faire alliance avec elle. Pouvait-on rencontrer une inspiration plus malheureuse? L'autre poëme de Jean Arany, la Prise de la forteresse de Murany, est un récit élégant, brillant, romanesque, mais frivole et sans saveur. Maria Szecsi, veine du prince Etienne Belle n, réside en sa forten de Murany. La scène se passe vers la lin de la guerre de Trente ans. La France, qui suscite de nouveaux ennemis à l'Autriche, pousse à la guerre les protestants hongrois, et leur chef, George Ilr de Râkôczy, prince de Transylvanie, vient de rassembler une armée de soixante mille hommes : grave péril pour la maison de Habsbourg, an lendemain de la bataille de Rocroy, quand il faut lutter contre Turenne et Coudé! Or la forteresse de Mnran\ est sur la mute de l'armée hongroise; qnel parti va prendre Maria Szecsi? Sera-t-elle pour le prince de Transylvanie on pour l'empereur Ferdinand III? Essayera-t-elle d'arrêter 1<-- Hongrois, «ni veut-elle leur livrer passage? Maria Szecsi s'est déclarée contre Ferdi-

nand, et déjà les Impériaux mettent le siège devant Murany. Ce siège peut être long : solidement assise sur des rochers à pic, bien pourvue d'hommes et de munitions, la forteresse semble imprenable. Le chef des Impériaux, Vésélényi, voit bien que tous ses efforts seraient impuissants, et il n'y a point de temps à perdre si l'on veul couper la roule à l'armée de Râkôczy. Aussitôt, en stratégiste habile, il porte la lutte sur un autre terrain. Maria Szecsi est belle, brillante et un peu ennuyée de son veuvage; lui aussi, il est aimable, séduisant: il n'y a pas de gentilhomme plus accompli à la cour de l'empereur. Le jeune général demande une entrevue à la châtelaine de Murany, et le résultat de l'entrevue, on le devine, ce sont les fiançailles de Vésélényi avec la belle Maria. La dot de la mariée sera la ville elle-même avec les rochers, les soldats et les canons qui la défendent... A parler net, c'est une trahison. Les officiers hongrois qui se battent pour la châtelaine et surtout pour leur pays; son beau-frère, qui a le commandement de la place; tant de braves gens qui sont heureux de venir en aide au \ aillant Râkôczy, que voni-ils dire? Pour livretla ville, il faut qu'ils y consentent. Maria les imite à un festin, et tandis que les convives chantent el sYimrenl, l'ennemi escalade les murailles.

Estr-ce là une belle histoire à rappeler aux Magyars? .!<■ sais bien que vingt ans après Vésélényi devint à son tour le chef d'une insurrection nationale contre lAutriche, que Maria Szecsi expia sa trahison par les <loulenis de sa captivité et le courage de sa mort. M. Araaj

ne VOÎI ii t * il à condamner dans la trahison de .Maria; re

qui le charme, ce qui excite sa verve, c'est ce roman im-

3tfO LA POÉSIE HONGROISE M DIX-NEUVIÈME SIÈCLE.

provisé «mi pleine guerre, celte histoire d'amour au milieu di' la canonnade. Quelles que soienl 1rs franchises de l'art, il faul qu'un poëte hongrois soil bien désintéressé pour traiter cavalièrement un tel sujet, el ce désintéressement convient peu aux poètes qui s'adressent à la Hongrie moderne. Peloefi, je ne l'ignore pas, a célébré la même aventure; mais il l'a fait dans un récit rapide, dans quelques strophes lestement enlevées : pure fantaisie d'artiste, on le voit bien, qui ne lire pas à conséquence. Chez M. Arany, c'est tout un poëme. L'auteur de Toldi est digne d'çntendre 1rs avertissements et les conseils. Il est jeune encore, il a des qualités rares, une imagination souple, un vif sentiment (\\\ style; quand il se préoccupera davantage i\v> nécessités du temps où il Ait, il justifiera complètement les éloges qui ont accueilli ses débuts.

J'oserai tenir le même langage à M. Koloman Lisznyai, chanteur facile et brillant qui ne parait pas se faire une idée assez haute i\v> devoirs de la poésie. M. Lisznyai a mené cependant une vie assez active pour connaître exactement son époque, il a été mêlé à d'assez grands événements pour apprécier L'efficacité d'une parole virile. Agé de vingt-cinq ans en I8'j«s, il fut au nombre (\c> dix députés que la ville de Peslh envoya à la diète de Transylvanie pour y représenter L'union (\c> deux contrées. Quelques mois après, il s'engageait comme simple hussard, en même temps que son ami lVtoeli. Il combattit sous Bem et sous Gorges, assista aux batailles de Kalpolna, de Keszthély, et fut nommé par le gouvernement « historiographe de L'armée nationale. » Ces souvenirs n'auraient-ils pas dû inspirera

M. Lîsznyai des accents plus élevés? Il a écrit des chansons piïntanières, il a composé des pièces naïves dans le dialecte des Palocz1, il a dessiné maints tableaux de la vie des champs et des villages; on voudrait que ce talent facile se consacrai à des pensées plus fortes. Un sentiment énergique, une conviction soutenue manquent à ces es mélodieuses. Rien qui rappelle l'époque où ces vers ont été écrits, rien qui atteste la douleur et les espérances trune nation; on croirait qu'un printemps éternel fait germer les gazons de la lande, et que les poètes n'ont qu'à chanter pour bercer des tribus heureuses, Ce n'est pas ainsi que le pauvre Garay avait compris sa tache.

Le prodigieux accroissement qu'a pris la littérature poétique des Hongrois rend ces avertissements plus nécessaires que jamais. Les faiseurs de vers, ces chansonniers du printemps et de la lune si vigoureusement bafoués par Petoefl, se comptent aujourd'hui par centaines. M. Kertbény a publié une anthologie intitulée : Album de cent poètes hongrois, et il est encore plus de cent \ ingt chanteurs qui n'ont pu trouver place dans ce recueil. Il y a parmi eux des hommes de tout rang et de toute classe : seize prêtres catholiques, quatre pasteurs protestants, sept hommes d'État, dix magnais, onze officiers, sept avocats, trois médecins, quinze employés de l'administration, deux bibliothécaires, \ ingl-neuf professeurs, vingt el un journalistes. M. Kertbénj étale ce relevé avec une sorte d'orgueil patriotique. Hélas! nous sommes bien loin de partager sa joie : cette fécondité banale nous semble un inquiétant symptôme.

l . Urte pi nplade hongroise du ni.

I ii France, au seizième siècle-, quand parurent les poêles de la Pléiade [ce rapprochement n'est peut-être pas bors de propos, puisque notre Ronsard, d'après une opinion assez répandue, était d'origine hongroise1),

1. Est-ce liii ii la Hongrie, pour Le dire m passant, qui aurait le droit de revendiquer ies ancêtres de Ronsard? Les Roumains aussi réclament ce Dis du marquis de Ronsard, qui \iut chercher aventure en France au quatorzième siècle, et ils invoquent certains yen du poète qui laissent tout au moins la question indécise :

Or, quant à mon ancestre, il a tiré sa race D'uù le glacé Danube est voisin de la Trace. Plus bas que la Hongrie, en une froide part, Est un seigneur nommé le marquis de Ronsart, Riche d'or et de gens, de villes et de terre. Un de ses 01s puisnés, ardaut de voir la guerre. Un camp d'autres puisnés assembla hasardeux, Et quittant son pays, fait capitaine d'eux, Traversa la Hongrie et la basse Allemagne, Traversa la Bourgogne et toute la Champagne, Et soudard viut servir Philippe de Valois, Qui pour lors avait guerre encontre les Anglois. Il s'employa si bien au service de France, Que le roi lui donna des biens à suffisance Sur les rives du Loir ; puis du tout oubliant Frères, père et pays, français se mariant, Engendra les aïeux dont est sorti le père Par qui premier je vis cette belle lumière.

Plus bas que la Hongrie, dans un paya où le glacé Danube est voisin delà Thrace, voilà une désignation un peu vague; ce peut être la Transylvanie, ce peut Être aussi la Moldavie. D'autre part, on nous apprend aujourd'hui que cet ancêtre du poète .-'appelait Marueini ou Mârficina, et qu'il prenait le titre de l>nn, comme son père; dans la traduction française de ce nom et de ce titre, Ban serait devenu marquis, et Mârûcinâ, qui Bignifie ronces, foncière, serait devenu Ronsart. (Voyet Chants populaires de la Roumanie recueillis par Alexandri. Paris, 1855.) C'est M. Ubicini fini nous fournit ces curieux détails dans l'in- Iroduetion qu'ila placée en tête de ce recueil, et M. Prosper Blanchemain n'a eu garde de lei oublier dans sa savante édition du poète.

on vit pulluler autour d'eux le troupeau des imitateurs, et le bon Etienne Pasquier, si peu sévère pourtant en fait de poésie, écrivait celte curieuse page : a En bonne foi, on ne vit jamais une telle foison de poètes. Je crains qu'à la longue le peuple ne s'en lasse. Mais c'est un vice qui nous est propre que, soudain que voyons quelque chose succéder heureusement à quelqu'un, chacun veut être de la partie... Notre France, du temps du roi Charles septième, eut une iîllc nommée Jeanne la Pucelle, laquelle, poussée d'une inspiration divine, se présenta au roi comme déléguée de Dieu pour rétablir son royaume; ce qui lui succéda si à propos que, depuis son arrivée, toutes les affaires de France allèrent de bien en mieux, jusqu'à ce que finalement les Anglais furent totalement exterminés. Pendant ce temps se trouvèrent deux ou trois affronteuses qui se tirent prêcher par Paris comme étant aussi envoyées des deux à même effet que la Pucelle. Toutefois, en peu de temps, leur imposture fut halenée, et se tourna tout leur feu inopinément en fumée... Autant en est-il advenu à notre poésie française,

Œuvres complète* de Homard* Paris, Franck. 1857-1867. Tome IV. . Or. le litre de Ban est un litre slave, un litre illyrien ou bohème; serait-ce «loue la Bohême qui aurait le droit de revendiquer le ban Màràcioà ? l'aïeul de Ronsard aurait-il accompagné Bon maître, le chevaleresque Jean de Bohême, quand il vint servir Philippe de Valois, qui pour lors 'liait guerre encontre les Ain/lois? Nous savons par le récil de Froissard s'il le servit bérolquemenl ; la mort de Jean de Bohême es1 un des pins dramatiques épisodes de la bataille de Crée) (1346 . Ou voit que le texte même de Bonsard se prête à ces dii

'est ni le lien ni le moment de poursuivre cette enquête; qu'il Doua suffise d'avoir Indiqué le litige aux esprits curieux.

Voilà un débat de plus, mai- celui-là tout pacifique, entre la Bohème

et la Hongrie.

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en laquelle... chacun s'esl l'ail accroire à pari soi qu'il aurait même pari au gâteau1. » Etienne Pasquier, en écrivanl cette lettre à Ronsard, l'envoyait à l'adresse de quelques dizaines de rimailleurs; nous l'adressons aux deux cent vingt poètes magyars du dix-neuvième siècle, on les suppliant humblement de vouloir bien lire une certaine pièce de Peloefl Sândor intitulée l'Élégie de la

Lune.

Il \ a pourtant de bonnes inspirations dans l'anthologie publiée par M. Kerlbény. M. Charles Sasz, M. Michel Tompa, M. Charles Berecz, M. Paul Giulay, quelques

antres encore dont le nom pourra grandir, ont exprimé plus d'une fois sous une forme énergique les sentiments nationaux. Je citerai surtout une pièce de M. Charles Sasz intitulée Musique hongroise. Lorsque l'écrivain est forcé de se taire ou de ne manifester qu'à demi sa pensée, un art plus libre en son divin langage, la musique, révèle tout ce qui agite les âmes. Que de pleurs, que de sanglots dans le violon de ce bohémien qui passe! Il joue une vieille marche guerrière; aussitôt tous les cœurs ont frémi, tous les yeux sont pleins de larmes.

« Entendez-vous comme le violon retentit, comme il pleure, comme il soupire? Se peut-il qu'en ces quatre petites cordes habite une âme si désolée?

« On dirait, auprès de la sombre pierre d'un tombeau, des orphelins pleurant leur mère ; on dirait 1rs (liants que le rossignol exhale la nuitsous la feuillée.

« Entends-tu les accents du violon? entends-tu ses soupirs?...

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