‹ Tchèques et MagyarsChapitre 29 sur 40 · LA · texte numérisé non relu

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son i ? On ne regrette pas de rencontrer ces indices d'une ânie Icndre dans la vie d'un homme que recommandent avant tout La vigueur de la raison et la fermeté de La conduite. Il faut ajouter pourtant que ces concessions de Széchenyi, chose assez ordinaire dans Les sacrifices de ce genre, lui furent absolumenl inutiles. Le Peu /île de /'/;'>•/ ne lit que précipiter la déchéance «le Szécbenyi comme chef du mouvement national; ébranlé déjà par Vesselényi, Le grand Magyar était détrôné par Kossuth. Cette blessure, quoique saignante, ne Le met pas hors de combat. Il se relève el reprend vaillamment son poste. Désormais il ne fera plus de concessions, il accusera au contraire les différences profondes qui le séparent des agitateurs. Que lui importe la popularité? Il a le témoignage de sa conscience, el il compte sur les revanches de l'avenir. C'est donc avec une verve rajeunie qu'il va combattre les démagogues. Ne croyez pas d'ailleurs qu'il porte dans la lutte aucun ressentiment personnel, il ne pense qu'à l'intérêt du pays. Une des choses qui L'inquiètent tout d'abord dans les doctrines de Kossuth et de ses partisans, c'esl l'esprit de domination altière * ] u i inspire leur politique. De même que les Allemands avaient voulu imposer la culture germanique aux Magyars, de même ceux-ci, dans l'élan qui les emporte, voudraient obliger les Allemands et les Slaves du royaume à se transformer en Hongrois. Naguère la langue magyare n'était rien ; maintenant qu'elle est remise en honneur, on voil avec impatience qu'elle n'ait point encore étouffé tous les idiomes rivaux. Ce droit de la race, ce droit du foyer natal, qu'on a tant réclamé, qu'on réclame encore avec tant d'énergie, on le refuse insolemment au

voisin. Étrange aveuglement de la passion! égoïsme incorrigible! avant même «l'avoir triomphé, dès le premier réveil de la vie, au premier espoir de succès, le Magyar prétend faire peser sur les populations slaves, allemandes, roumaines, du royaume de Hongrie, la même oppression que la Hongrie avait dû subir sous la main de l'Autriche. L'esprit niveleur de la démocratie formait ici la plus singulière alliance avec les prétentions hautaines des .Magyars. Nivellement démocratique et privilège d'une race altière, ces choses répugnaient également au sens droit du comte Széchenyi. Il devinait déjà les clameurs que provoquerai! bientôt la victoire des Hongrois; il prévoyait les colères, les justes colères des Tchèques, des Croates, et s'efforçait de prémunir ses compatriotes contre les mauvais conseils de l'orgueil. C'est là un des plus curieux épisodes de sa carrière. Il y a autant d'élévation morale que de sagacité politique dans les paroles que ses appréhensions lui inspirent.

« Ah! s'écrie-t-il, le sentiment national qui fait notre force t. mais un trésor redoutable ; à quel moyen recourir pour communiquer ce sentiment aux peuples divers établis sur le sol hongrois? Imposer notre langue, c'est provoquer la révolte. Il n'\ a que notre supériorité intellectuelle qui puisse attacher ces peuples à la nationalité hongroise... Développons nos vertus personnelles, accroissons nos qualités morales; notre salut est là et nulle part ailleurs. C'est à l'individu à préparer le triomphe de la nation. Comment un.' nation possèdet-elle ces foi - vertus n< cessaires à son action politique?

Quand le plus grand nombre des individus qui la composent accomplit sa tache humainement et honorablement, il faut sur-' tout acquérir le don de plaire, la faculté d'attirer, d'absorber

l< - • lémenls voisins. Croit-il posséder cette faculté, celui qui, au lieu d'éveiller les sympathies, n'agit que sur l'extérieur, et, parce qu'il contraint les autres .1 employer la langue magyare, parce qu'il les affuble du costume hongrois, parce qu'il fait Qotter partout nos couleurs nationales, s'imagine avoir conquis du même coup les cœurs et les esprits ? Croit-il la posséder, celui qui m' respecte pas chez autrui ce qu'il veut voir respecté chez Lui-même? C'est un grand art que de savoir gagner les cœurs; en a-t-il seulement le soupçon, celui qui en face d'un généreux adversaire, passionné comme nous-mêmes pour les traditions de sa race, au lieu de le traiter chevaleresquement, est toujours prêt à lui jeter de la houe?... Grand Dieu ! un temps (l<>it-il venir, et plus tôt que nous ne pensons, où notre académie toute seule protégera encore, faible lueur vacillante, cette langue hongroise que le Magyar honore, il est vrai, comme I»1 fondement de ion existence nationale, mais qu'il n'aura pas su répandre, qu'il aura détruite au contraire en la rendant odieuse par son orgueil et par son fanatisme? »

Accoutumés aux Qatteries des tribuns, les Hongrois ne devaient pas faire bon aecueil' à de telles remontrances. C'est devant l'académie dé Pesth, et comme président de la compagnie, que le courageux homme d'État prononça ce discours; ^\c> témoins nous apprennent qu'il provoqua une explosion de murmures. Jamais pourtani ce grand serviteur de la Hongrie n'avail mieux mérité de ses concitoyens. Le» dangers qui menaçaienl dès lors les intérêts magyars, qui les menacent encore et

peut-être plU8 que jamais, riaient bardiment dévoilés.

S'imagine-t-on par hasard que le dualisme de la nouvelle Autriche soit la solution définitive i\r> difficultés qui pèsent sur cette malheureuse maison des Habsboui

Suffit-il d'avoir établi doux Autriches, ^Autriche allemande à Vienne, F Autriche magyare à Pesth, pour donner une vie nouvelle à l'empire? Il faudrait une distraction singulière pour ne pas entendre dans Tune et l'autre moitié de la monarchie ces millions de Slaves qui revendiquent leurs droits. Ce sont aussi de nobles races, et tandis que les Hongrois triomphent, tandis qu'e les Allemand- assistent à ce spectacle avec une surprise inquiète, il y a là plus de 16 millions d'hommes, Tchèques et Croates, humiliés, frémissants, exposés malgré eux aux tentations funestes du panslavisme. Je sais bien que l'empereur François-Joseph et le chancelier de l'empire, M. de Beust, promettent aux Slaves de toute l'Autriche le respect de leur autonomie; ce qui se fonde aujourd'hui n'est qu'un commencement, et les Tchèques comme les Croates peuvent espérer un jour une destinée meilleure. D'où vient cependant que les Slaves de Bohème el de Croatie ne sont rassurés ni par les promesses de François-Joseph, ni par les circulaires de M. de Beust? ! que l'esprit magyar les effraye, cet esprit de domination hautaine, si vivement dénoncé, il j a vingt-cinq •m;, par le généreux Széchenyi.

Un des plus dignes représentants de la race slave en Bohême, le vénérable M. Franz Palacky, me «lisait il > a quelques semaines1, au moment de partirpour le congrès slave de Moscou : «Vous vous o< cupez du comte Széchenyi, rande figure. Széchenyi est le seul Magyar qui ail eu le respecl t\<>> autres races, Si le gouvernement autrichien s'inspirait de sel principes, si lousiefl M i( yars

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