LES COMPACTATS DE BALE ET GEORGES DE PODIEBRAD
Les compactais du concile de Bâle furent acceptés solennellement à Ii^lau le 5 juillet 1436, sous la présidence de l'empereur Sigismond; mais au lendemain même de la conclusion de la paix, la guerre recommença , celte fois sur un autre terrain , spécialement religieux. La papauté, en lutte avec le concile , avait fini par le désorganiser, en produisant un schisme parmi les Pères, dont parlie sur son ordre, s'étaient transportés à Ferrare. C'étaitlà une victoire pour la cour de Rome. Le concile élait son premier ennemi; car lui aussi prétendait travailler à une réforme religieuse; son but élait de ramener l'Eglise aux temps primitifs, en subordonnant le pape aux conciles; comme on le voit, il poussait les choses moins loin que Jean Hus, mais c'en était encore assez pour déplaire à la papauté. Devant ces deux tentatives de réforme dans l'Eglise, qui se produisaient parallèlement, le Saint- Siège inaugura la polilitjue du « Divide, ut imperes. » Il s'attaqua d'abord au concile, le désorganisa, et, par sa scission, lui enleva toute autorité ell'ective. Vainqueur de ce côté, il se tourna vers la Bohême, et dès le mois de septembre 1i37 , déchirant la bulle approbatrice des compactais du il mars précédent, il fit pendre, à Prague, cinquante-trois des partisans de Jean Hus. La diète protesta : les restes palpii.inis des Taborites essayèrent quelques coups de main sur les villes où flottait la bannière impériale, mais Sigismond réprima si violemment ces aliaques, que tout rentra aussitôt ilans l'ordre. Néanmoins la situation ne fit que s'aggraver, surtout lors(juc la mort d'Albrecht, gendre et successeur de Sigismond , laissa le trône vacant. A la réaction , vint se joindre l'anarcliie : le jeune I.adislas, fils posthume d'Albrecht, étant mineur, la royauté se trouvait sans titulaire, et la royauté
étail le seul lien de la sociélc à cette époque, sa seule ^^arantie. La vacance du !rône, c'était donc comme une interruption de la vie nationale, et, plus spéci:tlement , c'étaient les compactais de Bàlecompiomis, aucune puissance léi,Mleel laï(|ue n'étant là pour résister aux fureurs réactionnaires du clergé. Heureusement pour la Bohème, elle rencontra un homme, qui, pendant cinq années, s'employa, avec le plus grand dévouement , à l'empêcher de se dissoudre. Placck de Pirksiein, chef des caiixlitis ardents, entreprit l'œuvre ditlicile de ramener le calme et l'union dans les esprits, troublés et divisés par une lutte de vingt années, dont l'issue avait été loin de contenter tout le monde. Il rallia d'abord les calixtins modérés, paralysés par leur timidité même, et qui ne tenaient que mollement pour les compactais; puis il s'efforça de tempérer l'ardeur des taboiisles, égarés dans leurs exagérations, et qui, haïs.sanl sur le même pied pape et concile, ne voulaient entendre parler que du retour à la pure doctrine cvangélique : éléments bien disparates el bien contradictoires qu'il fallait à tout prix fondre dans une commune action contre l'ennemi commun, le parti catholique-romain, (jui avait pour chefs, Ulrich de Rosemberg, et le chapitre de la cathédrale de Prague.
La scission du concile de Bàle avait entraîné un schisme dans l'Eglise, el le concile trontiué de Florence avait choisi son pape, Eugène IV. Les deux souveraiiis-j»oniifes envoyèrent, chacun son légat, en Bohême pour s'y faire reconnaître, mais les hussites ne firent aucune réponse à leurs démarches el ne se montrèrent préoccupés que des compactais. Il est vrai qu'Ulhrich de Rosemberg les reconnut tous deux à la Ibis et leur tendit la main, à l'un et à l'autre, pour en recevoir de l'argent. Mais queNjuc influence personnelle que Rosemberg pût acquérir au moyen de ces subsides, le mouvement national, grâce au sire de Pirkslein, était trop bien diiigé, pour que le partisan el l'ami de l'Allemagne pût arriver à son but : la lieutenaiice du royaume, pendant la minorité de Ladislas. Le parti tchèque avait encore un autre chef, l'archevêque Rokycana, théologien émincnt, convaincu de cette idée de Grégoire-le-Grand : « Ubi unus colitur Christus, nihil eflicil rituum varietas ; » au nom de laquelle il était en lutte ouverte avec sou chapitre.
En 1414, Pbicek de Piikstein mourut, et c'est ici qu'apparaît la plus grande peut-être des figures hi.storiques de la Bohême.