CHAP. V. LES COMPACTATS DE BALE ET GEOROES DE PODIEBRAD
Georges de Podiebrad, élève et héritier de Pirkstein, hii succéda dans son œuvre patriotique, et, continuant les traditions j^Iorieuses de Zizka et de Prokop, batailla comme un preux, pour donner à son pays une complète indépendance. Cette période est la dernière épopée de la Bohême : ce fut son dernier rayon de gloire, — et, un n.oment, il éblouit le monde.
Le premier soin de Georges de Podiebrad fut de régler h\ question de rarchevéclié de Prague : il manquait à Bokycana l'institution canonique de sa charge: pou" l'obtenir, Podiebrad s'adressa au pape Eugène IV, qui siégeait à Rome, mais il échoua. Alors, profitant de la vie nationale qui se réveillait de tous côtés, il convo(|ua une grande assemblée à Pilgram et fil voter par elle les deux résolutions suivantes : l** l.e jeune Ladislas passera de la tutelle de l'empereur sous la tutelle dos Boliêmes, ses futurs sujets, avec lieu'enanredu royauire jusqu'à sa majorité; 2" L'archevêque de Prague sera confirmé dans ses fonctions. — Ces r^'solulions catégoriques, la première surtout, éclairèrent la situation : la lutte entre le parti national et les catholiques eut un caractère plus précis, plus spécial. Lequel de Georges de Podiebrad ou d'Ullirich de Rosemhcrg sera lieutr-nant du royaume?
Le parti allemand réussit d'abord à se concilier l'api)ui des ealixtins modérés, en entraînant leur chef, le sire de Meinhardt ; mais bientôt le parti désavoua son chef, et vint grossir les rangs de Georges de Podiebrad. II put ainsi s'emparer de Prague, et traiter avec l'empereur, en lui montrant les dénis. Celte attitude, jointe à la secrète ambition de Frédéric IH , lui valut la lieutenance du royaume, en alteiidanl le couronnement de Ladislas-le- Posthume, dont l'empereur ne se souciait que médiocrement. La mort du jeune prince aurait, en effet, laissé la Bohême à l'empereur, (|ui de plus y aurait gagné la couronne de St-Elienne. Mais une fois régent de Bohême, Podiebrad comprenant ses devoirs en homme d'honneur, et pres!>entant peut-être les secrètes p^n'^ées de l'empereur, n'eut point de trêve que le jeune roi Ladislas ne fût confié à sa garde. Le Uosemberg le servit admirablement en cette occasion. Il avait lui-même enlevé le nourrisson royal à l'empereur, espérant par là lui forcer la main, pour en obtenir le titre de lieutenant; mais Podiebrad, une fois régent, prit l'enfant sous sa garde, l'emmena à Prac^ue, où il lui fit reconnaître les compactacts et l'archevêque hussile, Bokycana, et faisant appel à la
libre élection du peuple boliême, le présenta à la Diète, qui le salua roi. Le couronnement eut lieu au milieu d'une joie universelle, après serment sur l'évangile, et Podirbrad gouverna au nom du jeune prince. C'était là une grande victoire pour le parti national. 11 avait obtenu (jue son l'iiliir maîire vînt grandir au milieu du peuple (ju'il était appelé à gouverner, (ju'il fût par là un roi bohème, et non un souverain d'importation. Dillérents en ce point des Hongrois, toujours pleins de défiance et de hauteur envers le roi qui , n'étant pas sorti de leurs rangs, ferait de la Hongrie le siège de son gouvernement, les ïcliè(jues du XV* siècle voulaient leur souverain chez eux , se croyant assez forts pour lui imposer le respect des franchises nationales. Bt telle était la jalousie ombrageuse des Bohèmes à cet égard, que Ladislas étant allé se faire couronner en Hongrie, la Diète de Prague s'inquiéta des lenteurs du couronnement et rappela si vivement son roi, qu'il dut aussitôt revenir (1457).
Georges de Podiebrad, songeant à l'avenir de son pays, voulut alors marier Ladislas. Un projet d'union avec Magdeleine de France, fille de Charles VII, était déjà ébauché, l'ambassade bohème était même arrivée jus{|u'à Tours, quand on apprit la mort subite du jeune prince de Bohème et de Hongrie. Aussitôt surgit une nuée de prétendants , dont le plus sérieux était Charles VII, pour son second fils; mais l'Assemblée de Prague élut par acclamation le sauveur de la nationalité bohème, l'âme même de la patrie, Georges de Podiebrad, le 27 février 1458.
Cette élection produisit en Allemagne une vive irritation ; il n'est pas jusqu'à la Moravie et la Silésie, qui, égarées par le parti germanique, protestèrent d'abord contre le fait accompli; mais les orateurs envoyés par Podiebrad eurent bientôt calmé les esprits, et toutes les forces de la Bohême se trouvèrent ainsi réunies pour soutenir son roi dans la lutte terrible qu'il allait avoir à entreprendre contre le Saint-Siège. Les premières années de ce règne attestèrent tout d'abord une assez grande hésitation chez Georges de Podiebrad : on sent qu'il aurait bien voulu éviter la guerre, et qu'il alla jusqu'à méconnaître un moment les intérêts de sa patrie dans ce but. Grâce à .sa haute influence personnelle, il devint en peu de temps le pacificateur de l'Allemagne, où ses avis furent partout écoutés. Cette situation le rapprocha forcément du parti catholique-allemand , auquel il