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CHAP. IV. JEAN HUS ET JEAN ZIZKA

quel fut le sii^ne extérieur de celte insurrection, nous remarquons qu'il lut essenlicllement chevaleresque. C'est la chevalerie des Taboriics, fondée par Jean Zizka, (|ui entreprit la guerre et y précipita toute la nation : Llie donna l'élan, exalta le peuple jusqu'à complète insensibilité physique, et quoique numériquement beaucoup plus faible, infusa si bien son esprit et sa foi dans les masses, que toutes les nuances de l'insurrection s'eflacèrent devant son indomptable autorité. I.es Taborites formèrent ainsi le parti de l'action, le parti de l'initiative, et, à ce titre, la marche de l'insurrection leur appartint quelquetemps. Elle ne fut signalée que par des victoires. Malheureusement le Tabor se décomposa en sectesexagérées, qui compromirent la cause raêmequ'elles voulaient défendre. Comme toutes les révolutions, l'insurrection hussiteeut son écume, dont l'iippariiion provoqua un mouvement contre-révolutionnaire qui se traduisit parle désir hautement manifesté de ne pas aller plus loin. C'est ainsi que la Bohême accepta les compactais du concile de Bàle, voulant à tout prix mettre fia à la fureur des sectaires; mais, en souscrivant au traité d'Iglau, elle signa l'anéantissement de sa prop''e indépendance nationale. C'était, en etfel, dans le parti des Taborites que résidait toute sa force d'expansion, toute son énergie vitale : C'était là son point de résistance à l'influence germanique, et, quand elle-même l'eut supprimé à la bataille de Lipan, elle se trouva livrée, quoique victorieuse en apparence, à l'Allemagne qu'elle avait vaincue. Dès lors, son élément de résistance à la germanisation lui fit défaut : Elle eut bien encore un parti national qui pendant près de deux siècles défendit pied à pied son indépendance et son autonomie devant l'Allemagne ; mais elle ne put s'opposer à l'affluence toujours croissante des colonies allemandes, à l'immixtion de l'aristocratie germaine dans ses propres affaires, à l'arbitraire enfin des papes et des empereurs. Plus lard au moment de la guerre de trente ans, le tombeau de sa nationalité, il lui manquera la foi et l'impulsion révolutionnaire, cette force, en un mot, qui seule est capable d'éb'ctrisor toutes les couches d'une nation, et qu'elle même a brisée de ses propres mains ' \

La seconde cause de l'échec de l'insurrection hussiie est plus

(I) Voir Vltisurrertion des Ilustites en Bohême, par Louis Mieroelawtki. (La Bohême historique. Pari» 1HG7K

g(^nërale : elle vient du dehors. Ce qu'il aurait fallu à la Bohême pour iriompher, cV't.ul l'appui de toute la race slave, dont elle se faisait si éneriçiijuemenl le champion. Mais la Poloj^ne des Jagellon ne coni|)rit pas son devoir jusqu'au bout : elle se contenta d'abattre l'ordre teuionique, son ennemi direct et immédiat, et se croisa les bras, quand la Bohème s'altacjua de front au germanisme. Pourtant, à celle époque, la Poloi^ne élail la puissance la plus forte de la Slavie. Seule elle avait la force matérielle suffisante pour assurer le triomphe de la révolution liussite, qui dut suppléer à cette force par son indomptable énergie. Si la Pologne eut jamais une mission à remplir, c'était celle de marcher de pair avec la Bohème, au nom de la race slave, pour saisir ensuite l'hégémonie de toutes les populations qui la composent. Elle se borna à rester la gardienne vigilanie et dévouée des portes du chrislianisnie. Ce fut là son erreur historique. Cette déviation fatale dans la marche qu'elle aurait dû suivre, la conduisit aux partages d'abord, à l'anéantissement ensuite. En isolant sa cause de celle des Hussites, et plus tard, en s'abstenant dans la guerre de trente ans, la Pologne s'écarta elle-même de la transformation générale de l'Europe au xvi® et dans la première moitié du xvii® siècle. Elle resta en dehors du mouvement de la race slave, dont elle aurait dû prendre la tête; elle se pélrilia dans son isolement, et, quand tout fut écrasé autour d'elle, quand sa propre indépendance fut en jeu, elle se trouva seule et trop faible pour la défendre.

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