CHAI'. V. LES COMPACTAIS DE BALE ET GEORGES DE PODIEBRAD
faillit sacrifier son véritable parti , le parti national. Il engagea, en ertet, une lutte impitoyable contre quelques sectes fanatiques, débris des laborites, les frères de Bohême, entre autres, pendant qu'il ouvrait des né;^ociations avec Rome au sujet des fameux compactais de Bàle. Les colères que souleva celte conduite le firent rétléchir. Il comprit que le poste qu'il occupait était avant tout celui de roi de Bohème, c'est-à-dire d'ennemi juré de l'Allemaiîiie et de la théocratie catholique, et, dès I4G0, il revint à son véritable rôle.
Il avait d'ailleurs dt-vaiil lui, dans le pape Pie II, un redoutable adversaire qui allait lui livrer un duel à mort. A la laveur du schisme d'Occident, les étals chrétiens avaient réussi à s'affranchir de la suprématie papale. La France et l'Allemagne notamment avaient eu leurs réformes et leurs réformateurs. Pie II commença par amener à résipiscence tous les prélats allemands, grands prêcheurs de réformes; puis il fit abolir par Louis XI la pragmalique-sanction de Charles VIL De celte façon, la Bohême se trouvait isolée dans sa réforme, au milieu de tous les peuples rentrés dans le giron de l'Eglise.
Il est vrai que l'Eglise elle-même avait reconnu et confirmé cette réforme, en donnant son approbation aux compactais de Bàle; il est encore vrai que Pie II avait signé cet arrangement, alors qu'il s'appelait le légal Sylvius ^Eneas Piccolamini; mais le pape refusait de faire honneur à la signature du légat, et soutenait, au suiplus, qu'imposés par la contrainte, les compactais étaient nuls. Georges de Podiebrad, s'en tenant à la foi des traités, et fort de sa conscience et de son droit, envoya à Rome une ambassade pour proposer au Saint-Siège un terrain de conciliation. Ses envoyés s'y rencontrèrent avec ceux du roi de France, qui venaient, en son nom, faire amende honorable de la liberté grande que l'Eglise de France avait prise de s'alïranchir du joug étroit de la cour de Rome.
La France abdicjuait ainsi la victoire de son Eglise nationale en abandonnant la pragmatique-sanction de Charles VII, de même que la Bohême venait défendre son indépendance religieuse , en réclamant l'exécution des compactais ; et entre les deux pays, il y avait cette différence, qui justifie peut-être celle de leur conduite, que la pragmalique-sanction de France avait été décrétée nonobstant le pape, tandis que les compactais de
Bohême avaient été consentis par une bulle solennelle de la papauté.
Tous les efforts de l'ambassade bohème ('chouèrent devant l'inflexible ténacité de Pie II, et, le 31 mars I4G2, il rapporta les compactais du concile de Bâle, eu faisant un dernier appel aux Bohèmes, ou plutôt en leur jetant comme un défi, ce stupide ultimatum : <i. Choisissez, ou de rester dans l'Kglise, mais absolument soumis à ses volontés, ou d'en êire exclus, mais alors de périr. » Ultimatum slupide, sous une logique apparente; car c'est au nom de celte même logique, que, cinquante ans plus tard, allait se produire un effroyable déchirement dans la catholicité, la Réforme, qui n'aurait pas eu lieu, on peut hardiment l'affirmer, si le système soutenu par les hussites avait été accepté. Que voulaient-ils en effet? Rester dans l'Eglise, mais n'y être pas asservis ; maintenir l'Etat indépendant vis-à-vis de l'Eglise; — s'opposer au pouvoir temporel des papes, pouvoir inconnu et contraire à l'Evangile; — par-dessus tout, jouir d'une Eglise nationale, c'est-à-dire de la liberté même; en un mot, constituer une Eglise chrétienne-universelle, une sorte de fédération catholique avec le pape au sommet , comme magistrat suprême de celte immense république chrétienne. Mais la théocratie autoritaire de la cour de Rome , le souci de ses intérêts personnels et terrestres, cette tradition faussée de l'Eglise; acharnée à placer le pouvoir laique sous l'égide de la foi du Christ, empêchèrent Piu II d'accepter la paix que lui offraient les Bohèmes, et une guerre d'extermination s'ensuivit.
Provoqué par le légat du pape dans Prague même, Georges de Podiebrad le fit arrêter et donna ainsi le signal des hostilités. Mais, comme deux athlètes qui se mesurent quelque temps, avant d'en venir aux mains de plus près, Podiebrad et Pie II attendirent encore, cherchant partout, le roi de Bohême des alliances, le pape un exécuteur de ses volontés. Ce fut d'abord vers la France que se tourna Podiebrad : les circonstances semblaient l'y favoriser. Louis XI venait de ressusciter la pragmati(|ue-sanction de son père, et la cause de la Bohème paraissait devoir trouver en lui un chaud partisan. Une ambassade partit de Prague pour proposer au monarque français une alliance offensive et défensive contre l'ennemi commun , mais le roi Georges en compromit le succès par l'étendue qu'il donna à ses propositions. Prenant en