CHAP. V. LES COMPACTAIS DE BALE ET GEORGES DE PODIEBRAD
va bientôt le faire descendre au rang de simple province. Il importe donc de bien préciser dans quel état se trouvait la société tchèque, lorsqu'elle fut absorbée dans la société allemande : assez longtemps la Bohème a joui de sa vie propre pour qu'il ne soit pas inutile de déterminer à quel degré de civilisation elle était parvenue, quand il lui fallut disparaître, et ce que le monde a perdu à sa disparition.
Sans remonter jusqu'aux xui* et xiv* siècles, qui ont été, à des litres divers, deux étapes glorieuses pour la Bohême, mais dont nous avons déjà plus haut déterminé le caractère, on peut dire que le xv* siècle est le point culminant de son histoire. Il s'ouvre par une guerre de religion, où la nationalité slave s'aflirme par des coups de foudre, et où le sentiment démocratique de la race se révèle d'une façon éclatante et brise, un moment, la féodalité du moyen âge. C'est l'époque où le peuple tchè(jue entre véritablement en scène, avec sa langue et ses idées naturelles. Au souHle viviliant de Jean ilus, la vie intellectuelle de la nation prend un rapide essor : le pays est inondé de discours et d'écrits ; If.s discussions théologiques descendent des hauteurs de la science pure, et tombent, en quelque sotie, dans le domaine public; partout un immense besoin et une immense ardeur de s'instruire se manifeste ; si bien qu'on a pu dire avec raison que, si les Bohèmes n'ont pas inventé l'imprimerie, tout au moins ont-ils fortement poussé les esprits vers cette découverte, en faisant sentir au monde la nécessité de recourir à la bible pour les discussions religieuses. Des penseurs, comme Pierre de Chelzic, entretiennent ce foyer de lumière et de progrès, que leur a transrais Jean Hus : les plus grandes questions sont abordées et résolues, au moins dans le domaine de la spéculation philosophique ; et comme c'est une loi fatale que la science d'une époque influe sur les faits (jui la signalent, le xv'' siècle nous fait assister en Bohème, à la débâcle de la féodalité et de la théocratie catholique. Les couvents disparaissent, anéantis ; la haute aristocratie s'exile ou perd toute influence; r.\llemand quitte en masse le pays. Bref, la Bohème tait en quelque sorte peau neuve, et la renaissance slave atteint son apogée avec Georgts de Podiebrad. Avec ce prince, son rôle s'élargit : elle entreprend un duel à mort au nom d'une idée, l'aflianchissement de l'état vis-à-vis de
parmi les nations do l'Europe, en légitimant sa conquête par un bienfait. C'est dans celte généreuse tentative, que la Bohème érhoua et périt : nous avons plus haut expliqué pourquoi. Il lui niancjua, dans cette lutte, son principal ressort, la foi révolutionnaire, éteinte avec les Taborites, à Lipan. Son échec rejaillit sur toute l'Europe : sans compter l'établissement des Ottomans sur le continent, établissement qui n'aurait peut-être pas eu lieu, si la Honiïrie ne s'était point faite l'exécutrice des volontés de la cour de Rome, sans parler de cette haine déplorable que le nom de Madgyars devait éveiller dans la suite au cœur de tout Bohème, et qui tient, encore aujourd'hui, en suspens l'existence d'un grand empire, l'Europe, par l'anéantissement de la Bohême, perdait l'espoir de sortir avant longtemps encore du chaos de la féodalité. — Quant à la Bohême, cette résurrection nationale ne lui laissa en lin de compte qu'un honneur : celui d'avoir combattu pour le progrès ; car elle n'aboutit pas. Sa littérature, fécondée par d'illustres penseurs, son génie développé par des princes intelligents, son indépendance proclamée et affermie par maintes victoires, ses libertés les plus chères, tout cela ne vécut qu'un moment. Le règne dv3 Podiebrad fut le dernier reflet de la nationalité Bohême, qui disparut dans une mare de sang.
Sous les^o^iverains Jagellon (1471-1526) qui succédèrent au roi Georges, commença le travail de la décomposition des forces nationales de la Bohême. Ce fut d'abord la rentrée de l'aristocratie sur le théâtre des événements, qui se signala par une lutte ardente et opiniâtre avec la bourgeoisie. En 1495, la diète élabora une charte définitive pour mettre fin à ces rivalités de classe, qui énervaient le patriotisme tchèque ; mais malheureusement ce fut aux dépens de la bourgeoisie que la question se régla. On restreignit la part d'influence des villes dans la diète, et, non contente de cette première victoire sur la démocratie nationale, la féodalité rétablit encore le servage des paysans et le soumit à des conditions plus dures. A partir de ce jour, et grâce à ces brèches, ouvertes comme à plaisir, aux tentatives de l'ennemi, la germanisation reprit son œuvre interompue, et l'histoire va se borner à en constater les progrès.
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