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LA BOHEME SOUS LE SCEPTRE DES HABSBOURG

En 1526, Ferdinand 1" de Habsbourg devint roi de Bohême et de Hongrie, en exécution du traité de 1364. Il tut reconnu par les Etats de Bohème, après avoir juré de respecter les Charles et franchises nationales. Toutefois il faut remarquer le changement survenu dans les rapports de la Bohême avec la couronne: la royauté est maintenant héréditaire dans la maison d'Autriche; il est vrai qu'elle ne cesse pas pour cela d'être élective, et Ferdinand dut consacrer solennellement cette prérogative de la nation. Les premières années de son règne furent assez calmes pour la Boliême, grâce aux luttes religieuses qui détournaient vers l'Allemagne l'attention de son souverain; mais, en 15i7, le pays apprit douloureusement qu'il avait un maître. A l'instigation des jésuites, que la politiijue espagnole a portés d'un bond au pouvoir en Allemagne, Ferdinand rompit tout à coup le pacte de son élection : sous le prétexte d'une expédition contre les Turcs, il appelle sous les armes les troupes bohèmes; puis, une fois réunies, il prétend les conduire contre la ligue protestante de Smalkalden. Les généraux refusèrent d'obéir, et Ferdinand les fit exécuter; mais la diète approuva leur désobéissance. Une armée impériale envahit le pays : l'attitude risolue et menaçante, (jue prit aussilùl la Bohème, intimida Ferdinand, qui jura à nouveau de respecter les droits de la nation. Malheureusement, on apprit la délaiie de la ligue prolestante à Mùhlberg, et Ferdinand, reprenant encore une fois sa parole, put, avec des forces imposantes, entrer sans coup férir à Prague. La ville fut saccagée par les bandes impériales, et Ferdinand exigea trois cents oiages. Quand il les eut entre ses mains, il til arrêter tous les chefs patriotes de la diète, et, quand il eut ainsi expurgé l'assemblée de tout élé-

ment de résistance, il força ceux qu'il avait épargnés, à le proclamer roi absolu et héréditaire. En conséf[iiencc, il exigea l'abandon complet de toutes les libertés nationales, la cession de tous les revenus nationaux à son trésor royal, et sans doute, à titre d'avance, leva une forte contribution de guerre, que chacun dut payer, sous peine de pillage. La noblesse vit ses privilèges considérablement ébréchés; elle perdit jusqu'au droit d'exister sans une nouvelle investiture royale. Quant aux diètes, leur convocation fut laissée à l'arbitraire du maître, et vingt-cinq villes du royaume, Prague en tète, perdirent leurs privilèges et leurs revenus municipaux. En un mot, tout ce qui constitue l'existence d'un peuple l'ut anéanti en quelques traits de plume, et comme les auteurs de celte impitoyable politique avaient bien quelque droit à en revendiquer les profits, Ferdinand, pour couronner son œuvre sinistre, appela en Bohême. les jésuites, ses directeurs.

Les persécutions se poursuivirent jusqu'en 1564, époque de la mort de Ferdinand, comme si ce prince eût pris à tâche de perpétuer le souvenir de « la diéle sanglante » de 1547, Son successeur Maximilien fut heureusement tout son contraire, au moins comme homme; car il ne revint sur aucune des violations commises par son père. Son règne fut un moment de repos pour la Bohème, et, telle était encore la vitalité de ce petit peuple, même après les plus cruelles épreuves, que, dans ce court intervalle de répit, les lumières, les arts, les industries refleurirent. Mais la question religieuse vint encore tout brouiller : le protestantisme faisait de grands et rapides progrès dans la patrie de Jean Hus, qui en avait été la première incarnation, et cet accueil fait par la Bohème aux doctrines de la réforme, embarqua Maximilien dans une politique de réaction qui eût entraîné un conflit, si la mort n'était venue surprendre l'héritier de Ferdinand en 1576. Une seule chose avait surnagé dans le naufrage sanglant de la Bohême en 154.7, la liberté religieuse : ce fut contre cette épave que s'escrima, à coups d'édils, Maximilien, mais sans succès; il était réservé à la guerre de Trente ans de l'engloutir avec le reste.

Avec Rodolphe II, prince idiot de nature et abêti par l'éducation des jésuites, réapparaît, dans toute son horreur, la politique de Ferdinand. Fanatisé par ses diaboliques confesseurs, Rodolphe n'est dominé, pendant tout son règne, que par une seule idée: Faire une Saint-Barthélémy de son peuple! Comme préliminaires,

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