CIIAP. VI. LA BOHÊME SOUS LE SCEPTHE DES HABSBOURG
il lança d'atroces mandats d'exécution contre la société des frères Moraves, et donna aux seigneurs catholiques l'ordre de convertir leurs sujets ou de les brûler; mais au moment où son grand projet touchait à sa réalisation, il l'ut déposé par un conseil des membres de sa famille, et son frère Mathias lui fui substitué dans le gouvernement du duché d'Autriche et de la Hongrie. Après s'être affermi dans celte position, Mathias prétendit à la direction desaflaires de la Bohème. C'est alors que le parti nalional tchèque profita des embarras où se trouvait son roi pour lui dicter jes conditions, auxquelles la Bohême s'engageait à le soutenir. Le \ 2 juillet 1 609, Rodolphe dut signer, sous le nom delett.-es de majesté, une charte qui révoquait en bloc toutes les lois contraires aux libertés nationales édictées depuis 1547, et reconnaissait catégoriquement la liberté de conscience. Grâce à celle alliance de la Bohême avec son souverain, Rodolphe put maintenir en respect son audacieux compétiteur; mais quand tout danger eut cessé de ce côté , il ne chercha plus qu'une occasion de revenir sur la charte de 1609. A son appel , une armée de 30,000 bandits se jette à l'improviste sur Prague. Heureusement, lus habitants font une résistance si acharnée que les pillards en sont réduits à négocier. Mais cette trahison a rais le peuple en émoi , et la noblesse est impuissante •I le contenir. On constitue un conseil de défenseurs de la liberté, investis de pleins pouvoirs. Rodolphe est aussitôt déposé, et Mathias appelé au trône (1612). Les jésuites suivirent le roi déchu dans son exil, et la Bohême eut comme une bouffée de vie nationale, Mathias ayant abandonné aux défenseurs de la liberté le soin de gouverner le pays. Tous leurs efforts se portèrent du côté de la germanisation qu'ils voulurent arrêter dans sa marche, en prescrivant l'usage de la langue bohème pour tout fonctionnaire. Mais le roi Mathias mourut en 1619, et son successeur Ferdinand II ramena la Bohême sur le chemin de son calvaire.
Nous e;;trons avec Ferdimnd II dans la dernière phase de l'histoire de Bohême : c'est ici ijue le grand drame, commencé avec Jean Hus, va trouver son dénouement. La révolution slave s'effondre, vaincue par le germanisme, et la liberté religieuse, dont la Bohême s'est faite le champion, meurt sous les coups de Ferdinand, dirigé par les jésuites. Espagnol fanati(juc, gâlé par l'éducation castillane, Ferdinand II inaugura son règne par un système de vexations et de tracasseries odieuses contre l'exercice du
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culte religieux des hussites. L'n fait, plus grave (|ue les autres, alluma l'ineendie que les jilsnites espt'iaient dans leur infernale politique : l'arehevèque de Prague lit démolir deux nouveaux temples (Mevés par les hussites sur des terres d'Kglise; c'était son droit; mais le peuple irritf^ signa une pétition aux ministres royaux, qui la rejetèrent en termes oficnsanls. Un flot de nobles, de membres de la diète et de bourgeois se porta sur l'hôtel de ville pour demander raison aux conseillers de Ferdinand de cette insulie à la najion bohème, et, dans une rixe qui s'engagea à ce sujet, les ministres furent précipités par les fenêtres. C'est ce qu'on a nommé la défenestration de Prague (1(H8),
A la nouvelle de cet acte hardi, toute l'Allemagne luthérienne s'agita ; la Hongrie offrit sa main armée à la quadruple confédération de Bohème-Moravie-Silésie-Lusace ; la noblesse tchèque courut aux armes, et la patrie de Jean Hus releva une seconde fois le drapeau du Christianisme moderne. Les troupes impériales vaincues, Ferdinand assiégé dans Vienne, tels sont les résultats des premiers efforts de la Bohème. Mais des renforts considérables arrivent au parti catholique ; l'armée révolutionnaire est forcée de lever le siège de Vienne, néanmoins, aidés par les princes luthériens d'Allemagne, les Bohèmes remportent encore plusieurs victoires sur les troupes impériales, et Vienne est assiégé une seconde fois. Malheureusement, les discordes entreluthériens et calvinistes recommencent, et Ferdinand réussit à détacher plusieurs d'entre eux de l'alliance avec la Bohème : de plus, l'Espagne lui envoie des secours, et la France, qui n'a plus Henri IV, engage les princes allemands à faire la paix. La Bohême, qui a choisi pour roi un prince de Franconie, espérant par là engager à fond l'Allemagne protestante dans sa cause, se trouve ainsi isolée. S'il lui restait seulement un souffle de ce vent révolutionnaire, qui, pendant vingt ans, l'a poussée de victoire en victoire, au temps de Jean Hus, si l'ombre des Taborites venait encore électriser cette société vaillante, mais engourdie par le moilérantisme, la lutte pourrait peut-être se terminer à l'avantage de la Bohême ; mais au lieu du fléau des Taborites et de leur inflexible furie, il va des mercenaires bardés de fer et d'acier : c'est à eux que la Bohème s'en remet pour combattre le combat suprême. Il eut lieu sous les murs de Prague, au lieu dit Bila-Hora (Montagne Blanche) et ne dura que quelques heures.