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CHAP. VI. LA DOUEME SOLS LE SCEPTRE DES HABSBOURG. 3Ô

Les troupes impih'i.iles entrèrent dans Prague, après avoir anéanti les derniers balaillons de l'année tchèque (8 nov. 1620).

Tout d'abord, Ferdinand II promit une amnistie pleine et entière qui adoucit un moment pour la Bohême, l'amertume de sa défaite ; mais le féroce élève des jésuites ne voulait que prendre son temps pour donner un libre cours à sa vengeance, et comme le dit un chroniqueur du temps « l'oiseleur sitîlait avec douceur pour attirer les oiseaux. » Ce système lui réussit : beaucoup de nobles seigneurs, compromis vis-à-vis de Ferdinand, sortirent de leurs cachettes et vinrent imprudemment se livrer à leur bourreau. Un jour, sur un mot d'ordre de l'empereur, cinquante personnages illustres, Szlik, Butowa, Bezdruzic, Raplirz Jessenius, Cristophe Kobr, nobles de Bohême ou bourgeois de Prague, la gloire et l'honneur de leur patrie, furent arjétés, décapités et mutilés. Ferdinand régla lui-même les détails de l'exécution ; il s'y montra digne de Philippe II, dont les aulo-da-fé l'empêchaient sans doute de dormir, et par les raffinements de barbarie atroce qu'il sut imaginer, mérita les louanges de ses maîtres, les jésuites. Ce drame épouvantable ne lut d'ailleurs que le prélude de tragédies bien autrement terribles. Alléguant que la soumission de la Bohême, après la bataille de Bila-Hora, s'était faite sans condition, Ferdinand se mit à tailler dans son royaume comme dans la chair vive, jetant toujours quelques lambeaux à sa meute de jésuites. Le plus gros morceau qu'ils happèrent fui sans contredit l'université de Prague, d'abord fermée par Ferdinand, puis rouverte à leur intention. Dans le travail de dénationalisation de la Bohême, auquel se livrait Ferdinand, c'était un colip de maître que d'abandonner aux pères de la compagnie de Jésus l'éducation de la jeunesse. Entre les mains de ces Comprachicos d'un nouveau genre, les esprits devaient facilement prendre une autre forme : Ferdinand en était le plus monstrueux exemple. Et de fait, les jésuites mirent aussitôt à l'index tout livre écrit en langue bohème, et firent rouer de coups quiconque en possédait, même à son insu. Ils espéraient ainsi déraciner en quebiue sorte la langue nationale, mais elle trouva un impénétrable refuge dans la chaumière du paysan, et quel que fut le nombre des frelons, ils ne [>urent pénétrer dans toutes les ruches. Ils réussirent toutefois à dépeupler la Bohême, ((ui, au moment du traité de Westphalie ne comptait plus que 800,000 âmes, au lieu de quatre 1874 4

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millions qu'elle possniail ;j:i {Irbiit de la gaerre de trente ans. Puio au milieu des déitris de cette popul.ilion décimée, ils altirèrent des colonies alliMnandcs ; il n'e>t pas jus(|u'à la noblesse qu'ils ne supprimèrent, pour la remplacer par de grandes familles d'origine allemande , les Gallas, les Trautmansdorf, les Lichtenstein, etc., qui se désintéressèrent bien entendu delà cause nationale, au lieu d'en être le plus forme appui, comme c'eût été le rôle d'une noblesse patriote. — (Jnant aux libertés poliliijues delà nation, il ne pouvait p!us en être question : Ferdinand les anéantit à coups d'ordonnances : « Que personne, dit un décret » royal de 1G27, ne se permette sans noire ordre formel, ou » sans l'ordre de ceux qui nous succéderont, de soumettre de » vive voix ou par écrit n'importe quelle proposition aux délibé- » rations des Etals ; nous i.ous réservons formellement, à nous » et à nos hériiiecs, de faire la loi et le droit dans notre royaume » héréditaire; toul ce (|ue lu jus legis feremlm comporte n'ap- » partient qu'au roi seul I » — Jamais le despotisme n'a revêtu un langage plus catégorique : la Bohême en sentit tonte la rigueur ; à la suite de ces M'nistres ordonnances, (|ui bâillonnaient un peuple, le pays le plus éclairé de l'Europe, trente ans auparavant, le plus célèbre par les hautes discussions ([n'agitait son parlement, en devint tout d'un coup le plus tranquille et le plus muet : ses orateurs, comme Pnlagius, ses historiens, ses poètes, toute sa gloire littéraire dut émigrer, pour ne pas subir l'oppression autrichienne, et faire au moins respirer au dehors l'âme de la patrie.

L'administration ne se recruta plus que dans les rangs de la société allemande, et, pour entrer même dans un corps de métier, il fallut savoir l'allemand. C'est par des procédés dece genre, que, pendant le xvu^etle xvni* siècle, les jésuites, véritables ministres de la maison d'Autriche en Bohême, s'efl'orcèrent d'étouffer toute manifestation de vie nationale dans le pays. Non contenîs de détruire tontes les richesses littéraires de la nation, legs du xv* siècle, ces impitoyables censeurs ne laissèrent publier aucun ouvrage qui mérite d'être lu. Les villes s'engourdirent ainsi dans un servage de jour en jour plus étroit. Deux tléaux, plus terribles à eux seuls que les dix plaies de l'Egypte, s'abattirent pendant plus de 200 ans sur la Bohême, les jésuites et la bureaucratie allemande. C'est miracle que la nationalité tchèque en ait pu réchapper.

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