CHA. VI. LA BOHÊME SOUS LE SCEPTRE DES HABSBOURG
A quelque asservisscmenl que les détestables sectaires de Ferdinand Il aient as>ujeui h Bohème, ils lui laissèrent cependant un simulacre de diète, chargt'e de voler les impôts. Elle s'en acquitui automatiquement pendant deux siècles , et borna à cette seule opération son rôle poliii(iue. Loin d'imiter les diètes nationales antérieures, ([ui, en toute occasion, avaient pris l'initiative et la tête du mouvement slave contre les tentatives de germination, les diètes de Prague assistèrent en spectatrices impassibles au viol de la patrie. Elles ne firent aucun effort, pour entretenir le sentiment de la nationalité tchèque et des libertés historiques du royaume; et, lorsqu'en 1680, les paysans bohèmes s'insurgèrent dans une formidable jacquerie, elles les laissèrent écraser et fouler aux pieds comme des bêles de somme.
Deux fois seulement la dièle eut l'occasion de manifester son existence politique. En 1720, Charles VI, le dernier des Habsbourg, de souche mâle, édicta une pragmati((ue-sanciion dont le but était surtout d'abolir le principe électif dans ses Etais et d'y substituer l'hérédité. L'assemblée de Prague reconnut cette pragmatiijue-sanclion, mais elle stipula le droit pour la Bohème de rompre les liens volontaires qui l'unissaienl à l'Autriche, au cas où il n'y aurait pas dhérilier daus la famille régnante. — La seconde fo.is ce fut à l'occasion de la conquête de la Silésie par Frédéric de Prusse contre Marie-Thérèse. Il ne l'incorpora à son royaume que lorsque la diète de Bohême eût donné son consentement à la séparation de cette partie du vieux royaume de Sl-Venceslas. A part ces deux circonstances, la vie politique se relira du sein des l?arlements bohèmes, et la torpeur et le néant envahirent la léle comme le corps de la nation. Ce fut au point qu'en 1780, l'empereur et roi Joseph II put croire la nationalité tchèqu»^ si bien morte qu'il refusa de se faire couronner à Prague, et fit transporter la couronne de Si Venceslas au musée des antiquités historiques à Vienne. La Bohême était ainsi reléguée au pays des souvenirs, et ce fut à peine si elle eut l'éuoigie de protester. Toutefois , alors que tout semblait tini , au moment où le « finis^ Boheiniœ » celte triste épiiaphe, écrite sur le champ de bataille de la Mon'agnc Blanche , paraissait un fait définitivement aocompli, la Bohême se réveilla et sortit de se.s limbes. C'est de cette époque <iue date l'histoire moderne de la Bohème, — qu'il nous raconter.
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