CHAP. VIII. PRAGUE ET LA RÉVOLUTION DE
tionale improvisée, avec un incontestable enthousiasme. Seule, la noblesse se tint sur la réserve, non pas qu'il lui répugnât de s'associer à la Révolution qui se préparait, mais elle en craignait les entraînements et ne voulait pas franchir les limites de son programme : liberté de parler et d'écrire en langue bohème. Il est vrai que ce n'était plus la noblesse bohème, mais une aristocratie féodale de création germanique, sans racine dans le passé historique delà nation, et que les empereurs d'Autriche avaient échafaudée sur les ruines des vieillis familles tchèques, plus qu'à moitié détruites par la guerre de trente ans et les persécutions qui suivirent. Toutefois si la noblesse n'était pas à la hauteur du rôle qu'elle était appelée à jouer dans ces circonstances, si tout d'abord, elle parut se désintéresser du mouvement national bohème, alors qu'il lui appai tenait de le guider, elle se laissa peu à peu enfiévrer, et finit par suivre l'impulsion donnée.
Du M au 15 mars, la pétition se couvrit de signatures et fut envoyée au gouvernement. Pendant l'intervalle de temps, que nécessita l'envoi de ce desideratum national et la réponse de la chancellerie aulique, on apprit que Vienne était en pleine révolulion. L'efl'ervescence populaire redoubla : les clubs retentirent de discours patriotiques, où la note dominante revenait toujours sous les variations les plus diverses : l'égalité de la race slave devant lis races germanique et hongroise, fondée sur l'union permanente delà Bohème avec l'empire constitutionnel. Mais le gouvernement impérial, mal renseigné sur les événements de Bohème, et les Jugeant peut-être d'après ceux qui se passaient sous ses yeux, ne vit dans la pétition du 1 1 mars qu'un cahier de doléances, et, pour toute réponse, se borna à des échappatoires. Il rejeta sur les états de Bohème la solution de la crise, et ne promit même pas de rien changer au mode de nomination de ces états. La lecture du rescrit impérial jeta la Bohème dans la consternaii «n, mais, décidée à forcer la main à son récalcitrant seigneur et maître, dès le lendemain, 27 mars, elle signa une nouvelle adresse, réclamant la plus large extension du di'oit de sufl'rage, et, comme con.sécration des vœux de la première pétition, l'établissement d'un ministère responsable et d'un pouvoir central h Prague. C'était ce que vi-nait d'obtenir la Hongrie, insurgée depuis le 3 mars, et la Bohème, encouragée par cet exemple, demandait, à droit égal, égale concession. Son vœu
était en même temps, confirmé par une déclaration de vingtquatre membres des états de Bohême, qui reconnaissaient la légitimité pour les villes, les campagnes, l'iiiduslrie et la science, de choisir librement leurs mandataires. D'un autre côté, les gens de lettres se concertaient sous la présidence de Schafarik, et s'engageaient à ne pas abuser de la liberté de la presse qu'ils avaient réclamée.
Celte nouvelle requête, que le gouvernement autrichien, pouvait prendre pour une sommatien, étant donnés les faits sur lesquels elle s'appuyait, eut un plein et entier résultat. Par rescrit en date du 8 avril, l'empereur Ferdinand promit à la Bohême la convocation d'une assemblée constituante à Prague, oîi le pays serait fidèlement représenté. Il reconnaissait, en même temps, le principe de l'égalité de fa langue tchèque vis-à-vis de la langue allemande, et nommait son neveu, François-Joseph, viceroi de la Bohême. Ainsi était reconnue la nationalité tchèque. Ce rescrit, qui proclamait à la fois l'indépendance d'un peuple, et inaugurait les plus larges libertés modernes, fut accueilli par des transports de satisfaction unanime. Chaque parti y trouvait son compte : le parti national par la renaissance du royaume de Bohême, le parti libéral allemand, par les garanties constitutionnelles que devait donner le nouveau régime. Mais, en peu de jours, tout changea de face : la révolution entra dans une nouvelle phase et révêtit son véritable caractère. Le cri : « dehors les allemands » fut poussé de tous les côtés à la fois, et sous toutes les formes : la presse nationale s'éleva avec furie contre les étrangers, et la patrie de Jean Hus connut quelque chose de plus terrible encore que la haine de religions, le déchaînement d'une nationalité contre une autre. En exécution du rescrit du 8 avril, un comité national s'était réuni pour préparer les réformes que devait débattre la diète de la Bohême ; mais sous l'influence du nouveau courant de la révolution, il ne s'occupa plus que de la question de savoir si le royaume de Bohême, consacré dans son indépendance par l'empereur lui-même, ne devait pas se détacher de l'Allemagne, en entraînant l'empire tout entier dans cette conversion. A partir de ce moment l'unanimité de sentiments qui avait été la force de la révolution du 1 1 mars, fut rompue à jamais. Les Allemands emportés d'abord par leurs désirs de réformes administratives, politiques et sociales, s'aper-