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CH.VP. VIII. PRAGUE ET LA REVOLUTION DE

curent qu'il y avait autre ciiose chez leurs compères en insurrection, et, dès lors, commenva une lutte, sourde au début, violente ensuite, entre les deux nationalitc^s. Les journaux allemands de la Bohème firent tout à coup volte-face : abandonnant leur politique d'oppo.sition au gouvernement impérial, ils altaquèrenj, tête baissée, la question de la nationalité tchèque. Ils lui dénièrent d'avoir seule le droit de reconstituer l'ancien royaume de Bohême, patrimoine commun des Allemands et des Slaves, et, ce royaume reconstitué, d'y régner seule en liberté. Puis, retrouvant devant l'attitude séparatiste des Tchèques, leur admirable esprit de résistance, les Allemands se remuèrent partout, et parvinrent, ;;râce à la majorité qui leur était acquise dans les diètes de .Moravie et de Silésie, h faire protester ces provinces contre îa fusion sollicitée par la Bohème. Enfin, ils frappèrent un grand coup. Le comité des cinquante, réunis à Francfort pour étudier la (juestion de la réforme du pacte fédéral, sollicita la Bohême d'envoyer siéger parmi eux, sou historien national, Palaçky; mais la Bohême entière protesta, et dans une lettre célèbre, Palaçty se faisant l'organe de la conscience nationale de son pays, réjiondit qu'il était Slave et non Allemand, et que, tout en faisant des vœux pour l'unité et la i)rospérité de l'Allemagne, il ne pouvait rattacher sa nationalité aux destinées germaniques.

C'était rompre catégoriquement en visière à l'Allemagne, et soulever en elle une grosse colère. Les Allemands du royaume en furent exaspérés, d'autant plus que des faits nouveaux vinrent encore accentuer les volontés séparatistes de la Bohême Slave. Ainsi, dans la milice nationale qui fai.sait journellement l'exercice d(is armes, les patriotes avaient exigé qu'on ne les commandât qu'en langue tchèque. Dans les premiers moments de transport révolutionnaire, les Allemands rie l'administration autrichienne s'étaient à l'envie démis de leurs fonctions pour recevoir une nouvelle investiture du vote populaire; mais, forts du rescrit du S avril, les Tchèques ne voulaient ])as souH'rir d^ns l'administration d'autnî langue (|ue le tchè(pie, et, de cette façon, les Allemands, peu familiarisés avec celte langue, se trouvaient écaités des fonctions publi(jiies. Kniin, le gouvernement impérial ayant ordonné les élections au parlement de Francfort, |a Bohême protesta par l'organe de son comité national contre l'arrêté ministériel (3 mal). La presse en arriva aux dernières violences de

langage; la population décliira les alliches électorales, et le cri : « Point d'éleciions I Plus de communauté avec l'Allemagne, » devint le signe de ralliement de tous les patriotes.

L'entrée aux affaires de Palaçky, comme ministre de l'instruction publique (15 mai), n'était pas un lait de nature à déconcerter les Tchèques dans leurs prétentions. Mais le grand historien de la Bohême ne fit que passer dans les conseils du gouvernement : Madgyars et Allemands firent chorus contre lui, les uns effrayés par le spectre du slavisme, les antres irrités de voir la Bohême repousser dédaigneusement la gloire de l'aire partie de la grande famille germanique. Kn effet, les élections |)our Francfort avaient eu un résultat déjjlorable, presque ridicule an point de vue allemand. A Prague, on n'avait pas voté, et toute la Bohême n'avait pu élire que douze députés sur une population de quatre raillions et demi d'habitants. Pour couronner l'édifice, un grand congrès de tous les Slaves d'Autriche avait été organisé, et, de tous les points de l'empire afïluaient vers la Bohême les plus illustres représentants de la race. Kn même temps que le congres se préparait, les Tchè(jues opéraient encore une nouvelle évolution politique, et la noblesse du pays, le comte Léo de Thun en tête, constituait à Prague un gouvernement provisoire pour se mettre en rapports directs avec l'empereur, réfugié à Inspriick, sans l'intermédiaire du ministère de Vienne, resté sur le théâtre des événements (26 mai.).

Le congrès, convoqué pour le 31 mai, ne s'ouvrit que le 2 juin. Dès le commencement il se partagea en trois parlements différents. Le premier comprenait les Bohèmes, lesMoravesetles Slovaques, le deuxième'les Polonais et les lUithéniens, le dernier les Slaves du Sud. 11 fut décidé que les trois parlements seraient représentés l'un auprès de l'autre par deux délégués, chargés de suivre les débats dans l'intérêt particulier de leurnaiion. La seule langue employée devait être le slave; seulement les décisions prises en commun par les trois sections réunies seraient publiées en allemand. La séance solennelle s'ouvrit, sous la présidence de l'historien Palaçky, par un discours du vieux Schafarik. Il répéta, en les développant, les considérations qui avaient porté les Tchèques à convoquer tous leurs frères de race, et, dans un langage ému, il parla du réveil de la nationalité slave : « Puisque d'autres » nations, dit-il, discutent à propos de nous et réglementent

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» notre avenir, nous aussi consultons-nous de même sur nous » et sur notre avenir. Grâce à Dieu nous nous connaissons mieux » que les autres ne nous connaissent; nos besoins, nos tendances, » nos buts nous sont mieux connus qu'à d'autres. » II insista amèrement sur rinjuslice dont les Slaves étaient victimes depuis des siècles de la part des Allemands, « qui les considèrent comme » des esclaves, s'ils acceptent lejoui^ de l'autocratie germanique, » et qui les traiteutde révoltés et de traîtres dès qu'ils veulent » se relever et devenir une nation libre. » Il termina, en rappelant que la grande tâche du moment, c'était de voir si la nation slave devait réclamer ses droits avec toutes ses forces réunies, si elle pouvait et voulait les conquérir au nom de la justice, tant pour elle que pour les autres nations; et ne se dissimulant pas les obstacles qu'il faudrait vaincre : « Prenons pour devise, dit-il, » ou la victoire et l'indépendance ou une mort honorable, et, » après la mort, la gloire I »

Ce discours éloijuent fut accueilli avec enthousiasme, et le programme qu'il avait exposé, fut adopté sans contradiction ni réserve. Le con,^M■ès décida (|ue les Slaves de l'Autriche ne devaient faire qu'un tout, tant pour tenir tète à la Kii>S!c que pour résister aux Allemands, et, pour atteindre ce but, former un état fédératif uni par les liens d'une alliance avec les autres nationalités de l'Kmpire; — en second lieu que tous les Slaves devaient veiller fraternellement sur la nationalité polonaise o^^pressée par les Moscovites; enfin que vis-à-vis de l'Allemagne, il fallait cesser de reconnaître la suprématie de la diète allemande; — et l'on fut unanime à se féliciter de n'avoir pas envoyé de députés au parlement de Francfort.

Quand ces résolutions furent rendues publiques, ce fut dans le parti allemand une explosion de colère et d'indignation centrale congrès. Les journaux crièrent à la conspiration, et, dans leur fureur de voiries divers peuples slaves, oubliant leurs rancunes, fraterniser à l'envi l'un de l'autre, ils se mirent à les dénoncer aux Allemands et aux Madgyars tout ensemble, comme des traîtres, dont le but était d'extcruiiner tous les autres peuples de l'Empire, et d'assurer ensuite la domination de la Russie en Europe. Ils avaient beau jeu, d'ailleurs, à calomnier les intentions des Slaves : le congrès avait décidé (jne pour fonder l'œuvre projetée, il fallait rétablir l'unité géographique rompue par les lion-

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grois, et pour ce, obtenir d'eux l'émancipation des Slovaques, Il n'en fallait pas davantage pour éveiller l'ombrageuse susceptibilité des descendants d'Attila, et la rivalité politique, l'orgueil de race aidant de ce côté, comme la mauvaise foi du côté des Allemands, ce fut bientôt, dans tout l'Empire, un toile général contre la prétendue idée slave de fonder la prédominence de l'élément slave sur les ruines des deux autres nationalités.

Le parti anli-libéral se reconstitua sur le terrain anli-slaviste : Le gouverneur militaire de la Bohème, le prince de Windisch- Graelz, un des tenants les plus décidés de la réaction, se sentant appuyé par un mouvement de l'opinion publique, concentra les forces dont il disposait à Prague et dans les environs. II fit braquer son artillerie sur la salle des délibérations du congrès, et sembla n'attendre plus qu'une occasion ou qu'un signal pour exécuter un coup d'état. Quoique menacé parles canons autrichiens, le congrès continua ses travaux, et dans la courte existence qui lui fut laissée, accomplit trois actes d'une importance capitale. Ce fut d'abord une pétition à l'empereur pour lui exposer les plaintes et les vœux de ses sujets Slaves; puis un nianileste aux peuples de l'Europe pour les initier à la justice de la cause des Slaves; — enfin un projet de pacte fédéral, reposant sur la plus stricte égalité des races slaves avec les races allemande et hongroise, et repoussant toute idée de panslavisme russe. D'ailleurs les conditions de ce pacte devaient être disculées par les diètes respectives des diverses provinces, et le congrès en se séparant, devait laisser un comité, siégeant à Prague, et chargé de hâter l'accomplissement de l'alliance. Mais le jour même où le congrès votait cette décision, le prince de Windisch-Graelz trouva l'occasion qu'il cherchait pour son coup d'état réactionnaire. Profitant du tumulte causé par une procession populaire à la statue de saint Venceslav, le prince-gouverneur fit charger la foule et ordonna l'attaque du muséum, où le congrès tenait ses séances. Aussitôt des barricades s'élevèrent dans tous les quartiers de la ville, et la lutte s'engagea, lutte héroïque de quatre jours, où la légion slave de Prague, la Swornost et les Polonais, rivalisèrent de bravoure. En vain le ministère de Vienne envoya-t-il au gouverneur l'ordre de cesser cette guerre meurtrière, Windisch-Graetz, fort de l'appui de la cour d'Insprùck, ne s'arrêta qu'après avoir foudroyé la ville avec ses canons, et tué ou emprisonné tous les pa-

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