‹ TchéquesChapitre 25 sur 61 · DU 30 DÉCEMBRE 1851 AU 15 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DU 30 DÉCEMBRE 1851 AU 15 DÉCEMBRE

La constitution de 18i9 abrogée, il fallait la remplacer par quelque chose. Une lettre de cahinet, adressée au chef du ministère, énonça les principes généraux, sur lesquels devaient reposer à l'avenir les institutions organiques des pays de l'empire d'Autriche. Ce fut, avec deux patentes du 31. décembre, la seule loi constitutive de l'Etat autrichien. Chacun des pays de la couronne, indi.ssolublement attaché à la monarchie héréditaire, devait être divisé en cercles et districts, avec un gouverneur au sommet, comme chefde l'administration, el des olhciersimpérianx, placés auprès des conseils des communes el des comités de cercles, les seuls rouages administratifs, dont l'empereur ne se réserva pas le recrutement. Le jury était aboli , la procédure rendue secrète; le Code civil autrichien devait être introduit avec quelques ménagements toutefois dans tous les pays de la couronne. Enfin, au premier degré de juridiction, les fonctions judiciaires n'étaient point distinguées des fonctions administratives. C'était, en fait comme en droit, le rétablissement du pouvoir absolu et autocratique. De toutes les conquêtes de 18i8, il ne restait à la

Bohême que l'iimélioralion amenée dans le sort dos paysans dans le rachat des redevances féodales. Mais elle avait toujours sa litlérature, c'est-à-dire l'âme môme de sa renaissance, et elle y revint avec enthousiasme. Priez, Halck Neruda, Pfleger Barak, Hayduk, Sabina, le plus illustre de tous, Yaroslav Langer, Riéger, toute une nouvelle flore de poêles et de prosateurs s'épanouit sur celte terre féconde, ravivant partout l'activité intellectuelle un moment assoupie au milieu des catastrophes politiques, et préparant à leur chère patrie une nouvelle éclosion. En dépit du concordat de I800, qui mit dans la main du clergé l'enseignement, même privé, des enfants et toutes les affaires matrimoniales, en dépit de l'intolérance de la censure et de l'absolutisme écrasant des prêtres, la Bohême put s'abandonner à son penchant, au moins sur le terrain littéraire, et ces dix années d'obscurantisme administratif et religieux lui servirent à puiser de nouvelles forces dans la conscience de son énergie vitale et de ses droits historiques. La guerre de 1859 et son issue malheureuse pour la maison d'Autriche , vint ébranler tout l'échafaudage de M. de Bach. Déjà, les signes précurseurs d'une lutte avec 1 Italie et la France avaient causé dans l'empire une profonde sensation et, instinctivement, les nationalités, opprimées sous le joug allemand, s'étaient mises à espérer : « Nous aurons la constitution si nous sommes vaincus, disaient les paysans bohèmes; vainqueurs, nous aurons l'inquisition. » La défaite de Sollérino inaugura une ère nouvelle dans la situation intérieure de l'empire autrichien. François-Joseph comprit qu'il était de toute nécessité de ramener la confiance dans ses Etats. Au début de la guerre, lors des premiers échecs de l'armée autrichienne, en Lombardie il avait déjà, pour en pallier le mauvais effet, publié la loi communale promise depuis 1851, et pris quelques mesures relatives à la cessation du cours forcé. Il sentit qu'il fallait faire davantage et aller de l'avant. Dans son manifeste à ses peuples, il promit de développer les forces morales et matérielles de ses Etals par des réformes dans la législation et l'administration. La Bohême crut l'heure venue de l'indépendance. Elle fut remplie d'espoir, quand elle apprit la démission du ministère Bach, et qu'elle vit un des siens, le comte Léo de Thun, rendre quelques ordonnances pour conserver aux Ruthéniens leur langue et leur ancienne écriture, menacées d'invasion par la langue et

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l'écriture russe. Un autre décret statua que l'usage de la langue allemande ne serait plus obligatoire dans les écoles supérieures, et que l'on se bornerait à y exiger la connaissance de celte langue pour les examens de maturité. Enfin une loi du 10 septembre 1859 sur les protestants semblait promettre ou présager tout au moins un abandon des principes du concordat.

Le 22 août, le jour de la formation du nouveau ministère, sous la présidence du comte Rechberg, l'empereur fit connaître à ses peuples, par voie semi-oflTicielle, quelles étaient ses intentions et quoique dans le programme il ne fût pas question d'insliîutions représentatives autres que les simples Etats provinciaux, ([uoique la composition du ministère attestât que, si l'élément centralisateur avait perdu du terrain, l'élément réactionnaire en avait gagné, telle était alors la conviction qu'une transformation devait fatalement s'opérer dans la constitution de l'empire, que la Bohême, comme les autres Etats, ne cessa point d'espérer et d'attendre. Dn reste, quand on vil le gouvernement entrer dans la voie des réformes, l'opinion publique se mit partout à l'y pousser, et par le mécontentement qu'elle manifesta du peu qui lui était accordé, provoqua de nouvelles concessions. S'en tenant d'abord au programme du 22 août le gouvernement se borna à en développer les principes : améliorations dans la législation civile et administrative. Parmi le» mesures qu'il prit à cet effet, une seule intéresse directement la Bohême. Les Juifs étaient encore, en 1859, vis-à-vis des autres habitants de l'empire, dans une situation d'infériorité qui rappelait les beaux jours du régime féodal. Une ordonnance leur permit d'acquérir en Bohême des propriétés foncières et toutes les vieilles lois qui les gênaient dans l'exercice de leur liberté individuelle furent rappo'lées.

Mais l'opinion se montrait partout de plus en plus mécontente et inquiète, et l'on en était à la veille d'une crise avec la Hongrie, quand l'empereur promulgua la patente du 6 mars, qui établissait le conseil renforcé de l'Empire. L'empereur adjoignait ainsi à ses conseillers ordinaires 38 mcmbresdes diètes provinciales, nommés par lui pour six ans, sur une liste de candidats présentée par chaque diète. En outre, comme attributions, il reconnaissait à ce conseil le droit de donner son avis sur le budget, sur les projets de de législation géuérale et sur les propositions émanant des diètes provinciales. C'était ce que l'empereur, dans son en-

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fance de lilx^ralisme, appelait, « initier partout la population aux affaires publiques. » Le 1" mai parurent les nominations deis memltres du conseil de l'empire renforcé. L'élément autocratique y fut à peu près seul représenté, mais, eu même temps, il se confondit avec l'élément anti-unitaire, dont le hongrois Apponyi fut la plus énergi((ue expression. .4insi le conseil de l'Empire renfermait lui-même les éléments vrais, et, dans tous les cas, les éléments les plus considérables d'opposition aux principes du pouvoir qui, sous l'inlluence du parti allemand, n'avait rien abandonné de ses intentions centralisatrices, comptant bien se tirer delà crise au prix de quelques concessions libérales. Aussi, quoique la nsition Tchèque ne fût pas même représentée dans ce conseil, sa cause y comptait des partisans.

Les demandes de réformes qui se tirent entendre, même au sein du conseil renforcé, valurent à l'Autriche la patente du 20 octobre 18G0. Celait surtout une concession faite à la nationalité madgyare, comme ume ébauche de dualisme; maisxî'était un commencement, et la Bohême attendit son tour. Seulement le mouvement national tchèque redoubla d'intensité. On reclama la réunion de la Moravie à la Bohême ^'\ comme premier acheminement à la reconstitution politique du royaume de saint Winceslav. Mais le ministre tenait bon. Il croula devant l'opposition libérale, très-surrexcitée par les privilèges exorbitants reconnus à la noblesse dans la composition des assemblées provinciales, élues en vertu du diplôme d'octobre. Le 15 décembre, M. de Schmerling rentra aux affaires : C'était un vieux libéral de 18i8, — mais, au point de vue qui nous occupe, c'était un partisan décidé de l'unité de l'empire, — et, pendant son passage au pouvoir, nous allons assister aux efforts de ce ministre pour faire accepter le système centralisateur, sous une enveloppe de libéralisme constitutionnel.

(iVC'est-ci-direla reeonstilution partielle de l'ancien royaume dcBdiétoo; car depuis que la Bofiême était traitée comme une province autricliienne, la Moravie en avait été admiiiistrativcracnl détachée.

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