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LA BOHEME ET LE FEDERALISME

m. DU 29 JUILLET 1865 AU 2 JANVIER 1867. MINISTÈRE BELCREDI-MENSDORFF.

Après une circulaire du ministre d'Etat aux gouverneurs de provinces, attestant l'intention évidente du gouvernement d'étendre le cercle des institutions provinciales, une patente impériale du 20 aoiit 1865 rapporta, en quelques traits de plume, la constitution de février. Malgré son bon vouloir d'èlre un empereur constitutionnel, François Joseph n'avait pu encore dépouiller sa vieille enveloppe de souverain absolu, et il jouait avec la constitution octroyée, et qui était la loi fondamentale de son empire, comme avec une simple ordonnance, émanée de son bon plaisir. Mais on passa sur le procédé, et ce fut avec des transports de joie que la Bohême apprit le retrait de la patente du 26 février. Prague illumina, et l'on donna au théâtre une représentation extraordinaire pour fêter la nouvelle patente. Seuls, les Allemands furent consternés, un peu parce que la manière de procéder de l'empereur à l'égard de la constitution semblait présager un retour au vieil absolutisme de la politique intérieure de l'Autriche, et beaucoup, parce qu'ils vinuit poindre dans le nouvel état de choses l'aurore du fédéralisme.

Cependant la patente de 1861 n'avait pas été abrogée quant à l'organisation des diètes provinciales, et le gouvernement comptait sur ces assemblées, pour juger s'il avait touché juste dans son changement de politique. Précisément des élections complémentaires eurent lieu pour la diète de Bohême, et malgré le système électoral que nous connaissons et qui assurait la prépondérance à l'élément germanique, ce fut le parti tchèque qui l'emporta ; et celte victoire modilia considérablement l'attitude de la diète. Dès

CH. XI. LA BOUIOIË ET LI-: FEDERALISME. li

le premier jour (15 nov.), le comte Nostiz proposa une adresse à l'ompereur pour le remercier d'avoir rapporté la constilulion de 18GI, Cl la proposition fut prise en considéraiion. C'est le comte (k'Thim qui rédigea le projet d'adresse. Clérical obstiné et auteur funeste du concordat de 185o, le comte Léo de Tliun est un des plus fervents défenseurs de la nationalité slave. Pour lui, la Bohême doit être la moralisatrice des peuples slaves : C'est elle qui doit servir d'intermédiaire entre l'Europe et les populations de l'Orient, et contribuer à la transformation de l'Autriche en un puissant empire slave. Un des premiers, il a constaté le réveil de la nationalité tchèque, comme nationalité propre, et il s'est efforcé depuis de prouver que la Bohême avait, dans la légalité, une garantie de son individualité, san^ qu'elle eut besoin d'aller se fondre dans l'immense creuset de la Russie. Ce serait pour lui la destruction de 25 millions de Slaves au profit d'un empire moitié tartare, moitié mongol.

Après des considérations relatives au développement du régime constitutionnel, le projet d'adresse disait en Unissant : « La Bo- » héme verrait une garantie heureuse du rétablissement de son » droit public dans le couronnement du roi de Bohême, et la » dièie atiend avec impatience le jour de joie, où la vénérable » couronne de Si Wenceslav sera posée sur la tête sacrée de Fran- » çois-Joseph 1". »

La discussion de l'adresse fut des plus importantes, en ce qu'elle révéla les intentions du gouvernement. Son commissaire, M. de Lazanski, justifia le reirait de la conslitiilion de 1861 par la nécessité de donner à l'empire son véritable centre de gravité : « Le .sol sur lequel se développe notre constitution, dit-il, ce » sont les diètes provinciales... Le gouvernement veut, avant » tout, l'autonomie des provinces et des communes. Il vent que » les diètes provinciales prennent une part active à l'édilication » de la patrie restreinte, alin que celle-ci devienne une colonne » .solide de la grande patrie. Il ne pouvait donc maintenir plus » longtemps un reichsrath qui portait atteinte à l'autonomie des » dicies provinciales. » Cet exposé di s vues du gouvernement fut accueilli avec enthousiasme par les Tchèques, et l'adresse votée à 418 voix contre 97. Enlin, quand une députation la déposa aux pieds du trône, François-Jose|»h, dans sa réponse, laissa espérer qu'il pourrait se faire couronner, en elfet, roi de Bohême.

Les Tchèques touchaient-ils donc, à la fin, au but depuis si longtemps convoi tt\ un moment entrevu après 48, el dont ils avaient été si duremenl précipiti's pour retomber sons la férule germanique? Un moment, on put le croire, et que tout all.iii s'accomplir pacifiquement et sans ij^rande secousse. Mais ce n'él;iit point li\ l'aflaire du parti allemand désappointé de celle politique intérieure. Il prit sa revanche dans la polititiue extérieure : Celte dernière n'avait pas cessé un instant d'être Allemande, delà part de l'Autriche. La guerre du Danemark n'avait été qu'un prétexte inventé par elle pour ressaisir sa puissante situation dans la confédération germaniijue, qui se déiacliait de Vienne pour Berlin. Mais l'Autriche avait la main malheureuse, et sa polili(|ue se retourna contre elle. Le conflit avec la Prusse éclata, el S.idowa l'exclut définitivement de l'Allemagne (Traité de Prague, 23 août 1866). Au fond, la situation intérieure de l'Autriche en était considérablement simplifiée. Ses hommes d'Ktat, débarrassés d'une de leurs plus grandes préoccupations, pouvaient maintenant s'attacher uniquement à la politi((ue intérieure, qui demandait une prompte solution. La question hongroise n'était pas encore vidée, et l'ébranlement général que la campagne de 1866 avait produit, avait causé dans tout l'empire un véritable déchaînement des nationalités slave, madgyare et allemande, les unes contre lesautres. C'était à croire à la désorganisation de l'empire : chaque peuple semblait dégoûté à tout jamais de l'Autiiche; et, dans un intolérance réciproque, chacun, attendant beaucoup des revers éprouvés, formulait des prétentions exorbitantes et dédaigneuses des droits du voisin.

La diète de Bohême était restée réunie jusqu'au 23 mars, et le parti tchèque, en majorité, avait su profiter de ses avantages pour faire passer une loi sur l'enseignement obligatoire de la langue tchèque dans les éco'es M 8 janvier 1866) et l'empereur avait sanctionné cette importante résolution. Encouragés par la bienveillance impériale, les Bohèmes élargirent leurs prétentions, et votèrent une autre loi qui donnait aux professeurs de l'Université le droit de faire leur cours en tchèque on en allemand, à leur choix. Enfin, uue motion ayant été présentée à l'effet de changer les circonscriptions ék'Ctoralos, où l'influence allemande était trop bien partagée, le comte Clan Martinitz proposa une adresse à l'empereur, dans laquelle on lui demanderait de fixer lui-même

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