I. DU 10 FKVRIEU AU 28 0 C T O B H K 1 S7 I
MINISTÈRE HOHENWARl.
Avant (|ue le nouveau ministère eut rien laissé percer de sa politique, il était déjà décrié et menacé dans son existence par le parti allemand que l'arrivée des Tchètjues au pouvoir avait violemment indigné. Il jeta les hauts cris à la lecture du pio^i'amme du KOi'^^rnement, que le comte de Hohenwait vint faire au Reichsralli le 20 lévrier. Il s'annonça comme un minisire de paix et de conciliation, « qui prendrait à lâche de faire oublier toutes » les rancunes de race, en appelant aux mémos droits toutes les » particularités du |»ays. » C'est, au surplus, sur le terrain seul de la constitution ((ue le ministère entendait se mouvoir, et toute sa politique consisterait à en tirer les conséquences pratiques. C'était bien une profession de foi de fédéralisme, mais ce n'était
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pas encore des actes, et l'opposition allemande passa condamnalion. Néanmoins, à facctieil fait ù sa déclaration, le comte de Hohenvvart jni;ea prudent de tfiler le sol , avant de s'y engager plus avant, el commençant par le côté le plus aisé de sa tâche, il lança, comme ballon d'essai, un projet d'arra;igemenl avec la Galicie. La chose fut assez !)ien prise par le parli allemand, pour (|ue, le 15 avril, le comie de Uolienwarl conliàt un minisière, sans portefeuille il est vrai , au polonais (liocholski. En même temps, la presse fédéraliste de Bohême discutait des projets de compromis entre le royaume et l'Empire, el la presse allemande engageait avec elle sur ce point une polémi(jue des plus vives. Le 3 mai, le ministre dévoila clairement ses intentions.
Dans un discours qu'il prononça au Reichsrath, il offrit aux Bohèmes les mêmes concessions qu'aux Galiciens, et rappela au parlement qu'il fallait avoir « des égards particuliers pour la » Bohême. » Le même jour, il déposa un projet de loi sur l'initiative des diètes en matière de législation, et le justilia, la constitution en main : « Le droit, dit-il, en substance, est dans la » constitution ; car les diètes peuvent présenter des motions rela- » tives aux lois promulguées, en tant que ces lois exerceraient » un cflet rétroactif sur les lois précédentes, que les diètes auraient
» consacrées et jugées utiles au pays — Le proj''t de loi n'a
» qu'un but : Assurer à la constitution une valeur pratique. Eh » bien! ^»ou rassurer une valeur p rat i(jue à ce droit constitutionnel » des diètes, il faut les affranchir de la position humiliante oîi » elles sont, en leur donnant l'initiative, à toutes également. »
Voici les principales dispositions du projet ministériel :
Art. 1. Les diètes ont le droit de voter des lois, qui auront force légale pour le pays intéressé, avecl'assentiment du Reichsrath et la sanction de l'empereur.
Art. 3. Le Reichsrath examine simplement si les lois des diètes sont, ou non, compatibles avec les intérêts de l'Empire, sans pouvoir les modifier ni amender, — sauf pour certains intérêts généraux, réglés par les dél(''gations.
Cette fois, le fédéralisme devenait œuvre vive : Il passait dans la législation. Les Allemands lui barrèrent la roule. Le 9 mai, le projet Uohenwart fut repoussé par 88 voix contre 55, et quelques jours après, le Reichsrath, usant de sa victoire el voulant forcer la miin à l'Empereur, vota une adresse de défiance
contre le ministère « où il déclarait le féiiéralisme incompatible >^ avec la consiituiion et l'unité poliii(|ue de la Ci>leiihanie. » Mais cette démarche n'eut pas le résiilt.it aileiidu : L'einpereur assura le Reichsiatli de s;i cotitiaiic»', mais il i^ard-i son ministère, et passa ouiie. Fort de l'appui du souverain, espérant peut-être encore quelque effet, en dépit du néo-parlemenlaiisme autrichien, de l'antique « sic tolo, sic Juheo > de la maison d'Autriche, le comte de Hohenwart pojirsuivii son œuvre, et ce qu'il ne pouvait point faire avec le Reichsrath, il tenta de l'opérer en dehors de lui, — quitte à lui en imposer la ratification, comme avait fait M. de Beust, lors du compromis avec la Hongrie. Il entama des pourparlers avec les chefs du parti tchèque, et comme on ne demandait qu'à s'entendre, les bases d'une transaction furent vite adoptées. Le ministère s'engageait à reconnaître le droit politique de la Bohême, et les Tchè(|ues promettaient en retour de venir siéger au Ueichsrath. Le ministère prépara aussitôt des projets de loi à soumettre au Ueichsrath, l'un, établissant un nouveau mode électoral pour la Bohême, favorable à la représentation de l'élément tchè<|ue dans la diète et au parlement impérial, l'autre, garantissant au royaume de Saint Wenceslav une autonomie presque entière.
Le dépôt de ces projets mit le Reichsrath en fureur : Il songea à refuser le budget, seul moyen dont il disposjiil pour étrangler le ministère; mais ce dernier suspendit sur sa tête l'épée de Damoclès de la dissolution, et le budget fut voté.
La situation du ministère se trouva encore consolidée par les marques de sympathie que lui témoigna la chambre des seigneurs. Le 4 juillet, le comte de Hohenwart y défendit sa politique dans un grand discou s. où, après avoir rappelé que, deux lois déjà, la politique de résistance avait causé à la grandeur de l'.Autriche, les plus graves préjudices, il insi>tait sur le besoin de rét;Éblir l'accord entre « les frères désunis, ♦ et se défendait vivement de « Touloir baser l'Kmpire sur l'élément slave, au détriment de » l'élément germarii(|iie. » — A la suite de ce discours, les membres du clergé, qui n'avaient plus paru aux séances depuis le \ote des lois confessionnelles, tirent leur rentrée dans la chambre haute, et l'influence dont ils jouissaient auprès des Tchè<jues, sembla présager une heureuse issue pour les négociations entamées.
Le H août, le Reichsrath el les diètes furent dissous, et ces deriiièrt's C(t(ivo(|iii''es pour le 1 i sr|)tLMnl)re. Lii minislèro, désespiV.tnl de faire accepier par l'Assiinhlée actuelle les arrangements conclus avec les Tclièi|ues, bien que ces arrangements n'eussent Irait qu'aux vœux légitimes d'autouomie de la Bohême, s'était résolu à ce parti extrême pour essayer d'obtenir, dans le Reichsrath, la majorité des deux tiers, nécessaire pour opérer dans la constitution le changement qu'il y voulait ap|)orter. Cette fois, les rôles lurent renversés : Les fédéralistes eurent la majorité dans la diète (139 contre 62) et les Allemands centralistes se décidèrent à l'abslention, qui devint ainsi la politique des nationalités en grève. Malgré celte attitude menaçante de ses adversaires, le ministère n'en poursuivit pas moins sa marche. Le rescrit impérial, qui lut lu à l'ouverture de la diète, le 1 4 septembre, rappellait d'abord le rescrit du 25 septembre 1 870, le point de départ de la nouvelle politique du gouvernement ; puis, il renouvelait la promesse du couronnement et invitait la diète à délibérer sur le règlement des rapports du royaume de Bohême avec l'empire, dans le sens des adresses des 1 4 septembre et 3 octobre 1870, « en conciliant les exigences légitimes du » pays et les nécessités de la ])Osilion constitutionnelle de » l'empire vis-à-vis de la Hongrie. » En même temps, le ministère pour appuyer la parole impériale, annonçait le dépôt d'un projet de réiorme électorale et d'une loi , réglant les relations des deux nationalités du pays. Voici l'analyse du dernier de ces projets :
1" La langue officielle d'une commune devait être fixée par la représentation communale. Au cas où il se trouverait un cinquième de la population de race diflérente, sa langue pourrait être employée comme langue subsidi.iire.
2° Tout juge devrait savoir les deux langues.
3" La langue de la majorité des communes est celle du conseil d'arrondissement, des autorités et des tribunaux.
4° La diète serait partagée en deux caries, et 'es grands propriétaires entreraient dans la curie de la nationalité, au lieu de celle de la situation de leurs propriétés.
5" Proportionnalité serait établie entre les sommes affectées aux écoles et les taxes payées par la nationalité.
6° Enfin, les Tchèques seraient jiig<s, en dernier ressort, de toute loi relative à l'emploi d'une laiiiîue dans la vie pul)lii|ue.
Quant à la ri'fomie électorale, elle donnerait trois ivprésentanls de plus à la diète, ainsi r(^p.iitis : 72 pour les villes, 8 pour les chambres de coramerce, 90 pour les communes rurales.
Le parti allemand était consterné. Il y eut à Vienne plusieurs conférences de centralistes, et, devant les projets du ministère, le parti ne trouva rien de mieux à faire que d'imiter la conduite des Allemands de Bohême et de Moravie qui n'avaient point paru à la diète de leurs provinces. On décida unjnimemenl de ne pas envoyer de députés au Reiclisrath, et de faire le vide autour du ministère Hohenwart. Néanmoins, il y avait peu à attendre de celte tactique; car, les fédéralistes ayant eu la majorité dans les diètes, le ministère pouvait compter sur une majorité presque certaine au sein du Rcichsraih. Les moyens parlementaires faisant défaut, on recourut à d'autres, qui d'ailleurs, se présentèrent d'eux-mêmes, et que l'on n'eut ainsi ni la peine, ni le mérite d'inventer.
Si les Tchè([ues ont des ennemis opiniâtres dans les Allemands d'Autriche, ils n'en ont pas de moins acharnés contre leur nationalité dans les Madgyars de la Transleithanie. Déjà, en 1848, une des causes de l'insuccès de la révolution de Bohême fut la conduite de la Hongrie à son égard, jalouse de l'influence qu'elle pourrait prendre dans l'empire et redoutant surtout les conséquences que ne manquerait pas de p oduire, dans les pays de la couronne de Saint-Ltienne, l'avènement de la nationalité slave dans une partie de l'empire. Aussi, le dualisme de 1867, fut-il construit sur cette idée : Oppression par les Allemands des Slaves de la Cisleithanie, dont la constitution méconnaissait absolument les droits, pendant que les Hongrois se chargeraient de madgyariser les populations slaves, qui leur sont soumises. Or, le triomphe de la Bohême, par la voie du fédéralisme, pourrait être le signal d'un vaste soulèvement de tous les Slaves de la couronne de Sainl-Ltienne, avec qui la Hongrie aurait à compter, et mieux vaut être deux que trois à partager la puissance.Crainte chimérique, nous en avons la conviction, et nous en dirons les raisons plus loin! Mais la passion ne réfléchit pas, et les hommes d'Etat hongrois, obéissant au sentiment public
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de leur pa)'>, >uiiitiuis, au dehors, par M. de Beust, chancelier de l'emitire, el piitisan convaincu de la polilique allcinaudc, vinrent se uielire en iraxeis el lireiil tiébuclicr le minisière UohtMiwait.
Au mois d'octobre, la diète fut ap|ielée à discuter l'arranîçement, arrêté cnlre le minisière el les dépiitôs lchèf|Ui'S. — Ot arranp^i'meni éialiIiNsait un ministère commnn pour les allaires commnnt's, autres que les alla ires étrangères, militaires etc., lesquelles seraient réjî'ces par les délégations, conformément à la constitution de 1867 ;
La diète de Bohême nommerait une délégation de !'") membres, qui exercerait le droit législatil'en matière d'allaires communes ;
La Bohème contribuerait, pour sa part, aux dépenses communes de tout l'empire, dans la masse de 70 p, 100 payée par la Cisleiihanie ;
La diète aurait la compétence législative dans toute affaire autre que les a Ha ires communes;
Les conventions internationales de l'empire avec les autres puissances feraient l'objet d'un accord particulier entre cet empire et le royaume de Bohême ;
Hnlin, un sénat représentatif, composé de membres héréditaires et de membre-? nommés à vie par l'empereur, sur la proposition delà diète, serait institué pour la discussion et la ratification des traités internationaux el des projets de lois modilicatrices des lois fondamentales, sur les aiïaires attribuées aux délégations.
On le voit, c'était un dualisme dans le dualisme, et le ministère, en acceptant ce compromis, n'avait plus qu'un pied sur le terrain de la constitution. M. de Beust et le comle Andrassy n'eurent pas de piine à lui faire perdre complètement l'équilibre. Ils représentèrent à l'empereur que la conslitulioo de 1807 était abandonnée par celle transaction avec la Bohême, et qu'en l'acceptant, il romprait lui-même le lien de son em|)ire; qu'au surplus, le droit d'Ktat de la Boiiême était contenu dans cette constitution, el qu'il ne pouvait pas être l'objet d'un compromis conclu en dehors de cette constitution même. L'empereur céda : 11 ne resUit plus qu'à rompre avec les Tchèques. La diète venait jistenient d'envoyer une adresse de congratulation à l'empereur et elle attendait sa réponse (20 oc-
CHAI». Mil. ><>l \r.\.l.E IK.NTATIVE DE FÉDÉRALISME. 99
tobre'. Le rescrit impérial, plein de réserves et de réticences, témoigna que la dernière heure de la politique fédéralistp était près de sonner. Ljschel'sdn parti, .MM. Riégeret Clam-Martinitz, essayèrent bien d'éqnivoqner sur la situation : Ils voulnr«*nt se relranclicr derrière le rescrit impiTial d'ouverture [29 septembre 1870) qui avait reconnu le droit d'Etat du royaume de Bohême, et, sans plus ample discussion, élire des députés au Reichsrath sur cette base, si frai^ile qu'elle fût : mais la chute du ministère Hohenwart , le 28 octobre, trancha nettement la question. Le programme fédéraliste était définitivement ?bandonné. La nomination du nouveau minisire, baron de Kellersperg, ancien gouverneur de la Bohème, un des tenants les plus décidés de la politi(iue centraliste, découragea les plus optimistes.