ORIGINE DES TCHÈOLES; LELR ETABLISSEMENT EN BOHEME
S'il est certain, d'après le témoignage même des historiens grecs, que le séjour de la race slave en Europe remonte à une
(I) Sources et documents à consulter pour l'histoire de la Bohême : Histoire du la Bohême, par Franz l'alackv, 8 vol. in-S". Prapuc en allemand ; — VÀatriche-H'nvjrie, de Danief Lévy ; — Les Slaves, par Adam Mickiewicz, 5 vol en français. Les chants populaires de la Bohême, par Louis léger; — \le monte slave, du même, La Bohême historique, pittoresque et littéraire de Triez et L. Léficr; La crise autrichienne, par L. L,éffcr. l'aris, 1H68; — Les Slaves d'Autriche, publication de la bihliolluque slav-. l'aris. I86l ; — L'empire ronstitulionnel d'Autriche, [-.r.v i. Valfrcy Paris, 1868;— Hongrie et ~t thème, de Sl-René-T.tillandicr ; — La forasse et l'Autriche depuis Sadowa, j^r E. de Lavcleye; — Westminster Beviw, n"" d'avril I86« et d'oclolirc IKttT. f- Le Radhost, publication récente le Falaçky; — Le royaume de Bohême et [ÏEiat autrichien, de Riéger \uy\r la nuance Ichoque ; La Revue îles l'eux- ' Mondi-s, n"'da\ril I8.i:», d'août IHK.î et J8e8, de juin et d'atiùl I87i; Befeutkerountj der OEsterreisrhen Monarchie, ton D' Fickcr; — Die Slaven und dieSltvische Frage. Wien., \m\ ; — Einige yrundiagen des Bohmischen fStoatsrechtcs. fon D' Kalousek. Prap . 1870 ; — Pn/ocAt/ '5 politisches Fer- 'lachtniss. Prag., 187-J; — Annuaire encyclopédique; — Annual Register.
Nous nous sommes aussi rclairês, pour ce traviil, des conseils bienvcil lants de M Kd S ivous, autour d'ouvrages estimés sur la Hongrie et des renseigncmeuts précieux qu'a bien voulu nous donner M. L. Léger.
2 MORAVIE ET BOHKME.
haute antiquité, ce n'ist guère que dans la seconde moitié du v^ siècle de lère clirélienue, que nous !:i voyons faire son entrée dans le murlc cl prendre place dans l'Iii^loire. Ju-^que-là , elle était resléo conlinét; dans la partie mt'ndonale de celte p'ainc immense, situ c entre les monlaj;nes de la (irèce et la Baltique, sorte de réservoir où s'ai'rèièrenl snccessivemenl les peuples nomades avant de déborder sur l'Oceident. Sans aucun doute, l'invnsion d'Attila (ut la cause de son apparition : Tiaversés par le flot des popu'alions asialiijues, les Slaves, s'ils ne furent pas emportés par lui, durent au moins se déplacer; et dans cette fluctuation i^cnérale de la race, une des trois familles assez distinctes qui la com|)osaient, elle des Slaves du ISord-Ouest, se trouva poussée vers la lîoiiênie et la iMoravie. Le premier de ces pays avait été primitivement hahité par la trihu cellirpie des Boïens (d'où le nom de Boioliemum. Bohême), et (|uand les Slaves y pénétrèrent, les Germains Marcomans l'occupaient depuis près de 400 ans. C'était, — et c'est encore, — une contrée remarquable par les richesses de son sol et la douceur de son climat, arro>ée par huit fleuves et cours d'eau d'une navigation commode, constellée en quebjue sorte de plus de 8,000 étangs d'eau douce, riche en forêts et en métaux, d'une flore raagnifliiue et variée, admjrableme.'it défendue de tous les côtés par une ceinture de montagnes, (|ui, bien que très-élevées, n'en laissent pas moins certains ;:assages faciles. Il ne paraît pas (jue la prise de possession du pays par les Slaves soit due à la conquête violente. Les Marcoinans cédèrent la place ou furent bientôt absorbés, car nn demi-siècle plus tard, les SI aves avaient déjà sutrisamment pris racine dans la coidrée pour résister à l'invasion des Avars, et fonder un grand empire. Ce rapide établissement de la domination slave, celle implantation si prompte d'une race étrangère sur le sol nouvellement coM(juis. s'e\plii|uent par une double cause. D'abord Telieeh, le chef guerrier qui présida à la con(|uêle, sut la diriger avec ordre et l'oi'.^aniser avec intelligence. C'élaitun homme doué de mâles vertus, un vrai type de fondateur d'empire : au demeurant, personnage ab!?olumenl légendaire. Mais pour se convaincre du rôle important ((n'il a dû jouer visà-vis de son peuple, il suffit de dire qu'il donna son nom à la famille slave dont il était un des membres. Ainsi, en même temps qu'une patrie pour perpétuer leur race à travers les âges, les
Cn.VP. l". ORIGINE DES TCHÈQUES. 3
Tfîâvës'de la Bolièmo trouvèrent iin nom pour vivre dans l'histoire, de leur vie propre. D'ailleurs, ce qui aderuiit surtout l'tHablissemenl des Tehèques dans le pays, c'est le carartt're même de ce peuple, essentiellement agricole. Une fois maître du teriitoire, il ne songea qu'à le cultiver, et comme le servage lui était inconnu, en le cultivant lui-même, il s'y attacha vite et bien ; non point (|iie dans cetie société slave primitive, la propriété tût individuelle, — ce qui donne toujours plus d'assise à la population et lui communi(|ue une plus grande force de résistance, mais les communautés de famille, tout en impliquant la propriété collective, étaient constituées et prati<iuées de telle sorte que le maître du sol en était aussi le colon. Au surplus, les Tclièfjues formaient alors une véritable société patriarcale, sans chefs héréditaires, dont le gonvernement était dévolu aux vieillards et dont la religion était le culte des forces de la nature, symbolisées par une poésie naïve.
Inquiétés d'abord par leurs turbulents voisins, lesThuringiens, les Tchèques eurent bientôt à se débattre contre des ennemis plus redoutables, les .\vars, dont l'invasion, après s'être heurtée à la puissance des Francs, revint les frapper comme par un choc en retour (6:23\ Grâce à l'énergie de Samo, leur chef, ils résistèrent à cette rude épreuve, et, après une lutte de quatre années, ils arrachèrent la liohême et la Moravie à leurs envahisseurs. C'est ainsi (|u'ils conquirent leur patrie, et, du même coup, révélèrent la force et la grandeur d*- leur race. En effet, à l'issue de la guerre, tous les Slaves occidentaux étaient groupés dans une confédération imposante, œuvre de Samo. (|ui la gouverna pendant trente-cinq ans. C'est le premier empire slave, dont le Bohême était le centre, et (|ui s'étendait à l'est jusqu'aux monts Tatra, au nord jusqu'à la Sprée, au sud jus(ju'in Styrie , à l'ouest enfin jusqu'aux sources du Mein. De ce dernier cùlé, les Slaves touchaient aux Francs, vainqueurs des Thuringiens. Attaqué par Dagol.crt, Samo le battit complètement dans la plaine de la Toga>t — aujourd'hui Szumava ; — mais le conflit de ces deux barbaries' se borna à celte rencontre, et chacune d'elles resta dans ses limites, où elle marcha dans la voie d'une civilisation différente.
A la me rt de son fondateur, le grand empire slave se disloqua ; et les peuples qu'il avait un moment réunis par une sorte de ceo-
ti'alisation monarchique, iTtournt'rcnt à leur élat (risolemeiil communal, qui est le trait dislinclif <le la ({('mocralie slave primilive "\ De là, nue i^^rande ohscuriié dans l'hisloirt', ju.M|u'au jour où la reine Lil)ouclia, fille de Krok, successeur prohable de Samo, épousa Przemysl, seigneur de Siadic, qui devint ainsi le cliel' d'une dynastie nationale, à la(|uclle, de nos jours, la maison d'Autriche se rattache par les finîmes. L'existence d'un manuscrit du temps, le plus ancien monument de la la ni,au' slave, nous fait connaître révéïu'mcnt célèhre (|ni donna lieu à ce mariage, en même temps qu'elle nous recèle un des côtés de la société slave d'alors : sa résistance à l'inrtuence allemande, qui commence à la circonvenir. Dans une (jnerelle de deux frères (|ui se disputaient rhériia;^e paternel, Liijoucha , ayant jui^é le dilfétend conformément à la coutume sla\e, qui n'admettait pas le droit d aînesse, mais qui consacrait le partagée par égales portions, l'aîné des frères se révolta contre son jugement et nfusa de s'y soumettre. Pour venger cet aflVont et ciiàtier le rebelle, Lihourha dut prendre un époux, et sou choix tjmba sur un simple laboureur, d'ailleurs de noble origine , l'izeniysl , le Cincinnatus de la Boliême. Le droit national triompha , et, comme on lit dans le manuscrit de Liboucha, « les Slaves n'eurent pas la honte d'aller chercher le droit chez les Allemanils - ! ^
C'est à cette époque que remonte la fondation de la ville de Prague, la ville aux sept collines comme Home, bâtie sur la Vltava (Moldau), au pied du Viszehrad , au cœur même du pays. De nos jours, entre tous les souvenirs (|ui entretiennent dans la mémoire du peuple bohème le sentiment de sa nationalité, il n'en est pas de plus sacré que celui de cette antique fondation (730 environ).
Les premiers Przemyslides ne nous sont guère connus que de nom, jusqu'au moment ou le christianisnie pénètre chez les Slaves, vers 870, sous le duc Borzivoj. La Bohême faisait alors partie delà Grande-Moravie, dont le duc Sojatopulk avait fait
(1) Pour toute cette première partie, consulter l'Histoire de Bohême, de PalaclvV, livre I", cliap. i, ii et seq.
(2) M. Louis Léger en a donné une excellente traduction.— Chants hérciqucs des Slaves de Bohème. Paris, 1866.
le noyau d'une riouvello confédéral ion des peuples slaves, dans le hut éminemment politi(iue de tenir en écliec le s.iint empire romain, de formation récente. Son empire comprenait la Bohême, la Poloi^ne et tous les pays slovaques. Mais comme le premier empire slave, il n'eut <|ue l'épliémère durée de son fond;ileur et à la mort de Sojalopuik , il s'effondra sous les coups des Mailgy.irs ; et dès-lors, la Moravie se ratiaclia à la Bohème. 0"oi qu'il en soit, celle tentative de cohésion des différentes familles slaves eut un heureux résultat : Leur conversion au rhri>tianisme sans le ministère du clerjîé allemand, et, par suite, une religion véritablement nationale, avec son rit propre, beaucoup plus contorme au caractère du peuple slave sorti, comme on sait, de l'Orient, que ne l'aurait pu être un culte d'im|tortation germanique. D«'jà le prédécesseur de Sojaiopulk. Rastiz, voulint échapper à l'action des missionnaires de r.4llemagne. avait fait venir de la Tliessalonique les deux apôtres Cyrille et Méthode, pour instruire les Slaves dans la religion chrétienne. T/est ainsi que les Tchèques reçurent la parole du Christ. Leur duc Borzivoj fui le première se convertir. Il reçut le baptême à la cour de Sojaiopulk, et le peuple dont le paganisme se distinguait par une grande tolé'ance, entra dans cette voie avec une entière docilité. Mais ce qui facilita surtout le triomphe de la foi nouvelle, ce lut la traduction de la Bible en langue vulgaire |»ar l'apôire Cyrille. Heureuse et féconde pensée! Car, indépendamment de la popularité que la religion chrétienne y gagna, l'opposition acharnée que le clergé germanique dirigea contre la prédication de la parole de Dieu en langue vulgaire, accoutuma, dès l'origine, lesTchè(jues à confondre leur sentiment national avec leur sentiment religieux. Kt, de fait, juscju'en 1848, la pensée nationale en Bohème, s'exprima toujours par une pensée de religion, — d'autant plus énergi(|ue qu'elle .se doublait du fanatisme. Les grandes 4uttes du xv" siècle, la guerre des Hussiles ^t le règne de Georges de Podiebrad nous en fourniront de mémorables exemples. Pour l'instant , cet antagonisme se tradui>it par l'adoplinn du rit oriental et de la liturgie greeipie; du même coup, les Tchè(|ues consacrèrent leur langue maternelle : La traduction de la Bible en fut le premier monument, et la langue, dans la(|uelle l'apôtre Cyrille p'ècha l'Kvangile, est devenue de uôs jours un dialecte sacré : C'est le vieux slave, langue
morle il est vrai, mais qui atloslc l'antique personnalité de la nation '*.
Peu (le î( mps après leur conversion au christianisme , les Tclièi|ucs furent assaillis par l'irruption d'un nouveau peuple. asiati(|ue. les Madgyars qui, sous la conduite d'Arpad, baitaent Soj itopulk et s'étahlirent. dans le pays connu des anrienssous le nom di' Pannonie, la Iloni,'rie actuelle (U07), La Conledération slave de la (irande-Moravie se rompit sous la pression des envaliisseurs, et c-tte fois, sans espoir qu'elle pût jamais se reformer. La trouée fîiite par les Honj^rois au milieu des populations slaves était pour elles un coup mortel: Kn les isolant les unes des autres, elle brisait leur unité géographi(|ue, et d'une race qui n'aurait peut-être eu (|u'une langue et qu'une histoire, elle faisait plusieurs tronçons, condamnés à vivre séparément, localisés dans leur histoire et parqués dans leur dialecte. Pour la Bohême, en particulier, rétal)lissement des Hongrois fut une source de calamités, dont le dénouement est encore attendu. Les luttes que les Tchèques durent engager avec ces redoutables voisins , les affaiblirent peu à peu vis-;i-vis de l'Allemagne, dont à plusieurs reprises ils acceptèrent l'appui. Nous verrons con?ment l'influence allemande s'infiltra goutte à goutte dans le pays et fit si bien tache d'huile, qu'on a pu croire un moment que la Bohême allait se germaniser.
(1^ Voir les cinq années de cours professés au Collège de France par Adam Mickicwicz, I8i0-1844.
CHAP. 11. l'KF.MlKHS RAPPORTS AVKC L ALLEMAGNK
crrApriHi' i»
l'KEMIEKS RAPPORTS AVEC L ALLEMAGNE. — GERMANISATION Dt PAYS.
A la mort de Spitigniev, le successeur de Borzivoj f912) il y eut une tentative de réaction contre le Christianisme, sous l'impulsion violente (l'une femme, Drnliomira ; mais son (ils Vencesis, devenu maji'ur. sesii,M)ala si bien pai'sa ferveur chrétienne que le .souverain allemand, Henri l'Oiseleur de Saxe, lui donna le bras de Si Vit, relique célèbre, à la(|uellc est consacrée la cathédrale de Prague. Mais un événement beaucoup plus considérable de ce rè'^^ne, et dont nous étudierons dans un chapitre spécial, les conséquences juridiques, c'est l'engagement pris pap Venceslas de payer à l'empereur un tribut annuel, en échange d'une promesse de secours contre les Hongrois qui menaçaient les frontières : '928^ Point de départ malheureux d'une politique, qui donna prise à l'influence germanique, et dont l'empire romain s'autori.sera peu à peu, pour usurper finalement le droit de confirmer les rois et princes élus de la Bohême.
L'inslinct national senlii si bien qu'on l'engageait dans une mauvaise voie, (|u'à la mort de Vencesla.s-le-Saint, ;;ssassiné par son frèrt- B(deslas, il détermina un retour à la poliliiiiie traditionnelle. Bob'slas I" (930-907), s'unit aux Slaves de l'Elbe et de rOd(M- pour lutter à la fois contre Tt-mpereur Othon-le-Grand et contre les Hoiigiois. Il le lit avec un égal succès : Il reprit notamment la .Moravia aux Hongrois, et leur infligea, en Bohême, de si sanglantes défaites, qu'ils firent un moment volte-face et se précipitèrent sur l'Italie, comptant sur des adversaires plus faciles. De celle épO(|ue, commence pour les Tchèques une ère de grandeur et de gloire. Boleslas II con(|uit la Pologne, une partie de la Hongrie, et pres{|ue toute la Silésie : Conquêtes brillantes, mais funestes au fond ! Car, ce ne fut plus seulement les Hongrois, mais les Polonais, leurs frères de race, que les Tchèques 4874 2
8 NfORAYIE ET BOUÈME.
eurent pour ennemis (*\ cl l'Allema^me trouva ainsi une occasion nouvelle de s'immiscer dans les allaites de Bohême et de prendre pied dans le jiays. Son iii^jérence fui encore favoiisf^u par les querelles de famille qui suivirent la n)orl de Holcsias II, période de discordes civiles et de crimes odieux, que Bretislas I (1037-1055) eut la prétention de fermer en supprimant l'ancienne loi du parlai-e, entre les tils du Souverain. Il établit, à cet effet, le séniorat, c'est-à-dire le droit du plus âgé; mais les compétitions aui;meMlèreiit de plus lie!, fournissant aux empereurs d'Allematfne autant de prétextes pour vendre leur concours aux prétendants. — Telles sont les causes initiales de l'influence j,'ermani(jue sur les destinées politi((ues de la Bohême : A partir de ce moment, la société slave tendit à se transformer. La féodalité s'y i^lissa par maintes tissures ; le droit canonique s'y heurta aux vieilles coutumes slaves : La Bohème fut entamée, et pendant deux siècles, son histoire n'est plus qu'une suite d'événements qui réduisent presque les princes Tchèques à une dépendance aussi étroite que celle des vassaux Allemands, vis-à-vis du saint Kmpire Bomain. Toutefois, il faut le dire à l'honneur de la Bohême, ce ne fut pas sans ré^^istance qu'elle se laissa envahir par l'Allemagne. Un toute occasion, elle défendit sa nationalité, et souvent avec une grande énergie, des atteintes germani(|ues; et au moment même oii elle paraissait avoir accepté le joug allemand, nous la verrons se relever d'un bond et menacer de dominer l'Allemagne à son tour.
Dès l'année I02i, le duc Udalrick fut admis à participera l'élection de l'empereur Conrad, et à dater de cette époque, les souverains de Bohême prirent le litre de princes d'Allemagne. En 1039, Bretislas I renouvela l'engagement de Venceslas, touchant le tribut annuel, mais en protestant touletois qu'il aimerait mieux céder une |»artie du territoire que d'accepter la domination Allemande. En 1080, à la diète de Mayence, Wratislas II reçut de l'empereur Henri iV le titre de roi pour services rendus dans la querelle des investitures : Dignité d'ailleurs purement viagère, toute personnelle, conférée comme simple récompense et sans
(1) A partir de cette i-poque jusqu'au xiv* siècle, ce ne fut entre la Bohème et la Pologne, qu'une suite de guerres interminables, où tour à tour, selon le hasard des armes, la liohème domiue la Pologne, ou la Pologne la Bohème.
CIIAP. 11. PREMIERS RAPPOUTS AVEC l'aLLEMAGNE. 9
aucun rapport de vass;ililé entre le souverain Boliême et l'empereur allemand. Dans la suite, aidés par les trouhles que provoquaient les dernieis ellbrls laits pour oxlirper le paganisme, et par les révolulions (|ue loinenla nue i^raiidi' et puissante t'aniille tehè(|ue, les Verszovec, (>our amener l.i liulième à subir la suprématie de la Pologne, les empereurs allemands continuèrent leurs empiétements, vendant leur concours au plus offrant, et toujours introduisant ([uel(|ue transformation dans le pays. C'est ainsi (jue, dans cette période, le territoire lïil partagé en cercies, à la façon de l'empire. Entin h ravènemeni ileSobieslas I (1 120), l'empereur Lotliaire se crut le droit et la force d'intervenir dans les affaires intérieures du royaume, sous le prétexte que Sobieslas avait usurpé la couronne sans son assenliment. Mais les troupes impériales fuient ballues à Clilumec, et Loiliaire dut reconnaître que l'éleclion des rois de Bohème ne dépendait jamais de l'empereur. Seulement, à quelque temps de là, Sobieslas fut investi de la dignité d'électeur et de grand éclianson de l'empire ; puis, le successeur de Lothaire, Conrad III, reconnut le tils de Sobieslas comme héritier présomptif de la couronne de Bohème. Il est vrai qu'à la mort de Sobieslas (1140), la diète nationale nomma Wladislas II, qui devint presque aussitôt l'allié de l'empereui' Frédéric Barberousse. En 1158, il en reçut la dignité royale, à titre héréditaire, celte fois, en récompense de services rendus dans une guerre contre les Milanais, et dès-lor> l'union de la Bohème avec l'Allemagne devint de plus en plus intime. L'anarchie, (|ui suivit la mort de Wladislas II, et la politique tortueuse du Barberousse accélérèrent la germanisation du pays. Oscillant entre le tils de Wladislas il et le fils de Sobieslas 1", compétiteurs au trône, Frédéric profita de leurs discordes pour décréter l'anéantissemeiit du royaume Bohème, qu'il avait consacré lui -même quelt|ues années auparavant. Il alla jusqu'à en déiarhor la Moravie, dont il lit un fief relevant direciemeot de l'empire. Mais cette séparation fut de courte durée : La Moravie, reconquise sur le margrave allemand, s'incorpora de nouveau à la Bohème, et dès-lors, elle ne cessa plus de lui être réunie.
Au milieu de la perturbation causée par ces luttes intérieures, la féodalité germaiii(jue ne fut pas sans faire (juclques progrès en Bohême. Le plus saillant est certainement la reconnaissance par
lu MORAVIE ET BOHÈME.
la dièle de Raiisboinie à l'évêque de Prague '', du litre de prince de l'empire avec le droit de recevoir les régales de l'empereur. Ainsi, la féodalité élevait une souveraineté ecclésiastique à côté de celle des princes du pays. Mais, .itteinte plus grave encore portée à la société slave, les institutions féodales s'étaient substituées aux vieilles coutumes démocratiques, dont le jugement de Liboucha nous a déjà fourni un si éclatant témoignage. L'égalité de tous les Tchèques, la possession de la terre par des familles qui constituaient des communautés gouvernées par le Staroste, l'élection par les Starostes des représentants chargés de faire les lois, la division du territoire en Joupanies, tous ces principes fondamentaux de la société slave s'étaient ellacés devant les coutumes féodales de la Germanie. A la suite de guerres malheureuses contre les Polonais, dont le souverain Bole^las Chrobry dicta un moment des lois aux Tchèques, les paysatis commencèrent à être réduits eu servage (1009). Puis, ce fut ladminisiralion du territoire qui subit un complet remaniement par sa division en cercles, la Joupanie descendant au rang de subdivision. Peu à peu, le pays se couvrit de liefs, qui devinrent autant de nids de rapines et de brigandages. Les barons donnèrent à leurs châteaux des noms allemands, et leur justice remplaça celle des Zopa (Joupanies). La cour de Prague mit à la mode tout ce qui venait d'Allemagne, et l'on ne voulut plus connaître que les poésies allemandes. Enfin, la religion elle-même subit l'influence germanique : Après une guerre contrôles Madgyars, où l'Allemagne leur avait prêté son appui, les Tchèques furent ramenés au rit latin par les missionnaires de l'évêché de Ratisbonne. En 1094, on détruisit le couvent de Sazava, dernier refuge du rit gréco-slave, et dès-lors rien ne rattacha plus les Bohèmes aux Slaves Orientaux, leurs co-religionnaires. Bref, ce fut une profonde transformation politique, administrative et sociale. Seule la langue tchèque ne céda pas la place à l'allemand: Conservée par le peuple et les paysans, elle fut le dernier rempart de la nationalité bohème, et son salut !
(1) L'évêché de Prague avait été Tonde en 97M par Bolcslas II.
CHAP. m. LES OTTOKAR KT LE K(»i CHARLES. H
CHAPiTBt: m.
L8S OrrOKAK ET LE ROI CHARLES. GRA^'DEIH UE LA BOHEME.
A la tin du xii* sii'cle, au moment où la germanisation semblait complète, la Bohème se réveilla. Les compétitions an trône avaient cessé, et par traité dn (j décembre I 107, Wladislas III avait cédé volontairement la couronne à Pizemysl-Oliokar I**". Désireux, avant tout, d'empêcher le retour des luttes intestines qui avaient déchiré la Bohême, Oitokar établit l'ordre de primogéniturc dans la dynastie des Przemysl , au lieu du séniorat qui, depuis Bretislas I", avait et,' le sujet de tant de discordes. Cette garantie de la transmission pacifique du Irône est peut-être le seul avantage que la Bohême ait retiré des institutions féodales. Quoi qu'il en soit, avec Oitokar, les Tchèques soulevèrent la pierre de leur tombeau ; et . une fois debout , ils firent reculer l'Allemagne. Le traité de Ciilumec fut remis eu vigueur; Frédéric II renonça à toute ingérence dans l'élection des rois et dans l'investiture des évêques bohèmes; enfin, 11 aiïranchit le royaume du tribut annuel, que Venceslas s'éiait engagé à payer. Toutefois le roi de Bohême restait prince-électeur de l'empire, et si le tribut de Venceslas fut su|)primr', on le remplaça par le libre choi.x laissé au souverain tchèque de fournir à chaque couronnement de l'empereur, soit une troupe de 300 hommes d'armes, soit une somme de 300 marcs d'argent.
La Bohême s'était reconquise, et, comme pour prouver au monde sa résurrection, elle jeta lout-à-coup un vif éclat avec Przemysl-Oltok.ir II. Pendant .ses deux .siècles d'alfaissenient , elle avait laissé l'Allemagne dominer sur toutes les contrées occupées par la race slave. Kntre l'Elbe et l'Oder au nord, la féodalité germani(|ue avait con(|uis ou exterminé systématiquement les Slaves indigènes (1130-1170], pendant (in'au sud les Slaves étaient broyés entre les Allemands et les Madgyars. Celte oppres-
sion {;én(''ralc dos nationaliu^s slaves en était à son moment le plus aigu, qiiaiHl l:i Bohême reprit |)Ossession d'elle-même, et, retrouvant son unité nationale, releva le drapeau de sa race. Partout victorieux , Oltokar eoïKjuit l'Autriche, laSlyrie, la Carinlhieet le lilloral de l'Adriallipie , depuis Trieste jusqu'à Pordenone II vainquit plusieurs fois les Hongrois, dirij^ea des expéditions contre les Lithuaniens, et bientôt son empire s'étendit de la Baltique à rAdriali(|ue, embrassant toute l'Iùirope centrale. Ottokar fut à la fois le fondateur de Kœnigsberg et de Vienne, ces deux pôles de son royaume. Par les privilèges qu'il octroya à la future capitale de l'Autriche, c'est lui qui en assura la grandeur. Jamais la race slave n'était parvenue h une expansion aussi grande, et pour la Bohême, jamais elle n'atteignit un plus haut degré de puissance, de richesse et d'éclat. On put croire un moment (|u'un empire slave allait se dresser devant l'empire allemand , et que les destinées du monde entier allaient être changées. C'était peut-être la secrète ambition d'Ottokar, qui refusa la couronne impériale sous un prétexte frivole. Malheureusement, cette espérance fut déjouée : jaloux de l'ascendant qu'avait pris la Boliême sur les affaires d'Allemagne depuis les conquêtes d'Ottokar, les Allemands élevèrent à l'eiiipire un comte suisse, Rodolphe de Habsbourg, dont le premier soin fut de revendi(|uer l'Autriche et la Styrie au nom du droit féodal. Ottokar résista ; battu une première fois, il tenta de nouveau le sort des armes. Grâce à l'alliance des Hongrois, Rodolphe fut vainqueur dans les plaines du Marchfeld (1278), et Otiokar y laissa la vie. Avec lui s'éteignit la gloire même de la Bohême. Klle ne lutta plus que pour sa propre indépendance. La grande causi; de la race slave, dont elle s'était faite le champion, fut abandonnée, pour n'être plus reprise (|u'au XV* siècle, avec le roi (ieorges de Podiebrad.
Le règne d'Ottokar fut pour la Bohême une époque de grande prospérité intérieure : les immenses forêts, dont le sol était encore couvert, furent défrichées, mallicireusement par des colonies allemandes (|ui s'établirent dans le pays, et par leur situation même devaient jouer plus tard un rôle désastreux dans la germanisation de la Bohême. Les richesses minérales furent exploitées, la culture encouragée par l'introiluction du bail héréditaire, l'industrie favorisée, les lettres et les beaux-arts protégés. Au point de vue politiijue, la nation lit un grand pas vers la liberté par l'admission