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CHAP. III. LES OTTOKAR ET LE ROI CHARLES

fdës représentants des villes aux diètes générales, et surtout par appui constant qu'Uttokar accorda à la bouri^eoisie, pour battre en brèche la noblesse féodale. Aussi, même après la chute d'Ottokar, la Bohème était-elle encore l'élat le plus puissant de l'Allemagne. Elle le lit bien sentir à Kodolphe do Habsbourg, qui dut renoncer à la con(juérir par les armes, et le sentiment public, dans l'empire, était si bien pénétré de cette vérité, qu'à la mort de Rodolphe, en 1291 , les Autrichiens ofl'rirent la couronne au roi de Bohême, Venceslas, fils d'Ottokar. Il ne tenait «ju'à ce prince de reprendre ainsi, à litre gracieux, des provinces, l'Autriche et In Styrie, que la défaite de Marchfeld avait arrachées à son héritage, mais il préféra ne pas s'engager de nouveau dans les afl'aires d'Allemagne, poursuivre une politique plus nationale. En 1300, il fut élu roi de Pologiie, et réunit alors sous un même sceptre les deux nations sœurs, trop longtemps divisées. Un moment, il faillit joindre, à ces deux couronnes, celle de vSaint- Etienne, que les Hongrois lui offrirent, mais il rencontra l'hostilité du pipe et de renipcreur, contre lesquels il dut engager une lutte. Il mourut au seuil même de la guerre ' ! 305) et son fils, Venceslas ill se hâta de conclure la paix. Il périt lui-même aussitôt après, victime d'un assassinat ;1306).

C'était le dernier des Przemyslidcs, et sa mort menaça de devenir pour la Bohême le signal de nouvelles guerres entre compétiteurs. D'abord, l'emperrur Albrecht, que Venceslas avait aidé à conquérir la dignité impériale, entra de vive force en Bohême et contraignit la diète à reconnaître son tils Rodolphe, somme roi. Celle violence souleva contre l'empereur une véritable explosion de colère et d'indignation : Partout on l'accusa d'être le meurtrier de Vence>la"< III, et le chroniqueur Dalimil n'est pas loin d'affirmer l'auth-'Uticité du fait. Quoiqu'il en soit, la diète une fois débarrassée de la pression des troupes allemandes, prétendit revenir sur l'élection du jeune Rodolphe; mais Albrecht s'empara de Prague, et les députés du parti national n'eurent d'antre ressource que de prendre la fuite, en emportant dans le château de Zurkov la fameu.se couronne de St Venceslas. Il y eut un commencement de guerre civile, mais Rodolphe étant mort, une nouvelle diète s'assembla. Le parti national soutint énergiquement son candidat, Henri de Carinlhie, contre les prétentions des Habsbourg. Au milieu d'une séance, un des chefs du parti tchèque, Ulrich de

H MORAVIE El BOHÈME.

ÏJcIik'inltoui'?:, Ii'.ippa (l'un couj» inorlel le maiérhal de la rlièle, Tohie (le Bécliin, favorable aux princes aiilricliiens : crime odieux sans (loule , mais i|ui prouve avec (juelle sauvage (^iiergie la lioh(}nie repoussait toute ingérence de l'étiangerl

Le règne de Henri de Carintliie ne fut (|u'un intermède : Il occupa la place en ailcndant (|u'une comhinaison plus sérieuse el plus (luralde pnl aboutir. De la dynastie des Przemyslides restait une leninie, Kli>abeth, seconde lille de Venceslas II. La maison de Luxembourg occupait alors le trijne du saint empire, Henri VU, de Luxembourg, ayant été élu à la mort d'Albrechl. (1308) Son fils, Jean, épousa Elisabeth, et le dernier rameau de la dynastie des l'rzemyslidesput ainsi refleurir, en se greffiint sur cette maison de Luxembourg, dont les princes lurent, pendant un >iitcle, les heureux souverains de la Bohême.

Les débuts de celle nouvelle dynastie (1310) furent défavorables aux Tchèques. Le roi Jean ne s'inijuiéta que médiocrement de son |)euplede Bohême : 11 courut le monde à la recherche d'aventures, se plaisant surtout en France, où ce Don Quichotte couronné vint noblement mourir à la bataille de Créey. Pendant qu'il redressait hs torts un peu partout, l'empereur ne laissa pas ('chapper l'occasion de troubler la Bohême : Il souleva encore une fois contre elle la Hongrie et la Pologne, et la guerre eut pu se prolonger longtemps, sans la mort de Jean et l'avènement de son tils Charles I", le meilleur peut-être des souverains de la Bohême (13^1 6).

.Nous entrons ici dans une phase toute nouvelle de l'histoire de la Bohême. Nous vi-nons de la voir, grande et puissante par les armes avec Ottokar, sortir de ses frontières, étendre son influence protectrice sur toutes les populations de race slave, et menacer de former devant l'empin; allemand un grand empire slave. C'est le trait saillant de son histoire au xm*" siècle (1253- 13i6). Au xiv*", nous allons assister à un tout autre spectacle. Ce n'est plus vis-à-vis des Slaves que la Bohême va prendre un rtde prépondérant, c'est vis-à-vis de l'Allemagne môme, son ennemie séculaire. Le règne du roi Charles 1" n'est qu'une longue tentative pour faire de tous les Ktals allemands une grande monarchie, dont la Bohème serait le centre.

Le nouveau règne annonça immédiatement ce qu'il devait être : essentiellement pac'Hi|ue. Après la gloire des armes, celle des

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ans et des sciences. Dès 1347, le roi Charles fonda l'université de Piîigne, sur li; modèle de celle de Paris, dont elle devint bientôt la rivale, avec ses liuil mille écoliers. Le commerce et l'industrie reçurent un heureux élan par les immunités garanties aux communes; les lettres et les arts n'eurent jamais de plus éclairé protecteur, sauf peut-être en Italie. Charles 1" essaya d'attirer Pétrarque à sa cour, et prodi.sjua des pensions aux savants anglais et français. Lui-même donna l'exemple, en écrivant ses mémoires dans sa langue maternelle, qu'il idolâtrait. Non content de fonder une académie de médecine , il institua la première chaire publi(iue de droit international et constitutionnel, voulant donner l'essor à toutts les branches de l'activité humaine. Kniin , pour donner une idée de la prospérité de la Bohême, après trente-deux ans de ce règne, un véritable âge d'or, il suffit de dire que cet état comptait, en 13*8, ibo grandes villes fortiliées, 300 petites villes, 16,000 villages, 1,500 églises, etc., eic.

Un an après son élection au trône de Bohême, Charles l" fut élevé à la dignité impériale, sous le nom de Charles IV. Cette situation nouvelle ne lui lit pas négliger un seul instant les intérêts de son pays de prédilection , mais elle détermina chez lui une politique, elle lui inspira un but qu'il poursuivit pendant trente ans, et dont la réalisation eut sajis doute fait de la Bohême un étal lout-puissant, mais dont l'insuccès ne lui attira que de nouvelles blessures. Il tenta de faire do ce royaume le centre de l'empire, et c'est dans ce but qu'il imagina la célèbre bulle d'or, véritable règlement de la succession au trône impérial, et garantie de la durée de son œuvre. 11 y fixait le mode de l'élection, le rang et les droits des électeurs, etc., et ce fut par ce moyen qu'il essaya d'assurer à la Bohême la prépondérance dans les élections. A cet eflVt, il agramî.l son territoire en y joignant une partie du haut Palatinai, les deux Lusaces et la Silésie, pour (|ue son pays favori pût toujours commander le choix des électeurs, et devenir en quelijue soiîe le dépositaire obligé de la couronne impériale. Esprit profcndémnit |>oliliqtie, il comprit que la diversiU' des langues pouvait être un obstacle à l'accomplissement de son œuvre, el il eut bien soin de mettre sur le même pied, l'italien, l'allemand et le slave, afin de ne donner aux antipathies de races aucune occasion d'éclater. Mais le rôle qu'il se plut à

M) MOR.WIK KT IIOIIKMK.

rêver pour la Bohême, l'entraîna lo,ij;iiiuemenl dans une politique où l'intérêt national se trouva quebiue peu compromis. Voulant faire de la Boliênni le pivot de tous les Etals allemands, il dut attirer vers ee rentre les diftérenls peuples de l'Alii'maiîne, et de fait, pendant tout le cours de son règne, il travailla à fondre ensemble les deux l'iéments slaves et allen)ands. Mais dans ce travail de fusion, c'est l'Allemagne, avec sa force envahissante, qui réagit sur l'esprit de la Bohême. Son féodalisme y prit plus profondément racine, et la noblesse tchèque, atteinte de cette gangrène, s'étiola dans su fleur, La langue allemande fut de nouveau en vogue auprès des grands, qui trouvaient en elle seule l'expression d'idées absolument étrangères à la langue nationale, à savoir les idées de vasselage, les rapports de suzerain à vassaux, etc.. Le slave ne fut pas délaissé il est vrai, mais à côté de lui vint parallèlement progresser la langue parasite, et nul doute que l'idiome maternel n'ait beaucoup soutftîrt de ce contact.

C'est encore dans la même pensée d'agrandissement de la Bohême, pour lui donner plus d'influence dans l'empire, que le roi Charles conclut, avec les ducs d'Autriche, un traité stipulant (ju'en cas d'extinction de l'une des deux maisons de Bohême ou d'Autriche, l'autre maison hériterait de toutes ses possessions (1364). — Mais il était dans la destinée de la famille des Habsbourg de gr.indir toujours par ses alliances ou par des traités, et le pac'e de 13(31 ne devait profiter qu'à elle seule. Toutefois, quel qu'ait été pour la Bohême le résultat de cette politique, l'intention de son roi pa:tait d'un vif sentiment de la grandeur, d'un profond amour pour son pays d'adoption. Les Allemands le comprirent bien. Aussi , dès le xiv^ siècle, un de leurs chroni([ueu<'s, Mathias de Nenenbourg, se tii-il l'interprète de toutes les passions jalouses de l'Allemagne contre l'empereur Charles , dont il s'efl"orça de discréditer la mémoire. Au xviii® siècle, Olenschiager reprit celte œuvre de dénigrement, et si, de nos jours, cette grande période de l'histoire de Bohême a été restituée dans sa vérité, c'est aux e (forts du savant liistorien tchèiiue, M. Pala(;ky, qu'il faut en attribuer le mérite.

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