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CHAPITRE IV

J E A N » r S ET J E A N 7. 1 Z K A .

En 1378, Chni'Ics l" mourut, et son fils, Venceslas, lui succéda, mais sans coiitinner sa politique. D'ailleurs, eut-il hérité des ambitions de son père conraïc de sa couronne, le nouveau souverain de la Bohême eut »Hé forcé de les abandonner. Ce n'est pas impunément, en etfcl, (|u'un peuple jouit, pendant trente ans, des bienfaits de la paix et de la sécurité publique, alors surtout qu'il est en pleine croissance. Son activité s'e.xercedans le t'hamp de l'intelligence, son instruction progresse, sa pensée se dégage et s'affranchit. D'ailleurs, nous l'avons vu, Charles 1" avait tout fait pour encourager le mouvement intellectuel de la nation, et non content d'y collaborer lui-même, il avait appelé auprès de lui, comme stimulants, des savants étranger.^. C'est ainsi que les idées du réformateur anglais Wiclof avaient pénétré en Bohême, et étaient devenues l'objet des méditations des philosophes et théologiens de l'Université, Kunrat, Milicz, et finalement Jean Hus. ,\ussi nn»' grande agitation se prodnisit-elle dès le lendemain de l'avènement de Venceslas IV. Les esprits, qui s'étaient contenus pendant les dernières années du roi Charles, par respect pour sa personne et ses croyances, qui le rattachaient à la vieille tradition religieuse du moyen âge, les esprits commencèrent à protester contre les a!tns de l'Kglise : Les institutions religieuses dn moyen âge furent battues en brèche, et de nombreuses voix s'élevèrent contre les excès de la théocratie catholique. La plus éloquente, celle qui, du premier coup, acquit le plus d'autorité fut celle de Jean llus. le coiif.'sseur même de la reine Sophie. Le roi Vencesla>i lui prêta d'abord son appui : Destitué de la dignité impériale à la sollicitation du |>ape, te prince était entré en lutte avec le clergé. Il vit dans Hus un utile auxiliaire, et pendant les premières années de ses prédications contre Rome, il lesontinténergiquemenl. Le schisme d'Occident (jui éclatait alors favorisa quelque

18 MORAVIK ET BOHÊME.

temps l'éclosion des doctrines df Jean Hiis. Tout alla bien, tant tpi'il se contenta de prêcher contre la simonie, de rappeler le cierjîé à la simplicilt^ des temps apostoliijues. de l'enii^ager à imiter le Christ et son alnu'tj.iiion. Mais (|iiand il se mil à nier la néct'ssitt^ de la confession auriculaire, quand il atlai|na, comme une idolâtrie, le culte des images, la croyance en la Ste Vierge, aux Saints, h l'Eglise, au pape, quand il accusa les prêtres d'imposlure pour préiendre (|u'ils étaient les cri^aleurs de Dieu dans le sacrement de l'Kucharislie, — alors, sa lutte avec le Sl-Siége prit le cara<'tère de la violence. Le pape Jean XXIII lit brûler les livres de NViclef, où il avait puisé ces doctrines hérésiarques, et pour l'atteindre lui-même, fulmina contre sa personne, une excommunication solennelle. D'un autre côié, la question se compliqua : Recteur de l'université <lc Prague, Hus [)rofîta de sa haute position pour enlever aux Allemands ceriains privilèges qu'ils avaient usurpés. .\ son instigation, le roi Vcnceslas rendit un décret qui accordait trois voix à la Bohême dans les délibérations et une seulement aux étrangers. On juge de la colère que la colonie allemande do Pra^^ue ressentit de cette atteinte à ce qu'elle appelait : se.^ droits. Les étudiants protestèrent, mais le sentiment national s'éveilla, et force leur lut de (|uitterla ville ^1409). A dater de ce jour, Jean Hus fut h la fois réformateur religieux et patriote t(;hè(iue. Pour résister au clergé catholique allemand, il avait donné à ses idées un puissant auxiliaire : le patriotisme. Quinze ans de guerre en sont le témoignage.

Devant ces complications, en présence de l'excommunication solennelle dont Hus était frappé, Vcnceslas commença à faiblir; et, lorsque le disciple de Wiclef en vint à nier que << le pape fût la tête, et les cardinaux, le corps de l'Lglise, » lorsipril soutint que « celle-ci avait été et pouvait être encore gouvernée .sans le pape et son Sacré-Collége, ({u'entin c'était la loi de Dieu, et non la volonté arbitraire de la cour de Rome, (|ui devait être la règle d<' tous lesjugements ecclésiasti(iues, » quand surtout il s'éleva avec une grande énergie contre la croisade proclamée par le pape pour arracher au roi Ladislas la couronne de Naples, l'excommunication nouvelle, dont il fut frappé, éloigna tout à fait de lui la faveur et la protection du roi (1410). Il alla se réfugier dans son village natal où il demeura jusqu'au moment de sa comparution au concile de Constance (1414).

CIIAP. iV. JEAN HUS ET JEAN ZIZKA. 19

Muni d'un snufconduii de l'empereur Sigismond, accompagné de trois seigneurs bohèmes que Venceslas lui avait donnés pour escorle, Jean llus vinl à Constance |)0ur se disculper des doctrines h»''réliques qu'on lui prêtait. Mais, au cours des discussions, il fut arrêté et jeté en prison. L'empereur protesta d'abord, puis laissa l'aire, et, quelques semaines après, le réformateur de la Bohème, le précur.<;eur de Luther, montait sur le bûcher, victime du fanatisme de son époque, et martvr d'une grande cause. (6 juillet 141')).

Sa mort fut le signal d'une grande fermentation en Bohême. La question d'indépendance nationale, que Jean Hus avait instinctivement mêlée à la question religieuse, enflamma tous les esprits, et l'on ne pensa plus qu'à résister aux envahissements de l'Allemagne, dont l'action nél'aste se devinait assez dans ces tristes conjonctures .Puis, le supplice de Jérôme de Prague, le plus éloquent des disciples de Hus , vinl encore augmenter le désir de venger le martyr patriote. 11 ne manquait à la Bohême qu'uiJ chef pour la conduire au coml>al. Le roi Venceslas, profondément troublé parles derniers événements, cherchai' dans l'ivresse l'oubli des calamités dont il était témoin : mais si elle ne pouvait compter sur son chef légitime, la Bohême n'était pas à court de soldats. Récemment encore, elle avait envoyé bon nombre de ses enfants guerroyer contre l'Ordre Teuioniquc en Pologne, et l'un d'eux, Jean Zizka, s'y était révélé à la fois comme un grand général, et comme un héros. Il se lève, et la Bohême s'ébranle : Sa proclamation, où il confond la cause de la religion avec celle du peuple tchèque, met aussitôt le feu aux poudres. Elle répondait s: bien au sentiment général de la nation, rlle était l'expression si énergique de ses espérances et de sa volonté, qu'au bout de quelques semaines Zizka avait déjà réuni des lorces suflisantes pour forcer les portes de Prague (1419) ".

-La gi:frre était allumée; dès le début, elle prit un caractère de violence inouïe, qui ne laissa j)as de s'accentuer encore par la suite. C'est, d'ailleurs, l'histoire de toute guerre où la religion est mêlée, qu'elle en soit le but unique, ou simpi 'ment le but appa-

(I) Celle proclamation est trop longue pour être transcrite ici. M. ijnm» Léger en a donné nue Iraductiou dans la Bohême hittorii/ue et littéraint. Pari» 1867.

renl. Le fanalisnie y enlre toujours à dose égale. Or, en Bohême, nous l'avons déjà fait rcmaniuer, riusurrection des lliissitos fui hien , à coup sûr, uue icnlativc de révoluiioii reli|?ieuse contre le pape et la théocratie callioli(iuc; mais ou peut hardiineul afliriuer (juecefut [dus encore une révolution nationale et poliiicjue : Nationale, contre les Alleuiauds, dont l'intluencc absorbante étoullait le ^'énie slave; — politique, au nom d'idées nouvelles encore confuses, il est vrai, maiscjne le peuple tchè(|ue acceptait par instinct, dont Zizka et les Taboristes furent les fougueux défenseurs, et qui n'étaient rien moins que les idées démocratiques, proclamées plus tard par la Uévolulion Française.

Après la prise de Prague, les violences commencèrent par la ruine des églises et le meurtre des prêtres. Dix-sept magistrats de la ville o'élant opposés à une assemblée des Hussites, le peuple les précipita par les fenêtres de la maison de ville. Bientôt après, la mort du roi Venceslas laissa le champ libre aux insurgés. Mais il n'y avait pas de temps à perdre : L'empereur Sigismond avait réuni une armée et marchait sur Prague. Zizka le battit près de Sudomierzic; et, (|uelques mois a|»rès, il mettait en déroute la croisade allemande sous les murs de l'rague (14iO). L'année suivante, les troupes impériales furent encore défaites près de Domaziice. Enivrés par toutes ces victoires, forts de leur unanimité, les Tchèques, à la diète de Czasiav, déclarèrent Sigismond indigne du trône, et formulèrent leurs vœux en quatre articles ((ui devinrent le : « Sinon, non! » de la révolution Bohême. Prédication libre de la parole de Dieu; — Communion sous les deux espèces; — Restilution au peuple des biens du clergé; — Punition des péchés mortels par la loi, sans acception de personnes. Tels furent les quatre points dont les Tchèques jurèrent de ne se jamais départir. Mais, à partir de ce moment, l'union intime de tous les Tchèques contre l'ennemi commun tendit à se dénouer. Le parti modéré, les calixtins et la nobles.se, voulurent élire un roi. Pour ces modérés, l'insurrection devait se borner à combattre pour le triomphe des quatre articles de la dièie de Czasiav. Dès lors, le mouvement national se ralentit parce qu'il ne fut plus unanime dans son esprit et dans son but. Sans doute, les Tchèques remportèrent encore de brillantes victoires. Après la mort de Zizka f 1424), son successeur, Prokop, battit les Allemands près d'Ousti (1425); puis, en Hâ"?, il dispersa successivement deux armées de croisés en-

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