CHAP. IV. JEAN HUS ET JEAN ZIZKA
voyts contre la Bohème. En 1429, de défensive, la guerre devint otlensive pour la Bohème. Piokop sejela sur la Saxe qu'il envahit, après avoir ravai;é le Brandebourg et la Lnsace. Enfin, une dernière croi>ade formidable vient, en 1430 , trouver son tombeau dans les plaines de Dumaziice. Néanmoins, malgré ces victoires où tous les partis s'éiaient unis pouFcombaltre l'iMinenii commun, la cohésion mamjuaii à la Bohème. 0:) le vil bien, quand le concile de Bàle entra en négociations avec les Uussites. Après trois mois de [lourparlers infructi.eux, Prokop dut quitter Bàle. Il s'en revint prévenir ses compatriotes qu'il fallait encore vaincre pour triompher délinilivement. Mais le parti modéré, depuis longtemps déjà las de celte guerre ruineuse , reprit les négociations avec le concile, et consentit à recevoir les (jualre articles de Czaslav, amendés par l'assemblée des Pères de l'Eglise, (|ui, de son côté, les coulirma sous le nom de compactala. L>e plus, Sigismond, le traître à Jean Uns, était reconnu pour roi. C'était la paix que cet airangemont; mais la Bohème se reniait elle-même : Elle désavouait Jean llus, Jean Zizka, Prokop et tous ceux de ses enfants qui avaient versé leur sang dans les dernières batailles. L'expiation de cette faule ne se lit i)as attendre. Au lendemain du traité d'Ii^lau, elle eut encore à combattre, et cetle fois, conlre ellemême. Les Taborites, Prokop en lête, refusèrent de souscrire au.x conditions du Concile, et relevèrent le drapeau de l'insurrection. La Bohême dut marcher contre eux, mais désespérant de vaincre ceux par qui elle avait si souvent vaincu, elle appela à son aide les troupes impériales. Après une bataille indécise dans Prague même, les Taboristes furent écrasés dans les plaines de Lipan (1 434), Leur chef Prokop resta sur le champ de carnage ; les survivants obtinrent merci et la tolérance de leur culte.
La mort de Sigismond, en 1 437, clôt cette période de l'histoire de Bohême, qui est, à tous égards, la plus intéressante et la plus glorieuse pour ce pays. Aussi iiuporte-t-il de s'y arrêter quelques instants pour en bien préciser le caractère, et au>si pour nous donner la clé des événements dont la Bohême a été successivement la victime, depuis celle é|)oque jus(ju'aMx temps modernes.
L'insurrection des Uussites présente trois phases bien disiinctes *' . Avec Jean llus, le mouvement fut spécialement religieux.
(1) Palaçky, Histoire de Bohémi.
22 MORAVIK ET DOliÈMR.
Il ne sortit pas, d'ailleurs, de la sphère des i<l('es, et \:i lutte se boriiM à im simple ciioc de doctrines coniraires. Kxroniinunicalioii du i)ape, auto-da-fé des ouvraKt's de Wickdel de Uns, prédications de ce dernier, tels sont les principaux traits de cette période préparatoire. Mais quand Jean Zizka entre en scène, l'insurreclion prend corps, sous un double mobile, national et relii^ieux. La révolution s'élargit : elle embrasse la cause même de la race slave, et pour la troisième lois, la Slavie occidentale s'eflbrce de se constituer, de ralliera elle toutes les populations slaves germanisées. La Moravie, la Silésie, la Bohême se dressent pour ébranler l'édifice de l'arislocrnlie allemande et de l'Ei^lise romaine. Knlin , sur les dernières années de Jean Zizka, et avec Prokop, la révolution s'agrandit encore et se complète : file devient sociale et politique. Les continuateurs de Jean llus l'ont dépassé. Le plus célèbre d'entre eux, Pierre de Cheizic, est sorti du domaine purement religieux. La théologie ne sullit plus à l'alimentation des esprits de cette grande époque. C'est le sort même de l'humanité qu'il envisage, et partant de ce principe « que » le christianisme est l'empire de l'esprit et de la liberté, où * ri'omme est nainrellement porté au bien, que Dieu ne veut j)as » que l'homme soit forcément poussé vers lui, et que la vertu » forcée n'est plus une vertu, » ce hardi penseur en est arrivé à considérer toute contrainte comme illégale et anti-chrétienne. Sous l'influence de ces idées, l'insurrection hussite entra dans sa dernière phase; elle devint révolutionnaire, et ce ne fut plus seulement contre Rome et l'Allemagne (ju'elle engagea la lutte, elle prétendit encore s'aflVanchir de toute hiérarcliie monarchique. A ce titre, les Bohèmes sont les précurseurs de notre révolution. Mais c'était aller trop loin pour répo(|ue; cette antieipaiion sur l'avenir compromit gravement le sort du pays qui avait osé l'entreprendre. A la haine des Allemands, vint se joindre l'antipathie de l'Occident, jusqu'alors favorable à la Bohême. Le peuple tchèque lui-même, pris dans sa masse, n'était pas assez mûr pour une telle révolnlion, et il fut le premier à la contrecarrer. Son salut était là. cependant, avec celui de toute la race slave. Nous en verrons la preuve dans la suite.
Quelles sont donc les causes de l'avortement de l'insurrection hussite? Elles sont de deux sortes : La première tient à la nation bohème, qui eut peur, et s'arrêta. Si nous cherchons, en effet,