NÉCESSITÉ D’OPÉRER TITE ET RIE
interstitiels, sont autant de conceptions remarquables, dont nous ne saurions sans injustice oublier l'origine.
Ces innovateurs méritaient de posséder la méthode antiseptique.
Loin de laisser dans un oubli volontaire les découvertes des anciens chirurgiens, nous ferons donc ressortir dans ce livre toute leur valeur.
jS’est-il pas curieux au premier chef de constater que des méthodes et des instruments considérés de nos jours comme nouveaux, existaient il y a plus d’un demi-siècle, et que, près de cinquante ans après Amussat (1840-1887), nous avons imaginé de notre côté comme procédé de choix et sans connaître ses travaux, l’énucléation des gros fibromes par une méthode presque identique, rotation et bascule en avant de la tumeur avec ou sans morcellement.
Nous avons retrouvé dans des livres anciens les aiguilles dites de Hagedorn, et qui lui sont bien antérieures. D’autres chirurgiens eurent l’idée de tordre ces aiguilles, à leur partie moyenne, de 90® sur leur axe, de telle sorte qu’elles soient aplaties, dans leur moitié postérieure, sur le plat, devenant ainsi plus faciles à manier avec les doigts ou à l’aide des porte-aiguilles ordinaires (Knaur et Bienaise) ; nous avons fait construire de notre côté des modèles presque identiques, disposés en outre de manière à retenir le fil.
L’ouvre-bouche de Heister, qui est d’une construction si ingénieuse, demeurera longtemps encore l’instrument le plus parfait et le plùs puissant pour écarter les arcades dentaires.
Un instrument très analogue à notre double érigne à coulisse pour l’hystérectomie abdominale existait autrefois, pour l’amygdalotomie L
* Les instruments jadis destinés à l’ouverture du crâne sonttelle-
t. Cat. Cbarrière, Érigne de Ricard, édit, de 186:2, p. 1-”- ('où" pag® 166.)
INTRODUqUON.
ment Taries qu’on y retrouve les modèles les plus divers de perforateurs, de fraises, de tréphines, de scies circulaires mécaniques.
Les anciens chirurgiens ont donc vu comme nous voyons aujourd’hui. Ils ont eu les plus grandes idées, et leur imagination leur a fait entrevoir presque tout ce qui a été réalisé dans ces dernières années. Profitons à notre tour des découvertes récentes. Les progrès delà physique et de la mécanique nous permettent, en les combinant avec l’antisepsie, de déterminer, d’après des données précises et mathématiques, les types d’instruments les plus parfaits et leur meilleur mode d’emploi.
La chirurgie ne peut sans inconvénient rester encombrée d’un arsenal instrumental trop compliqué, de procédés hésitants et dépourvus de méthode.
Nous voulons déterminer dans ce livre ce qui doit être fait dans chaque cas et rejeter, avec la même conviction qu’ Ambroise Paré repoussait comme un traitement cruel l’huile bouillante et le feu, qui servaient à « carnacer les plaies », tout ce que nous trouvons mauvais et défectueux.
La chirurgie hésitante qui a pris naissance avec l’anesthésie et l’antisepsie, et que caractérise avant tout l’abus de l’hémostase et du morcellement, a trop duré, et mérite le jugement sévère de Paré sur les méthodes de ses devanciers :
a Je conseille au jeune chirurgien de laisser ces misérables habitudes, l’admonestant de ne plus dire : Je l’ai lu au livre des anciens praticiens ; je l’ai vu faire à mes vieux pères et maîtres, suivant la pratique desquels je ne puis aucunement faillir. Ce que je t’accorde, si tu veux entendre tes bons maîtres aux livres ci-dessus allégués. Mais si tu veux arrester à ton père et à tes maîtres pour avoir licence de mal faire, y voulant toujours persévérer, tu en rendras compte devant Dieu, et non pas devant ton père ni tes bons maîtres praticiens qui traitent les hommes de si cruelle façon*. »
Détermination précise dé l’indication opératoire, pratique
1. ŒuvTes : Combustions et gangrène, chap. XXKV. In Dict. sc. méd., article A. Paré, p. 128.