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LE CHIRURGIEN DOIT ÊTRE UN BON CLINICIEN

La craniectomie temporaire est pratiquée le samedi matin, 4 jours après Tapparition de Taphasie. >'ons trouvons, au pied de la 2® circonvolution frontale, un abcès profond contenant plus de 10 grammes de pus.

L'état général du malade, lorsque nous avons cru devoir prendre la responsabilité de cette grave intervention, était si satisfaisant, à part l’aphasie, que cette décision parut presque extravagante. La gêne de la parole ne paraissait pas comporter une intervention aussi hâtive. L’étendue de l’abcès et sa profondeur menaçaient cependant le malade de mort subite par irruption du pus dans la cavité du ventricule latéral.

Quatre jours après l’opération, l’aphasie commençait à disparaître, puis l’agraphie. La guérison se fil sans incident.

Dans d’autres cas où le diagnostic demeurait douteux, nous avons déterminé nous-même, par la percussion et l’auscultation, l’existence et le siège de kystes hydatiques du poumon, d’épanchements purulents interlobaires et de cavernes pulmonaires, qui ont été opérés avec succès.

Ailleurs nous avons dû, au contraire, refuser toute intervention et démontrer qu’il s’agissait non pas d’un cas chirurgical, mais d’une affection médicale inopérable : cirrhose alcoolique avec ascite, cancer du pancréas, etc.

Le chirurgien qui est rompu à la pratique de la chirurgie viscérale a, en effet, sur le médecin, cet avantage, de vérifier au oours de chaque opération les données de l’examen antérieur.

Les lésions initiales de la salpingite, de l’appendicite, le rôle du spasme du pylore en pathologie gastrique, sont ainsi des découvertes chirurgicales, et ont échappé aux cliniciens tant qu’ils n’ont pu en obtenir, au cours d’opérations précoces, la démonstration directe.

Celui qui possède les qualités requises pour devenir chirurgien doit donc, aujourd’hui, se rompre de bonne heure au diagnostic

INTRODUCTION

des affections viscérales, afin de posséder plus lard l’autorité suffisante pour imposer, lorsqu’il le jugera convenable, sa manière de voir.

L’art de la chirurgie est personnel.

Tout chirurgien vraiment digne de ce nom doit avoir conscience de sa sagacité, de ses aptitudes. Il doit savoir juger ce qu’il peut, ce qu’il doit entreprendre.

Il lui est alors permis de s’affranchir de toute tutelle et de s’enhardir à des opérations nouvelles et originales : il les réussira d’emblée.

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