IRRIGATION DES PLAIES
un écrasement du doigt dans un engrenage, une plaie contuse de la main, du poignet, par l’éclatement d’une arme à feu.
Il est difficile de désinfecter ces tissus déchirés, noircis par le cambouis, par les produits de la déflagration de la poudre, et souvent criblés de parcelles osseuses libres ou adhérentes à des lambeaux de tendons et de périoste.
De telles plaies sont vouées en outre à une mortification partielle.
Quelle doit être la conduite du chirurgien? Amputer est bien radical, quand il s’agit de la main surtout, où la réparation se fait si bien; une pince naturelle imparfaite, constituée par le pouce et quelques débris de la paume et des phalanges, vaut mieux que le plus remarquable des appareils prothétiques.
Le seul mode de traitement sûr et qui permette d’attendre sans danger la délimitation des parties mortifiées, est, en pareil cas, l’irrigation continue.
Le liquide doit être à la température de la chambre, qui varie en général de 14“ à 18"; une température inférieure est rarement tolérée.
L’irrigation est faite d’abord activement, puis goutte à goutte. Les parties anfractueuses de la plaie doivent être isolées par des mèches de gaze, afin d’y assurer l’accès, par capillarité, du liquide antiseptique.
La basse température du liquide est un des facteurs principaux de la guérison, les bactéries pyogènes ne se développant guère au-dessous de 18".
L’action mécanique de l’eau à la surface de la plaie, où toute stagnation de liquides septiques se trouve ainsi prévenue, est également un préservatif de l’infection. Que de fois n’avonsnous pas constaté, si l’on tentait de supprimer, parce que l’état local et général se montraient satisfaisants, l’irrigation continue, l’apparition rapide de la fièvre et des accidents inflammatoires, jusqu’alors évités. Les bains espacés et les lavages rares avec
des solutions antiseptiques plus concentrées, combinées avec un pansement humide à demeure se montrent le plus souvent inefficaces, et la plaie prend en 24 heures un mauvais aspect : l’irrigation continue est installée de nouveau, et tout rentre dans l’ordre.
Le bourgeonnement se fait très bien sous l’irrigation continue. La suppuration est presque nulle, et l’élimination des parties mortifiées se fait en deux ou trois semaines, sans douleur et sans phénomènes inflammatoires.
C’est alors qu’il faut songer à l’intervention chirurgicale pour retrancher, dans une intervention orthopédique, sans sacrifier la moindre parcelle de tissus dont on puisse tirer profit, les débris inutiles.
C’est ainsi que, dès le début de notre internat à Reims, nous trouvant en présence d’un écrasement de la main et du poignet dans un engrenage, où l’amputation de l’avant-bras semblait de prime abord nécessaire, nous avons pu, grâce à l’irrigation continue, en sacrifiant les trois doigts du milieu, les métacarpiens correspondants et une partie du carpe, complètement hachés, reconstituer un pouce et un auriculaire mobiles et opposables.
Ce mode de traitement est particulièrement avantageux à la campagne, où le blessé ne peut pas toujours être soumis à une surveillance éclairée. Le médecin obtiendra facilement des personnes présentes de remplir, chaque fois qu’il sera nécessaire, le récipient d’eau bouillie froide légèrement phéniquée, et pourra ainsi, en ne faisant au blessé qu’une courte visite journalière, obtenir une guérison rapide et satisfaisante.
Lorsque le blessé est sous la surveillance directe du chirurgien, le tamponnement antiseptique humide suffit le plus souvent. L’irrigation continue est alors pratiquée à la moindre alerte.
Si la plaie est contuse et souillée de terre ou de poussière des champs, il est prudent de pratiquer, dans les 2 ou 3 premiers jours, une injection préventive de sérum antitétanique.