NÉCESSITÉ D^OPÉRER TITE ET RIEN
Lister arait été adoptée dès son apparition, presque militairement, comme une Térité absolue et indiscutable, était admirable.
Dès mon arrivée à Heidelberg, j’ai compris que là était le progrès. J’ai été émerveillé par la méthode et la précision avec lesquelles Czerny pratiquait couramment des opérations presque inconnues en France. Une antisepsie parfaite, un manuel opératoire sûr et bien déterminé assuraient au maître les plus brillants succès. J’ai assisté, entre autres opérations alors inconnues de moi, à une résection de la grande courbure de l’estomac et à une laparotomie pour tuberculose péritonéale, toutes deux suivies de guérison.
Les pièces pathologiques étaient immédiatement étudiées dans un laboratoire annexé à la salle d’opérations.
Critique de la technique opératoire de l’École allemande. — Exagération du nombre des aides. — Durée excessive des opérations.
La supériorité scientifique des chirurgiens allemands était alors indiscutable. Leur technique opératoire seule, malgré sa perfection apparente, me semblait devoir être modifiée. La durée excessive des opérations, le nombre des aides qui passaient les instruments et les éponges, la lenteur avec laquelle étaient pratiquées sutures et ligatures, tout ce qui caractérisait en un mot la précision méthodique de la chirurgie allemande, me fatiguait pour le patient.
Pourquoi ne pas opérer avec plus de célérité? Il me semblait facile de faire aussi bien, mais plus simplement et en moins de temps. Ces longues séances produisaient sur moi l’impression bien connue d’une mélodie trop lente. J’aurais voulu pouvoir « accélérer le mouvement » .
11 me fallait chercher ailleurs cette virtuosité opératoire qui
INTRODUCTION
me paraissait devoir s’allier si bien à ce que je comptais m’assimiler de ce que je venais de voir.
L’ enseignement de la médecine opératoire par Faraheut à l’école pratique de la Faculté de médecine de Paris.
Le premier cours de médecine opératoire de Farabeuf auquel il me fut possible d’assister, peu de temps après mon retour de Yienne, à l’École pratique de la Faculté de médecine de Paris, me donna pour la première fois l’illusion, le sang en moins, d’une séance chirurgicale telle que je me les représentais chez les plus habiles, 30 ou 40 ans plus tôt.
Les opérateurs les plus brillants sur le cadavre perdent leur habileté sur le vivant lorsqu’ils sont trop préoccupés par la crainte du sang.
Plein d’admiration pour la rapidité et la dextérité avec lesquelles Farabeuf exécutait sur le cadavre les opérations réglées, qu’il a d’ailleurs si admirablement figurées et décrites, je me demandai pourquoi, sur le vivant, on n’opérait pas ainsi.
Pourquoi cet abîme entre l’École pratique de médecine opératoire et les salles d’opérations? Pourquoi là cette simplicité, pourquoi dans les hôpitaux cet appareil énorme, ces méthodes hésitantes, ces interventions laborieuses, presque aussi pénibles pour les spectateurs que pour le chirurgien? C’est que la préoccupation principale et constante demeurait pour tous la crainte du sang, devant laquelle s’effaçaient jusqu’aux apti tudes personnelles des opérateurs les plus justement réputés.
Bien des chirurgiens, brillants opérateurs sur le cadavre, perdaient ainsi toute assurance dès qu’ils abordaient la chair palpitante et se montraient, à la salle d’opérations, très médiocres et presque insuffisants.