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NÉCESSITÉ D'OPÉRER YITE ET BIEN

Xécessité pour le futur chirurgien de fétude de la clinique médicale, de f anatomie pathologique et de la bactériologie.

Mon voyage en Allemagne me permit de mieux profiter de renseignement de mes derniers maîtres, Labbé, Bouilly, puis Guyon, dont je suivis les opérations, devant être son interne.

En médecine : externe de Bernutz, esprit fin, perspicace, et gynécologiste distingué, puis interne de Lancereaux; élève assidu du laboratoire de bactériologie tout récemment créé par Cornil, où Babès m’enseigna les nouvelles méthodes de R. Koch, je m’attachai tout particulièrement à l’étude clinique et anatomique des affections viscérales, qui tendaient chaque jour à entrer plus avant dans le domaine de la chirurgie.

Mes loisirs étaient consacrés à des recherches expérimentales sur l’étiologie des maladies septicémiques : leur connaissance approfondie me paraissait devoir être, pour mes opérés futurs, le meilleur garant du succès.

L’ antisepsie peut s'allier à l’hahileté manuelle, à la condition de simplifier f hémostase.

Mais l’antisepsie ne me semblait qu’un accessoire indispensable des méthodes opératoires brillantes que mon père m’avait fait entrevoir comme l’idéal en chirurgie.

Devenu docteur et de retour dans ma ville natale en 1885, j’avais pour objectif d’allier à la méthode des Allemands l’habileté manuelle que je m’étais efforcé d’acquérir a l’école de Farabeuf: Livré à moi-même, j’ai fait à l’Hôtel-Dieu et à l’École de médecine de Reims, où j’étais chef des travaux anatomiques, des ligatures par centaines. J’ai abattu, la montre devant les yeux, doigts et métacarpiens, bras, jambes et cuisses, désireux

INTRODUCTION

d’acquérir sur le cadavre une dextérité suffisante pour opérer de même sur le vif.

Il n’est pas aussi facile qu’on se l’imagine de faire vite et bien une ligature ni de manier avec dextérité un couteau à amputation de 25 centimètres. Les longues séances de médecine opératoire peuvent seules rompre le futur chirurgien aux difficultés de la pratique, et lui rendre l’anatomie du corps humain si familière, qu’il n’ait jamais, sur le vivant, au moment de plonger le bistouri dans les régions les plus dangereuses, un seul instant d’hésitation.

Dès mes premières opérations abdominales je fis de mon mieux. Mon père ne me ménagea pas ses critiques. « Tu opères, me disait-il, comme je le vois faire à mes collègues de Paris; c’est insuffisant. Maisonneuve avait un autre tempérament que les chirurgiens d’aujourd’hui. Souviens-toi de ce que je t’ai raconté. Apprends à opérer, comme lui, sans aides; dispose tes instruments à ta portée, prends-les toi-même et sache faire seul jusqu’aux ligatures. Un bon chirurgien doit arriver à ne jamais dépendre de ceux qui l’entourent, et opérer sans exception ce Citô, tutô et jucundè ».

C’est ainsi que le D" 0. Doyen, qui n’était pas chirurgien, fut un de mes meilleurs maîtres, puisque, après m’avoir exercé durant ma jeunesse à tous les travaux de force, d’adresse et de précision, il m’a guidé plus tard dans mes aspirations naturelles par ses conseils sages et judicieux.

Bien mieux, pendant que le D"' Roussel, déjà mon assistant, concourait à Paris pour l’internat des Hôpitaux, et durant son internat, mon père, alors âgé de près de 60 ans, s’improvisa mon aide et nous fîmes ensemble, sans autre collègue, en nous attachant à opérer vite et simplement, les opérations les plus graves et les plus délicates.

Je supprimai définitivement dans les amputations l’emploi de la bande d’Esmarch, que je réservai aux dissections minutieuses

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sur les membres, aux opérations d'ostéomyélite, aux résections articulaires, où il importe avant tout de pouvoir suivre jusqu’au delà de leurs limites des lésions que voilerait le moindre suintement sanguin. Dans ces interventions, l’ischémie du membre ne présente que des avantages : elle permet d’opérer à blanc, et par suite vite et bien, puisqu’on ne fait aucune ligature et qu’on n’enlève la bande élastique qu’après avoir terminé les sutures et fait un pansement compressif.

L’emploi de la bande d’Esmarch dans les amputations présente, au contraire, le grave inconvénient de compliquer l’hémostase et d’exiger, sous le prétexte d’une sécurité bien illusoire, puisque la perte de sang définitive, due à la paralysie des petits vaisseaux, est beaucoup plus considérable, 15, 20, ou 25 ligatures au lieu de 4 ou 5.

Convaincu de cette vérité, je n’ai jamais hésité à pratiquer d’urgence, sans bande d’Esmarch comme sans l’aide d’aucun confrère, dans des villages ou dans des fermes isolées, et bien souvent au milieu de la nuit, des amputations de jambe et de cuisse, ou même la désarticulation de l’épaule. Jamais je n’ai observé d’hémorragie grave.

Je donnais moi-même le chloroforme, puis je saisissais le couteau et j’abattais le membre. J’ai toujours obtenu, dans ces conditions exceptionnellement défavorables, des résultats plastiques excellents.

J’ai exécuté de même avec succès, dans la première chambre venue, avec l’aide d’un seul confrère, souvent inexpérimenté, des résections de l’intestin, la pylorectomie, la gastro-entérostomie, l’hystérectomie abdominale ou vaginale, l’hémi-craniectomie.

C’est à peine si l’opération se trouvait de ce fait prolongée de quelques minutes.

J’ai d’ailleùfs réglé moi-même le manuel opératoire de la néphrectomie, de l’hystérectomie vaginale, de la gastro-entérostomie, de la pylorectomie et de la craniectomie temporaire, telles

INTRODUCTION

que je les pratique, suivant ma seule inspiration et sans avoir jamais vu aucun autre chirurgien les exécuter.

Il me semblait préférable d’échapper à toute influence étrangère et de déterminer librement le procédé le plus simple et le plus rapide.

C’est ainsi que j’ai pu apporter de nombreux perfectionnements à la technique opératoire et supprimer de la pratique de la chirurgie toute manœuvre, tout instrument inutile.

La simplification des procédés opératoires est une condition

essentielle du succès. L’abus de l’hémostase préventive prolonge et aggrave les opérations.

Opérez simplement et vous opérerez vite.

L’ b y stéréotomie vaginale, dans les cas faciles, peut être terminée en moins de 5 minutes, et la pylorectomie combinée à la gastro-entérostomie, en 1 heure ou 1 h. 1/4.

Mes premières communications, de 1887 à 1892, sur ces méthodes opératoires rapides, sont passées inaperçues.

C’est à Bruxelles, en septembre 1892, au premier Congrès international de gynécologie, que pour la première fois je me suis élevé, devant de nombreux collègues, contre l’abus de l’hémostase préventive, démontrant que le meilleur moyen de ne pas perdre de sang était d’opérer vite et de ne pincer ou lier (pie les artères et les veines de gros calibre.

J’ai dénoncé les inconvénients de l’abus des pinces hémostatiques.

J’ai -signalé les hémorragies les plus redoutables entre les mains des partisans les plus convaincus de la forcipressure préventive.

J’ai enfin protesté contre la durée indéfinie de ces opérations de 2, de 3 et même de 4 heures, où, pour une simple hystérectomie vaginale, on laissait à demeure entre les jambes de

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