Urée C0(NH
Poids moléculaire 60.
crée. L'urée est le terme ultime de l'oxydation des substances
albuminoïdes chez les Mammifères.
Elle est très riche en azote (46.66 %) et représente, d'après Pflùger et Bohland, 86.6 °/0 de l'azote urinaire, le reste se rapportant aux substances voisines (acide urique, créatinine, etc.).
L'homme sain, normalement nourri, élimine en vingt-quatre heures de ±2 ;i 33 grammes d'urée. Si l'on tient compte du poids moyeu de l'homme adulte, on constate qu'il élimine de KO à 60 centigrammes d'urée par kilogramme; chez l'enfant, la proportion est plus grande jusqu'à l'âge de 12 à li ans. Il élimine alors de 70 à 80 centigrammes, et même parfois 1 gramme par kilogramme; chez le vieillard, on constate une progression décroissante; chez certains vieillards, le poids de l'urée éliminée descend à 25 centigrammes par kilogramme.
La quantité d'urée dépend donc d'un grand nombre de facteurs; elle varie avec l'Age, ainsi que nous venons de le voir, avec le poids de l'individu; elle est sous la dépendance directe de l'alimentation et de la richesse de celle-ci en substances albuminoïdes ; elle est influencée par certains états pathologiques. Tous les états qui impliquent une augmentation du métabolisme entraînent une augmentation dans l'élimination de l'urée (fièvre).
La quantité d'urée est sous la dépendance de l'alimentation, et cependant dans le jeûne l'urine n'en est pas dépourvue (Succi). Il se produit dans ces conditions une courbe décroissante et, au bout de trois à quatre jours, un état d'équilibre et une élimination d'urée qui, chez un chien de 20 kilogrammes, oscille encore entre 9 et 12 grammes. Dans ce cas, l'urée se forme aux dépens des masses musculaires; 100 grammes de chair musculaire = 3&r.4 d'azote = 7er.286 d'urée. 1 gramme d'urée représente donc l'utilisation de 13«r.72 de chair musculaire. Il s'ensuit que pendant le jeûne l'organisme consommera autant de fois 13s,-.72 d'albumine qu'il élimine de . grammes d'urée.
Si l'alimentation est riche en azote, c'est-à-dire si elle ren-
ferme une quantité d'albumine correspondante à celle que représente la quantité d'urée éliminée, l'organisme éliminera sous forme d'urée la totalité de l'azote ingéré, plus une petite quantité dont l'origine se trouve dans sa propre substance. Si l'on augmente la ration de viande, il viendra un moment où la portion d'urée due à l'utilisation de la substance propre de l'individu, se réduira à zéro ; il s'établit ainsi un état d'équilibre, dans lequel l'ingestion d'azote est exactement compensée par l'élimination d'azote. C'est Y état d'équilibre azoté.
Si l'on dépasse cet état, l'organisme ne transformera pas intégralement l'azote fourni en azote éliminé. Ce n'est qu'après un certain nombre de jours que l'équilibre se rétablira.
L'organisme possède donc le pouvoir de s'adapter, c'est-àdire de se mettre en état d'équilibre pour des régimes alimentaires différents, pourvu toutefois qu'ils ne soient pas inférieurs à la ration d'entretien.
propriétés Propriétés de l'urée. — 1. L'urée se présente sous la forme de de l'urée.
cristaux rhombiques, ayant l'aspect d'aiguilles à quatre pans
terminées par une petite pyramide ; les formes cristallines sont
parfois moins nettes.
Ces cristaux ne renferment aucune eau de cristallisation. Bien séchés, ils fondent entre 130° et 132° ; si la dessiccation n'est point parfaite, ils se décomposent déjà à 100°.
Ils sont très solubles dans l'eau, solubles dans l'alcool, surtout à chaud, insolubles dans l'éther et dans le chloroforme.
2. L'urée se combine facilement aux acides inorganiques et organiques ; ces combinaisons sont des combinaisons molécu-
DE CHIMIE PIY8IOL0GIQUB. 188
laires et non des produits de substitution; c'est plutôt une juxtaposition de molécules qu'une véritable combinaison chimique.
Deux de ces combinaisons présentent un véritable intérêt, en raison de leur peu de solubilité. Ce sont le nitrate et l'oxalate d'urée.
Cristaux de nitrate d'urée.
a) Nitrate d'urée (CH*N2Q), NO^H. — Si l'on ajoute un excès d'acide nitrique concentré et exempt de vapeurs nitreuses à une solution concentrée d'urée, il se forme un précipité blanc, cristallin.
Ces particules se présentent sous l'aspect de tables rhomboïdales, qui s'imbriquent l'une sur l'autre ou se juxtaposent. Il peut se faire, que les cristaux aient une forme hexagonale par troncature de l'angle obtus du cristal.
Ce corps se conserve à l'air, se dissout facilement dans l'eau, difficilement dans l'eau ou l'alcool saturés d'acide nitrique; il se décompose par la chaleur.
b) Oxalate d'urée (CH+N20)2, C^O*. — On l'obtient de la même manière que le nitrate. La forme cristalline de ce composé est sensiblement la même que celle du nitrate d'urée.
Cristaux d'oxalate d'urée.
Les cristaux sont solubles dans l'eau, difficilement solubles dans l'éther, l'alcool et l'acide oxalique. La chaleur les décompose.
3. L'urée s'unit aussi à de nombreux sels (chlorure de sodium), aux chlorures de métaux lourds, entre autres au chlorure de palladium (Drechsel).
La plus remarquable de ces combinaisons est la combinaison de l'urée avec l'oxyde de mercure.
Il peut se former, d'après Liebig, trois combinaisons différentes, selon la concentration de la solution d'urée et la richesse de la solution mercurique :
1° Pour 1 molécule d'urée, 1 molécule d'oxyde mercurique ; 2° Pour 2 molécules d'urée, 2 molécules — —
3° Pour 2 — — 3 — — —
La connaissance de ces composés puise son importance dans ce fait que c'est sur la formation de ces corps qu'est basée la méthode de dosage de Liebig, que nous examinerons plus bas.
4. L'urée a une parenté très étroite avec le carbonate d'ammoniaque. La pénétration de deux molécules d'eau dans une molécule d'urée, sutfit à transformer celle-ci en sel ammoniacal :
MI' ONH4
C0<NH, + 2H.0 = C«<0W
Urée. Carbonate
d'ammoniaque.
Cette hydratation s'observe : a) En chauffant la solution d'urée en tubes scellés à 120° pendant plusieurs heures. On admet même qu'elle se produit dans l'évaporation simple des solutions d'urée;
b) Sous l'influence des ferments organisés qui sont les facteurs de la fermentation ammoniacale de l'urine.
o. En présence d'hypochlorites ou d'hypobromites alcalins, l'urée se décompose en donnant de l'acide carbonique, de l'azote et de l'eau :
CH4N'0 + 3iNaBrO) = 3NaBr + CO* + H» + 2HS0.
Si la réaction se passe en milieu alcalin, l'acide carbonique reste en solution et l'azote seul se dégage. Parfois le dégagement de l'azote n'est complet que s'il y a un grand excès d'hypobromite; dans le cas contraire, il reste en partie sous forme de cyanate ou de nitrate.
6. La chaleur décompose l'urée en donnant naissance à de l'ammoniaque et à du Muret :
NH2 C0<NHS C0<NH'
2 molécules Biuret.
d'urée.
Réaction du biuret. — On reconnaît le biuret à la réaction suivante : on dissout dans l'eau le résidu de la chauffe après qu'il est refroidi, on alcalinise fortement et l'on additionne d'une ou deux gouttes de solution très diluée de sulfate de cuivre. La liqueur change de teinte, elle vire du bleu au rose ou au pourpre.
Nous avons vu qu'un grand nombre de substances albuminoïdes fournissent la même réaction.
L'urée peut aussi, dans les mêmes conditions, donner naissance à de l'acide cyanurique :
NH2 3C0<„ =HN.C0 — HN.CO — HN . CO + 3NHS. NH2
On décèle la présence de l'acide cyanurique au moyen de la réaction suivante : on dissout dans l'eau la masse fondue et refroidie, on y ajoute une ou deux gouttes d'ammoniaque, on ajoute ensuite une goutte de chlorure de baryum et l'on agite fortement; la formation d'un précipité cristallin indique la présence d'acide cyanurique.
L'ensemble de ces propriétés suffit a caractériser l'urée; nous insisterons spécialement sur les réactions indiquées en 2, 3, 5, 6.
Dosage de l'urée.
Les procédés qui permettent de doser l'urée sont nombreux : on peut la doser directement comme urée, ou indirectement en dosant la totalité de l'azote contenu dans l'urine.
Nous examinerons : l" la méthode de Kjeldahl ; 2° la méthode de Liebig; 3° la méthode à l'hypobromite de soude.
Les deux premières sont plutôt des méthodes de dosage de l'azote; la troisième sert plutôt au dosage de l'urée.
I. Dosage de l'azote par la méthode de Kjeldahl. — Principe de la Méthode
B J ■ «le Kjeldahl.
méthode. — Si l'on chauffé des matières azotées avec de l'acide sulfurique, celui-ci enlève aux substances organiques les éléments de l'eau; l'acide sulfureux qui se forme sous l'influence de la chaleur par l'action de l'acide sulfurique sur la masse charbonneuse, agit comme réducteur sur les substances azotées. L'azote est transformé en ammoniaque; après sursaturation de la solution ammoniacale par un alcali caustique, l'ammoniaque est distillée et recueillie dans un acide titré.
L'emploi de cette méthode réclame un certain nombre de réactifs.
1° Acide sulfurique Kjeldahl, ou bien un mélange de deux volumes d'acide sulfurique anglais et un volume d'acide sulfurique fumant;
2° Une solution d'alcali caustique d'une densité de 1.243 (270 grammes de soude caustique °/00 ; 375 grammes de potasse caustique %0) ; 3° Une solution de sulfure de potassium à 40°/oo; 4° Une solution d'acide sulfurique normale ou décinormale; o° Une solution de soude caustique normale ou décinormale; 6° De l'oxyde jaune de mercure.
L'opération comprend trois stades bien distincts : l'oxydation, la distillation, le titrage de l'acide.
1° Oxydation. — Pour procéder à l'oxydation de l'urine, on emploie, selon la richesse en azote, 5 ou 40 c. c. d'urine qu'on verse dans un flacon en verre spécial (flacon de Kjeldahl) ; on y ajoute 5 ou 10 c. c. d'acide sulfurique et 20 centigrammes environ d'oxyde jaune de mercure. On chauffe le mélange sous la hotte, jusqu'à ébullition faible, en ayant soin d'incliner le flacon. On prolonge l'ébullition jusqu'au moment où la liqueur, qui s'était d'abord noircie, est devenue claire et limpide. A ce moment, on arrête la chauffe et on laisse refroidir.
2° Distillation. — On récolte le résidu qu'on dissout dans le moins d'eau possible, en ayant soin de n'abandonner aucune parcelle cristalline dans le flacon Kjeldahl , et l'on transvase le tout dans un ballon à distillation.
On alcalinise progressivement la liqueur (40 à 80 c. c. de la solution n° 2 suffisent) et l'on s'arrête avant d'avoir complètement neutralisé l'acide ; puis on laisse refroidir. Il est indispensable d'ajouter à ce moment un grand excès de sulfure de potassium (environ 40 c. c), qui facilite le dégagement de l'azote; celui-ci, en effet, se trouve dans la solution sous la forme d'amide mercurique que les alcalis caustiques ne décomposent qu'incomplètement. Le sulfure de potassium intervient en décomposant l'amide mercurique et en permettant la distillation de toute l'ammoniaque. Il est bon aussi d'ajouter dans le ballon à distillation quelques morceaux de zinc pur ou de talc pour éviter les secousses pendant l'opération. On verse alors le restant de la lessive alcaline et l'on bouche rapidement.
On se sert pour distiller, d'un ballon en verre dur, fermé par un bouchon de caoutchouc, livrant passage à un tube vertical de verre, long de 30 à 10 centimètres et suffisamment large pour permettre aux vapeurs de se condenser et empêcher aussi l'entraînement des gouttelettes alcalines et leur passage dans la solution acide titrée^). On fixe ce tube au réfrigérant au moyen d'un bout de caoutchouc. L'extrémité intérieure du réfrigérant est mise en communication avec le récipient contenant la solution d'acide titrée, par l'intermédiaire d'un tube à boules terminé en pointe et plongeant dans l'acide. On chauffe alors doucement jusqu'à ce que la moitié environ du liquide ait distillé. Il est du reste difficile de pousser la distillation plus loin à cause des violentes secousses qui se produisent.
3° Titrage de l'acide. — Aussitôt la distillation arrêtée, on sépare le ballon distillateur du réfrigérant, afin d'empêcher l'ascension du liquide contenu dans le ballon récepteur. On sépare aussi le tube à boules du bout inférieur du réfrigérant, on le rince soigneusement à l'aide d'un jet de la pissette. On titre alors l'acide sulfurique non combiné, à l'aide de la solution normale ou décinormale de soude. On emploie comme index soit le méthylorange, soit la teinture de tournesol de May, soit l'acide rosolique; on rejette l'emploi de la phénolphtaléine dont la sensibilité est insuffisante en présence d'ammoniaque.
On déduit de la quantité totale d'acide titré la quantité
(•) On trouve dans le commerce des tubes spéciaux avec un ampoule de verre qui mettent bien à l'abri de toute projection.
retrouvée à l'état libre; la différence correspond à la quantité d'acide combiné à l'ammoniaque. Chaque centimètre cube de cette solution titrée correspond à 0.014 ou 0.0014 d'azote, selon que l'on a employé l'acide normal ou décinormal.
Ce procédé, quelque compliqué qu'il paraisse, présente cependant de grands avantages dus à sa précision, à ce qu'il permet de procéder simultanément à un grand nombre d'analyses, et à ce qu'il ne nécessite pas l'attention constante de l'opérateur.
2. Dosage de l'azole par la méthode de Lieliig. — Principe de la méthode. — L'urée, en présence de sels mercuriques, se précipite sous la forme d'une masse blanche, possédant une composition chimique connue. S'il y a dans la solution un excès de mercure, c'est-à-dire s'il y a plus de solution mercurique qu'il n'en faut pour précipiter l'urée, une goutte de ce mélange mise en présence d'une goutte de solution de carbonate de soude précipite sous la forme d'une masse jaune d'oxyde mercureux.
Solutions nécessaires :
1° Une solution de nitrate mercurique. — On pèse 71«r.5 de mercure métallique pur que l'on dissout dans de l'acide nitrique concentré. Lorsque tout le mercure est dissous, c'est-à-dire lorsque l'addition d'une faible quantité d'acide nitrique ne produit plus de dégagement de vapeurs nitreuses, on évapore la solution au bain-marie jusqu'à consistance sirupeuse. On ajoute alors petit à petit et en agitant continuellement, 800 c. c. environ d'eau distillée. On transvase dans un verre de Bohême, on recouvre d'une plaque de verre et on laisse reposer pendant trois ou quatre heures. Le liquide s'éclaircit peu à peu, les sels basiques gagnent le fond du vase et s'y déposent. .
On filtre alors prudemment la liqueur sans l'agiter, en ayant soin d'éviter que des parcelles non dissoutes ne viennent sur le liltre.
On reprend alors, à l'aide d'une faible quantité d'acide nitrique concentré, les sels basiques; lorsqu'ils sont dissous, on ajoute cette solution à la liqueur mercurique; on rince soigneusement le verre de Bohême à l'aide d'eau distillée, on ajoute cette eau de rinçage aux autres portions, puis enfin on ajoute la quantité d'eau nécessaire pour faire 1 litre.
On peut employer aussi l'oxyde rouge de mercure. On en dissout, après dessiccation et après essai de pureté, 778r.2 dans de l'acide nitrique jusqu'à dissolution complète. On opère la dilution de la solution comme il est dit ci-dessus.
2° Une solution bary tique. — On mélange 2 volumes d'une solution, saturée à froid d'hydrate de baryte, et 1 volume d'une solution de nitrate de baryte, saturée à froid.
Cette solution sert à précipiter les phosphates et sulfates contenus dans l'urine. La solution doit être absolument dépourvue de chlorures.
3° Une solution sodique normale. — On dilue une solution de carbonate de soude pur jusqu'à ce qu'elle ait atteint la densité de 1.053.
Elle sert à neutraliser l'excès d'acide nitrique libéré pendant la réaction.
4° Une solution d'urée pure à 2 °/o.
Titrage de la solution mercurique. — Il faut, pour que le dosage soit exact, que la solution mercurique ait une concentration telle que 20 c. c. précipitent exactement 20 centigrammes d'urée, soit 10 c. c. de la solution titrée d'urée (solution n° 4).
Si ce point n'est pas atteint et s'il faut plus de 20 c. c, la solution doit être concentrée, par évaporation; s'il faut moins de 20 c. c, la solution doit être diluée davantage.
On détermine facilement, par un calcul simple, la quantité d'eau qu'il faut ajouter à la solution mercurique : supposons que 19.8 c. c. de solution mercurique aient suffi pour précipiter les 10 c. c. de solution d'urée, c'est-à-dire 20 centigrammes d"urée; on établit le calcul suivant :
On mesure alors soigneusement cette quantité que le calcul renseigne, au moyen d'une burette graduée, et on l'ajoute à la solution mercurique.
On s'assure par un nouveau titrage que la quantité d'eau ajoutée est suffisante pour atteindre le degré de dilution de la solution mercurique.
La réalisation technique de cette opération est simple; voici comment on procède :
On verse la solution mercurique dans une éprouvette graduée et on en laisse s'écouler environ 19.7 c. c. dans un verre de Bohême contenant 10 c. c. de la solution d'urée, soit 200 milligrammes de substance. On constate qu'il se forme un précipité blanc floconneux.
On neutralise alors rapidement l'excès d'acide libéré à l'aide de la solution sodique préalablement préparée dans une autre burette. On agite le mélange au moyen d'une baguette de verre et l'on s'assure que toute l'urée est précipitée, c'est-à-dire que le point final de la réaction est atteint.
(') Ce nombre est la différence entre la quantité de liqueur qu'il faut employer et la quantité réellement employée.
DE CHIMIE PHTSIOLOf.IQl l . 1 i'i
On recherche, dans ce but, la présence dans la liqueur d'un excès de solution mercurique. On prend, à l'aide d'une baguette de verre, une goutte du mélange que l'on dépose dans une soucoupe de porcelaine ou sur une lame de porcelaine, OU sur une plaque de verre reposant sur un fond noir. On dépose, à côté de celte goutte, une goutte d'une solution de carbonate OU de bicarbonate de soude et l'on provoque la fusion des deux gouttes. Si le mélange des deux gouttes conserve sa couleur, c'est-à-dire si le précipité reste blanc, c'est que toute l'urée n'est pas précipitée.
On ajoute alors — c. c. de solution mercurique et l'on procède a un nouvel essai. On continue ainsi, par essais successifs, jusqu'au moment où le point de contact des deux gouttes prend une teinte jaune, ce qui indique la présence d'un excès de mercure. On lit alors le nombre de centimètres cubes de la solution mercurique que l'on a employé, et l'on procède à un nouvel essai avec une nouvelle solution d'urée, en ayant soin de laisser s'écouler d'un jet toute la quantité de solution mercurique qu'indiquait la première expérience.
Dans ces conditions, si 20 c. c. de solution mercurique précipitent exactement 10 c. c. de solution, soit 200 milligrammes de substance, 1 c. c. de solution mercurique = 10 milligrammes d'urée.
Dosage de l'urée dans l'urine. — Les chlorures, sulfates et Dosage de l'urée
, , . i ,, • / • •. . . , d;ins l'urine.
phosphates de 1 urine précipitent aussi par les sels mercuriques; il faut donc au préalable débarrasser l'urine de ces sels. On prend 100 grammes d'urine que l'on traite par 50 c. c. de solution barytique, et l'on filtre sur un filtre sec. Si les premières gouttes qui filtrent ne sont pas limpides, on les rejette
sur le filtre. On prélève alors pour le dosage une portion de 15 c. c. du mélange qui représente 10 c. c. d'urine.
On y dose l'urée, en suivant les précautions indiquées cidessus; il est bon de faire deux ou trois dosages et d'en prendre la moyenne.
Calcul de la quantité d'urée. — Le titre de la solution mercurique est établi pour une solution d'urée à 2 °/0. La précision du dosage dépend donc en partie de la richesse de la solution d'urée; si l'urine renferme une proportion d'urée plus forte, la combinaison de sel mercurique et d'urée sera l'une des combinaisons pauvres en sel mercurique et la quantité de solution mercurique employée sera trop faible. Inversement, si la proportion d'urée contenue dans l'urine est inférieure à 2 %, la quantité de solution mercurique employée sera trop forte. Dans ces cas, il faut corriger le résultat.
Formule de correction. — Pflùger donne comme formule de correction la formule suivante :
dans laquelle G représente le nombre de centimètres cubes qu'il faut soustraire du résultat; Vi est le volume de l'urine, plus le volume de la solution de soude neutralisante; V^ représente le volume de la solution mercurique employée.
Il faut noter aussi que l'urine renferme des substances azotées autres que l'urée et qui précipitent aussi par les sels mercuriques : acide urique, créatinine, etc. Il s'ensuit que le dosage par la méthode de Liebig a plutôt la valeur d'un dosage d'azote que d'un dosage d'urée.
Si l'urine est albumineuse, il faut la débarrasser de l'albumine qu'elle tient en solution : le moyen le plus efficace consiste à coaguler l'albumine. On en mesure un volume déterminé, on l'acidulé d'acide acétique, on porte à l'ébullition, on filtre; puis, lorsque la liqueur est refroidie, on rétablit le volume primitif par addition d'eau distillée.
§ 3. — Dosage de l'urée par l'hypobromite de soude.
Nous avons indiqué le principe de la méthode en étudiant Méthode les propriétés de l'urée. â 'dîÛdf*
En présence (l'hypobromite de soude, l'urée se décompose en donnant naissance à de l'azote, de l'acide carbonique, de l'eau :
NH2 C0<ni]î + 3NaBrO = 3NaBr + 2II20 + CO2 + N2.
L'acide carbonique est retenu en solution, l'azote seul se dégage. La détermination du volume de l'azote dégagé suffit a apprécier la quantité d'urée. On a construit un grand nombre d'instruments qui permettent d'apprécier avec plus ou moins de simplicité et de rigueur le volume de gaz dégagé.
Solution d'hypobromite de soude. — On dissout 100 grammes de soude caustique dans 250 c. c. d'eau distillée; on laisse refroidir la solution et l'on y ajoute peu à peu, en agitant, 25 c. c. de brome; puis on laisse refroidir la liqueur.
Cette solution ne se conserve bien qu'à l'abri de la lumière et peut maintenir son activité pendant plusieurs semaines.
Parmi les instruments employés, nous étudierons les appareils de Depaire, de Humer et de Knop.
148 TFXHNIQUE
Appareil Depaire. — L'appareil Depaire se compose d'un flacon à deux tubulures: l'une supérieure et dont le bouchon, percé d'un orifice, communique au moyen d'un tuyau de caoutchouc avec le flacon mélangeur; l'autre inférieure et munie d'un ajutage portant un niveau terminé en pointe recourbée, et un robinet. L'appareil est rempli d'eau.
Le flacon mélangeur est un petit flacon en verre épais, à large tubulure et muni d'un bouchon de verre creux de forme conique; du sommet du cône part le tuyau de caoutchouc qui établit la communication avec l'appareil récepteur.
Mode d'emploi de l'appareil. — Le flacon à déplacement, muni de son niveau, renferme un volume quelconque d'eau. L'équilibre s'établit entre le flacon et le niveau d'eau, et le ménisque de l'eau, contenue dans celui-ci, coïncide avec le niveau de l'eau dans le flacon à déplacement.
On verse dans le tlacon mélangeur un excès de la solution de brome ; on y plonge ensuite un godet de gutta-percha renfermant 10 c. c. de l'urine. On bouche le flacon. La pression augmente dans l'ensemble du système et cette augmentation se traduit par la rupture de l'équilibre du liquide contenu dans le flacon à déplacement et dans son aiveau. On rétablit cet équilibre en ouvrant le robinet voisin.
On mélange alors l'urine et la solution de brome en inclinant d'abord, puis en agitant le flacon mélangeur. On saisit à cet effet le col de ce flacon entre le pouce et le médius, l'index maintenant le bouchon en place. L'azote se dégage et passe dans le flacon à déplacement en chassant un volume égal d'eau. On récolte dans un cylindre gradué l'eau qui s'écoule en un jet par l'extrémité effilée du niveau d'eau. Lorsque
l'écoulement s'est arrêté, on ajout*;, à la masse de liquide recueillie, la quantité d'eau, qui s'écoule pendant qu'on rétablit l'équilibre dans les deux parties du llacon à déplacement. La quantité d'eau recueillie donne la mesure de la quantité d'azote dégagée.
Calcul de l'analyse. — Pour éviter les calculs et les corrections de température et de pression, on procède deux fois de suite à l'analyse : la première analyse se fait avec une quantité connue d'urée; la seconde, avec l'urine même. La proportion suivante permet de chiffrer le résultat.
L'azote (lre expérience) l'azote (2e expérience) Urée (quantité connue) x
liréomètre de llllfiier. — Cet instrument se compose d'un large iréomètre
de Hiifner.
tube en verre épais, terminé à son extrémité inférieure par une dilatation ampullaire et séparé de celle-ci par un robinet de verre à large filet; à son extrémité supérieure ouverte s'adapte une cuvette de verre, large de 1 décimètre environ et profonde de 30 à 3o millimètres. L'extrémité libre de l'appareil s'ouvre dans un eudiomètre. Tout l'appareil est fixé sur un support de fer.
La capacité de la dilatation ampullaire, y compris celle de la lumière du robinet qui la limite, doit être une fois pour toutes rigoureusement déterminée.
On détermine facilement cette capacité de la façon suivante : on rince à l'eau distillée, puis à l'alcool, puis à l'éther cette portion de l'appareil et on y verse du mercure en ayant soin d'expulser toutes les bulles d'air qui adhèrent à la paroi. On y parvient en imprimant de petites secousses à l'appareil.
On ferme alors le robinet et on rejette l'excès de mercure. On récolte ensuite le mercure qui reste dans la dilatation ampullaire et la lumière du robinet; on la pèse et on en divise le poids par le poids spécifique du métal (43.59).
Uréomètr e de Hufner.
Mode d'emploi de l'appareil. — On remplit d'urine la partie inférieure de l'appareil à l'aide d'un entonnoir spécial à longue tige. On ferme le robinet et l'on rince soigneusement à l'eau distillée la portion sus-jacente du tube. On remplit ensuite tout le reste de l'appareil, le tube, la cuvette et l'eudiomètre, de solution d'hypobromite et l'on ouvre prudemment le robinet.
L'urine se mélange à l'hypobromite, l'azote se dégage et s'élève en fines bulles dans l'eudiomètre. Lorsque le dégagement est terminé, on transporte l'eudiomètre (au moyen de la cuiller) dans une cuve à eau, on laisse l'équilibre de température se réaliser (une demi-heure), puis on lit le volume d'azote que l'on a recueilli.
Calcul de la quantité d'azote. — On établit la quantité d'azote en grammes au moyen de la formule
V est le volume d'azote recueilli ;
b, la pression barométrique réduite à 0;
b', la tension de la vapeur d'eau pour la température t.
On déduit facilement de ce résultat la quantité d'urée.
Appareil de Knop. — L'appareil de Knop se compose de ilcux Appareil ri de Knop
[parties : le vase à décomposition el !<■ récepteur, réunis entre
eux et plongés tous deux dans une cuve à eau à température
fixe.
Le vase à décomposition est fermé par un gros bouchon de verre creux, dont la cavité se continue par un gros tube de verre, fermé à son extrémité supérieure par un robinet de verre. Le tube est rempli de fragments de verre grossièrement concassé ou de perles de verre ; un tampon de fils de platine assure leur fixité dans le tube.
Un tuyau de caoutchouc réunit l'extrémité supérieure de l'appareil à décomposition à l'appareil de réception.
Ce vase peut être introduit dans le cylindre de verre, qui constitue la cuve à eau, par une tige métallique munie a son extrémité inférieure d'une plaque métallique fixée à angle droit. Une pince-ressort assure la fixité de l'ajutage.
L'appareil récepteur se compose d'un tube en U d'une longueur telle que l'extrémité supérieure, y compris le bouchon, soit immergée. L'une des deux branches du tube est soigneusement calibrée et porte une graduation. Ce tube est maintenu en place par une tige métallique portant des pinces-ressort qui fixent l'appareil et dont le point de suspension se trouve sur les bords de la cuve. Un tube de caoutchouc met en communication la branche non calibrée avec un robinet qui s'ouvre à la partie inférieure du cylindre-cuve.
Mode d'emploi de l'appareil. — On retire le vase à décomposition; on renverse le bouchon creux et, le robinet de celui-ci étant ouvert, on verse une quantité de lessive bromée suffisante pour humecter les perles de verre, sans qu'il y ait
d'écoulement lors du redressement de l'appareil. On verse alors le restant de la lessive bromée nécessaire dans le vase à décomposition. On introduit dans le vase, à l'aide d'une pince, un petit tube de verre fermé inférieurement, contenant la solution à analyser ('). On referme le vase à décomposition, on ouvre le robinet de communication et l'on immerge le tout dans le cylindre à eau ; on rétablit le niveau dans les deux branches du tube en U, on laisse reposer pendant une vingtaine de minutes et on note le niveau. Une petite plaque mobile noire et blanche facilite la lecture du ménisque.
On laisse s'écouler environ 30 c. c. de l'eau contenue dans la branche non calibrée du tube en U; on retire le mélangeur et on mélange progressivement les deux liquides. Le dégagement doit être lent : un dégagement trop intense peut entraîner mécaniquement de petites quantités de gaz ammoniac qui, si la quantité n'en est pas trop grande, serait retenu par la lessive recouvrant les perles de verre.
On replonge le tout dans l'eau et on laisse reposer dix minutes environ ; on rétablit le niveau dans les branches du tube en U et on lit combien de centimètres cubes d'azote se sont dégagés.
Le calcul de l'analyse se fait comme dans l'emploi de l'uréomètre de Hiïfner.
(') On construit actuellement des flacons mélangeurs spéciaux, munis d'une cloison de verre qui sépare le flacon en deux parties.